Cependant, dans l'Enfer des Flammes, la situation semblait totalement désespérée.
Linki, suffoquant et vidé de ses forces, n'était guère en état de se battre contre quiconque. Scarelle, seule contre au moins trois dizaines de ces chiens de l'Enfer, était presque aussi impuissante que son complice.
Agitant son cimeterre de tous côtés pour faire peur aux animaux infernaux en vain, ceux-ci grognant toujours plus fort, elle sentait que l'attaque simultanée des molosses n'allait pas tarder à survenir.
Alors que tout espoir semblait calciné, deux individus impossibles à identifier tout d'abord arrivèrent du plafond, mais sans tomber, semblant plutôt avoir fait des sauts mesurés.
Les deux personnes, non pas au centre comme Scarelle et Linki mais de part et d'autre du cercle formé par les canidés brûlants, se mirent alors à les attaquer et de fait, à les diviser et à rompre le cercle.
Cette manoeuvre, rendant à Scarelle un espoir de victoire, l'engagea à se joindre à la lutte, et à trancher de son cimeterre plusieurs chiens ainsi pris au dépourvu. Elle s'enquit également de défendre Linki, complètement vulnérable, et le protégea de certaines attaques par l'usage de sa lame. Adroite, elle n'eût pas de grandes difficultés à résister aux assauts, grâce à l'aide des deux étrangers, qu'elle parvînt à distinguer une fois que le nombre d'adversaires fut drastiquement réduit.
D'un côté, une redoutable lycanthrope, qui, bien qu'elle se comportât d'une manière quelque peu similaire à leurs opposants, était encore plus bestiale, violente et efficace qu'eux-mêmes, tranchant de ses griffes les chiens de lave.
De l'autre, le splendide katana d'un homme en armure traditionnelle étrangère tranchait à la vitesse de l'éclair ses différents ennemis. En contraste total avec la lyncanthrope dans son style de combat, l'homme possédait une maîtrise de son arme aussi disciplinée qu'exemplaire, et donc d'une technique tout aussi efficace.
Une fois que les derniers chiens de l'enfer furent détruits, la Gerudo se saisit du bras de Linki, et l'aida tant bien que mal à se relever.
- Regarde qui est là pour nous porter secours..." lui murmura-t-elle.
Lorsque le Hylien ouvrit les yeux, la vue des silhouettes qu'il reconnût immédiatement lui rendit à elle seule une certaine énergie.
- Mélian !! Kadzaï !! Comment êtes-vous arrivés ici ? Je ne pensais pas que vous seriez parvenus à sortir de vos cellules vous aussi.." s'exclama l'ancien Mojo, les larmes de joie perlant aux yeux.
- Moi non plus, à vrai dire, je suis aussi surprise..." fit Scarelle.
- Ce n'était pas très dur, depuis que Scarelle a assommé le garde pour lui piquer son badge..." répondit le samouraï.
- Le seul risque que nous courrions était de nous faire arrêter, mais en réalité nous ne sommes sortis de la cellule que depuis quelques minutes, après vous avoir vus passer en compagnie d'un démon tout à l'heure..." expliqua Mélian.
- On s'est dit qu'il valait mieux tenter le tout pour le tout et vous rejoindre, puisqu'on le pouvait... Et puis, comme ça on peut gagner du temps sur la suite." ajouta Kadzaï.
- Et on a plutôt bien fait, visiblement ! En plus, il me semble bien que la lune est pleine ce soir, n'est-ce pas ?" reprit Mélian avec un ton exagérement surpris.
- Oui, en effet... Que croyais-tu ? Je prévois tout, moi !" s'exclama Linki, feignant un air hautain.
Un instant, tous rirent. Juste un instant.
- Bon, c'est pas tout ça, mais comment est-ce qu'on va sortir de ce trou ?" geignit la Gerudo.
