Hier matin, 11h, à la Meinau. David Viana et Yan Benedick, deux jeunes issus de la CFA 2, reviennent d’un footing. À peine le temps de souffler qu’ils partent en direction de la salle de musculation.
Les plus anciens, à savoir Milovan Sikimic – qui a ensuite pris la route pour rentrer en Serbie – Julien Outrebon, Bill Tchato, Benjamin Genghini, Francisco Donzelot et Quentin Othon, font de leur côté des pompes sur le terrain d’honneur.
Les autres joueurs se font rares. Farez Brahmia, venu récupérer ses affaires, est reparti aussi sec tandis que d’autres sont déjà loin, à l’image de Tristan Mbongo, à l’essai depuis hier à Vannes (National). Sans parler de ceux, nombreux, qui ont déjà trouvé un club pour les accueillir.
« C’est de l’autogestion »
« On s’entraîne pour garder la forme, témoigne Julien Outrebon, l’un des seuls à accepter de s’exprimer. C’est de l’autogestion, mais heureusement on suit un programme que nous a donné le préparateur physique ».
Lui, comme les autres, n’attend désormais plus qu’une chose : être libéré par le tribunal, dès lundi, pour pouvoir signer ailleurs (*).
« Au club, tout le monde attend le dépôt de bilan, pose encore le défenseur. C e sera un soulagement. Tous ces rebondissements, ces faux espoirs, durant ces dernières semaines, c’était pénible. Il faut que ça cesse. Surtout pour le personnel, qui éprouve un vrai ras-le-bol ».
Et ce n’est pas Eric Moerckel, le représentant des salariés, qui risque de dire l’inverse.
Hier, le kinésithérapeute a une nouvelle fois réuni ses collègues, pour évoquer l’audition prévue devant la chambre commerciale du tribunal de grande instance (TGI). Une chambre commerciale qui a finalement décidé de ne pas désigner d’administrateur judiciaire, estimant certainement que l’audition devant le TGI, prévue lundi matin à 9h, viendrait assez tôt.
« L’ambiance est de plus en plus tendue. Ce matin (ndlr, ; hier) on a travaillé sur le dossier du tribunal. Et notamment sur les arguments que l’on va développer là-bas. On essaie de peser pour éviter que ça traîne encore plus. O n va demander la liquidation parce qu’on estime qu’il n’y a plus d’autre solution », souligne Eric Moerckel. Et d’ajouter : « On en est arrivé à vouloir le dépôt de bilan… Pour des salariés, c’est fou d’en arriver là. Mais on n’a plus de dirigeant, on risque de ne plus être payé. Autant déposer le bilan tout de suite pour rebondir le plus rapidement possible ».
Hier, il y avait donc une ambiance “fin de règne” au stade de la Meinau, où quelques “historiques” étaient de passage pour saluer leurs anciens collègues. Et en profiter pour évoquer la dernière lubie de Thomas Fritz, le “propriétaire” qui aurait annoncé avoir recruté Stéphane Paille comme entraîneur et avoir trouvé 3 millions d’euros pour sauver le club. Une annonce, qui – faut-il le souligner ? – n’a fait rire personne au stade de la Meinau.
Serge Cayen, l’ancien monsieur sécurité, est arrivé le cœur serré tout comme Dany Eberhardt, qui part à la retraite l’année même où le club met la clé sous la porte.
Bref, la Meinau ressemble toujours plus à un bateau ivre privé de capitaine depuis trop longtemps. Ce qui entraîne aussi – et malheureusement – quelques comportements consternants. À l’image de certains joueurs, qui n’ont pas hésité à “piller” leur propre vestiaire. « Certains ont pris des télévisions, les maillots, les joggings… », peste un employé. Hier après-midi, le code de l’entrée des joueurs a finalement été changé pour que les indélicats ne puissent plus pénétrer dans les locaux.
Ce genre d’attitude, digne d’une classe de maternelle, pourrait persque être comique. Sauf que plus personne n’a envie de rire à la triste fin d’un club centenaire, qui a tant fait rêver les Alsaciens.
BARBARA SCHUSTER
Maintenant des pillages, tellement caricaturale et pourtant 