Il parait que la suite va me plaire, j'attends !
***
Reprendre conscience deux fois dans la même journée... ça commençait à faire beaucoup pour la pauvre tête d'Albatard, qui se réveilla en sursaut, comme sortant d'un cauchemar. Sa mort, le ranch Lon Lon, Kurst Keiger... Tout ça n'était-il qu'un mauvais rêve ?
En se relevant sur un sol poussiéreux qu'il ne reconnaissait pas, le pirate observa la pièce dans laquelle il se trouvait, toujours sur ses gardes. Celle-ci, de taille moyenne, semblait avoir été laissée à l'abandon depuis des lustres tant la poussière et les toiles d'arraignée la décoraient. Face à lui, une petite table carrée entourée de deux chaises. Sur celle-ci, seule la faible lueur d'une lanterne faisait office d'éclairage. La pénombre l'empêchait de distinguer nettement les murs, et il semblait n'y avoir aucune fenêtre.
Désormais seul, Alban se demanda comment et pourquoi il s'était retrouvé ici. Les évènements dont il se souvenait s'étaient-ils réellement produits ? Le manque de sens de certains d'entre eux le faisait douter. Tandis qu'il s'approcha de la chaise la plus proche, le plancher couina quelque peu sous ses pieds, et une voix vînt interrompre le fil de sa pensée.
- Ah.. Eh bien, ce n'est pas trop tôt. Je ne pensais pas qu'il vous faudrait autant de minutes pour vous remettre du voyage."
Tandis que le jeune homme sursautait, à l'opposé de la pièce, une silhouette qu'il n'avait pas distinguée se retourna, avant de s'approcher à son tour de la table. Tandis que derrière lui se dévoilait l'unique fenètre de la pièce, par laquelle on pouvait apercevoir la lune s'élevant dans le ciel étoilé, à la lumière rougeoyante de la lanterne se dessina le visage d'un homme trapu : les traits ridés, le front dégarni, la moustache frisonnante peignée avec soin. Le pirate ne connaissait pas le vieil homme qui lui faisait face. Mais ce n'était pas réciproque.
- Je suis ravi de vous rencontrer enfin, monsieur Jurion. Désolé de vous avoir téléporté ici sans prévenir, mais il fallait que je puisse prendre le temps de m'entretenir calmement avec vous..."
Dans tous les cas, ce n'était pas un rêve.
- Puisque vous semblez me connaître, auriez-vous l'amabilité de me dire où nous sommes, et surtout qui vous êtes ?" répondit le pirate.
- Hum..." fit le vieil homme, marquant un temps d'hésitation, "Nous sommes en ce moment à l'étage supérieur de la tour se trouvant à l'extrémité du ranch Lon Lon. Pas très loin de vos amis, en somme, sauf que nous sommes à l'abri de leurs regards, ainsi que des différents affrontements qui ont lieu en ce moment..."
- Quant à votre seconde question..." reprit-il.
Un silence pesant fit place à ces paroles. Alban devina que la réponse n'allait pas être sans répercussions.
- Je suis l'ancien maître du conseil de l'alliance secrète, réglementant les passages entre les différentes dimensions... Mon nom... est Hôgul."
Ce nom... Instantanément, le pirate sortit Dermot de son fourreau, et la pointa vers son interlocuteur, prêt à commencer le combat. L'affrontement qu'il avait attendu depuis des années se profilait enfin, provoquant en lui une montée trop longtemps refoulée de rage.
- A votre place, je ne ferais pas ça, monsieur Jurion..." reprit calmement le sorcier, "Vous n'avez rien à craindre de moi, et vous n'avez rien à perdre à écouter ce que j'ai à vous dire..."
- FERMEZ-LA !" hurla Albatard, "FERMEZ-LA, ENFOIRE ! VOUS AVEZ TUE MES PARENTS, ET MAINTENANT VOUS VOUDRIEZ ME PARLER ? JE VAIS VOUS BUTER, C'EST TOUT. FERMEZ-LA, JE VEUX PAS VOUS ECOUTER... NE DITES PLUS UN SEUL PUTAIN DE MOT !"
- Calmez vous, voyons ! ... Ecoutez, je vais vous poser une simple question ; une seule : comment pouvez-vous être sûr que je suis responsable de la mort de vos parents ?"
Cela, Albatard ne s'y attendait pas. Il s'attendait à tout de la part d'Hôgul, mais pas à cette question. Il pensait que celui-ci le menacerait, ou le supplierait. Mais pas ça. Destabilisé, la colère du jeune homme se transforma en frustration. Il se sentait pourtant si proche de son but... Articulant lentement, il se concentra pour répondre le plus normalement possible.
- C'est... C'est Zakoestros qui... qui me l'a dit. Voilà."
- Et ce « Zakoestros », c'est votre ami ? Quelqu'un que vous connaissez bien, en qui vous savez que vous pouvez avoir confiance ?"
- Non, mais..."
Même si il tentait de réfuter l'argument implicite, il était déjà trop tard. Le mal était fait, le doute semé. Alban sentait qu'à un moment ou à un autre, on lui avait "magouillé le cerveau", comme il appelait ça.
- Vous voyez où je veux en venir, j'imagine." poursuivit le vieillard en détournant son regard sur la lanterne, pensif.
- Euh, pour être franc, pas totalement, non." hoqueta l'autre.
- Eh bien, vous ne trouvez pas que c'est plutôt une belle coïncidence ? Je veux dire... Vous avez cherché à trouver les responsables du meurtre de vos parents pendant, combien... Huit ans, à peu près... Sans rien trouver... Et d'un seul coup, vous rencontrez cet Hylien, qui vous dit qu'il s'appelle Zakoestros - mais vous avez déjà appris son véritable nom entre-temps, j'imagine ? Et comme par hasard, une organisation secrète qui semble faire obstacle audit Zakoestros est la piste que vous avez cherché en vain pendant huit longues années ? Heureux hasard, tout de même..."
Alors c'était ça. Il aurait dû s'en douter. Le mystique s'était bien fichu de lui, comme d'habitude. Il avait joué de ses sentiments, de son désir de vengeance, comme d'armes servant à abattre ses ennemis...
Une question lui frappa alors l'esprit.
- Pourtant, bien que vous insinuiez que Zakoestros m'ait manipulé... Vous avez quand même envoyé un de vos hommes pour me tuer... Ce gamin... Kashimachin, là..."
- Pas spécifiquement pour vous tuer vous, monsieur Jurion. Mais simplement parce que votre organisateur m'a contraint à tenter d'éliminer tous les participants, pour mettre fin par la force à ce tournoi... Je pense qu'aucun de vous n'a conscience des problèmes énormes que celui-ci a engendré... Je ne sais pas ce que le disciple du Diable vous a dit sur moi, mais tout ce que j'ai fait jusqu'à maintenant, je l'ai fait dans le seul intérêt de l'harmonie entre les mondes, afin de préserver la vie des peuples tout entiers ! C'est pour cela que j'étais prêt à sacrifier vos vies, malgré mes réticences évidentes à tuer qui que ce soit... Tout est de la faute de ce mystique, Linki."
A présent, tout s'éclaircissait pour Alban. Il comprit pourquoi il avait senti dès le début que l'attitude de l'organisateur recèlait quelque chose de suspect... Et sa colère commença à monter de nouveau. Cependant, avide de réponses et face à ce sage qui semblait en savoir beaucoup plus long sur la vérité, il ne put s'empêcher de lui demander :
- Mais alors dites-moi, si ce n'est pas vous qui êtes à l'origine du meurtre de mes parents, alors qui est-ce ?"
- Ah... Si seulement je pouvais vous apporter une réponse satisfaisante... Malheureusement, ce n'est... personne."
- Personne ?" s'écria le pirate, les larmes aux yeux et la rage au ventre.
- Les meurtriers que vous avez vu... N'étaient que de simples ivrognes, tout simplement. C'est aussi bête que ça. Ils sont morts depuis longtemps... Quant à vos parents..."
- Quoi, mes parents ?"
- Linki vous a menti sur toute la ligne en ce qui concerne vos parents, et plus particulièrement votre père..."
- Il m'a dit que c'était un voleur, et que c'est pour cela que vous l'aviez tué..."
- Non. Je suis... Ton père."
- Non... Non... Ce n'est pas vrai... C'est impossible ! NOOOOOOOOON !!! NOON !!"
***
Sans le moindre jaillissement d'étincelles habituel, les deux lames s'entrechoquaient violemment, dans une cacophonie métallique pourtant typique. D'un côté la bleue nuit nimbée de pourpre, de l'autre la noire au halo brumeux.
Les épées frappaient, s'évitaient, avant de se confronter à nouveau, dans une danse macabre frénétique, sans qu'aucune ne semble prendre l'avantage sur l'autre. Leurs mouvements, constants et rapides, donnaient l'impression qu'elles étaient toutes deux possédées par quelque esprit démoniaque. Ou plutôt, par deux esprits démoniaques égaux.
Après un énième échange, les lames stoppèrent leur course au même moment, comme se dévisageant l'une l'autre, en garde.
- Tu vois bien que tu ne viendras jamais à bout de moi, Tarn... Tu ferais mieux de renoncer..."
- Je pourrais en dire autant à ton sujet, Zaky..."