- Ne vous inquiétez pas, je crois que j'ai exactement ce qu'il nous faut..." répondit le samouraï, avant de sortir triomphalement un curieux objet de sa tunique. C'était une espèce d'arme de forme curieuse, constitué d'un crochet à plusieurs branches, d'un manche, et d'une longue chaîne reliant les deux autres parties. Même l'ancien Mojo n'avait jamais eu connaissance d'une telle technologie.
- Où est-ce que tu as trouvé ça ?" s'exclama celui-ci, épaté.
- C'est mon pote Igor à qui je l'ai.. euh.. emprunté... Jusqu'à maintenant je n'ai jamais eu l'occasion de m'en servir, mais je l'ai déjà essayé quand personne ne regardait. Et je pense avoir compris comment ça fonctionne."
Afin d'illustrer ses paroles, il pointa l'objet vers le plafond au dessus du trou au niveau 2, et appuya sur une gâchette, qui projeta le crochet, lequel alla s'encastrer dans la pierre avec force, permettant à Kadzaï d'être tracté jusqu'à la trappe, à côté de laquelle il sauta. Après quoi, il laissa le manche retomber dans le trou, avant de s'exclamer à ses compagnons, les mains en porte-voix :
- Vous n'avez qu'à vous accrocher et à vous laisser tracter ! Il suffit d'appuyer sur la gâchette !"
C'était effectivement on ne peut plus simple, et même Linki qui semblait ne pas pouvoir recouvrir ses forces tant qu'il se trouvait dans l'Enfer des Flammes parvînt sans trop de mal à rester suspendu à la chaîne. Lorsqu'il fut remonté, le dernier, il implora à ses anciens compagnons de cellules de le laisser reprendre son souffle quelques instants. Au bout d'une vingtaine de secondes à peine, ses forces étaient revenues à la normale, mais néanmoins, quelque chose clochait et bien vite le guerrier des ténèbres eût une mine complètement paniquée, ce que ses complices remarquèrent immédiatement.
- Qu'est-ce qu'il y a ?? Qu'est-ce qui se passe ? Tu n'es plus en possession de l'âme du chef des Atal'hakars ?" demanda Scarelle.
- Qui ça ?" s'étonna Mélian.
- Non, enfin, oui... Mais pas seulement... Bon, ce serait trop long à vous expliquer, mais il faut vraiment qu'on trouve nos âmes et qu'on sorte d'ici le plus vite possible. Vu ce qu'il vient de se produire, même en étant dans les temps, j'ai peur que nous soyons bloqués... Vite, vite, vite... Plus une seconde à perdre."
- Tout à l'heure tu as dit que tu sentais une grand nombre de présence d'âmes..." commença la Gerudo.
- Oui, je les sens à nouveau. Je pense que cette fosse piégée a été placée là car il s'agit VRAIMENT de l'accès vers la chambre. De toutes façons, on ne peut qu'aller tout droit, donc allons-y. Mais restons près des murs cette fois."
Ainsi, c'est avec souplesse et rapidité que les quatre fugitifs avancèrent dans un couloir d'une obscurité inhabituelle à ce niveau des Enfers, et évitèrent, par agilité et par quelque chance, les trappes et autres pièges muraux ressassant certains mauvais souvenirs du Mojo, jusqu'à arriver à une porte de pierre.
Intuitivement, Linki frappa trois fois sur la porte dépourvue de tout système d'ouverture apparent, qui se souleva effectivement d'elle-même du sol. Rien de mieux en effet pour protéger quelque chose que de placer des sortilèges à la place de serrures.
Derrière la porte, un spectacle plus merveilleux que tout ce que chacun d'entre eux avait pu imaginer se découvrit. Un couloir assez large, plongé dans la pénombre, dans lequel se trouvaient, contre les murs, de gigantesques étagères aux grands nombre de rayons, sur lesquels reposaient des centaines et des centaines de flacons. Et dans ces flacons, des sphères de mille, dix mille, cent mille couleurs différentes étincelaient, éclairant de façon quelque peu féérique la pénombre des lieux pourtants aussi obscurs qu'austères, et poussiéreux.
