Chapitre 22 : Un repas instructif
En fait les parents de Laetitia n’étaient pas du tout comme je l’imaginais. Je pensais qu’ils devaient être très sévères, on ne peut pas avoir une fille si adorable et être adorable soi-même. Du moins, c’est ce que je pensais, parce que malgré que nous ayons près de deux heures de retard et que Laetitia ne m’avait quasiment pas adressé la parole du repas, ils m’avaient très vite mis à l’aise. Son père était passionné de football, ce qui m’avait pas mal aidé pour relancer les discussions. Le seul point où j’avais bien remarqué que ça coinçait s’est passé en plein milieu du repas.
- Et au fait Samir, on n’en a pas encore parlé. Qu’est ce que vous faites dans la vie en ce moment ?
Ca aussi ça me gênait. Qu’un adulte me vouvoie ne m’arrivait pas très souvent…
- Comment ça, qu’est ce que je fais ? Et bien je vous l’ai dis, je joue au foot, au FCNA.
- Oui, mais comme études ?
Un blanc. Mon regard se tourna vers Laetitia comme pour dire, « aide-moi ! ! » mais rien. Elle détourna même la tête. Fichu tête de mule ! !! Son père me fixait droit dans les yeux, il fallait bien que je réponde, mais quoi ? Je devais me dépêcher de choisir. Soit je disais la vérité, soit j’inventais quelque chose mais il fallait être crédible.
- Euh… En fait, j’ai arrêté depuis que je me suis lancé dans le football plus sérieusement. Ca fait trois ans que je ne vais plus à l’école, monsieur. J’étais en sixième, j’allais retaper mais finalement j’ai arrêté.
- Tu… Tu ne fais plus rien ? Et tu as arrêté en sixième ? Ce n’est pas très sérieux ça.
- Oui mais à Monaco, je n’avais pas pu faire les démarches administratives pour m’inscrire et comme je ne voyais pas ma mère, c’était quasiment impossible pour faire signer tous les papiers, donc j’ai laissé tomber, puis en Angleterre c’était encore pire. C’est vrai que l’année dernière j’aurai pu y penser mais ça ne m’a pas traversé l’esprit. Je pensais vraiment à autre chose à l’époque.
- Oui, mais cette année ? En plus j’ai appris que tu avais renoué plus ou moins des liens avec ta famille, donc ça ne devrait pas te poser plus de problème que ça, non ?
- Oui, c’est vrai, je n’y avais pas pensé.
Je ne savais plus trop quoi dire. Même si je lui avais menti. Bien sur que j’y avais pensé. Ca avait été une de mes principales préoccupations de cette fin de mois. Mais j’avais peur. Trois ans de retard. Déjà que je n’étais pas une lumière à l’époque alors avec trois ans de retard… Si j’étais resté au collège, je devrais rentrer en troisième cette année. Mais j’étais loin d’avoir le niveau. Et de toute façon, ça n’était pas avec le père de ma copine que je devais discuter de ces choses là. Je m’arrangeai donc pour qu’on change de sujet.
- Et bien tu devrais y penser Samir, les études c’est aussi important que le football. Imagine que le football, ça ne marche pas pour toi. Qu’est ce que tu vas faire après ?
Et pourquoi ça ne marcherait pas. Ca fait trois ans que je me dis que ça ne peut que marcher et beaucoup de monde le pense. Je vois pas pourquoi ça ne marcherait pas.
- Oui, vous avez raison, je vais en parler avec mon coach pour voir si je peux prendre des cours de rattrapage avec l’école du FCNA.
- C’est plus sage et…
- Et vous, Monsieur ? Qu’est ce que vous faites dans la vie ?
- Et bien moi je suis…
Ouf, j’avais réussi à détourner la conversation. Le reste du repas se passa sans problème. Et je pense que le père de Laetitia avait compris que le sujet me gênait et on ne reparla plus de mon niveau d’études. Bien que ce repas avait été assez important pour moi. Il avait raison, même si je croyais très fort au football, je ne pouvais pas me permettre d’arrêter les études comme ça. Et donc, dès le lendemain, je pris la décision d’aller voir le coach qui bien évidemment m’assura qu’il n’y avait aucun soucis et que je suivrais des cours particuliers, pour rattraper mon niveau. Il se débrouillerais pour me permettre d’avoir un emploi du temps assez libre pour allez en cours. Il y en avait du boulot à rattraper…
Tiens voilà Ernesto, il fallait que je lui annonce la nouvelle. Mais qu’est ce que c’est ? Du sang ? Oh merde ! ! Ernesto se tenait là, la tête entre les mains, assis sur un banc. Du sang s’écoulait le long de son visage. Qu’est ce qui avait bien pu se passer ?