Aussitôt, la bleue nuit feinta, puis attaqua, tandis que la noire, loin d'être dupe, attendit le bon moment pour parer avant de riposter, sans plus de succès.
- Bon, et si tu te décidais plutôt à me dire la vraie raison de ta venue ?"
- Je te l'ai dit, je suis venu réclamer mon dû..."
- C'est à dire ? Je pensais ne plus rien te devoir..."
- Tu croyais pouvoir t'en tirer à si bon compte ? Ton âme est à moi, Linki !"
A ces mots, la lame noire qui cessa la danse, ne put s'empêcher de frétiller de rire.
- Alors tu n'as toujours pas compris que c'est la seule chose que je ne peux pas te donner ? Si c'est ça que tu cherches, tu devras attendre un peu..." répondit-elle mystérieusement.
- Dans ce cas, donne-moi celle du gagnant, elle fera l'affaire..."
- Si c'est vraiment ce que tu veux, alors j'ai une proposition qui t'intéressera bien davantage, je pense..."
- Dis toujours."
- Tu vois ce vieil homme là-bas, en train de se battre contre mon Mojo ?"
- Hum..."
- Je suis prêt à te parier Daarkar que ce sorcier n'a pas plus d'âme que mes yeux... Et une fois que mon assistant lui aura évoqué la possibilité que je la lui rapporte, il se pliera à ma volonté..." ricana la lame noire.
- Qu'est-ce que cela a à voir avec moi ?" répondit la lame bleue.
- Les promesses ne sont bonnes que pour ceux qui y tiennent... Et si tu acceptes de coopérer, alors son âme est certainement celle qui a le plus de valeur, de toutes celles réunies ici..."
- D'accord mais si tu te trompes ou si tu échoues, je prendrai l'âme du gagnant et Daarkar en prime... Qu'en dis-tu ? Après tout, je n'ai aucune garantie..."
- Tu es dur en affaires, Tarn Darkblade... D'accord. Comme tu voudras."
Meilleur passage de l'épilogue concernant mon perso, j'attends enfin le dénouement et bon il est quasiment là.
Cette scène me rappelle un peu le passage Sawyer Vs Son père dans le Black Rock.
BG scène tout cas !
J'ai pas pu m'empêcher de rire au "je suis ton père"
Bon chapitre, bon on revoit quand Ephraim qui met la misère à tout le monde ?
***
Lorsque l'homme-lézard jeta un oeil par dessus son épaule, il n'osait pas trop espérer être parvenu à semer l'hystérique lui servant à présent d'adversaire, et il avait raison. Une dizaine de mètres derrière lui, la lumière de la lune lui permettait de voir Ephraïm galoper à toute vitesse en sa direction, lame géante prête à être brandie.
Accélérant la course de sa monture, Kurst réfléchissait. Avait-il un quelconque réel atout face à cette personnalité qui surpassait en tout point son ancien ami ? En imaginant celui-ci brandir la lame afin de le faucher de sa monture, le reptile repensa à ce dont lui avait parlé Dekumo, son ami Mojo, au sujet des tournois d'antan. Ceux au cours desquels les cavaliers s'affrontaient face à face, armés de lances, et dont la victoire se décidait toujours en un seul assaut. Cependant, la fourche étant bien plus fragile que la lame géante, cela ne jouerait pas en sa faveur d'adopter cette configuration. Une autre idée lui vînt alors à l'esprit.
Derrière lui, Sheitan, dont la colère noire était restée intacte bien qu'elle se demandât ce que Signe pouvait bien faire au ranch Lon Lon, tira brutalement sur la bride de sa monture lorsqu'elle vit sa cible faire volte-face sans crier gare. L'étalon stoppa sa course immédiatement.
- Alors, ça y est pathétique lézard ? Tu as décidé de te rendre ?" ricana le jeune homme.
Sans se donner la peine de répondre, Kurst Keiger fonça alors sur le schizophrène, le bras armé de la fourche. "Imbécile ! Mon épée est plus longue et résistante que ton foufourche à papaye !" se dit-elle en reprenant sa course à son tour, brandissant la lame géante de ses deux mains.
Exactement comme le reptile s'y attendait.
Arrivé à quelques mètres de sa proie, celui-ci visa.
Et bien avant de laisser les armes entrer en contact, tira.
Sheitan, surprise, et les mains prises par la lame, ne put dévier la trajectoire de sa monture. L'alligator était certes moins fort qu'elle, mais il était certainement plus adroit, et rusé.
La fourche alla donc se planter dans l'épaule gauche du nomade, qui lâcha un cri de douleur en chutant de sa monture et en s'écrasant au sol. Son épée géante, une fois de plus, tomba à terre, quelques mètres plus loin.
Trop loin.
Trop tard pour tenter de la récupérer.
Kurst avait déjà fait demi-tour, et descendait à présent calmement de son cheval, prêt à achever le jeune schizophrène. Il était maintenant complètement serein et concentré, et cela se voyait à son regard et se ressentait à la puissance de ses coups.
Sheitan, qui n'avait pourtant pas dit son dernier mot, s'en rendit bien compte lorsque après avoir évité de justesse une frappe verticale du reptile en sautant en arrière dans un douloureux effort, elle retira la fourche de son épaule, qui avait pénétré sa chair de façon anormalement profonde. La difficulté à la retirer lui occasionna un nouveau hurlement de douleur, avant qu'elle ne pointe sa nouvelle arme sur l'extraterrestre en serrant les dents.
Elle, si forte et sanguinaire, humiliée comme jamais auparavant, blessée, traînée à terre, ne laisserait plus à Kurst une seule chance de se sortir vivant de ce combat. Elle s'imaginait déjà en train de le découper en petits morceaux de ses lames effilées, de le dépecer lentement, de se délecter de ses hurlements d'animal.
Elle était avide de sang. De son sang. C'est pourquoi elle ne disait plus un mot, souriant seulement, d'un sourire cruel et effrayant.
Mais l'alligator n'avait plus peur. Il avait compris le point faible de Sheitan : son manque d'adresse, de coordination et de perspicacité la conduirait inexorablement à la défaite.
Ainsi, lorsque le nomade, telle une furie, plongea sur son adversaire au sang froid afin de l'empaler d'un puissant coup de fourche, celui-ci ne prit même pas la peine d'esquiver.
Tel un véritable lutteur, il se saisit des pointes d'acier de l'outil, ces dernières n'éraflant que superficiellement son corps écailleux, avant de se servir de la force du coup pour renvoyer l'arme piquante derrière lui, tout en effectuant une glissade. Bien entendu, Sheitan, prise à nouveau totalement au dépourvu, fut entraînée par sa propre force et suivit la même trajectoire, lâchant le manche de son arme avant d'effectuer un vol plané d'une trentaine de mètres...
La chute aurait dû lui être fatale, mais heureusement pour elle, le destin semblait en avoir décidé autrement.
Le reptile, focalisé sur son adversaire depuis qu'ils avaient pénétré dans l'enclos du ranch, n'avait en effet pas remarqué les quelques sortes de monticules géants de foin qui se trouvaient aux extrémités de celui-ci. C'est sur l'un d'entre eux que la chance décida de faire retomber le nomade, amortissant sa chute mortelle, dans une silencieuse "explosion" de foin.
- Ton insolente chance ne te sauvera pas éternellement de moi..." marmonna pour lui-même Kurst, tandis qu'il rejoignait ce qui restait du monticule brisé, à savoir un ensemble désordonné de nombreux tas de foin.
L'alligator anthropomorphe ne croyait pas si bien dire.
Un instant plus tard, alors qu'il s'approchait, une fumée légère, puis plus nette, commença à émaner de la plus grandes des piles de foin restantes. Quelques secondes plus tard, le feu commença à se déclarer, et à grandir très vite grâce à ce combustible naturel.
Une nouvelle lumière éclairait la nuit, ainsi que les pupilles ovoïdes de Kurst Keiger.
Ce n'était pas une si bonne idée de garder cette lanterne, finalement.
Bien vite, les braises qui s'envolèrent du brasier grandissant vinrent enflammer les brindilles les plus légères, bercées au gré du vent poussiéreux. Heureusement, le terrain du ranch était trop humide pour risquer de prendre feu à son tour.
Le reptile s'avança du tas de foin central, essayant de distinguer le corps de son ennemi dans les flammes. Même si il n'y voyait pas grand chose, le nomade n'aurait pas pu en réchapper.
Soupirant, c'est par habitude que l'être de sang froid sortit de sa poche son fidèle paquet de cigarettes célébrant désormais ses victoires. Se baissant, il approcha le bâton de nicotine du brasier, en se remémorant du jour où il en avait offert une à Ephraïm... Il n'y a pas si longtemps.
Mais cette fois-ci, c'était sa dernière. La dernière du paquet ; mais aussi le dernier combat.
Troublante coïncidence...
***
- C'est pourtant la vérité, Alban..."
- Alors pourquoi ? POURQUOI NE ME PAS L'AVOIR DIT AVANT ??"
Quelques secondes s'écoulèrent, durant lesquelles le sorcier ne répondit pas. Au lieu de ça, il se retourna et fixa la lune à travers la fenêtre, dont il s'approcha lentement. Cela semblait lui évoquer quelque lointain souvenir. Albatard le rejoignit, d'abord le dévisageant, se demandant si cela pouvait seulement être la vérité, si cet homme pouvait réellement être son père. Puis il regarda la lune à son tour. Elle était pleine, et très belle. Une lune blanche.
