En l’espace d’un mois, le sage Eiji Kawashima est passé du statut de gardien n°3 à celui de titulaire pour l’ouverture de la saison, dimanche à Lorient. À 37 ans, le “Samouraï Blue” aborde la situation avec détachement et motivation.
En dehors du carré de fidèles qui suit, été comme hiver, les entraînements du Racing le long du Krimmeri, personne ne connaît l’implication d’Eiji Kawashima au quotidien. À vrai dire, peu de supporters strasbourgeois le connaissent tout court.
Arrivé en Alsace à l’été 2018 en provenance de Metz, l’international japonais, trois Coupes du monde à son actif, n’a disputé en tout et pour tout qu’un match officiel sous le maillot alsacien, et encore loin de la Meinau. C’était en mai 2019 pour la clôture du championnat à Nantes (succès 1 à 0)
« Ça remonte à loin, sourit le doyen de l’effectif strasbourgeois. Le championnat me manque, c’est sûr. Mais je ne me plains pas. Je travaille beaucoup à l’entraînement, je garde la forme pour pouvoir aider dans les périodes compliquées. »
« Je me prépare toujours pour jouer les matches, aider le groupe et le club »
Au registre des complications, justement, le Racing pointe en tête de liste. Tout a commencé par la blessure du gardien titulaire, Matz Sels, victime d’une rupture du tendon d’Achille mi-juillet et sur la touche six mois. Manque de chance, son remplaçant désigné, Bingourou Kamara, a été rattrapé par le coronavirus en début de mois et mis en quarantaine jusqu’à ce qu’il recouvre la santé à une date indéterminée. Du coup, c’est le numéro 3 qui a été propulsé en première ligne.
« Un, deux ou trois, les numéros ne m’intéressent pas, tranche Kawashima. Je me prépare toujours pour jouer les matches, aider le groupe et le club. »
Mobilisé à chaque fois une mi-temps lors des deux premiers amicaux, puis laissé seul mardi dernier à Vittel contre Dijon (3-0), où il a été décisif à plusieurs reprises, le Nippon a passé un samedi plus compliqué face à son ancien club, s’inclinant à trois reprises en première mi-temps. Au plus fort de la tempête, on l’a vu haranguer ses jeunes coéquipiers, dont certains pourraient quasiment être ses enfants.
« Dans ces cas-là, il faut beaucoup parler et encourager, dit celui qui n’a pas grand-chose à se reprocher sur les trois réalisations messines. Après le premier but, on a baissé la tête. Mais on était obligé de revenir dans le match. À une semaine de la reprise, tu ne peux pas lâcher. »
Son attitude irréprochable plaît à Thierry Laurey, pas mécontent de pouvoir compter sur un “vieux” sage plutôt qu’un novice sans référence. « Aujourd’hui (samedi) , il a été un peu abandonné par son équipe, sourit l’entraîneur. Mais on a totalement confiance en lui. À chaque fois que l’on a besoin de ses services, il répond présent. Au niveau de l’implication, on n’a pas attendu qu’il passe titulaire pour en juger. On sait qu’Eiji est un grand professionnel, avec beaucoup d’expérience. Si on l’a gardé (son contrat court jusqu’en juin 2021) , c’est qu’on estime qu’il nous apporte beaucoup. »
Dimanche prochain à Lorient, le gardien aux 91 sélections avec les “Samouraï Blue” va donc reprendre du service en Ligue 1. Sans penser au poids des ans – « Je m’en fous de l’âge », évacue-t-il poliment mais fermement –, mais avec le souci d’être à la hauteur de l’événement.