Ce commentaire de Longimane
Incroyable que ce débat puisse même avoir encore lieu aujourd’hui…
Bien qu’habitant en région parisienne, je suis supporter de l’ASM depuis 1981 ; et je suis le premier à reconnaître que mon club de coeur a perdu son âme dans la foulée de son dernier titre de champion de France en 2000, en bradant ses meilleurs espoirs, en cassant une équipe ultra solidaire et spectaculaire, en négligeant son centre de formation ultra performant et en se lançant dans une politique hallucinante de recrutement de mercenaires (merci au récidiviste et incompétent Marc Keller au passage, ainsi qu’à ceux qui l’ont recruté, puis réembauché après qu’il a été dûment licencié). Et je n’évoque même pas ici la ribambelle de dirigeants fantoches qui se sont succédé à un rythme effréné à la tête de l’ASM depuis cette époque.
Mais d’un autre côté, comment peut-on sérieusement, objectivement et honnêtement oublier tout ce que Monaco a apporté au championnat de France, et au-delà, à la France du football ? L’ASM, c’est l’un des plus beaux palmarès du foot hexagonal, avec l’OM, l’ASSE, Nantes, et aujourd’hui Lyon. L’ASM, depuis le début des années 1980 (je ne parlerai ici que de ce que j’ai connu), c’est l’un des plus grands centres de formation, dont sont issus Bruno Bellone, Manuel Amoros, Emmanuel Petit, Lilian Thuram, David Trézéguet, Thierry Henry… Autant de stars immenses dont a pleinement profité l’équipe de France durant les campagnes platiniennes de 1982, 1984 et 1986, puis zidaniennes de 1998 et 2000. Au cours de cette dernière, ce sont du reste 9 des 15 buts français qui auront été marqués par des joueurs issus de l’ASM…
En coupe d’Europe, grâce à ses deux finales de C2 en 1992 et de C1 en 2004, ainsi que par ses 4 ou 5 demi-finales, l’ASM a rapporté un quota de points UEFA plus que probant à la France… On ne peut pas franchement en dire autant de certains des clubs qui en ont profité et qui ne trouvaient alors rien à redire, ou si peu, quant au statut de l’ASM. Et qui, aujourd’hui, se joignent à la meute. C’est pitoyable. Et dire qu’il ne fait quasiment aucun doute que Thiriez va abonder en leur sens en ouvrant le dossier… Heureusement que l’issue est connue et que rien ne remettra en cause le statut de l’ASM et sa totale appartenance au championnat de France. Heureusement pour l’ASM, pour la justice, et pour le foot français. Car l’ASM doit redevenir un bastion de ce sport, afin de rivaliser dans les toutes prochaines années avec le PSG dans le championnat, et AVEC le PSG en coupe d’Europe. Contre les grands clubs étrangers qui, eux, par les particularismes des pays dont ils font partie et à l’exception notable de l’Allemagne, jouissent bel et bien d’un statut économique inique, qu’il s’agisse de l’Angleterre, de l’Espagne, de l’Italie ou de la Russie.
Et pour en revenir plus prosaïquement à l’échelle nationale, on évoque les avantages fiscaux de l’ASM ? Et la caisse noire de Roger Rocher en 1981 ? Et le règne quasi monarchiste, pour ne pas dire plus, de Claude Bez à Bordeaux dans les années 1980 ? Et l’ère Tapie à l’OM ? Et l’empire d’Aulas à l’OL ? Et la période Canal + du PSG, sans même parler de la nouvelle ère des Qataris, eux aussi soumis à d’immenses avantages fiscaux depuis des accords entre nos deux pays signés il n’y a pas si longtemps par leurs plus hauts dignitaires respectifs ? Les moutons qui hurlent parmi les loups oublient-ils que les périodes de gloire de tous ces grands clubs coïncident avec des méthodes financières plus que douteuses et franchement officieuses mises en place par leurs présidents respectifs ? Comment tous ces gens peuvent-ils sérieusement aborder le sujet de la soi-disant situation fiscale privilégiée de l’ASM (au demeurant et en réalité bien plus tronquée et restreinte qu’ils ne veulent bien l’admettre, et ils le savent parfaitement – ce qui relève donc en outre de la plus totale partialité et hypocrisie de leur part, mais passons…), alors qu’ils sont les premiers à avoir usé de subterfuges hors-la-loi et à avoir sciemment dupé tout le monde ? Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois…
La fin des privilèges, c’est avant tout celle de tous ces présidents qui se les sont attribués d’eux-mêmes en vivant pendant des années au-dessus de leurs moyens (Martel, Legarda, Aulas, Salerno, j’en passe et des plus ou moins meilleurs…) et qui aujourd’hui préfèrent voir la poutre dans l’oeil de leur voisin plutôt que dans le leur – entendez, la situation catastrophique de leur club. Et qui préfèrent lâchement se défausser sur l’autre de leur propres impérities et impuissance.