Elle hurla, son cri puissant déchirant la nuit noire, déchirant sa gorge blanche. Le son résonna longtemps entre les pics déchiquetés, rebondissant sans fin sur les géantes impassibles. La neige vola en tout sens quand le corps tremblant s'y laissa tomber, comme effrayée par cette intrusion soudaine. Puis elle retomba lentement en une couverture de nacre sur le corps frémissant.
Une silhouette noire s'approcha sans bruit, chacun de ses pas laissant une marque noire dans le manteau blanc. Il s'arrêta à quelques mètres d'elle. Lui drapé de noir, son visage dissimulé par une ombre surgie de nulle part. Elle allongée dans la neige, son corps nu s'en détachant à peine. Le sang rouge qui dévalait son flanc était la seule couleur de cette scène singulière.
Il se tenait là, dressé au-dessus d'elle, aussi imposant et inébranlable que les sommets qui l'entouraient, attendant un signal qu'il serait le seul à entendre. Elle restait immobile, respirant difficilement, le sang goutant au même rythme que ses larmes.
Ils restèrent ainsi, longtemps, immobiles; comme toute chose en cet instant. Lui et Elle. La montagne et la neige.
Un vent fugace balaya la scène; au même instant, il se pencha sur elle. Un vent qui fit trembler la neige et la souleva doucement. Il avança une main noire et la posa sur sa tête, caressant tendrement sa chevelure d'argent. Tu vas mourir. Elle leva vers lui des yeux couleur de lune, rendus plus beaux encore par ses larmes silencieuses. Pourquoi. Il retira sa main et s'assit face à elle, créant un cercle noir dans ce qui restait de neige. Tu étais prévenue. Elle posa sa main couverte de sang au sol et parvint à s'assoir. L'eau coula lentement le long de sa poitrine, de son ventre, de ses cuisses, et redevint neige en touchant le sol. Pas encore. Une bourrasque fit tourbillonner la neige autour d'elle, faisant danser ses cheveux dans l'éclat de la lune. Il se pencha légèrement en avant, approchant son visage noir du sien blanc. Il est temps. Elle secoua la tête en souriant doucement. Le vent hurla et les doux flocons ne purent lui résister. Ils se dispersèrent, tentèrent de s'accrocher aux pierres tranchantes, mais les montagnes ne leur prêtèrent pas attention et ils disparurent dans la nuit. Elle vacilla, cilla, mais parvint à rester dressée. Pourquoi. Il se recula et ils restèrent à nouveau immobiles.
Pendant une éternité.
Et pendant une seconde.
Il empoigna quelques flocons qui s'étaient cachés aux yeux du vent, monta le poing à hauteur de leurs visages et l'ouvrit, et la neige devint eau, et l'eau coula entre ses doigts, et elle disparut en touchant le sol. La lune observa attentivement ce spectacle, et celle qui avait emprunté ses yeux plus encore. Elle frissonna et tendit soudain les bras, posant ses mains fines sur le visage de l'homme. Qui es-tu. Il ouvrit les paupières et fixa sur elle deux grands yeux d'argent. Elle sentit les muscles se contracter sous ses doigts en un doux sourire. Il posa ses paumes noires sur ses mains blanches, et elle frissonna. Alors les montagnes même s'éveillèrent, et la lune tourna ses rayons sur ce lieu seul, et tous et tout retint son souffle.
Je suis...
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