Exemple d'une personne cultivée :
Colette, Claudine à l’école, 1900
Roubaud circule, distribuant de grandes feuilles timbrées de bleu au coin gauche, et des pains à cacheter. Nous connaissons toutes la manoeuvre : il faut écrire au coin son nom, avec celui de l'école où nous avons fait nos études, puis replier et cacheter le coin.(Histoire de rassurer tout le monde sur l'impartialité des appréciations).
Cette petite formalité remplie, nous attendons qu'on veuille bien nous dicter quelque chose. Je regarde autour de moi les petites figures inconnues, dont plusieurs me font pitié, tant elles sont déjà tendues et anxieuses.
On sursaute, Roubaud a parlé dans le silence : Épreuve d'ortho graphe, Mesdemoiselles, veuillez écrire : je ne répète qu'une seule fois la phrase que je dicte. Il commence la dictée en se promenant dans la classe.
Grand silence recueilli. Dame ! les cinq sixièmes de ces petites jouent leur avenir. Et penser que tout ça va devenir des institutrices, qu'elles peineront de sept heures du matin à cinq heures du soir, et trembleront devant une Directrice, la plupart du temps malveillante, pour gagner 75 fr. par mois ! Sur ces soixante gamines, quarante-cinq sont filles de paysans ou d'ouvriers ; pour ne pas travailler dans la terre ou dans la toile, elles ont préféré jaunir leur peau, creuser leur poitrine et déformer leur épaule droite : Elles s'apprêtent bravement à passer trois ans dans une École normale (lever à cinq heures, coucher à huit heures demie, deux heures de récréation sur vingt-quatre), et s'y ruiner l'es tomac, qui résiste rarement à trois ans de réfectoire. Mais au moins, elles porteront un chapeau, ne coudront pas les vêtements des autres, ne gar eront pas les bêtes, ne tireront pas les seaux du puits, et mépriseront leurs parents ; elles n'en demandent pas davantage. Et qu'est-ce que je fais ici, moi Claudine ?je suis ici parce que je n'ai pas autre chose à faire, parce que papa, pendant que je subis les interrogations de ces professe urs, peut tripoter en paix ses limaces ; j'y suis aussi « pour l'honneur de l'École », pour lui obtenir un brevet de plus, de la gloire de plus, à cette École unique, invraisemblable et délicieuse...
Ils ont fourré des participes, tendu des embûches de pluriels équivoques, dans cette dictée qui arrive à n'avoir plus aucun sens, tant ils ont tortillé et hérissé toutes les phrases. C'est enfantin !
-Un point, c'est tout. Je relis.
Je crois bien ne pas avoir de fautes ; je n'ai qu'à veiller aux accents, car ils vous comptent des demi-fautes, des quarts de fautes, pour des velléïtés d'accents qui traînent mal à propos au-dessus des mots. Pen dant que je relis, une petite boule de papier, lancée avec une adresse externe, tombe sur ma feuille ; je la déroule dans le creux de ma main , c’ est la grande Anaïs qui m'écrit : «Faut-il un S à trouvés, dans la seconde phrase?» Elle ne doute de rien, cette Anaïs ! lui mentirai-je ? Non, je dédaigne les moyens dont elle se sert familièrement. Relevant la tête, je lui adresse un imperceptible «oui », et elle corrige, paisiblement.
- Vous avez cinq minutes pour relire, annonce la voix de Roubaud ; l’épreuve d'écriture suivra.
Seconde boulette de papier, plus grosse. Je regarde autour de moi elle vient de Luce dont les yeux anxieux épient les miens. Mais, mais, elle demande quatre mots ! Si je renvoie la boulette, je sens qu'on la pincera ; une inspiration me vient, tout bonnement géniale : sur la ser viette de cuir noir qui contient les crayons et les fusains (les candidates doivent tout fournir elles-mêmes) j'écris, un petit morceau de plâtre détaché du mur me servant de craie, les quatre mots qui inquiètent Luce, puis je lève brusquement la serviette au-dessus de ma tête, le côté vierge tourné vers les examinateurs qui, d'ailleurs, s'occupent assez peu de nous. La figure de Luce s'illumine, elle corrige rapidement ; ma voi sine en deuil qui a suivi la scène, m'adresse la parole :
- Vrai, vous n'avez pas peur, vous.