- Tu sais, Alban.. J'y ai longuement réfléchi... Mais... La raison principale pour laquelle je n'ai pas voulu te dire la vérité... C'est parce que j'avais honte. J'avais honte de moi, de t'avoir abandonné."
Le pirate ne répondit pas. Son regard ne se détachait à présent plus de la lune. La situation lui semblait tellement... irréelle.
- Quand tu es né... J'étais un homme extrêmement occupé... Et ta mère - ta vraie mère, je veux dire - est décédée en te mettant au monde... Il y a plus de vingt deux ans. Je ne me suis pas senti le courage de t'élever seul, pas avec les responsabilités qui étaient les miennes... Alors, je t'ai confié à cette famille. La famille Jurion."
- ..."
- Quand j'ai appris le drame qui s'était produit, j'ai tout fait pour te retrouver. Et puis, comme tu étais un vagabond "orphelin" à cette époque, tu n'as été ni répertorié ni connu des gens avant longtemps... Avant que tu deviennes Albatard, en fait."
- ..."
- Et puis, quand je t'ai retrouvé grâce à ta réputation de pirate, j'ai appris que tu étais lancé dans cette quête impossible de venger tes parents adoptifs... Comme tu n'avais que quatre ans à l'époque de leur mort, je ne pensais pas que cela te traumatiserait à ce point. Je pensais que tu les oublierais, mais j'avais tort sur toute la ligne. C'était le contraire, en fait. C'était devenu ton obsession. J'imagine que dans ce genre de situations, c'est l'un ou l'autre..."
- ..."
- Quoiqu'il en soit... Je n'ai pas su aborder le problème. Je reconnais que j'aurais du agir à ce moment là. Mais c'était trop dur de venir te raconter la vérité alors que tu ne me connaissais pas. C'était trop dur pour moi de te briser tes illusions à ce moment-là. Tu as toujours été un garçon fragile, et je n'avais pas envie de t'infliger un second traumatisme, après tout ce que tu avais enduré... Je me suis dit que tu étais trop jeune pour apprendre la vérité, alors j'ai attendu."
- ..."
- Je pensais qu'avec le temps, tu abandonnerais cette idée de vengeance... Et qu'alors, j'aurais pu t'aborder... En plus de tout ça, mes responsabilités m'ont pris beaucoup de mon temps... Beaucoup trop... Mais ça aussi, je n'en prend conscience que trop tard... Je suis désolé, j'aurais tellement aimé être un vrai père pour toi..."
A ces mots, un maigre sourire se dessina sur les lèvres d'Alban. Une petite larme perla à son oeil caché par sa mèche, et coula le long de sa joue, invisible.
- Et Cixen ?" répondit-il enfin.
- Quoi Cixen ?"
- Non, rien... Mais, juste une remarque, « père »."
- Je t'écoute, mon fils."
- A l'avenir, évitez ce genre de discours... Vous ne devriez pas... jouer avec les sentiments d'autrui."
Sur ces quelques mots, et dans l'incompréhension d'Hôgul, le jeune Alban Jurion, tranquillement, lui donna une accolade, d'abord amicale, puis plus forte, qu'il resserra afin de bloquer les épaules du sorcier...
- Mais, qu'est-ce que tu.."
...avant de les plonger tous les deux à travers la fenètre, dans le vide.
Dans l'air frais de la nuit, ils s'écrasèrent plus bas.
Sous la lune. La très belle et très blanche lune. Pleine.
Haha, j'ai tout lu d'une traite ![]()
La Mort, Hôgul, Signe, Albatard, le petit "Et Cixen ?" au poil
Encore combien de postes avant la fin-fin?
YEAH !
Vive Kurst Keiger !
Mais bon, on sait tous qu'Ephraim n'est pas mort.
Cette partie était vraiment géniale ! Bon, je passe sur le fait que j'ai pas trop compris comment une personne pouvait se faire éjecter sur uen trentaine de mètres... Mais pas grave, le reste est bien roxxant.
T'as pas intérêt à faire mourir mon personnage sinon je serai dans l'obligation... de te montrer la preuve que tu ne possèdes pas de micro
Par contre, une incohérence, Kurst était censé ne plus avoir aucune cigarette vu qu'il ne lui en restait qu'une.
Bah, Kurst utilise la force pour t'éjecter
Ceci dit j'avoue que j'ai tiqué aussi à la trentaine de mètre, une dizaine tout au plus aurait été suffisante
Et tout à fait il ne me restait qu'une cigarette, m'enfin, c'est pas grave.
Bah alors ? ![]()
***
Un léger bruit sur sa gauche dans le vacarme des flammes crépitantes.
Kurst se retourne. Mais trop tard.
Sheitan, qui avait bien sagement patienté dans un des plus petits tas de foin non loin, un de ceux qui n'avaient pas pris feu, n'avait eu qu'à attendre que son adversaire soit sûr de sa victoire.
Le bond qu'elle venait d'effectuer allait lui garantir la sienne.
Plantant les deux kodaichis dans les deux jambes du reptile, elle se releva en reculant. Kurst la regardait, sans bouger. Après un instant de silence, l'homme-lézard tira sur sa cigarette longuement. Celle-ci s'épuisa de moitié avant qu'il ne la libère de son étreinte buccale. La fumée n'avait jamais eu un goût aussi amer. Il la souffla tout aussi longuement, toujours sans montrer le moindre signe de douleur.
L'hystérique face à lui, essouflée, en était d'autant plus excédée.
Pourtant, elle avait gagné, et elle le savait.
- Donc c'est ainsi que ça va se terminer ? Ici et maintenant..." commença l'alligator, calmement, "Je suppose que c'est ça... que vous appelez le destin."
Sheitan ne voulut pas en supporter davantage. En un éclair, elle se rua sur sa victime, le frappant à présent à la seule force de ses poings, qui s'abattirent telle une pluie sur la tête amochée du reptile.
Celui-ci ne répondit pas aux coups. En fait, il n'essayait même plus de se défendre. Son corps ne réagissait plus, c'était tout juste si la douleur ne lui était pas indifférente.
Son dernier combat...
"Le dernier combat, c'est celui où on perd. On finit toujours par perdre, peu importe le nombre de victoires... Donc à quoi bon gagner ? A quoi bon continuer à se battre ? Quel sens est-ce que la victoire pourrait avoir pour moi de toutes façons ? Que pourrait m'apporter la vengeance ? Ce n'est pas mon monde... Et je ne pourrais jamais rentrer... Cette existence que j'ai acquise n'a pas de sens... Autant qu'elle trouve un terme définitif, cette fois... Et mon adversaire est Ephraïm...
Finalement, ce n'est peut-être pas si mal que ce soit celui-ci... Mon dernier combat."
Tandis que ces sombres pensées hantaient l'esprit de Kurst Keiger, son corps subissait sans broncher la rage désormais à son paroxysme de l'alter-égo féminin d'Ephraïm. Dans son "esprit" à elle, une seule idée dominait tout le reste : tuer. Tuer, tuer, tuer.
Alors, tandis qu'elle assaillait de coups de poings le crâne endolori du faux Lizalfos toujours sans aucune réaction de la part de celui-ci, elle décida qu'il était temps qu'il souffre encore davantage. Elle voulait le voir hurler, pleurer, implorer, supplier...
Brûler.
Donnant une violente manchette au buste de l'animal, elle força celui-ci à pivoter, maintenant dos au brasier devenu gigantesque. Rien ne pourrait plus l'empêcher d'infliger à sa victime les souffrances les plus horribles. Un rictus sadique éclaira le visage du jeune homme, dont la voix s'éleva pour la première fois depuis un moment.
- Je veux voir ton regard lorsque tu hurleras pour que la douleur prenne fin, lorsque tu pleureras malgré toi et ton indifférence, lorsque tu imploreras le ciel que tout s'arrête, et lorsqu'enfin, tu me supplieras à genoux de t'achever..." se délecta la jeune femme, faisant passer sa langue sur sa lèvre supérieure. Ces idées l'excitaient, la rendaient folle.
Elle était folle.
Armant sa jambe afin de porter le coup final, elle déposa sur sa main un léger baiser, qu'elle souffla vers sa nouvelle victime.
- Adieu, saloperie d'animal."
Et puis... plus rien. Alors qu'elle allait frapper, sa jambe armée refusa de bouger.
Bien vite, elle se rendit compte que son corps tout entier refusait de répondre à ses ordres. Une voix s'éleva alors de sa propre bouche.
- NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON ! SHEITAN, ARRETE !"
Pour la toute première fois, Ephraïm avait eu la force de reprendre le dessus sur son alter-égo de lui-même, plutôt que l'inverse : frappant sa comparse d'un grand coup de poing dans l'épaule, le corps du nomade sembla un instant touché par une force invisible.
- Non, Ephraïm ! Je n'arrêterais pas ! J'étais sur le point d'envoyer cet abruti de Lizalfos en Enfer, tu n'as pas le droit de m'ôter ce plaisir !"
- La ferme ! Je t'interdis de le tuer ! JE TE L'INTERDIS, TU M'ENTENDS ?"
