Bon, j'sais plus à qui je l'avais promis (ni même si je l'avais effectivement promis), mais tiens : voici ce que j'ai écrit dans mon sujet d'invention de Français.
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Waterloo ? Ah, je m'en rappelle comme de mon premier jambart !
C'était une sacrée scène que cette bataille. Il y avait des cadavres partout, avec un terrible remugle d'abattoir... Pardi ! J'avais une folle envie de le rejoindre, ce Napoléon ! J'ai été atteint d'onychophagie jusqu'à ce que je parvienne à entrer dans son armée... Dieu merci, une main favorable m'y a aidé !
J'étais jeune, à l'époque - eh ! oui -, mais je me rappelle parfaitement de mes actes. Hummm...
Je peux vous affirmer que j'avais une sacrée peur bleue ! Tout ce bruit nous rendait fous ! Faut dire aussi, l'adversaire manquait totalement d'innocuité ! Je suppose que je craignais plus pour ma santé mentale que pour moi-même... C'est peut-être idiot, mais malgré toute cette ypérite, j'ai réussi à garder un tant soit peu de raison. Ma prudence m'a sauvé la vie.
Enfin, quand je parle de prudence... Peut-être devrais-je insister sur les illusions dont j'étais empreint ! On aurait dit que je sortais tout droit d'une manécanterie. Il y avait des morts partout, des blessés en masse, et moi, j'essayais de limiter leur souffrance déjà poussée à son paroxysme ! Ah, quand j'y repense, j'aurais mieux fait d'être exécuté d'un coup de faubert dans la nuque !...
Je ne dis pas que ma conduite était acceptable. Je ne veux pas former de zoïles plus qu'il n'y en a déjà. Mais sachez que mon incompétence et mes rêveries incessantes m'ont sauvé la vie !
Pourtant, Dieu sait que la Mort rôdait partout autour de moi... C'est tout juste si on ne sentait pas sa faux, plus froide que le würm, tanguer sur notre trachée, et d'un coup ! BAM ! On avait le choix entre le boulet de canon, ou l'hémolyse suite à la respiration trop concentrée de soufre en suspension, ou encore la panophtalmie chronique de toute l'escorte, suite à l'explosion d'un boulet bien placé ! Ah, çà, je peux dire que je suis content d'avoir été aussi... étourdi ! Oh, bien sûr, peut-être qu'avec un peu plus de discipline, je n'aurais pas eu besoin de chance... Mais ! Si j'avais vraiment voulu être prévenu, j'en serais mort de peur ! Le bruit me suffisait amplement ! Donc, oui, mon étourderie m'a sauvé la vie !...
Si jamais le but du jeu avait été de massacrer le plus d'humains possible, Waterloo aurait remporté la victoire haut la main ! Misère humaine... Quand je pense à ces malheureux... Non, ce n'était pas juste ! Pourquoi eux et pas moi ? m'étais-je dit. Aujourd'hui encore, je ne puis répondre à cette question... L'escorte semblait déterminée à tous les laisser là, comme une gigantesque plantation bientôt recouverte d'ustilaginales... Cela m"était insupportable et c'est toujours le cas aujourd'hui.
Je me rappelle aussi mon indiscrétion. On peut dire qu'elle est tombée à point nommé, celle-là ! Figurez-vous qu'au milieu de tous ces cadavres en pleine déliquescence, je n'avais pas encore appris le nom de mes généraux ! Alors que je demandais, dans mon français le plus correct - je suis Italien, ne l'oublions pas -, qu'i il était à mon voisin, celui-ci me le présenta comme une évidence, et j'avoue avoir été convaincu, et je me suis mis dans la tête que cet homme était brave, gorgé de corindon, un véritable exemple, donc. J'ai eu tort de me laisse prendre ainsi ! Cet homme n'était qu'une crapule ! Cet écornifleur du dimanche m'avait privé de ma ration pour son propre chef, et sans raison véritable aucune ! Il était tellement pourri, et sa moelle tellement sucrée que sa mort par toxémie n'étonna personne ! Oui, j'avais raison de le maudire ; non, je n'aurais pas dû le laisse maîtriser mon esprit ! Seul son commandement était acceptable ! Et c'est à cause de cela que je me dois d'affirmer que ma naïveté m'a sauvé la vie !...
