Chapitre 17 : Le sauveur
Ce fut très dur de dire au revoir à l’équipe dans un moment aussi crucial dans la saison mais ils me comprenaient. Ils auraient sûrement fait la même chose à ma place.
Le voyage fut long et horrible, dans le train, j’étais complètement seul. Je ne pouvais penser à rien d’autre qu’à mon frère. Qu’est-ce qu’il avait exactement ? Et qu’est-ce que je pourrais faire ?
- Entre Samir, entre.
- Comment il va ?
- Pas très bien malheureusement…
- Et toi ? Pourquoi je n’ai pas eu de nouvelles de toi pendant sept ans ? Il n’y a pas le téléphone là bas ? dis-je sentant la colère monter.
- C’est assez compliqué en fait et…
- Messieurs ! !!
Un mec en blouse se dressait devant nous. Mon père s’en tirait bien sur ce coup.
- Bonjour, je suis le médecin qui s’occupe de Brahim. Vous êtes de la famille ?
- Je suis son père et le petit jeune, là, c’est son frère, Samir.
- Comment il va m’sieur ?
- Ecoute. Pour l’instant, son état est stable mais on a un réel problème. Je vais être franc et direct alors excusez moi pour la manière. Votre fils, monsieur a le rein gauche totalement perforé. On a réussi à stopper l’hémorragie en Algérie mais quand il est arrivé ici, on s’est rendu compte que le rein droit était dans un sale état aussi. On l’a donc opéré et on lui a enlevé les deux reins. Il est, à présent, aidé de diverses machines pour remplacer ses reins. Mais il ne pourra pas tenir indéfiniment comme ça. On a absolument besoin de lui faire une transplantation.
- Et bien, où est le problème ? Allez-y, dis mon père.
- Le problème c’est que nous n’avons aucun rein en stock compatible avec votre fils. Je suis désolé.
Désolé. Il était désolé. Mais qu’est ce que ça pouvait nous foutre qu’il soit désolé. Mon frère était en train de mourir et il était désolé. Je sentais ma gorge se serrer de plus en plus. Ma mère pleurait dans les bras de mon père qui n’était pas loin de verser des larmes aussi. Quand tout à coup il me vint une idée. Je me souviens d’une émission que je regardais quand j’étais petit et un type avait sauvé son fils en lui donnant un rein. Peut être que papa pourrait faire pareil.
- Je suis désolé monsieur, mais votre femme n’est pas compatible et vous, vous comprenez que ce n’est pas possible non plus.
Les analyses avaient été faites. Mais pourquoi papa n’était pas compatible ?
- Samir. Ne m’en veux pas mais j’ai déjà donné un rein à ta grand-mère là bas. Je n’en ai plus qu’un. C’est pour ça que je ne peux pas.
- On fait quoi alors ? On le laisse mourir ? On le regarde comme des cons ?
- Samir calme toi. S’il te plait. C’est assez dur comme ça.
- Et… Et moi ?
- Hein ? Quoi « et toi » ?
- Moi, moi, je peux peut-être lui donner un rein ?
Je vis alors le visage de mon père s’illuminer. Et si je pouvais le sauver ? Une autre question vint alors aussi rapidement dans mon esprit. Si je suis compatible, le fait de donner mon rein ne me gênerait-il pas dans le football. Je devais en avoir le cœur net.
- Samir ? Ca va ?
- Hein, euh… Je suis où là ?
- Tu viens de te réveiller. L’opération s’est bien passée. Ton frère devrait aller mieux d’ici une semaine. Tu es un garçon courageux Samir. Tes parents doivent être fiers de toi.
Alors j’avais sauvé mon frère. Dès que le médecin m’avait confirmé que j’étais compatible et que cela ne me gênerait pas dans la pratique du football, j’avais foncé, tête baissée. Sans réfléchir.
Et la finale, c’était ce soir. Si mon équipe pouvait gagner, la journée serait parfaite. Les infirmières m’avaient trouvé une chambre avec Canal Satellite où la chaîne du FCNA diffusait le match. Je les surveillais alors ils avaient intérêt à gagner.