Je viens de retrouver un de mes vieux rapports d'opération
CSNUTTP://File-00215
INDUCTION PERPETUELLE AUTORISEE
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Ouverture du fichier <Opération 450>
Directeur de l'Asile à Boulets
Putain…Quelle journée… Trois émeutes, le réfectoire en pagaille et l’atrium recouvert d’une mare de sang visqueuse qui fait splötch quand on marche dedans. Je marchais dans les froids couloirs de l’asile en ressassant mes erreurs de la journée : un coup d’épée dans l’épaule plutôt que l’oreille, un coup de genou donné à un boulet déjà mort, le gaz toujours allumé… les ampoules clignotaient, tachées d’hémoglobine.
Les ombres rouges dansaient sur les murs au rythme du vent qui soufflait dans les oubliettes et les cachots. Mes bottes cloutées résonnaient telle une marche funèbre sur les pavés glacés. Journée harassante, mais pas journée finie. En ma qualité de mage noir/ ninja/ pirate/ horticulteur, je me devais de répondre présent pour cette exécution.
Je montais les escaliers. Les portes de métal glacées défilaient. 0447…0448…0449…0450. Nous y voilà. Le patient 0450. Je sortis une petite fiche récapitulative de ses faits d’armes. Enfermé pour topics inutiles et messages absurdes. Son nom…effacé. Aucune identité n’est permise pour nos pensionnaires.
D’une poigne élégante, j’ouvris la porte. Il était là (évidemment) couché sur sa paillasse crasseuse. L’odeur de la pourriture s’exhalait de ses pores. Pas de chance, j’ai déjà connu pire. Je vois dans ses yeux vert bouteille l’étincelle de la peur, celle qui commande à l’instinct de survie. Il cherche une issue dans cette cellule qu’il connaît pourtant par cœur. *petit sourire* Il est mignon, à essayer de gratter les murs. Comme si on creusait le titane-A avec ses ongles. Je m’approchais de lui en chantonnant « Et on lui pèlera le jonc » de ma voix grave et amicale. Il semble désespéré, il tourne son regard dans tous les sens, mais rien.
Soudain, il réagit. En apercevant la lumière dans mon dos, il essaie de se ruer *sourire plus large* vers la porte. Je m’écarte, et quand il passe la tête par la porte, je lui fous une béquille. Et je claque violemment la porte. Son cou ne fait pas « crac », c’est toujours ça. D’un œil expert, je juge son état. Traumatisme crânien sévère, une double séance d’électrochocs a 80 k volts, ça va le réveiller. Ou alors, une perfusion au Destop et au chocolat.
- soulève le corps inerte et le fous sur son épaule*
« allez viens coupaing, on va rigoler »
Dans la salle d’une blancheur impeccable, il se réveille. Les palettes ont laissés deux traces noires de brûlures sur sa peau putréfiée. Le gilet de sky noir brûlant (parce qu’il a passé 4 heures au soleil, comme ta bagnole à la plage) et les boutons en barbelés s’accordent parfaitement à son teint cireux et maladif. Et la première chose qu’il voit, c’est mon visage. Un sourire sur les lèvres. Je retire délicatement les liens de cuir qui entravent son bras droit. Il le bouge, comme si c’était un nouveau bras. D’un coup de pied, je le recolle contre la table, sur son bras gauche, et je sors de ma cape un pieu et un marteau. *bam – aaaaargh*
Je libère son pied droit, et réitère le processus (sur son pied gauche, evidemment). Couché en forme de Sept, il est plus beau qu’il ne l’a jamais été. Je le contemple, tandis que des larmes inondent la table. Des gouttes d’eau dans une mare de sang. Je le contemple. Quand j’avais 15 ans, mes tuteurs m’avaient offerts un Grunt de compagnie. Une seconde avant que je ne le pulvérisât d’une bonne boule de feu, il me fixât exactement comme ce boulet le faisait : patient, innocent, attendant la suite. J’écrasai une petite larme du coin de ma manche. Près de son oreille taillée, je lui susurre « Heureusement que t’es là copain. Sans toi, j’aurais dû attendre avant de pouvoir essayer le nouveau Wire. » Je pris alors mon épée qui reposait contre un mur de la salle, et lui ouvrit les entrailles, en m’assurant de ne toucher aucun point vital. Bardé de trous d’où jaillit un filet d’hémoglobine, il se tortille. Je sors de la salle, le même sourire sur les lèvres. Je sais qu’il me voit à travers la vitre. Je sais qu’il voit mes lèvres courbées. Je ris, et mon rire dément se répercute dans les enceintes de la chambre blanche. Il hurle le peu d’air qu’il reste dans ses poumons percés. J’abats ma main sur le bouton Wire.
Le plafond s’ouvrit, et les fils sortirent. Mon rire. Encore et toujours. Il ne voit plus que mon sourire. N’entend que mon rire. Ne sent que les fils de fer qui traversent son corps de part en part comme un œuf.
Je m’affale sur le siège de plastique. En me tournant vers le frigo, je fais venir à moi (mage noir powa) une bouteille de Champomy. Je la débouchonne, et appuie sur le bouton « Auto-wash » la table d’opération remonte dans le plafond, laissant les restes du boulet par terre, comme les rebuts d’une ripaille de Belges. J’entends un son qui s’élève du sous-sol : les broyeurs s’activent. Le sol s’ouvre en deux, et ce qui fut la patient 0450 glisse dans un bruit écoeurant. Je sors un verre en plastique, le remplit, et le vide d’un trait. Une journée décidément bien remplie.