Et alors... Et alors ! Ce spectacle son et lumière était en plus garni de mouvements et de phénomènes physiques mystérieux que j'ai eu grande peine à m'expliquer ! Jugez ! Cette avalanche de couleurs, façon albâtre, présentait derrière son rideau rouge sang, mêlé à son vert partiel qui occupaient les rares brins d'herbe encore stoïques, et le bleu pur du ciel qui en contrastait les primaires, et le marron du sol labouré, et la grisaille apocalyptique des fumerolles, et, ensemble, leur miroitement dans l'eau des sillons, et le frais métal de l'armement, et l'acier surchauffé des canons, une sorte de geyser boueux, toujours précédé d'un claquement sec ! Miracle hérétique, le sol se soulevait violemment en une gerbe, comme si un quercitron décidait d'un grandir le plus rapidement possible !... J'appris plus tard que cela n'était rien d'autre qu'un impact de balle dans le sol... J'étais ridicule ! Toujours à mes poser des questions idiotes ! Ah, je n'avais qu'à bien me tenir !...
Assurément, ce n'était pas entièrement ma faute - mais enfin, quand même ! Ma jugeote avait perdu tout son charme et était sujette à toute baraterie, et son expression tendant vers le Xiang m'avait encore dénigré ! Certes ! Tout cela était fort justifié ! J'étais coupable, point !...
Et mes conclusions hâtives !... A peine avais-je constaté ces horreurs, à peine avais-je pris connaissance du statut du maréchal... Me voilà, moi, aussi surexcité qu'une glossine ! Et je m'affirme militaire, sans même comprendre quoi que ce soit ! Ces cadavres verticilles, brûlés jusqu'à la moelle, palpitants, tellement ouverts qu'on aurait pu apercevoir Linguatule sur le point de s'échapper, je les trouvais fort décoratifs, et, au pire, un léger contact avec l'acide salicylique aurait soulagé leur irritation !... Enfer ! Je t'invoque pour me crucifier ! J'étais fou ! Et pourtant, ma folie m'a sauvé la vie !...
Inconcevable il était de m'espérer penser de même envers les animaux ! Les chevaux, les notonectes... C'était une véritable boucherie ! Et moi, et mon esprit brumeux, après avoir constaté ces horreurs, je me satisfaisais, en pensant que ces visions m'assuraient mon avenir, et j'étais un homme, un vrai, un pur militaire, un histrion parmi d'autres en fait !... Le grotesque de cette situation me dépasse aujourd'hui. J'ai honte ! Ah, comment ai-je voulu dévorer les échelons, et m'imposer par mes pensées sages et saines, comme la baleine au milieu du krill, comme l'éléphant au centre des gazelles, comme le canon au milieu des fusils, ou encore, comme ce maréchal bien garni au milieu de notre escorte ; tout ela n'avait aucun sens et n'en a pas plus aujourd'hui. Il est malheureux pour moi que j'aie eu à passer par cette voie-ci, mais le mal est fait. Mon exubérance m'a de toute façon... Sauvé la vie.
Comment conclure ce monologue ? Que Cocteau me pardonne, mais je n'ai pas du tout l'intention de terminer sur une sentence diaboliquement et supposée lourde de sens... Tout ce que j'ai à dire, c'est que mon expérience n'a pas la portée que certaines personne auto-proclamées "bien pensantes" lui donnent. Si il y a un exemple à suivre, ce n'est pas le mien. Mon aventure n'a catégoriquement et absolument aucun intérêt psychologique pour mes successeurs, personne ne vous fera croire le contraire. Je la juge pitoyable, comme une galanterie extravagante qui contient tant d'irrégularités qu'elle ne vaut pas la peine de s'y intéresser. Non, au contraire. Il vaut mieux l'enfouir, la broyer, la dissoudre, et la faire disparaître.
On l'oubliera alors. Et on ne spéculera plus jamais sur ce genre de littérature. *
- Blague à part. J'avais pourtant bien dit que je ne finirais pas sur une note dramatique. C'est râpé. Et si ce texte devient célèbre, mes pauvres enfants, vous allez en baver.
"L'auteur, par ces procédés rhétoriques, a réussi à établir une dénonciation habile, audacieuse, mais dangereuse, se basant sur l'expérience personnelle, ce qui procure un certain poids au texte." Ri-di-cu-le.
(Méfiez-vous des imitations.)
Et puis, tiens. La méthode de Gauss, ça me fait bien rire. [Thx Bfg
]
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