- Tu dis ça car tu crois toujours que c'est ton ami... Mais il s'en fiche complètement de toi maintenant ! Tu devrais me laisser faire, c'est moi qui suis de ton côté, imbécile !"
- Non, maintenant ferme-la."
- Ma-"
- J'AI DIT : FERME-LA. Je ne veux plus t'entendre. Ne dis plus jamais que tu es de mon côté. J'ai encore du mal à croire que tu fais vraiment partie de moi, tellement je te trouve immonde et abjecte. Et si je pouvais te faire disparaître à tout jamais de ma tête, je le ferais sans hésiter une seule seconde... Je ne sais pas si Kurst peut encore voir en moi un ami, mais je préfère le laisser vivre, quitte à ce qu'il m'attaque encore et encore, plutôt que de le tuer. Car lui est toujours MON ami. Et c'est ce qui compte pour moi."
Le discours d'Ephraïm avait finalement sorti Kurst de ses pensées. Ressentant d'un seul coup la douleur accumulée jusqu'alors à cause du retour à la réalité, son corps s'effondra soudainement. Sheitan n'osa pas répondre à son alter-égo. Elle ne l'avait jamais vu dans un tel état, et elle en était trop surprise pour pouvoir répondre. Ainsi, le nomade parvînt à entendre les paroles de l'alligator à terre, et à les saisir en s'accroupissant au sol près de lui.
- Ephraïm... Merci..."
Tout était dit. Quelques larmes s'écoulèrent sur les joues du nomade, qui les essuya d'un revers de manche. Une voix famillière leur parvînt.
- Kurst, Ephraïm..."
Linki s'approcha des deux combattants à terre.
- C'est terminé, vous n'avez plus besoin de vous battre. Venez avec moi."
***
Haletant, toujours sans s'arrêter de courir, il jeta un nouveau coup d'oeil derrière son épaule.
Toujours rien.
"Il faut que j'arrête, ça ne sert à rien de faire ça... Si il me trouve il pourra se téléporter... Cours, Alban, cours !" pensa le jeune homme en reprenant sa fuite de plus belle. Heureusement que, comme il l'avait prévu, la hauteur de la tour avait été suffisante pour que la masse du sorcier le fasse s'écraser en premier, lui épargnant ainsi toute blessure grave, contrairement à son opposant. Les paroles d'Herbert n'arrêtaient pas de lui revenir en tête, lui martelant la cervelle et le poussant à courir toujours plus vite.
Grâce à la lumière lunaire dont il avait remarqué la perturbation passagère, il avait pu distinguer la fumée qui se dégageait d'un des monticules de foin.
Si il y avait un feu, c'est qu'il y avait des gens... et dans le pire des cas un combat. Mais un combat représentait aussi un potentiel allié, maintenant indispensable : même sans connaître exactement l'étendue des pouvoirs d'Hôgul, Albatard savait qu'il ne pourrait pas y faire face seul, armé de son unique épée. Et puis, depuis toujours, il avait craint les mages de toutes sortes. Ces gens-là réfléchissaient trop pour lui, ils étaient trop analytiques... et leurs paroles à elles seules parvenaient parfois à lui donner mal au crâne... Pourtant, jusqu'à maintenant, le discours de celui-ci avait été plutôt clair... Il aurait dû se douter que ça cachait quelque chose !
- Il apparaît que vous êtes moins naïf que ce qu'indiquent nos rapports..."
La voix était d'abord venue de derrière lui, avant de poursuivre de devant. Tournant sur lui-même, le pirate se rendit compte qu'il avait désormais la route barrée par le vieillard.
- Vous allez vite regretter de m'avoir pris pour un idiot !" répondit Alban, tentant de cacher sa peur. Car depuis longtemps déjà, il redoutait cet affrontement.
Se contrôlant du mieux qu'il pouvait, le jeune homme sortit sa lame et avança à pas mesurés vers son adversaire, sur ses gardes.
- Croyez-vous pouvoir me vaincre avec cette arme... ridicule ? Une simple épée ? Allons, allons..."
Le capitaine tenta alors un petit saut pour se retrouver sur la gauche du sorcier, puis feinta un coup horizontal qui se transforma bien vite en estocade. La réponse ne se fit pas attendre.
- Ramuh !"
Aussitôt, la lame fut frappée de multiples et puissants éclairs sortant des mains du vieil homme, avant que le coup ne puisse être complètement porté. L'acier de l'épée était un parfait conducteur, et Albatard fut électrocuté de plein fouet. La main lâcha l'arme tandis que le jeune homme tomba en arrière.
Il avait vu sa vie défiler devant ses yeux.
Se relevant avec difficulté, les vêtements légèrement noircis, il se précipita en avant afin de récupèrer sa précieuse Dermot. Mais au moment où il tendit la main pour la saisir, c'est un jet de flammes qui alla le frapper, brûlant légèrement la manche de sa chemise ainsi que son bras droit.
- Aaaah ! DERMOOOT !" lâcha le pirate en retournant s'écraser au sol. Malheureusement, le combat se déroulait précisément de la façon dont il l'avait redouté : il était impuissant face aux puissants sortilèges d'Hôgul et n'allait peut-être même pas être en mesure de lui porter un seul coup... Désarmé et déjà blessé, il fallait qu'il trouve une échappatoire. Tout de suite.
- Désolé Monsieur Jurion, mais je crois que vous ne faites pas le poids..." reprit calmement le sorcier en joignant ses mains, prêt à achever sa victime.
Et là, l'idée du siècle. La seule idée viable : l'effet de surprise.
Retirant sa botte gauche en une seconde, il la balança de toute la force de son bras intact sur son adversaire, qui ne comprit pas la manoeuvre. Qu'était-ce que cela ? Qu'est-ce que c'était que cette tentative desespérée d'un homme face à la mort, qui ne trouvait plus rien d'autre à faire pour manifester son opposition que de... lancer sa chaussure ?
Hôgul ne comprit pas. L'attaque le laissa interdit. Il n'essaya même pas d'esquiver la botte. Sans qu'il ne puisse le voir, un sourire éclaira alors le visage d'Albatard.
La botte le frappa à l'estomac.
Et ainsi...
La lame cachée dans la semelle en sortit.
Le sorcier déglutit. La douleur fut aussi anormale que surprenante. Observant la blessure, il vit l'arme cachée dont il avait tout ignoré. Ses boyaux pendaient maintenant de son ventre, tranchés par l'acier.
Retirant la botte ainsi plantée, qui lui arracha un cri de douleur, de sa main libre qui émit un faible halo blanc, il fit usage de sa magie blanche. Bien vite, la blessure se referma, et la douleur aussitôt s'estompa. Il jura de se venger.
- Je jure de me venger... de cette incommodité." jura-t-il maintenant bien avisé.
Mais lorsqu'il leva les yeux, le pirate avait disparu, depuis longtemps échappé. Peut-être même à cloche-pied, qui sait ?
- Tu ne fais que retarder l'inévitable, jeune effronté !" s'exclama le vieil homme à l'adresse des alentours. Sans réponse de leur part, ni de qui que ce soit d'autre d'ailleurs, le magicien se résolut à poursuivre sa traque.
Avançant de téléportation en téléportation, Hôgul n'avait pas vraiment d'idée de l'endroit vers lequel sa cible pourrait vouloir se diriger. Surprenant à bonne distance l'affrontement entre un Lizalfos et un guerrier humain non loin d'un tas de foin, la situation lui inspira une idée. Peut-être le pirate dans un de ces monticules était-il parti se cacher ? Revenant là où celui-ci l'avait laissé après l'avoir feinté, il se rendit compte bien vite que sa théorie était fondée.
En effet, à quelques dizaines de mètres environ, une version similaire de l'édifice d'herbe sechée lui faisait face, indiquant la limite de l'enclos central où il se trouvait. Afin de ne pas être pris au dépourvu, le vieil homme décida de s'y rendre à pied, attentif à d'éventuels mouvements. "La lumière de la lune m'aidera à débusquer ce voyou..." ronchonnait-il en son for intérieur. Celle-ci, que camouflait de plus en plus la fumée du foin embrasé par la lanterne d'Ephraïm, semblait vouloir lui donner tort.
Quand soudain, tel un signal, le monticule vers lequel il se dirigeait dans l'obscurité grandissante, sans un bruit, s'enflamma à son tour. Les brindilles enflammées emportées par le vent avaient fini par féconder un nouveau foyer...
Le sorcier se retrouva alors hébété, mais pas seulement à cause du feu et de la lueur nouvelle... En effet, juste dans sa ligne de mire, les flammes semblaient lui indiquer la position du pirate à contre-jour : une obscure silhouette se découpait dans la lumière naissante. Une cape flottante... Des motifs blancs se détachant sur celle-ci... Aucun doute, c'était lui.
- Cette fois-ci, ton heure est belle et bien venue..."
Prêt à porter le coup final, le vieil homme se téléporta, tout en joignant ses mains, avant de s'écrier, les yeux fermés :
- Par la Puissance de Din !"
L'effet de l'incantation fut retentissant, et un rayon ardent d'un bon diamètre jaillit instantanément des paumes d'Hôgul.
La cible n'aurait pas eu le temps de ciller.
