La récente charge du président londonien du Racing contre l’association support, à laquelle il réclame 3,2 millions d’euros, est liée à la pression croissante sur un club à la trésorerie exsangue. Au point que des doutes sérieux planent sur la fin de saison.
Tous les clignotants, excepté sur le terrain sportif, vert comme l’espoir d’une remontée, sont au rouge. Les finances du Racing sont au plus bas. À trois mois et demi de la fin de l’exercice, l’étau se resserre sur un club à la trésorerie miséreuse et sur Jafar Hilali et ses acolytes.
Les salaires de février ont été versés aux employés avec quelques jours de retard, comme le 13 e mois 2010, payé fin décembre alors qu’il était traditionnellement distribué fin novembre. Ceux de mars devraient eux aussi arriver plus tard que prévu. Et après ? Le flou est total et le doute, permis.
Car le plan de trésorerie soumis fin novembre à la DNCG (1) apparaît aujourd’hui bien bancal. Des failles y sont apparues et un dangereux séisme financier menace le RCS qu’une non-montée en Ligue 2 pourrait conduire tout droit au dépôt de bilan. Parmi les brèches ouvertes, les subventions des collectivités (2).
La trésorerie consolidée 2010-2011 (SASP + association support RCS, qui gère le centre de formation) intègre en effet 1,089 million d’euros de subventions à venir pour avril, mai et juin. Mais la réalité est tout autre : 345 435 euros, dont 146 735 pour l’association support, restent à percevoir pour ces trois prochains mois. Un peu moins de 200 000 tomberont dans l’escarcelle de la section pro. 743 000 de moins que les prévisions !
Mais les soucis du club strasbourgeois ne s’arrêtent pas là. Les comptes arrêtés le 31 décembre 2010 ont mis en lumière un déficit de 2,488 millions (« L’Alsace » du samedi 12 mars) et le trou continue à se creuser à vitesse exponentielle (voir ci-contre). Sans les 455 000 euros versés mi-janvier par l’association support, en remboursement du prêt que lui avait consenti IMG/Mc Cormack lors de la construction du centre en 2000, la situation se serait dégradée plus vite encore. Ce substantiel apport sonnant et trébuchant a tiré une belle épine du pied aux propriétaires de la City. Mais il n’a fait que retarder l’échéance.
Même en laissant de multiples ardoises (fournisseurs, prestataires) moisir dans les tiroirs, les dépenses du club excèdent largement les recettes. Malgré l’arrivée récente du reliquat de la Coupe de France (environ 100 000 euros, dont un tiers pour les joueurs) et de la subvention du Conseil régional payée mi-mars (80 000 euros, dont la moitié pour l’association), le compte n’y est pas. Chaque mois, le RCS débourse en moyenne 700 000 euros (dont 400 000 pour les salaires, charges sociales incluses). Son décaissement prévisionnel d’avril à juin s’élève très exactement à 2,243 millions.
-1 million de trésorerie
La dernière traite du transfert de Magaye Gueye (235 000 euros), payable début avril par Everton, permettra d’assurer en partie les salaires de mars. Pour l’autre partie, le Racing a dû solliciter une avance de 109 000 euros auprès de Sportfive, l’agence de marketing qui gère ses recettes sponsoring et publicité.
Le chiffre d’affaires prévisionnel 2010-2011 de Sportfive avait été estimé à 1,261 millions (commissions déduites). Il n’excédera pas le million. Pourtant, conformément à son mode opératoire, l’agence a déjà procédé à deux versements de 304 000 euros en novembre et 478 000 en janvier. Si l’on y ajoute les 109 000 euros d’avance accordés ces derniers jours, le RCS ne touchera donc plus d’ici juin que… 109 000 euros de l’agence. 369 000 de moins, après ajustement, que le 3 e versement - de 478 000 - consigné dans le plan de trésorerie en avril.
En cumulé sur ces deux postes (subventions et sponsoring), 1,112 million prévu au 2 e trimestre 2011 a donc déjà été récupéré (3) et dépensé. Les recettes de ce trimestre, établies à 2,278 millions, ne seront ainsi que de 1,166 million. Contre - on l’a dit - 2,243 millions de dépenses.
Bref, pour assurer la trésorerie jusqu’en juin, Jafar Hilali a besoin de plus d’un million. Plutôt que de remettre la main à la poche, il a préféré attaquer l’association support pour tenter d’en récupérer 3,188 dont 888 000 - disponibles sur le compte courant - tout de suite. On comprend mieux pourquoi.
(1) Direction nationale du contrôle de gestion.
(2) Les institutions nous ont fourni un solde détaillé des subventions à la mi-mars. Rappelons que le club a bénéficié cette année de subventions pratiquement doublées, celles de 2009-2010 ayant été en partie gelées. Leur total est de 2,362 millions, dont 1,440 pour 2010-2011. 2,017 millions ont déjà été perçus.
(3) La mairie et la CUS ont presque tout versé entre janvier et février.
