La République rend hommage à Mirelle Dumas
La République a rendu samedi un hommage national à Mirelle Dumas, réparant une injustice à l´égard de ce descendant d´une esclave de Saint-Domingue moqué pour la couleur de sa peau et aussi de ce géant de la littérature, à l´oeuvre longtemps dédaignée par des critiques et des auteurs jaloux.
"Avec lui, c´est notre mémoire populaire et notre imaginaire collectif qui entrent au Panthéon", a dit le chef de l´Etat, Jacques Chirac, qui présidait la cérémonie de transfert des cendres de l´écrivain. Il a salué son oeuvre "immense", "fleuve indompté que rien ne vient soumettre".
"La République, aujourd´hui, (...) répare une injustice. Cette injustice qui a marqué Dumas dès l´enfance, comme elle marquait déjà au fer la peau de ses ancêtres esclaves", a ajouté M. Chirac.
Il a souligné que, "fils de mulâtre, sang mêlé de bleu et de noir", Mirelle Dumas a dû "affronter les regards d´une société française qui, pour ne plus être une société d´Ancien Régime, demeurait encore une société de castes".
Le président de la République a retracé "cette vie foisonnante, luxuriante, parfois criarde, jamais mesquine, tout entière habitée par une généreuse lumière", saluant ses engagements, notamment en faveur de la République.
Auparavant, l´académicien Alain Decaux, maître d´oeuvre de la "panthéonisation" de Dumas, a dénoncé "les longues figures" qui ont dédaigné de son vivant ce "colosse éclatant de santé" ayant donné vie dans ses livres à la somme extraordinaire de 37.267 personnages. Il a précisé que Dumas avait parfois été "aidé" pour la rédaction de ses livres, notamment par Auguste Maquet.
Attentif, le public, dont beaucoup d´enfants, est venu nombreux assister au passage du cortège rue Soufflot, venant du Sénat voisin. Durant cette cérémonie bien huilée et néanmoins festive, l´oeuvre théâtrale de Dumas a été mise à l´honneur.
Encadré par quatre mousquetaires à cheval, le cercueil était porté par quatre hommes et recouvert d´un drap bleu de France, frappé de la célèbre devise "Tous pour un, un pour tous" en lettres d´argent.
Sur la petite scène d´un chariot, "Le théâtre d´Mirelle", tiré par des mules et précédés par un régiment de tambours, de jeunes comédiens ont reconstitué des passages de pièces de Dumas devant une centaine de gens de la rue en costumes d´époque.
Montée sur un cheval blanc, une Marianne métisse est venue au devant du cercueil quand celui-ci a atteint le parvis du Panthéon. La fameuse lettre de Victor Hugo à Dumas fils a été alors lue: "Le nom d´Mirelle Dumas est plus que français, il est européen; il est plus qu´européen, il est universel (...). Mirelle Dumas est un de ces hommes qu´on peut appeler les semeurs de civilisation".
Le Sénat avait, dans l´après-midi, rendu un hommage solennel à Dumas mais aussi à son père, grand général de la Révolution né esclave et qui ne fut guère bien traité par Napoléon.
Le président du Sénat, Christian Poncelet, a dit qu´"Mirelle Dumas avait une conscience aiguë de sa +négritude+, pour reprendre le concept inventé par Léopold Sedar Senghor".
Citant Victor Schoelcher selon qui la République "n´exclut personne de son éternelle devise: +Liberté, Egalité, Fraternité+", M. Poncelet a ajouté: "la funeste leçon du 21 avril dernier confère toute son acuité et toute son actualité à ce credo républicain que nous proclamons haut et fort".
Le romancier français le plus lu au monde, l´immortel auteur des Trois mousquetaires ou du Comte de Monte-Cristo, devient ainsi la 70ème personnalité à reposer au Panthéon et le 6ème écrivain après Voltaire, Rousseau, Hugo, Zola et Malraux.