L'enchaînement avait été parfaitement exécuté.
Devant lui ne se tenait plus qu'un nouveau brasier fumant, dont il ne restait que la cape ignifugée, flottant dans le vent, suspendue aux restes...
3500
3501 *au cas où*
Aux restes... de l'épouvantail.
Hôgul n'eût pas plus le temps de réagir, lorsque Dermot le transperça, du dos jusqu'au flanc. Alban, haletant, exulta un soupir de satisfaction. Son leurre avait parfaitement fonctionné. En accrochant sa propre cape à ce leurre de fonction, il avait réussi à piéger son ennemi pour la deuxième fois déjà. Après avoir rentré l'épée jusqu'à la garde, le pirate tourna autour de sa proie maintenant défaite, afin de lui faire face une dernière fois.
- On dirait que c'est la fin du voyage, vieux débris... Tant que je n'aurais pas enlevé ma lame de ton bide, je sais que tu ne pourras rien faire pour te soigner, contrairement aux autres fois où je savais que tu pourrais le faire facilement... Pas d'bol pour toi que ce bon vieux loup de mer d'Herbert, paix à son âme, m'ait tout raconté de tes manigances... ça t'en bouche un coin hein ?"
Le sang s'écoulait à présent presque à flots des lèvres de l'ancien maître de l'alliance secrète, qui n'en menait plus large. Il ne répondit pas. Il se demandait quel genre de personne il fallait être pour essayer de tromper une personne avec un épouvantail qui porte des vêtements. Et il se demandait aussi quel genre d'imbécile il fallait être pour tomber dans un piège aussi grossier.
- En tout cas, n'oublie pas mon nom... Fais-en écho à tous les diables de l'Enfer que je ne verrais jamais... Tes nouveaux collocataires. "
Prêt à achever son dernier ennemi en le projetant dans les flammes qui lui faisaient face, son geste fut interrompu par la réplique de celui-ci.
- Comment... as-tu su... que je mentais ?"
- C'est simple. Déjà, dans votre discours, plusieurs choses sonnaient faux. Le fait que vous me disiez que l'envoi d'un de vos hommes pour me tuer n'avait rien de personnel alors que je suis censé être votre fils, ça le fait pas. Et donc, pour vérifier, j'ai nommé Cixen."
- Cixen ? Je ne... comprend pas..."
- Linki m'avait dit que vous me l'aviez envoyé. Soit c'était faux, et vous n'aviez jamais eu connaissance de cet homme qui avait pour mission de m'éliminer, car dans le cas contraire vous m'en auriez protégé un tant soit peu, j'imagine... mais si vous connaissiez son nom, alors je pouvais en conclure... que Linki n'a pas menti. Or, ce nom ne vous a pas interpellé..."
- Je vois... J'avais sous-estimé ta perspicacité, jeune Jurion... Cependant, tu ignores toujours la vérité au sujet de tes parents..."
- Comment ?"
- Oui... Maintenant que tu m'as vaincu, il n'y a aucune raison que je te cache la vérité... Et celle-ci, que Linki lui-même ignore probablement, est encore plus cruelle que celle que tu crois détenir..."
- N'essayez pas de me duper une fois de plus, vieux grigou !" cria Albatard tout en soulevant le vieillard mourant par les épaules.
- Je n'ai plus aucune raison de te duper... Alban Jurion... Tu sais déjà que ton père a découvert par accident l'accès vers les autres dimensions... Les autres mondes... Ce que tu ignores, c'est que... J'étais avec lui au moment de sa découverte."
- HEIN ?"
- Tu m'as bien entendu... En réalité, ton père et moi, nous étions amis, à cette époque. Nous nous étions connus à l'université de magie. Je pratiquais les arcanes, alors que ton père s'était spécialisé dans l'alchimie. Je connaissais aussi ta mère... Mais tu ne peux pas te souvenir de moi, à cette époque, tu étais bien trop jeune... Et moi, je l'étais aussi beaucoup plus... C'était il y a si longtemps déjà..."
Pour la première fois, le pirate sentait une certaine sincérité émaner des paroles du magicien, qui se confiait en effet véritablement, il en était sûr.
- Enfin... Quoiqu'il en soit... Tu dois savoir que ton père n'a pas simplement découvert un accès vers ces autres dimensions... Il y a maintenant vingt cinq ans... C'est... C'est le premier à avoir fait cette découverte. Et j'en suis le seul et dernier témoin. Nous nous amusions à pratiquer nos arts ensemble, tu te doutes donc bien que c'est complètement par accident que nous avons fait une telle découverte... Nous étions jeunes, et insouciants. Nous n'avions absolument pas conscience des enjeux de nos actes... Comme j'aimerai revenir à cette époque... Mais pour en venir aux faits... La raison pour laquelle j'ai tenté de te faire croire que j'étais ton père, c'est parce que.. C'est ton père qui aurait du être à la tête de cette organisation... L'Alliance secrète... En fait, c'était même son idée... Mais... Ton père, que tu idéalises à présent parce qu'il est mort brutalement... Tu ne le connais pas comme je l'ai connu... En réalité... C'était un homme imbu de lui-même, et égoïste... Au lieu de faire de moi son partenaire, il a voulu fonder cette organisation à lui seul, et avoir les plein pouvoirs sur les profits possibles de cette connaissance... Lui qui était mon ami s'est mis à me considérer avec dédain, tel un simple sbire... Il est devenu également insupportable avec sa femme, ta mère, qui était pourtant une dame adorable... Le pouvoir l'avait changé."
Hôgul marqua une pause.
Le jeune homme ne trouva rien à répondre. Le discours du vieillard l'estomacait, d'autant plus qu'il sentait au fond de lui que c'était là la terrible vérité. Il attendait seulement la suite, tout en la redoutant, se demandant s'il ne fallait pas achever le sorcier tout de suite afin d'écourter cet horrible récit.
- J'ai pensé... que cette connaissance devait être considérée avec plus de recul... Ce qui m'a rapidement amené à penser... Qu'une organisation serait mieux sans ton père à la tête... Et même sans ton père tout court... Je savais qu'il ne pourrait pas l'accepter... Et c'est pour cela que je l'ai fait tuer. Mais... Je pense qu'il aurait été capable de me réserver le même sort... Quoiqu'il en soit, je ne voulais pas que ta mère meure... C'est justement pour cela que j'ai demandé à des tierces personnes de s'en charger... Je voulais faire passer la mort de ton père pour un accident, et que tout finisse par retrouver un cours normal... Qui sait... J'aurais peut-être pu finir par faire un vrai père pour toi, en fin de compte... Mais cette nuit-là... Tout a dérapé... Ces imbéciles... Ils étaient trop attirés par l'argent... Ils ont tué ta mère, simplement pour son collier... C'est inutile de chercher à te venger d'eux, je les ai déjà tué moi-même il y a dix huit ans, quand j'ai appris ce qui s'était passé... Ensuite, j'ai eu peur de ton retour, car au final je m'étais rendu responsable de ton enfance si difficile... Et j'en suis désolé, tu peux me croire... Ce n'était pas ce que je voulais pour toi... Ce que je voulais pour toi, c'est que tu me rejoignes dans cette organisation qui aurait dû être celle de ton père... Mais c'est trop tard maintenant, hélas... Quand je t'ai fait croire que j'étais ton père, je voulais simplement que tu m'aides à me venger de Linki... Le disciple du Diable... Cet homme... Que dis-je, ce monstre des Enfers... Il a détruit ma vie..."
Le choc était difficile à encaisser pour Alban. La vérité, cruelle à l'égard de son père, plus que tout, le rendait triste à l'égard de sa mère, dont le destin avait simplement ravi la vie, comme une main cueuille une fleur au hasard... Il ravalait ses sanglots en fixant le regard dans le vague du vieil homme, qui continuait en marmonnant "C'est trop tard de toutes façons... Bien trop tard...". Ainsi, il ne vit pas venir l'attaque sournoise d'Hogûl, qui, tout en fixant l'attention du pirate sur son récit qui n'en était pas moins vrai, avait sorti l'épée dans son ventre plantée à force de patience et de pouvoir télékinésique.
A présent, Dermot venait de s'insérer dans les côtes de son propriétaire, par la force de la pensée de son opposant.
Albatard recula. Crachant du sang, il jeta à son ennemi un regard incrédule. "Pourquoi maintenant ? Pourquoi faire ça ?" pensait-il sans pouvoir articuler un seul mot. Après s'être soigneusement guéri par l'usage de magie, le sorcier reprit la parole d'un ton bien plus décontracté.
- Il est trop tard pour que tu puisses m'être d'une quelconque utilité, jeune Jurion. Tu as déjà scellé ton destin en me faisant tomber de cette tour. Je ne te le pardonnerai pas... Je vais donc mettre un terme à tes tourments, maintenant que tu connais la vérité. Et ensuite, je m'occuperai de l'organisateur..."
Alban tituba, et pour la troisième fois, tomba en arrière, sous la violence de la douleur inouïe de l'acier de sa propre lame lui ayant déchiré la chair. Derrière lui, les flammes du gigantesque brasier. Devant lui, un sorcier aux pouvoirs semblant infinis. Pour lui, l'aventure était bel et bien finie. Il le savait, sa mort était enfin venue... il ne pourrait en fin de compte pas venger la mort de ses parents...
