Salut à tous
Comme beaucoup ici, j'ai été abasourdi par le chef d'oeuvre qu'est Bioshock Infinite, du moins en terme de scénario et de narration. J'ai fini le jeu ce matin-même, et j'ai longuement réfléchi à tous les éléments de l'histoire pour au final construire mon propre résumé de l'histoire, que j'aimerai partagé avec vous. J'insiste sur le fait que cette interprétation est personnelle et ne représente en rien une vérité générale: c'est mon propre ressenti face à l'histoire. Aussi, elle présente d'énormes spoils, alors ne lisez qu'à condition d'avoir fini le jeu, sinon vous vous gâcheriez un plaisir énorme à le découvrir par vous-même. Sur ce, j'vous laisse lire mon pavé, en espérant que vous ayez la foi de le lire. Bonne lecture !
Booker, ancien vétéran de Wooden Knee, a combattu les indiens aux côtés de Slate. Au terme de la bataille, tous les meurtres qu’il a commit le font plonger dans une spirale infernale d’alcool et de jeux. (comme le montre les bouteilles vides et les places des courses hippiques laissées en vrac sur son bureau)
L’endettement devient tel qu’il est incapable de subvenir à ses propres besoins et à ceux de sa petite fille Anna. Un jour, un homme (qui s’avérera être le frère Lutèce plus tard dans le jeu) frappe à sa porte et lui propose d’échanger son nourrisson pour l’effacement de la dette. Sa situation est telle qu’il en vient à accepter l’échange, peut-être dans l’espoir secret d’une vie meilleure pour sa petite fille, une vie plus heureuse et plus riche qu’il ne pourra jamais lui offrir.
Quelques heures après l’échange, DeWitt ne peut finalement plus accepter l’idée d’être séparé de sa fille, et part la retrouver. Il la retrouve dans les bras de Lutèce, qui tend l’enfant à Comstock. Alors qu’il essaie d’arracher l’enfant de ses bras, le portail se referme sur les mains du bébé, coupant alors son petit doigt. Il rentre chez lui, sans aucun espoir de la retrouver, et se scarifie “AD” pour Anna DeWitt, comme s’il s'assénait lui même une punition, cette scarification marquant pour lui le début de sa rédemption. Il décide à son retour de nier son passé, de refouler tous ses souvenirs et de se repentir.
Pour cela, il va voir un Pasteur, qui lui offrira une offre de renaissance, d’absolution de ses péchés, de rachat de dette (morale cette fois). Son implication religieuse sera telle qu’il développera lui-même sa propre idéologie religieuse. Il finira par rencontrer la soeur Lutèce et Fink, avec qui il érigera la cité de Columbia à son image: coupée de la Sodome Inférieure, aspirant à un destin élitiste en devenant un modèle moral pour “l’en-bas”.
Mais la vieillesse le guettant et le temps se faisant de plus en plus pressant, il devient stérile, alors que sa situation exige l’apparition d’un(e) héritier(e) spirituel pouvant reprendre le flambeau de sa religion pour guider les hommes et répandre les flammes sur les villes du monde des Hommes (une façon d’absoudre le lieu de départ de ses propres péchés)
Aidé par les travaux de la soeur Lutèce visant à l’ouverture de failles entre l’espace-temps, il décide de revenir dans le passé et de retrouver le Booker DeWitt d’antan, et de s’emparer du nouveau-né, porteur du sang de Comstock et encore vierge de l’esprit impur de son père.
Craignant que les personnes étant au courant de cette opération ne le dénonce, il les exécute. (Sa propre femme et les Lutèce donc.)
Il enferme sa fille dans une tour, en faisant d’elle l’objet d’un véritable culte religieux auprès de la population, et sachant que tôt ou tard (parmi la diversité des dimensions révelées par les Lutèce) DeWitt viendrait récupérer sa fille, il fait craindre son apparition prophétique, faisant de lui le “faux berger”, l’homme a abattre, l’ennemi du peuple de Columbia, l’ennemi de la rédemption et le porteur des péches de la Sodome Inférieure.
