Marseille règle ses comptes
Les pratiques suspectes de l´Olympique de Marseille en matière de transferts, au cours desquels près de 28 millions d´euros auraient transité frauduleusement de 1997 à 1999 au bénéfice présumé de joueurs, d´intermédiaires et de l´ex-entraîneur Rolland Courbis, sont jugées à partir d´aujourd´hui à Marseille.
Quatorze prévenus vont comparaître jusqu´au 31 mars devant le tribunal correctionnel, parmi lesquels l´actionnaire principal et ancien président de l´Olympique de Marseille, Robert Louis-Dreyfus, les anciens présidents délégués du club Jean-Michel Roussier et Yves Marchand ainsi que Rolland Courbis. Ils sont poursuivis essentiellement pour abus ou complicité d´abus de bien sociaux, alors que le club, après un dépôt de bilan en 1995, était encore en pleine dérive financière : 43 millions d´euros de pertes cumulées entre juillet 1997 et juin 2000. Aucun des quinze joueurs concernés par ces transferts, parmi lesquels les ex-internationaux Laurent Blanc, Christophe Dugarry ou l´Italien Fabrizzio Ravanelli, n´est poursuivi, l´instruction ne l´ayant pas jugé utile, contrairement à l´avis du parquet.
Conduite pendant plus de cinq ans, l´enquête des juges Laure Roche puis Franck Landou a décrypté les pratiques permettant de détourner les règles en matière de transferts. Selon l´accusation, leurs montants étaient quasi-systématiquement surévalués de 15 à 25% pour intégrer une prime occulte versée au joueur par le club vendeur. Objectifs : pour l´OM, minorer le salaire du joueur, et donc payer moins de charges. Pour le joueur, payer moins d´impôts. La justice soupçonne également Rolland Courbis d´avoir perçu en plusieurs occasions des commissions occultes sur les transferts, sur lesquels il avait la haute main avec «RLD». La plupart des transferts jugés, qui impliquaient parfois des agents non agréés, ont aussi donné lieu à une cascade de virements sur des comptes off-shore.
Déjà des incidents
Deux incidents d´audience, débouchant sur deux suspensions, sont intervenus lundi matin dès l´ouverture du procès. Le premier a concerné Jean-François Larios qui a contesté avoir reçu sa mise en examen et ses convocations pour être entendu dans les bonnes formes. Larios, impliqué dans les transferts présumés frauduleux de Rojas Mendoza et Cyril Domoraud, a demandé à être recité, et le président du tribunal Vincent Turbeaux lui a accordé le droit de quitter l´audience, affirmant dans un premier temps qu´il serait cité à nouveau «dans les mois qui viennent». Le président a ensuite précisé que, malgré l´absence de Larios, le tribunal sera «saisi» des dossiers le concernant et qu´il avait commis «une erreur de langage» en affirmant qu´il serait cité dans une autre audience.
A la suite de cet incident, Robert Louis-Dreyfus, appelé à la barre après Larios selon l´ordre alphabétique, a demandé et obtenu une suspension d´audience.
L´un de ses avocats, Jean Veil, au retour de cette deuxième suspension, a regretté le départ de Larios, estimant que cela constituait «un préjudice» pour son client, car Larios «a exprimé, lors de la seule fois où il a été entendu, que Robert Louis-Dreyfus ignorait les faits» qui lui sont reprochés. «Mais pour ne pas donner le sentiment qu´il fuyait l´audience, Robert-Louis Dreyfus a décidé de rester», a poursuivi Me Veil. (AFP)