Le pirate ferma les yeux, repensant un instant à sa vie passée de liberté et de pillages. La brise, plus forte qu'à l'accoutumée, lui souffla au visage, le rendant nostalgique une seconde. Le vent... Son allié de toujours...
Ouvrant les yeux, il vit le vieil homme devant lui, prêt à en finir une fois pour toutes, les mains jointes une dernière fois. Et derrière lui...
- Je crois qu'il est temps de se quitter..."
Oui, c'était bien là sa seule chance.
- Adieu, Alban."
Dans un ultime effort, le pirate retira le plus vite qu'il le pouvait sa botte droite, tentant tant bien que mal d'ignorer la douleur lancinante de son ventre. Heureusement, cela lui permettait de ne presque plus ressentir sa brûlure au bras droit.
Alors, il visa, et tira.
- Par la Puissance de... ?" s'interrompit le sorcier, surpris que son adversaire ose retenter d'utiliser cette technique. Mais il n'eût même pas à esquiver la chaussure armée, qui fila par dessus son épaule.
- Désolé mais je crois que dans ton état, viser correctement est devenu impossible."
Pourtant, la lame de la chaussure alla trancher les restes de l'épouvantail, desquels se libéra la cape ornée de crânes, emportée par le vent, qui alla s'entortiller immédiatement là où elle était emportée, c'est à dire autour de la tête du sorcier.
Alors, dans la pénombre de la nuit, un léger nuage de vapeur se dégagea de la cape.
En même temps qu'un gigantesque hurlement.
Celui d'Hôgul.
Celui d'un homme au visage brûlé.
En temps normal, le tissu spécial constituant les crânes de la cape d'Albatard n'avait besoin que d'une simple friction, un simple apport d'électricité statique, pour chauffer à blanc... Mais ici, le brasier procuré par les pouvoirs du sorcier lui-même les avaient chauffés plus que jamais. Le pirate, dans un cri de douleur, retira la lame de son ventre, devant un Hôgul à la fois aveugle et hurlant, qui courait dans tous les sens, paniqué. Sa panique ne prit fin que lorsqu'il s'empala enfin de lui-même sur Dermot, qui lui transperca cette fois plusieurs organes vitaux. Son espérance de vie s'en retrouva nettement diminuée.
Alban, plus essoufflé que jamais, retira la cape brûlante du visage de son ennemi, qui avait maintenant des airs de grosse tomate flétrie. Celui-ci le regarda sans rien ajouter. Tout était déjà dit entre les deux hommes.
Albatard retira d'un geste brusque la lame plantée dans le corps du vieillard, duquel une grande gerbe de sang jaillit, avant que le corps mutilé ne s'écroule, à moitié sur le sol, à moitié dans le gigantesque brasier derrière eux.
Le jeune homme ne souffla mot. Son mutisme légendaire semblait l'avoir repris.
Pourtant, quelque chose avait changé en lui. Son souffle n'était plus le même.
Car à l'intérieur, l'âme du pirate, l'âme du petit garçon de quatre ans... était enfin apaisée.
***
Sous la lumière d'un clair de lune bientôt à son plus haut, le rang hétéroclite se forma, à l'écoute. De gauche à droite étaient alignés celui qu'on surnommait « La Mort », Kurst Keiger, Ephraïm Harada, Satic, et enfin Tarn Darkblade. Tous faisaient face à Linki, qui interpella alors le vieux sorcier.
- Comme vous le savez... Je vais tout de même avoir besoin de connaître votre véritable nom, vieil homme."
- Mon nom... Mon nom est Faust." répondit l'intéressé.
- Faust..? Faust comment ?"
- Faust S." répondit « La Mort », d'une voix énigmatique, "Ne vous inquiétez pas, vous n'avez pas besoin de connaître mon nom de famille, vous le reconnaitrez, je crois..." ajouta-t-il pour toute réponse à la mine intriguée de son interlocuteur.
- Eh bien, monsieur Faust... Auriez-vous l'obligeance de le faire venir ici, s'il vous plaît ?"
- Mais.. qui donc ?" répondit le sorcier, à son tour intrigué.
- Naüs." souffla l'ancien organisateur.
- Comment savez-vous que.."
- Je l'ai deviné. Je pensais bien vous vous étiez occupé de lui, je vous l'ai même laissé exprès. Je voulais qu'il se remette, qu'il ne perde pas conscience... Qu'il soit prêt. Pour lui aussi, ce qui va se passer ici sera déterminant, après tout..."
- Mais savez-vous également qu'il vous en veut mortellement, pour avoir tué son « amie » Sirae ?"
- Sirae... Ah oui, la vendeuse de fleurs ? Ne vous inquiétez pas pour ça... Amenez-le moi."
Sans plus de réticence, celui qui se nommait Faust accèda à la demande de son nouvel associé, et une fois de plus sembla créer une sorte de portail magique à travers le sol entre un de ses espaces artificiels et le ranch Lon Lon. La terre s'ouvrit, et des escaliers instantanément constitués monta une silhouette, inconnue de beaucoup.
Le Sheikah, tout de noir vêtu, s'approcha sans mot dire de l'organisateur, à pas lents. Brusquement, il tenta alors de prendre celui-ci par surprise en brandissant sa rapière, mais Linki avait vu le coup venir, et il frappa la lame de sa propre épée d'ombre, dont le pouvoir repoussa l'acier adverse, jusqu'à le faire choir au sol.
- Je présume que tu m'en veux d'autant plus que le vieil homme qui t'a sauvé ne peut pas ramener cette fille... Sirae... à la vie, comme tu le pensais." commença calmement le mystique, avant d'ajouter "Mais sais-tu seulement pourquoi ?"
- Je suppose que vous allez me le dire..."
Zakoestros esquissa un sourire et attendit un instant avant de répondre.
- C'est parce qu'elle est en vie, tout simplement."
- Comment ?"
- Pour toi, ce fut un des jours les plus importants de ta vie... mais pour moi, c'était un jeu d'enfant. Tuer l'intégralité des villageois l'espace d'un instant, m'assurer que tu recoives bien le message en parlant du tournoi à ta « bien-aimée »... Faire naître en toi de la haine à mon égard afin de t'attirer inextricablement à l'inscription au tournoi... Alors que tu n'as jamais eu une seule chance de me vaincre, et qu'avant même que tu quittes les lieux, j'avais déjà commencé à ramener à la vie les villageois... qui n'auraient eu aucun souvenir de cet incident si seulement tu n'avais pas réduit leur village en cendres. Mais bon, peu importe, l'essentiel de ce que tu dois savoir, c'est qu'ils sont tous en vie et que tu as besoin de moi pour savoir où les retrouver..." ricana le mystique.
Le jeune Sheikah, frustré d'avoir été ainsi manipulé, d'en restait pas moins méfiant à l'égard de l'organisateur, suspicieux qu'il s'agisse là d'un nouveau mensonge afin de se servir de lui à Dieu sait quel funeste dessein.
- Qu'est-ce qui me prouve que c'est la vérité ?" rétorqua le fils de Nav Fanel.
- Rien du tout pour le moment... Mais si tu fais ce que je te dis, non seulement tu la retrouveras, mais en plus, je pourrais t'aider de façon... drastique, disons, à en apprendre plus sur tes origines."
Quelque chose sembla briller dans l'oeil du Sheikah. Sa curiosité avait été piquée au vif. A la fois plein d'un nouvel espoir et craignant qu'on se joue de lui, Naüs comprit que désormais son destin ne reposait plus entre ses propres mains, mais en celles du guerrier aux cheveux violacés. Sans répondre, il se contenta de se poster à la droite de celui qui l'avait sauvé, ledit Faust.
De Chair et de Sangria. ![]()
:jesors:
MK
ONCHE ONCHE TU VEUX DU PONCHE ?
Naüs ![]()
- Bien. Je suppose qu'à présent, vous tous réunis, à défaut de savoir ce que j'attend de vous, vous savez tous au moins ce que je peux vous offrir si, dans un commun effort, nous réusissons ce dont je vais vous parler d'ici peu..."
Tous hochèrent la tête, et semblaient affirmatifs au moins sur ce point, avant qu'une voix ne vienne briser cet accord commun.
- Non, moi tu ne m'as rien promis, et tu n'as rien à m'offrir !"
L'hybride, boitant quelque peu, revenait seulement de son combat dans l'écurie. L'assemblée se tenant en effet au milieu de l'enclos central du ranch, il lui avait fallu quelques minutes de plus qu'aux autres pour s'y rendre. Après avoir observé un instant le rang ainsi formé, Signe reprit :
- Tiens, vous avez tous fait la paix ? Moi aussi, remarquez... Je m'entend bien mieux avec le général Welth depuis que je l'ai noyé dans son propre sang... ça lui évite de continuer à dire n'importe quoi..."
L'hybride ricana en observant, tandis qu'il parlait, la grimace dépitée de Tarn, dont il avait tué le protégé.
- C'est vrai que je n'ai rien à t'offrir, Signe... Je vais donc simplement t'informer d'une chose : si je parviens à mon but, tu auras une occasion de me tuer une troisième fois."
- Je me fiche de ta vie comme de ta mort, Linki... Jusqu'à maintenant, c'est toi qui a voulu m'affronter pour te venger."
