Tout dépend de quelle URSS tu parles. J'n'ai pas la mémoire très fraîche au niveau de l'URSS de Staline pré-WWII, donc j'vais éviter d'en parler. Ce que je sais, c'est qu'à partir de la constitution du bloc soviétique, c'est presque allé de mal en pis pour la situation économique globale du bloc.
Certes, les membres du bloc sont devenus d'importantes puissances industrielles, ça ne fait aucun doute. Mais ça n'était pas sans contrepartie: On peut d'abord noter le fait que durant les débuts de la CAEM, l'URSS ponctionnait les autres membres, soit disant pour assurer les "réparations" des dommages liés à la WWII (il faut garder à l'esprit que l'URSS a essuyé 20 millions de morts et énormément de dommages matériels, suffisamment pour apparaître comme le martyr de l'Europe). Ce n'était même pas des échanges, c'était vraiment l'URSS qui ponctionnait sans se soucier des conséquences. Mais ça témoignait en partie de la situation critique dans laquelle elle se trouvait, et du manque de ressources qu'elle connaissait durant sa période de reconstruction. Autrement dit, et cela n'est pas étonnant, on ne peut pas parler d'autarcie durant la période de reconstruction, allant de 1945 à 1950.
Ensuite, durant le reste de la période, allant de 1950 à 1991, on a une tendance qui est restée inchangée: l'URSS souffrait de deux carences. La première concernait tous les produits du secteur dit "B", c'est-à-dire tout ce qui concerne les biens d'équipement et de consommation. Comme je l'ai dit, on peut argumenter que les biens de consommation ne rentrent pas dans l'idéologie communiste. Mais il n'empêche que l'existence de ces biens de consommation était connue des habitants de l'URSS, et que ceux-ci souffraient d'un véritable vouloir-d'achat qui n'était pas assouvi. Cette carence en produits du secteur B était liée au fait que les plans quinquennaux, jusqu'au dernier réalisé sous Khrouchtchev, donnaient la priorité aux produits du secteur A (
), c'est-à-dire l'industrie lourde et l'extraction. Brejnev n'a pas poursuivi les derniers efforts de Khrouchtchev dans ce domaine, sans pour autant y mettre un terme, ce qui a eu pour effet de ne pas accélérer l'amélioration, qui existait bel et bien, à ce niveau.
La seconde carence concernait l'agriculture. L'agriculture soviétique est restée archaïque pendant toute la période 1945 - 1991, principalement pour la même raison précédente. Là encore, c'est Khrouchtchev, admiratif envers le blé américain, qui a voulu améliorer les rendements de l'agriculture soviétique en tentant des politiques d'intéressement, c'est-à-dire en basculant toujours un peu plus vers le système capitaliste. Khrouchtchev est l'un des premiers qui a réalisé, sans trop en avoir conscience, je pense, que le système économique soviétique s'essoufflait rapidement. Malheureusement, ça n'a pas vraiment marché. D'une part, Khrouchtchev a été évincé en partie car cette nouvelle politique ne plaisait pas, et nul doute que Brejnev n'allait pas refaire la même erreur (même si les politiques d'intéressement seront reprises par la suite). D'autre part, l'agriculture restait archaïque, et l'URSS ne produisait aucun stock. Elle produisait donc tout juste de quoi nourrir sa population, mais dès qu'une année difficile apparaissait, elle se retrouvait en sous-productivité. Or, les années 1970 ont été marquées par de nombreuses années difficiles...
Le problème, c'est que les membres du bloc soviétique étaient dans la même situation. D'une part, la plupart des membres du CAEM ont suivi à la lettre les mêmes évolutions que l'URSS. Or, qui dit mêmes évolutions dit mêmes erreurs et mêmes problèmes. C'est ainsi que ces Etats se sont retrouvés à leur tour dans une situation de pénurie de biens de consommation et d'équipement, et de denrées alimentaires. D'autre part, on a la Yougoslavie et la Roumanie qui ont toutes deux très tôt quitté cette logique (1948 pour l'un, 1968 pour l'autre), même si la Roumanie est restée dans le CAEM et le Pacte de Varsovie. La Yougoslavie a ouvert ses frontières à l'Ouest et est devenue une destination touristique prisée, la Roumanie a ouvert ses finances et... est rentrée au FMI. Ces deux exemples témoignent d'une incapacité à s'en sortir sans passer par des aides étrangères, et donc éliminent toute hypothèse d'autarcie de ces deux pays.
Mais revenons à notre bloc soviétique, amputé de la Yougoslavie et de la Roumanie. Maintenant que la situation est posée, qu'ont-ils faits ?
Comme je l'ai dit, l'ensemble souffrait de carences en denrées alimentaires. Hormis la Tchécoslovaquie et la Hongrie qui ont, elles, réussi à mettre en place de véritables politiques d'intéressement (la Hongrie devenant même exportatrices de certains produits agricoles), la plupart des Etats du CAEM étaient dépendants de l'URSS, qui les alimentait, quand elle le pouvait, en produits agricoles. Mais comme je l'ai dit, l'URSS ne le pouvait pas tout le temps, et il lui est arrivé, à plusieurs reprises, d'importer des céréales depuis les Etats-Unis.
Le véritable tournant a lieu en 1973 et 1979, après les deux chocs pétroliers. D'un côté, on a les Etats-Unis qui cherchent de nouvelles sources d'approvisionnement en pétrole, et de l'autre côté, on a l'URSS qui cherche à manger. L'accord se signe rapidement, et les deux ennemis idéologiques deviennent d'importants partenaires commerciaux.
En Europe, les pays occidentaux exportent des biens de consommation et d'équipement à l'Est, tandis que l'Est leur envoie.... je ne sais plus quoi. Trou de mémoire et flemme d'aller regarder dans le cours.
Cette situation est globalement celle qui dura jusqu'en 1991.
Rajoutons enfin le fait que dans les années 1970, le CAEM a mis en place une politique de spécialisation: chaque Etat membre devait désormais produire des biens industriels précis. Chaque Etat, URSS comprise, devenait alors dépendant des autres pour ces biens, qui allaient de l'automobile (URSS) au bus (Hongrie), en passant par l'armement (Tchécoslovaquie). Autant dire que toute autarcie Etat par Etat n'était pas atteinte, et donc a fortiori, par d'autarcie au sens strict du terme pour l'URSS.