Hier soir, j'ai regardé ma femme. Une flamme brûlait dans ses yeux. La joie de vivre. L'envie de vivre. Ce qui me manque. Je meurs d'envie de caresser son visage frais, d'humer son parfum, de me noyer dans ses yeux de couleur noisette. De palper son visage couleur ivoire. De sentir son haleine fraîche, d'entendre son cœur qui bat contre le mien. De l'enlacer, de ne faire plus qu'un avec elle. De sentir une poussée d'adrénaline montée, de crier à la Grande Ourse mon amour pour elle. J'aimerais la rendre enfin heureuse, et pouvoir oublier. Mais je me contente de me noyer dans l'alcool, car je soupçonne l'inimaginable. J'ai trouvé un objet attestant de sa volagerie. Un caleçon Hom, couleur fauve, sentant le bouc. Sans doute oublié, par un de ses amants. C'est là que cette idée a germée dans ma tête.
Le lendemain, je me suis levé. Un instant, je me suis retourné pour regardé ma femme. Sa nudité et sa grâce me toucha, tel une balle de plomb atteint un oiseau. Un bouillonné de drap cachait son sexe, ses cheveux en cascade étalés sur le matelas, des seins petits et doux comme des pêches, des yeux clos mais n'ayant rien perdu de leur beauté initiale. Un instant, cette idée obsédante me quitta, mais revint au galop quand elle murmura " José, José, c'est toi ? ". Je ne connais pas ce José. Moi, c'est Rachid. J'absorbais une nouvelle gorgée de Wild Turkey, avant de partir, l'âme chagrine, le cœur brisé, les yeux embrumés. Mais mon cerveau était fixé sur l'évènement à venir.
Le travail fut ennuyeux. Pas de dossier aujourd'hui, chômage technique forcé. Je me prit à rêver d'un monde meilleur, ou moi et ma femme seront les rois. Mais une ombre passa devant mes yeux. Sa femme le trompait. Je griffonnais hâtivement quelques mots. Quelques lignes. Quelques pages.
" L'amour n'est t'il qu'une flamme
Qui consume ton cœur.
Embrase t-elle ton âme
comme s'envolent les pétales d'une fleur.
Si l'amour était un oiseau
Il ne s'envolerait jamais à tire d'aile.
Si l'amour était un bateau
La foudre s'abattrait sur la passerelle
Mon père répète que le danger
Vient souvent d'où on ne l'attends pas.
Est t'il si évident que l'être aimé
Un jour vous tuera d'un coup bas ?
Si la mort est la délivrance,
alors la délivrance a un goût de sel.
Certes, son arôme est rance
mais son œuvre a un goût de miel.
Peut être me trompe-je
Peut-être la vie est belle
Mais pour moi, elle n'a plus rien d'un jeu,
Pour moi, c'est juste une poubelle
Ou Dieu balance un bric-à-brac
Hommes, faune, flore, tous dans le même sac.
Merde, cadavres, cafard
Tout comme la vie
N'ont pas un goût de caviar
Mais plutôt ceux d'un fruit pourri.
Toujours est il que je veux en finir
J'en ai marre d'être pris pour un blaireau.
Ma femme, mon âme sœur, je la ferais périr
Sans coup férir, de la pointe de mon couteau "
Vite, quelqu'un arrive. Froissons cette feuille, et rentrons à la maison. Peut-être une envie, infîme, mais présente, d'annuler mes plans et de retrouver ma vie d'antan, me reprendrais, en la voyant si belle. Mais, en ouvrant la porte, mon cœur flancha. Par terre, des santiags. Au fur et à mesure de ma lente avancée, je voyais des habits. Le soutien-gorge que j'aimais tant, la chemisette en flanelle que je lui ait offert à Noël, son string favori... Un jean, des chaussettes, un Marcel... Et, l'image qui me marqua le plus : L'alliance de ma femme. A terre, déchaussée. A côté, le diamant qui était auparavant sur la bague. Brisée. J'allai dans la cuisine, et prit le premier objet me passant sous la main. Un attendrisseur. Vous savez, ces outils dont les femmes se servent pour aérer la viande. Je le saisit d'abord par la lame, puis par la manche. Ignorant le sang coulant de ma main, j'avançai dans la chambre. MA chambre. L'homme était avec ma femme. Dans mon lit. Avec un cri de rage, j'enfonçai a plusieurs reprises mon arme dans le torse de l'homme. Ma femme gémissait.
- Non, Rachid, s'il te plaît, ne me tue pas, je t'aime, on restera toujours ensemble...
- Ta gueule, salope ! criais-je tout en enfonçant l'attendrisseur à plusieurs reprises.
Désespéré, je décidai d'en finir. Je prit le manche du couteau je préparai à sentir le dur contact de la lame glacée, et la douleur aiguë qui mettrai fin a mes jours. Mais non. D'abord, je vais consigner les faits de ce drame sur cette feuille. Une confession. J'espère que Dieu me pardonnera. Al qur'an, la lecture, vous permettra de comprendre les raisons de ces meurtres. Ce manuscrit sera le fruit de ma demande d’absolution. Rachid.