- C'est peut-être toi qui va vouloir me tuer, quand tu sauras que je suis maintenant considéré comme un fléau par tout Hyrule... J'ai du exterminer beaucoup de personnes pour mettre mes plans à exécution. Celui qui ramènera la tête de Zakoestros au Roi, m'est avis qu'il deviendrait un héros pour le peuple..."
Signe hésita un peu, mais ne répondit pas. Il comprit là où son rival auto-proclamé voulait en venir.
- Tu te souviens de notre discussion au sommet du Bourg Clocher, je présume ? Là où tu m'as tué, encore une fois... Enfin, libre à toi de faire comme il te plaira, après tout, je ne m'attendais même pas à te trouver ici." reprit l'organisateur en souriant.
L'hybride ne souffla mot. Après avoir balayé du regard une nouvelle fois l'assemblée des combattants présents, il prit place parmi eux à la gauche de Tarn Darkblade, qui lui jeta un regard noir.
Avant que Linki ne reprenne la parole, celui qui s'était maintenant volatilisé depuis un bon moment réapparut enfin. Albatard, grièvement blessé, s'avançait sans hâte du petit groupe ainsi formé. Tandis que de sa main droite il contenait difficilement le saignement à son flanc, il semblait tenir un objet rond difficile à identifier de son autre main.
Lorsque l'organisateur se retourna vers le pirate, un bruit mât attira son attention, tandis que roulait à ses pieds l'objet porté le long du chemin. Malgré la couleur inhabituelle, Linki y reconnût la tête tranchée d'Hôgul, le déchu Maître de la déchue Alliance secrète. Sans prendre un instant pour s'arrêter, Alban poursuivit sa route en direction de la sortie, toujours d'un pas lent et irrégulier.
Il lui fallait maintenant rentrer chez lui, et trouver un nouveau but...
En un éclair, Zakoestros se téléporta face à lui, interrompant sa marche. Avec difficulté, le pirate dégaina sa lame, sans attendre de connaître les intentions de l'organisateur qu'il devinait suspectes.
- Du calme, monsieur Jurion ! Où comptiez-vous aller au juste ? Votre rôle ici n'est pas terminé, et de toutes façons vous êtes loin d'être en état de m'affronter..."
- Zakoestros, je vous remercie de m'avoir permis d'atteindre mon but, de venger mes parents... Mais maintenant que c'est fait, nos routes se séparent, je ne vous dois rien et vous ne pouvez rien de plus pour moi..."
Ledit Zakoestros éclata alors d'un rire amusé.
- En êtes vous bien certain, monsieur Jurion ?"
Alban le regarda, surpris, comme si ils avaient déjà évoqué quelque chose d'autre mais dont il ne parvenait pas à se souvenir. Mais il ne s'était jamais rien passé de tel, c'était donc une tentative de plus de l'organisateur qui tentait de l'embrouiller.
- Je n'arrive pas à croire que vous n'ayez toujours pas envisagé la possibilité... Vous étiez tellement obsédé par la vengeance... Vous êtes pourtant bien placé pour savoir que je peux faire revenir les morts à la vie. N'est-ce pas pourtant évident..?" reprit Linki.
D'un seul coup, le pirate comprit. Et effectivement, c'était pourtant évident, il aurait pu y penser depuis longtemps. Sans doute le deuil, qui avait été difficile à faire, enfant, lui avait ôté tout espoir à ce niveau, jusqu'à ne pas y penser en étant mis devant la possibilité, en faisant lui-même les frais.
- Vous pouvez... Vous pourriez faire ça ?"
- Je ne vous promet rien..."
Ce fut néanmoins suffisant. Même un maigre espoir de revoir un beau jour ses parents en vie lui suffirait à continuer d'aider Linki, dans ce qu'il lui restait à accomplir. L'Hylien aux cheveux violacés était ainsi parvenu à convaincre tout le monde, et soupira de soulagement alors qu'Albatard alla se placer au milieu du groupe hétéroclite, entre Ephraïm et Satic.
- Bon, maintenant que vous êtes tous enfin réunis..." commença l'organisateur.
- Oui, et si tu nous expliquais enfin ce que tu projettes de faire ?" l'interrompit l'hybride qui s'impatientait.
- Pour commencer, c'est inutile que je vous laisse souffrir de vos blessures plus longtemps..." reprit Linki en sortant de sa tunique des fioles de potion rouge, qu'il tendit successivement à Ephraïm, Kurst, Satic et enfin Signe. Ce dernier refusa dans un premier temps toute aide de son pseudo-rival, mais son dos entra en conflit avec son égo, et l'emporta, alors qu'il se résolut à avaler d'un trait la fiole, sans émettre le moindre remerciement.
- Bien, maintenant que vous êtes tous en pleine forme, je vais tout vous expliquer..." fit le mystique d'un ton paternel, "Comme certains d'entre vous le savent, tout a commencé à cause des combats d'Hyrule, c'est à dire le tout premier tournoi qui a été mené sur cette belle lande d'Hyrule...
J'y ai participé pour des raisons qui me sont propres, et je suis parvenu à y vaincre Morgenstern, un spectre, ainsi que Taûsyl, un puissant Hache-Viande. Arrivé en finale, Signe, ici présent, m'a vaincu. Lorsque je suis allé en Enfer pour la première fois, j'étais haineux et ivre de vengeance... Elle - avec un e majuscule, pour que vous soyez sûrs de savoir de qui je parle - Elle, donc, s'est servi de ces émotions pour me manipuler, et se servir de moi comme d'un pantin, en échange de me donner une opportunité de me venger de cet hybride. Je suis donc revenu à la vie sous cette apparence avec laquelle vous me voyez aujourd'hui, et avec ces pouvoirs dont vous m'avez tous vu faire usage, qui font de moi un mystique. Afin de collecter des âmes pour Elle, j'ai organisé un tournoi à Termina, que vous connaissez maintenant presque tous j'imagine. Dans ce nouveau tournoi nommé Tournoi Termina, se sont affrontés encore plus de guerriers qu'aux combats d'Hyrule, avec parmi eux, Albatard et Signe, ici présents, ainsi que Nav Fanel et Orcus Sotnatha, c'est à dire tes parents, Naüs. Ainsi que d'autres qu'il serait inutile de vous citer... En finale, Signe a fini par l'emporter sur Orcus, l'ange démoniaque, ce qui m'a permis au final de récolter les âmes nécessaires afin de recouvrer mon apparence originelle. Ainsi, j'ai défié Signe... et il m'a vaincu à nouveau...
L'intéressé ne put s'empêcher de ricaner bruyamment à ce moment, flatté d'être ainsi mis en avant.
- Quoiqu'il en soit... Je me suis rendu compte, de retour en Enfer, que j'avais été un jouet... Son jouet à Elle. En nous mettant à l'épreuve, elle ne m'a pas laissé une chance de m'en sortir. Je pensais naïvement pouvoir compter sur un nouveau marché pour fouler à nouveau la surface, mais je me trompais sur toute la ligne... Ces marchés ne sont qu'un leurre... Il est d'ailleurs probablement impossible d'être libre après avoir accompli sa part du marché, puisque les marchés ne vous sont proposés que lorsque vous êtes aveuglés par des sentiments qui vous feront retourner à Elle plus tôt que tard... Après avoir obtenu ce qu'elle voulait de mon retour sur Terre, j'ai été purement et simplement emprisonné avec mes propres participants..."
Il marqua une pause. Ce moment semblait raviver dans sa mémoire quelques douloureux souvenirs.
- Si j'avais su que cela se passerait ainsi, jamais je n'aurais organisé de tournoi... Non, jamais... Vous vous demandez sans doute pourquoi j'en ai organisé un nouveau, maintenant que je vous dis ça... Mais écoutez plutôt la suite, vous allez comprendre... Devant son refus de passer un nouveau marché avec moi, j'ai conclu un accord avec certains des anciens participants du Tournoi Termina prisonniers en Enfer avec moi... Car, pour ceux qui n'y seraient jamais allés, l'Enfer n'a rien d'immatériel. C'est un endroit horrible, mais tout ce qu'il y a de plus physique, dont l'accès n'est pas aisé, mais qui existe bel et bien... sous nos pieds. Quoi qu'il en soit, j'ai donc passé un marché, et nous avons préparé une.. une évasion. Je vois à vos expressions que vous avez du mal à y croire, ou à vous représenter la chose. Mais oui, c'est la vérité. En nous mobilisant de façon commune, nous avions réussi à créer une sorte de mutinerie en Enfer, et à nous échapper de notre prison... Bien évidemment, je suis le seul qui soit parvenu à s'enfuir... Tout simplement car nous savions que grâce à mes pouvoirs de mystique en Hyrule... Je pouvais... Je pourrais... Du moins, essayer..."
Linki s'interrompit. Dans le lourd silence qui suivit pendant lequel il restait interdit, perdu dans ses pensées, certains purent remarquer qu'il tremblait. Maintenant qu'il en venait aux faits, l'ancien Mojo sentait que le moment était proche... Le moment d'y retourner, et de se confronter à ses actes passées. Et bien que rien d'autre ne pouvait lui faire peur, cette seule idée le tétanisait.