- [ ...]
Roubaud promène entre les tables son petit ventre rondelet et recueille nos copies qu'il porte à ses congénères. Puis il nous distribue autres feuilles pour l'épreuve d'écriture et s'en va mouler au tableau tir, d'une « belle main », quatre vers :
Tu t'en souviens, Cinna, tant d'heure et tant de gloire, Etc., etc...
Vous êtes priées, Mesdemoiselles, d'exécuter une ligne de grosse cursive, une de moyenne cursive, une de fine cursive, une de grosse ronde, une de moyenne ronde, une de ronde fine, une de g bâtarde, une de moyenne et une de fine. Vous avez une heure.
C'est un repos, cette heure-là. Un exercice pas fatigant, et on pas très exigeant pour l'écriture. La ronde et la bâtarde, ça me va c'est du dessin, presque, mais ma cursive est détestable, mes lettres bouclées et mes majuscules arrivent difficilement à garder le nombre exigé de « corps » et de « demi-corps » » d'écriture, tant pis ! Il fait faim quand on atteint le bout de l'heure.
Nous nous envolons de cette salle attristante et moisie pour retrouver, dans la cour, nos institutrices, inquiètes, groupées dans l'ombre qui n'est pas même fraîche. Tout de suite, des flots de paroles jaillissent, questions, des plaintes : «Ça a bien marché ? Quel sujet de dictée? Vous rappelez-vous des phrases difficiles? »
- C'était ceci - cela - j'ai mis « indication » au singulier - moi au pluriel - le participe était invariable, n'est-ce pas, mademoiselle ? Je voulais corriger, et puis je l'ai laissé - une dictée si difficile !... »
Il est midi passé et l'hôtel est loin...
Je bâille d'inanition. Mademoiselle Sergent nous emmène à un restaurant proche, notre hôtel étant trop loin pour aller jusque-là sous cette lourde chaleur.
[...]
En attendant l'heure de la composition française, nous sommeillons presque toutes sur nos chaises, accablées de chaleur. Mademoiselle lit les journaux illustrés, et se lève après un coup d'oeil à l'horloge « Allons, petites, il faut partir.. Tâchez de ne pas vous montrer trop bêtes tout à l'heure. Et vous, Claudine, si vous n'êtes pas notée 18 sur 20 pou la composition française, je vous jette dans la rivière. »
- J’y serais plus fraîchement au moins !
Quelles tourtes, ces examinateurs ! L'esprit le plus obtus aurait compris que, par ce temps écrasant, nous composerions en français plus lucidement le matin. Eux, non. De quoi sommes-nous capables, à cette heure-ci?
Quoique pleine, la cour est plus silencieuse que ce matin, et ces messieurs se font attendre, encore !
1...]
En avant la composition française ! Cette petite histoire m'a donné, du coeur.
.. Sommaire. - Exposez les réflexions et commentaires que vous ins pirent ces paroles de Chrysale :. Qu'importe qu'elle manque aux lois de Vaugelas », etc.
Ce n'est pas un sujet trop idiot ni trop ingrat, par chance inespérée. J'entends autour de moi des questions anxieuses et désolées, car la plupart de ces petites filles ne savent pas ce que c'est que Chrysale ni Les Femmes savantes. Il va y avoir le joli gâchis ! Je ne peux pas m'empêcher d'en rire d'avance. Je prépare une petite élucubration pas trop sotte, émaillée de citations.
Exemple d'une personne comme toi , kalas :
ponchou je cuoi nouveau jé l'éspouare de madaptéer xD
Réfléchis-en cher ami.