Mais lorsque la créature quitta son rêve, Ed eut un cauchemar particulièrement déplaisant dans lequel Flora lui en voulait de l’avoir abandonné et refusait qu’il voie son bébé. Elle lui criait d’une voix forte qu’il aurait dû accepter son aide et qu’à présent, il devrait se contenter d’un bébé Medhyena pour affronter Butler. Mais alors que le Motisma de Butler, qui s’était transformé en Pierre, allait le frapper, il s’éveilla brusquement.
Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu’il était en nage. Encore quelques secondes de plus pour comprendre que Flora était éveillée et lui parlait.
« … endormi ? Bon, Liza vient d’arriver. Elle dit qu’elle ne restera pas avec toi après t’avoir laissé chez son ami et qu’elle enquêtera de son côté. Ca risque de te coûter la peau des fesses, cette histoire.
- Hmm.
- Encore une fois, je te répète que je serais bien plus tranquille si tu prenais mes Pokémon.
- Et encore une fois, il n’en est pas question. Je ne peux pas te priver de tes Pokémon. Je me suis fait avoir par Butler, je dois réparer mes conneries. »
Ed entendit Flora soupirer, puis un tiroir se fermer et la porte claquer. Il jeta un coup d’œil dans la chambre et s’aperçut que Flora en était sortie. Il s’en voulut presque aussitôt de lui avoir répondu comme ça et pensa que la contrarier n’était pas le meilleur moyen de faire qu’elle ne lui en veuille pas. Il se redressa et sortit de son lit. Son regard se posa aussitôt sur l’Hyper Ball qui était placée sur une étagère et la conversation de cette nuit lui revint en mémoire.
Vingt minutes plus tard, Ed et Liza étaient prêts à partir. Flora, elle, était sur le point de se téléporter à Bourg-en-Vol avec son Gardevoir.
« Fais attention, répétait-elle d’un ton angoissé à Ed. Oh, je sens que ça ne me plait pas…
- Ecoute, dit Ed. Ne t’inquiète pas, d’accord ? Je reviendrai en un seul morceau et je serai là pour te tenir la main pendant l’accouchement.
- Fais attention, d’accord ? »
Flora le serra contre elle et s’adressa à Liza par-dessus son épaule.
« Toi, tu veilles sur lui, d’accord ? dit-elle d’une voix tremblante.
- Hé, c’est lui, le type avec des super pouvoirs, protesta Liza. Qui devrait veiller sur qui ?
- 5000 Pokédollars par sauvetage.
- Vendu. »
Flora lâcha Ed et recula d’un pas. Il se pencha et embrassa le ventre de Flora.
« Attends ton père avant de sortir, d’accord ? murmura-t-il. Sinon, je serai très contrarié.
- Je suis sûr que tu lui pardonnerais, lança Flora avec un sourire. Reviens nous voir quand tu auras récupéré Gallame.
- Moyennant des frais de port, je pourrai vous le ramener de temps en temps, dit Liza.
- Frais de port, frais de port, je suis pas un colis.
- Bon, hé ben j’y vais, dit Flora. J’aurais déjà dû être là-bas il y a un quart d’heure.
- Ne te surmène pas, surtout, s’inquiéta Ed. Ecoute bien ce que te diront tes parents.
- Promis. Et toi… fais attention. »
Elle sortit Gardevoir de sa Ball et, une seconde plus tard, elle disparut dans un éclair de lumière blanche. Ed resta là à regarder l’endroit où Flora se tenait quelques secondes, puis il se tourna vers Liza.
« Bon, alors, donne-moi des renseignements sur ce type avec qui on va bosser.
- Arnaud, vingt-trois ans. S’il te sera utile, c’est parce qu’il bosse en tant que surveillant dans un lycée. Ca veut dire qu’il est au courant de toutes les bizarreries qu’on entend grâce à ses élèves. Bien sûr, on est en juillet, donc il est en vacances.
- Attends. Explique-moi en quoi ça nous sera utile ?
- Réfléchis, répondit Liza, agacée. Butler cherche à recruter des jeunes, on le saura s’il agit parce qu’il a des contacts avec une tonne de gamins. Ensuite, depuis cinq ans, la vidéo des Elus qui attaquent le Tyran à grand renfort de rayons d’énergie à fait le tour du monde. Certains croient à un canular, d’autres non. En plus de ça, Butler à fait circuler des rumeurs sur les Pokémon et les Elus pour se faire des partisans, qu’est-ce que tu crois ?
- Je suis sûr que c’est pas tout.
- Oui, heu… Disons que c’est aussi le seul qui ait accepté de nous aider. Mais ne t’inquiètes pas, il est au courant des agissements de Butler et lui aussi, il veut le calmer une bonne fois pour toutes. Ensuite, tu dois savoir que son cousin nous aidera aussi.
- Et son cousin, il fait quoi ?
- Il se bat, répondit simplement Liza. Un truc extrêmement rare à Marseille, il paraitrait.
- T’aurais pas plus de détails ?