Des âmes. Des milliers d'âmes.
Leurs âmes.
Un spectacle fantastique, au prix de milliers d'existences.
Pendant quelques secondes ils en oublièrent presque qu'ils étaient en Enfer, et ce qu'ils étaient venus chercher. Mais bien vite, ils se ressaisirent, et commencèrent à chercher leurs âmes dans toute cette collection qu'Elle avait accumulé. Celles-ci n'ayant aucun besoin d'être rangées d'une quelconque manière, cela aurait pu leur prendre des années pour trouver les leurs, mais heureusement, ces êtres dont on avait privé de l'essence de leur vie pouvaient, par un étrange magnétisme naturel "sentir" la présence de leurs âmes une fois à proximité de celles-ci, et ce de façon de plus en plus précise au fur et à mesure qu'ils s'en approchaient. Cela ne leur prit qu'une minute à peine.
Kadzaï dût faire preuve de force pour se hisser au sommet d'une solide étagère, afin d'y récupérer un flacon contenant une belle sphère couleur noisette. Mélian, à l'inverse, se baissa pour récupérer, à quelques centimètres du sol, une sphère brillant d'un éclat vert émeraude dans son bocal. Scarelle trouva la sienne à la hauteur de sa tête, bien plus loin dans le couloir, et rangea dans sa poche le récipient contenant une splendide sphère orangée. Enfin, Linki dut parcourir la quasi-totalité du couloir, et c'est après avoir aperçu quelques âmes exposées de manière différente et beaucoup plus mises en valeur, contre la paroi du fond, qu'il découvrit son âme tant convoîtée, à hauteur de Mojo. Une magnifique sphère de couleur cyan, dans son bocal. Par excès de curiosité cependant, il ne put s'empêcher de lire les quelques noms qui étaient annotés sous les âmes du fond du couloir.
C'est avec surprise qu'il y découvrit les trésors les plus précieux de la Mort : les âmes d'anciens vivants prestigieux, et notamment de figures ayant marqué par leur tyrannie les peuples libres.
Ainsi, une sphère d'un élégant rouge bordeaux et d'une taille plus importante que la moyenne scintillait, au dessus du nom de Ganondorf Dragmire. Une autre d'un violet pénétrant semblait avoir appartenu au dénommé Vaati. Et ainsi, les noms de tyrans, de fous, de redoutés, de puissants, de célèbres, semblaient tous avoir été regroupés en ce même endroit : Xanto, Onox, Magus, Aghanim, Wizrob, L'Aveugle, Rufus, Exelo, Le Foux, et même celui qui n'avait jamais eu de nom, et que tout le monde avait surnommé, durant son règne terrible et sans partage, jusqu'à sa mort de vieillesse... l'Homme en Rouge...
Jusqu'à ce qu'un nom, pourtant anodin en lui-même, interpelle Linki au plus haut point, et en même temps lui rappelle les promesses qu'il avait tenues à la surface.
Car, étrangement placée aux côtés des âmes de ces atroces personnages, une sphère de couleur noire était suivie d'une étiquette, portant le nom de Faust, et dont le nom de famille était recouvert par la poussière.
L'ancien Mojo découvrit alors, pendant que ses comparses commençaient à l'appeler pour qu'enfin ils prennent la fuite, le terrible secret du nécromancien. Un secret qu'il n'aurait jamais du découvrir, qui le fit pâlir d'effroi alors qu'il lut la signification de l'initiale "S".
Sans un mot, c'est avec une frayeur difficile à contenir qu'il accourut vers ses complices, renonçant à récupérer une âme aussi peu recommandable.
Et qui l'en eût accablé ?
Puisque désormais, dans la vitrine reluisait le nom de "Faust Sotnatha".
***