Je parcours ces terres depuis toujours, sans répit, à la recherche d'un havre de paix, loin de la guerre qui déchire ce pays, ou les deux camps ignorent qu'en cas de victoire, seront envahis par un troisième camp encore pire que les deux autres. Un lieu loin des stéréotypes, des idées reçues, de la famine et de la misère, un lieu ouvert à tous. On m'a toujours reproché de voler durant mes quinze années d'existence. On m'a toujours refusé le droit d'entrer dans les grandes villes. Et pourquoi ? Parce que je suis né avec un corps recouvert de fourrure, des oreilles pointues et une queue de chat. Un chat. Voilà à quoi on m'a toujours comparé. On m'a toujours dit de retourner en Elsweyr. Elsweyr ? Je n'ai jamais mit les pieds là-bas. Je sais juste qu'il y a d'immenses déserts, dans ces contrées lointaines. Dans ce monde peuplé d'intolérance, j'ai décidé de ne plus respecter les règles, de ne plus recevoir les coups.
Aujourd'hui, un groupe me traque comme un animal, juste pour quelques fruits, une bourse d'or et une cape de fourrure volée. Je saute de branches en branches, loin du sol et des problèmes. Des éclats de voix se rapprochent. Ils sont là. Je les voix, avec leurs armures épaisses et leurs immenses armes, tous avec de longs cheveux blonds, des yeux bleus, une barbe et une grande arme pour compenser avec leur manque de virilité. Je les entends parler de moi, me traitant tour à tour d'animal, d'ordure, de voleur... Mais c'est de LEUR faute si je suis comme ça. La traque ne pourra se terminer que de deux manières : ma mort... Ou la leur. Je regarde mes mains. Mes griffes sont aiguisées, comme toujours. Je me saisit de mon arc et d'une flèche. Je regarde en bas, je suis à quatre mètres du sol, tenant en équilibre sur une épaisse branche recouverte de neige, comme tout le reste de la forêt en cette saison. Je bande l'arc, tenant en joue le dernier homme du groupe... Et lâche la corde. La flèche va se planter dans le creux de son dos, le faisant s'effondrer dans un râle douloureux. Le groupe se retourne, alerté par le bruit. Je décoche alors une autre flèche, qui va se loger au milieu du front d'un deuxième Nordique. Un troisième passe juste en dessous de la branche. Je lui saute dessus dans un saut, long d'une seconde, une seconde hors du temps. Mes pieds lui écrasent alors la tête alors que le corps du malheureux le sert d'amortisseur de chute. Un cri de rage retentit dans mon dos. Je me retourne et voit un guerrier levant sa lourde hache pour le frapper d'un coup en diagonale. Mais il me rate à cause du manque de précision de son coup et de mon agilité, avant de décapiter dans son élan un de ses camarades. Il retente alors de me frapper, mais me loupe une seconde fois. Il ne pourra pas le frapper la prochaine fois car mon poing le frappe au niveau de la pomme d'Adam, lui coupant toute respiration. Un autre ennemi, brandissant une épée bâtarde s'apprête à me porter un coup fatal. Mais il est interrompu soudainement : les griffes de ma main droite viennent de s'enfoncer dans sa gorge. Il ne parvient qu'à hoqueter, recrachant du sang par la bouche et par son artère sectionnée. Ses mains ont lâchées la bâtarde et me tiennent le bras. Il me regarde droit dans les yeux en hoquetant. Il a peur de la mort, car il la voit douloureusement venir. Ses mains se crispent sur mon bras...puis se déserrent, avant de s'effondrer dans une marre d'un liquide rougeâtre chaud qui fait fondre la neige qu'il arrose. Des pas de courses parviennent alors jusqu'à mes oreilles félines. Je me retourne : le dernier homme fuit. Je sort mon arc, je dois le ralentir. La flèche que je décoche l'atteint derrière la rotule. Dans un hurlement mélangeant la douleur, la rage et la peur, il tombe... Pour se relever en boitant. Maintenant à moins d'une dizaine de mètres de lui, je lui loge une flèche dans l'autre jambe. Il tombe de nouveau, mais n'arrive pas à se relever. Je m'approche lentement de lui. Ce guerrier il y a quelque minutes fier, me regarde maintenant d'un regard apitoyant. Si je l'épargne, il parviendra peut être à survivre, me dénoncera... Et la traque reprendra de plus belle. Je pose alors lentement une flèche sur mon arc, alors qu'il me regarde en criant "pitié", une larme à l'œil. Je tends la corde et dirige la flèche vers sa tête.
Le temps se fige... Je suis un prédateur.