- Essayer... Essayer de les en libérer... C'est la dette que j'ai envers eux, pour les avoir menés à Elle délibérément pour des raisons égoïstes... Et parce que grâce à eux, je me tiens devant vous aujourd'hui... J'ai réussi à sortir..."
Un long silence suivit ces paroles, que personne n'osa briser. Sur le visage de Linki s'était figée une expression étrange, une tristesse qu'il essayait de contenir et de camoufler.
- Et puis... Comme j'ai quitté l'Enfer, disons... par la force... J'y ai aussi perdu mon bien le plus précieux, c'est à dire mon âme, qu'Elle a toujours en sa possession, quelque part là-bas... C'est pour cette raison que depuis lors, je suis immortel. Mais ne croyez pas que l'immortalité soit un atout... C'est une malédiction... Je ne ressens ni faim, ni soif, ni douleur... Mes pouvoirs sont les mêmes, mais je me sens malgré tout en permanence terriblement... vide. Sans âme, la vie... La vie elle-même n'est plus que l'ombre d'elle-même. Et cette semi-vie est un fardeau de tous les instants... Elle est insupportable..."
Un mince sourire compatissant se dessina sur les lèvres de Faust.
- Pour en revenir aux faits..." reprit Linki en rafermissant le ton, "Depuis que j'en suis sorti, j'ai eu le temps de réfléchir à un moyen de libérer des Enfers à la fois mon âme et les anciens participants du Tournoi Termina... C'est pour cela, que grâce à Tarn Darblade ici présent, j'ai acquis des dons de nécromancien, en échange de services... D'où l'intérêt de mettre en place un nouveau tournoi, dans lequel j'ai pu sauver les vies et les âmes des participants... Comme vous le savez pour certains, j'ai délibérément laissé certaines des âmes se perdre, afin que vous soyez ramenés à la vie par Monsieur Faust, ici présent, ce qui m'a permis de m'associer avec lui tout à l'heure dans une entreprise commune. Maintenant, je suppose que vous vous demandez l'intérêt d'un tournoi d'une telle envergure si mon seul but était de rencontrer ce monsieur... Il y a deux raisons à cela : la première, c'est que les âmes de puissants combattants tels que vous sont très prisées par Elle. Les combattants en eux-mêmes sont donc une sorte de puissant "appât" pour Elle, si vous me permettez l'expression. Quant à la seconde raison... les actes parlent parfois mieux que les mots."
L'assemblée des divers combattants, révoltés par l'éventualité de servir d'appâts, avant de pouvoir émettre une seule protestation, assistèrent à unn étrange et effrayant spectacle.
Devant eux, Linki, qui avait sorti de sa tunique noire une petite boite faite d'un cristal mauve, en extirpa une poignée de filaments argentés. Après s'être retourné, il les laissa s'échapper de sa main vers le sol, avant d'effectuer une gestuelle étrange, prononçant des mots inaudibles pour eux.
Soudainement, une lumière aveuglante sortie de nulle part les éclaira alors depuis l'endroit où flottaient les filaments un instant plus tôt, les forçant tous à couvrir leur yeux. Tous, sauf Linki. Cela ne dura heureusement que quelques instants, après quoi la lumière disparut.
Une fois qu'ils eurent ouvert avec difficulté leurs paupières, ils n'en crurent plus leurs yeux.
Derrière l'organisateur qui s'était retourné vers eux et qui affichait un sourire triomphant, se tenait un peu moins de la moitié des participants tués lors de ce dernier tournoi. On y retrouvait, dans le tas, Elle, la Gerudo des Neiges ; Isana l'Elfe noire ; l'assassin Masuku ; Nélia l'escrimeuse ; Takeo l'Elfe noir ; Herorta le Gerudo ; Rogg le jeune lancier ; Joël Pomme l'ancien prisonnier ; Hon'Liu le général déchu ; Vénus la musicienne ; Fly, le jeune voleur ; Zack, le Sheikah vengeur ; Yrion le Garo, et même... Herbert l'Iconoclaste, le fourbe prince sans principauté foulant de ses sandales le tombeau des rois que tant de monde avait redouté...
Cependant, tout ce petit monde ne semblait pas avoir de conscience propre, alors qu'ils possédaient pourtant leurs âmes... Linki semblait posséder encore un certain pouvoir sur eux. Celui-ci reprit, devant les expressions de la plupart de ses interlocuteurs estomaqués :
- Je vous présente... mon armée."
- Et celui qui aura le privilège d'être à leur tête, considérant qu'ils sont parfaitement conscients mais simplement dépourvus de volonté propre... C'est vous, Monsieur Harada !"
- Moi ??" s'écria Ephraïm.
- Oui. C'est le privilège que je vous confère en tant que gagnant de ce tournoi. Durant toute la durée de l'opération dont je vais vous expliquer les enjeux, ils vous serviront à la fois d'alliés et de gardes du corps potentiels, afin qu'il ne vous arrive jamais rien. Si il le faut, ils se sacrifieront sans hésiter pour vous."
- Euh, d'accord..." fit le nomade, qui ne savait pas trop comment réagir à une telle nouvelle.
- Donc, si j'ai bien compris, vous voulez vous servir d'une poignée de combattants comme d'appâts, face à l'Enfer tout entier, pendant que vous faites vos petites courses en bas ? Désolé mais si c'est ça votre opération, vous êtes soit fou, soit complètement inconscient..." fit Kurst Keiger.
- Non Kurst, car ce n'est pas fini... Monsieur Faust, si vous voulez bien faire usage de vos talents comme nous en avons parlé un peu plus tôt..."
Sans répondre, l'interpellé s'avança, sous le regard surpris et suspicieux des autres membres de la petite assemblée. Après s'être tourné sur leur droite, il tendit les mains devant lui avant de les lever vers le ciel étoilé, d'un mouvement lent, en prononçant des paroles incompréhensibles.
Tandis que ses bras se soulevaient, un bruit proche de celui d'un tremblement de terre se fit entendre, et c'est alors qu'à la stupéfaction de tous qui laissa vite place à un effroi naturel, s'élevèrent de terre des dizaines et des dizaines de squelettes armés, vestiges immortels de guerriers du passé.
Bientôt, dans l'enclos central du pourtant paisible ranch Lon Lon, se dressèrent plus d'une centaine de soldats de l'au-delà, inflexibles remparts invoqués pour servir, et pour se battre.
- Merci, cher associé.." reprit Linki tandis que Faust regagnait sa place comme si de rien était, "Comme vous pouvez le constater, Monsieur Faust ici présent est, contrairement à moi-même, et comme je l'avais deviné, un véritable nécromancien. Et ces squelettes que vous voyez là sont capables de se battre presque aussi bien que vous et moi, mais sont dépourvus de toute âme, ce qui les rend indétectables depuis l'Enfer... C'est pour cela que lorsque je vais ouvrir un accès vers là-bas, Elle n'y enverra dans un premier temps qu'assez de démons pour prendre les âmes d'une vingtaine de guerriers..."
- Et ils seront confrontés à un nombre bien supérieur, ce qui leur fera perdre du temps et des hommes..." conclut Tarn Darkblade, "C'est une assez brillante stratégie..."
- Exactement, Tarn. Pendant ce temps, je vais emprunter un accès parallèle et me rendre en Enfer, alors que les lieux seront vides... En fait, vous ne servez pas réellement d'appâts, mais plutôt de diversion." reprit le mystique aux cheveux violacés, regagnant confiance en lui-même.
- Et vous croyez avoir le temps de parcourir tout l'Enfer à la recherche de votre âme pendant qu'avec des squelettes et des morts-vivants on est censés repousser toutes les hordes des démons de l'Enfer ?" interrogea Albatard, toujours suspicieux.
- Ne vous inquiètez pas, Monsieur Jurion... J'ai déjà été deux fois en Enfer, et j'en connais parfaitement le fonctionnement. D'ailleurs, vous qui vouliez savoir pourquoi nous nous sommes rendus au ranch Lon Lon... C'est parce qu'en plus d'avoir la possibilité d'agir à l'abri des regards... C'est à cet endroit précis, beaucoup plus bas, sous vos pieds, que se situe la geôle où je suis resté prisonnier il y a quelques mois... Et c'est non loin de là que se trouve mon âme. L'Enfer est vaste, mais bien rangé... et heureusement. Evidemment, je n'en ai pas les plans, et mon esprit est ailleurs, mais je vous assure que vous n'aurez pas à mener cette bataille bien longtemps. Aussitôt que j'aurais fait ce que j'ai à faire, nous disparaîtrons tous en un éclair, et Elle... elle ne pourra plus que tomber sur un os, si je puis dire." ricana l'organisateur.
- Je comprend mieux pourquoi tu persistais tant à mener à bien cette folie prohibée... Ouvrir un accès vers l'Enfer..." marmonna Faust.
- Maintenant vous savez tout, ou presque. Quelqu'un a t-il une quelconque objection ?" reprit Zakoestros.
- Et si vous vous faites attraper une fois en bas, comment le saura-t-on ?" demanda Ephraïm, hésitant. L'Hylien eût un air sombre avant de répondre :
- Si je ne suis pas revenu après trente minutes... Fuyez pour vos vies."
***
FIN
(DE LA PREMIERE PARTIE)
La fin de la