L'assasinat parfait?
Les pneus du taxi crissèrent et le véhicule jaune s’arrêta juste devant Mikhaïl Makarov qui ouvrit la portière. Il s’engouffra dans la voiture et referma la portière. Le chauffeur de taxi, un homme d’une trentaine d’années se pencha dans sa direction, ses doigts pianotant sur le klaxon. Makarov prit la parole :
-Je vais au 145e Union Street, à l’hôtel Majestic, à Alderney. Déclara l’homme d’une voix froide. Le chauffeur eut froid dans le dos. Vous pouvez m’y emmener ?
-Je… Bien sûr, Monsieur.
Le chauffeur du taxi écrasa la pédale et s’engagea sur la route. Après quelques minutes de conduite, il passa par le pont qui reliait Algonquin à Alderney. La lumière qui émanait des néons illuminait la route, source de lumière dans la nuit. Il pleuvait abondamment. Durant le trajet, l’homme à l’arrière ne prononça pas un mot, contemplant la route à travers ses lunettes de soleil. Il était complètement chauve, portait des gants noirs, et un costume cravate. Il semblait réfléchir. Le chauffeur le regarda brièvement dans le rétroviseur.
-Vous faites quoi dans la vie, Monsieur…
-Makarov.
-Monsieur Makarov. C’est quoi, votre boulot ?
-Je suis avocat.
-Vous allez faire quoi à Alderney ?
-Je dois aller au Majestic pour traiter d’une affaire particulièrement spéciale. L’affaire Starcream, ça vous parle ?
-Tout le monde en a entendu parler, vous savez. C’est pas l’histoire d’un haut fonctionnaire qui à été assassiné par un tueur à gages ?
-C’est lui.
-Ils ont chopé un des gars, c’est ça ?
-C’est ça…
-Vous avez des enfants, Monsieur Makarov ?
-Je vous en pose des questions ? souffla l’avocat, soudain agressif.
-Je voulais pas vous embêter, Makarov, se justifia le chauffeur de taxi. Vous savez, les gens aiment bien qu’on cause avec eux.
-Pas moi. Conduisez.
Mikhaïl se rappelait l’assassinat de Starcream. D’une certaine façon, il n’avait pas mentit au chauffeur de taxi : il était d’une certaine manière impliqué dans cette affaire, mais en tant qu’accusé. C’était lui qui avait tué le fonctionnaire. Son acolyte s’était fait arrêter alors qu’ils quittaient l’immeuble. L’assassinat avait mal tourné. Maintenant Mikhaïl devait tuer son ancien ami, sinon il savait qu’il le balancerait. Il n’y avait pas de solution ; si jamais ils organisaient une évasion, Makarov serait grillé ; un meurtre était une meilleure solution, même si Mikhaïl appréhendait le fait de devoir abattre son ex meilleur ami. Cela faisait partie des risques du métier, pensa-t-il. Il soupira. Le taxi s’arrêta ; ils étaient arrivés. Mikhaïl paya grassement le chauffeur puis sortit du véhicule. Il pénétra dans l’hôtel et regarda autour de lui : le Majestic était un palace. C’était là que son acolyte était logé en attendant le procès. La chambre devait sûrement être gardée. Plusieurs grooms faisaient l’aller-retour de chambres à d’autres. Mikhaïl savait comment il accèderait à la chambre : il devait s’habiller en groom. Pour cela, il allait devoir en neutraliser un ; il vit l’un d’entre eux entrer dans les toilettes en refermant la porte derrière lui. Il le suivit à son tour et attendit devant la porte de WC hommes. Elle s’ouvrit en grinçant. Les mains de Mikhaïl partirent en avant et il donna un grand coup de la paume sur les tympans du groom. Celui-ci plaqua les mains sur ses oreilles et ouvrit la bouche pour crier, mais aucun son n’en sortit ; Mikhaïl le saisit par le col et lui donna un coup de genou dans l’entrejambe puis lui bourra l’estomac de coups de poings : quand il eut fini, il donna un grand coup de boule en pleine face : le nez de l’homme explosa et du sang gicla sur le front de Mikhaïl. Le groom s’écroula. Il resterait inconscient au moins trois heures ; c’était plus qu’il n’en fallait au tueur à gages. Il rinça son crâne chauve avec de l’eau, puis emmena le corps dans les cabinets. Il le déshabilla et enfila ses vêtements, puis il assit l’homme sur la cuvette des toilettes, et posa son costume, ses gants et ses lunettes de soleil sur les genoux du groom. Il sortit du cabinet, maintenant le verrou fermé grâce à une épingle à nourrice, puis quitta les toilettes. Il prit l’ascenseur et monta au troisième étage. Quelques secondes plus tard, un bruit sonore retentit et les portes s’ouvrirent.
Mikhaïl marcha d’un pas lourd sur le tapis dans le couloir et arriva chambre 303 ; il ouvrit la porte en toisant les policiers de garde qui le considérèrent d’un œil suspect. Il pénétra dans la chambre à coucher. L’homme qu’il cherchait regardait New York par la fenêtre. Il se retourna et croisa les yeux du tueur à gages.
-Mikhaïl ! Fit-il. Je savais que tu viendrais. Tu vas me faire évader ?
-Non, répondit froidement Makarov.
Il fit glisser un pistolet surmonté d’un long silencieux de sa manche, puis le pointa sur l’homme et l’abattit d’un tir entre les deux yeux ; l’homme tomba en arrière et s’écroula, une expression surprise sur son visage. Une petite trace de sang tachait le mur derrière lui. Mikhaïl considéra le cadavre, puis fourra le pistolet dans sa poche et quitta la pièce. Il descendit par les escaliers et entra de nouveau dans les toilettes. Il déverrouilla le cabinet de l’extérieur grâce à la même épingle, puis ôta les vêtements du groom et remit les siens. Il garda les gants du groom et les fourra dans la poche de son costume, remit ses lunettes, ses gants, puis quitta la pièce en refermant à nouveau la porte derrière lui. Après l’avoir verrouillée, il abandonna le groom et sortit de l’hôtel sans un regard derrière lui. Pour finir, il sortit un briquet, se mit à l’abri de la pluie, et brûla les gants en toile sur lesquels ses empreintes étaient marquées. Il jeta les cendres dans une poubelle. Puis il sortit de la poche intérieure de sa veste un boîtier surmonté d’un petit bouton rouge. Il l’écrasa.
À 300 mètres de là, le taxi qui l’avait emmené explosa avec tous ses passagers. Mikhaïl entendit l’explosion et s’éloigna de l’hôtel, se fondant dans la foule, le détonateur au fond de sa poche…