Ce faisant, c’est justement dans une de ces failles d’un autre temps que le Booker que nous jouons se voit confier la mission par le frère Lutèce d’aller récupérer une fille à Columbia. (On peut supposer que dans cette réalité là, il est parvenu à oublier sa fille Anna, d’où la phrase répétée au long du jeu: “Le sujet cherche désespérément a créer des souvenirs là où il n’y en a pas.”, ce qui explique un certain effacement de ce souvenir douloureux.)
Il arrive donc à Columbia, lieu totalement étranger pour lui.
S’en suivent les péripéties relatives à l’histoire, jusqu’à l’épilogue où les Elizabeth de toutes les failles se réunissent et révèlent à DeWitt que lui et Comstock ne sont qu’une seule et même personne, et qu’il doit mourir pour permettre à un Booker et Anna de vivre une vie de famille normale et loin de tout enlévement. C’est d’ailleurs ce qu’on retrouve à la fin du générique, où Booker se réveille au milieu de la pièce sombre, et entend les pleurs d’un enfant dans la pièce voisine. Il ouvre la porte et prononce le nom de sa fille, et le jeu se clôture sur cette image. On comprend alors que Booker a réussi à préserver sa fille en mettant fin à sa propre vie dans la réalité de toutes les failles. Cet homme est Booker DeWitt et Comstock, et le pasteur joue un rôle central, en préchant qu'en plongeant dans l'eau il renaitra libre, absout de tous ses péchés, sous un autre nom, à la manière d'un phoenix. (D’ailleurs, a sa mort par noyade, on voit peu à peu toutes les Elizabeth disparaitre, car toutes étaient liées au Booker de Columbia, et qu’en mourant, Comstock meurt avec lui, et que sans Comstock, il n’y aura plus d’Elizabeth, seul reste Anna, le nouveau-né du berceau.)
"Il y a toujours un phare, il y a toujours un homme, il ya toujours une ville, des constantes et des variables"
C'est à dire qu'un d'un même schéma (Phare-Homme-Ville) peut découler des millions de millions de possibilités. Genre un phare peut amener aussi bien à Columbia, qu'à Rupture qu'à une autre ville construite par un homme au passé différent de Comstock ou de Booker. "Tout est écrit", mais tout s'écrit selon des possibilités infinies. Du coup, bien que l'histoire obéisse a un schéma redondant la courbe qu'elle suit, elle, varie et l'impression de choisir son destin est illusoire ,vu qu'encore une fois, le schéma nous cantonne aux constantes et que les décisions pouvant être entreprises ne sont que des variables au sein de constantes participant à faire aboutir le schéma initial a une fin programmée à l'avance.
De plus, la musique emblématique du jeu (http://www.youtube.com/watch?v=0e4Crth_Hb8) est révélatrice du voeu intime de Booker et Anna. Will The Circle Be Unbroken peut être traduit par “Puisse le cercle ne jamais être brisé.” En lisant les paroles, on comprend que le cercle en question est le cercle familial:
‘Will the circle be unbroken
By and by Lord, by an by
There’s a better Home awaiting
In the sky Lord, in the sky
Ce que l’on peut traduire par
Le cercle sera-t-il ininterrompu
Bientôt, Seigneur, bientôt
Une meilleure maison attend
Au ciel Seigneur, au ciel
Le désir d’un foyer heureux apparait alors clairement: le Booker devenu Comstock voit en Columbia un nouveau foyer, l’aube d’une vie nouvelle pour lui. Par ailleurs, le cercle familial non brisé est un voeu poursuivit, consciemment ou pas par Booker qui cherche a récuperer sa fille, et par Elizabeth. (Je parlerai pas des autres couplets où il est question du désir de Comstock de s’élever aux cieux et de devenir le nouveau messie, mais de nombreux aspects du jeu sont retranscrits dans la réinterprétation de cette chanson, qu’on peut écouter ici: http://www.youtube.com/watch?v=XqH4-aDfClM)
J'espère avoir été clair dans mon explication pour vous.