- Non. Bon, si tu es prêt, je crois qu’on devrait y aller. »
Ed approuva d’un signe de tête. Il prit la valise qui contenait ses affaires et s’approcha de Liza qui venait se sortir son Kaorine. Il ferma alors les yeux…
Lorsqu’il les rouvrit, il comprit aussitôt qu’ils n’étaient plus à Hoenn. Ils se trouvaient à présent dans un parc, caché par un grand arbre. Le parc était vite en raison de l’heure matinale, si l’on exceptait les deux joggeurs un peu plus loin qui couraient le long du petit chemin. Ils étaient tout près de l’entrée du parc, et après que Liza eut rappelé Kaorine et qu’ils eurent quitté le parc, Ed vit qu’ils se trouvaient dans une rue où des bâtiments à l’aspect un peu vieillot s’étalaient à perte de vue. Une longue file de voitures parquées le long du trottoir n’empêchèrent pas un bus délabré de s’avancer le long de la route jusqu’à un arrêt plus bas dans la rue. Ed se sentait mal. Etait-ce le fait de se trouver dans un pays dont il ne savait rien ? Il avait de plus en plus de mal à respirer et Liza le remarqua.
« T’arrives plus à respirer ? Normal. La pollution. Chez nous, il n’y a pas autant de véhicules. En plus, tu habitais dans le village le plus sain de l’archipel. Pas de quoi s’étonner. Viens, la station de métro est juste à côté. »
Une demi-heure plus tard, Ed et Liza descendirent du bus qui les avait amenés à destination. Ils se trouvaient à l’entrée d’un quartier dont les immeubles ne semblaient même pas achevés. Un peu plus loin, un chantier semblait abandonné et il était impossible de déterminer si le bâtiment au milieu était en construction ou si, au contraire, il était à moitié détruit.
« Liza, dis-moi qu’on ne va pas dans ce truc, ça pourrait s’effondrer n’importe quand.
- Ne dis pas n’importe quoi, répliqua Liza. Arnaud habite là ! » ajouta-t-elle en montrant un bâtiment du doigt.
Ils se dirigèrent vers l’immeuble indiqué. Il n’y avait personne dans les rues et Ed pensa que c’était normal, un samedi matin à neuf heures. La porte du bâtiment semblait avoir comporté une vitre, un jour, si l’on se fiait aux morceaux de verre qui restaient tout autour du cadre de la porte.
« Dis donc, il est pas rassurant, ce quartier.
- Tu parles, c’est toi, le type le plus dangereux de la ville. Oh non, l’ascenseur ne marche pas… »
Ed hissa sa valise sur son épaule et se félicita de n’avoir emporté que le strict minimum alors qu’ils empruntaient les escaliers. Le sol était jonché d’emballages de gâteaux, de mégots de cigarette et Ed dut même faire un bond en avant pour ne pas marcher sur une flaque d’un liquide dégageant une odeur pestilentielle.
« Attention la flaque, là. Il habite à quel étage ?
- Cinquième.
- Génial. »
Enfin, Ed posa le pied sur le palier du cinquième étage. Liza le rejoignit et se dirigea vers la porte la plus proche. Elle frappa contre le panneau et attendit. Personne n’ouvrit. Elle frappa à nouveau. Toujours personne. Ed enclencha la sonnette. Cette fois-ci, la porte s’ouvrit et un homme en sortit en bousculant Ed. Il grommela quelques mots d’excuse et descendit les escaliers à toute vitesse. Ed était perplexe.
« C’était lui, Arnaud ?
- Non, lui je l’ai jamais vu. J’ai un mauvais pressentiment… Viens. »
Elle poussa prudemment la porte, prête à entrer. Sa main se dirigea naturellement vers sa ceinture, comme pour y prendre une arme. Ed crut voir quelque chose scintiller à la lumière diffusée par les néons du couloir. Soudain, la porte s’ouvrit en grand. Liza parut soulagée.
« Ouf, Arnaud.
- Salut Liza, répondit le jeune homme. Et tu dois être Ed ? »
Il lui tendit une main qu’Ed serra tout en l’observant attentivement. Le jeune homme avait des lunettes de soleil d’une taille impressionnante qui empêchait de voir la plus grande partie de son visage. Il portait un t-shirt blanc et un short rouge et était chaussé de tongs. Une serviette de bain sur les épaules, il prit la valise des mains d’Ed, la posa chez lui puis il sortit de l’appartement et verrouilla la porte.
« Vous voulez aller à la plage ? demanda-t-il d’un ton énergique.
- Ecoute, je crois pas que ce soit…, commença Liza.
- J’ai dit, vous voulez aller à la place ? » répéta Arnaud en leur montrant la une du journal.
C’était l’édition du jour d’un quelconque quotidien. Ed vit tout de suite ce que le jeune homme voulait leur montrer. Le gros titre était « Panique aux Prophètes : un monstre marin fait deux blessés graves » et s’étalait au-dessus d’une photo sur laquelle on pouvait voir une immense créature s’agitant dans la mer.
« Finalement, pourquoi ne pas profiter de ce magnifique soleil ? » dit Liza.
Ed savait que, comme lui, elle avait reconnu sur la photo un Leviator.
Son Leviator.