L’homme n'élève réellement des abeilles que depuis le XVIIIe siècle. Cependant, la consommation de miel remonte à environ douze mille ans. À cette époque, l’homme pratiquait la cueillette, qui entraîne souvent la destruction de la colonie, comme l’atteste la peinture rupestre trouvée à la « cueva de la Araña », grotte de l’Araignée, près de Valence en Espagne, vieille de six mille ans. On y voit un homme suspendu à des lianes, portant un panier pour recueillir sa récolte, la main plongée dans un tronc d’arbre, à la recherche de rayons de miel. On ne sait pas exactement quand la domestication de l’abeille a eu lieu.
La première ruche fut sans doute issue du prélèvement d’un tronc d’arbre creux contenant un essaim. Plus tard, avec la maîtrise des techniques d’enruchage, apparurent les premières fabrications de ruches artificielles, sans doute faites de troncs creusés ou d’écorce de liège.
L’apiculture était courante dans le Haut-Empire égyptien du XXIVe siècle av. J.-C.. Des représentations ont été mises au jour dans le temple du roi Ne-Ouser-Rê à Abou-Gourab (Égypte antique), où l’on voit des scènes montrant l’extraction et la conservation du miel.
L'apiculture fut une activité agricole importante dans la Grèce antique, notamment en Attique[1].
Il existe plusieurs traités qui concernent l'apiculture, durant la période de la Rome antique: Pline l'Ancien décrivit avec précision certains modèles de ruche mobile, en osier ou en liège (apiarium), et Virgile y consacra le quatrième Chant de ses Géorgiques.
Dans le Coran, au septième siècle après Jésus Christ, la seizième sourate, « An-Nahl », Les Abeilles, était consacrée à l'apiculture.
Des modèles de ruches en planches étaient courants dans l’Antiquité, ainsi que des ruches tressées, et en céramique: elles furent d’abord faites de baguettes de bois entrecroisées, étanchées avec un mélange de bouse de vache et de cendres. Les ruches en paille tressée, plus tardives, ont été mentionnées pour la première fois dans une ordonnance de Charlemagne, datée de 799, le Capitulaire De Villis. La récolte dans ces ruches était pratiquée par étouffage total ou partiel de l’essaim, ou encore par la taille de rayons, ce qui entraînait sa mort, ou son affaiblissement.
L’invention de la hausse remédia à ces inconvénients, et c'est à partir de ce moment que l'on a pu commencer à parler d'élevage. En 1772, Jonas de Gélieu décrivit la première ruche à hausse fonctionnelle dans sa Nouvelle méthode pour former les essaims artificiels. L’avènement de l’apiculture moderne se fit par l’invention du cadre mobile, mis au point en 1844, par Debeauvoys.
L’apiculture concerne l’élevage des abeilles à miel domestiques, Apis mellifera, Apis nigrocincta, et de quelques espèces, sans dard, de la race des Meliponini. L'abeille est le seul insecte, avec le Bombyx du mûrier, le Ver à soie, que l'on qualifie de domestique. Les abeilles peuvent redevenir sauvages lorsqu’elles s’échappent du rucher à l’occasion de l’essaimage, ou devenir domestiques à l’occasion de la capture d’un essaim sauvage.
La conduite d’une colonie consiste principalement à veiller à l’état de la démographie des ruches.
Pour se reproduire, et survivre, une colonie d’abeilles cherche à accumuler un maximum de provisions pendant la saison favorable, afin de pourvoir à ses besoins pour les saisons défavorables. Dans les pays du nord, cette période est l'hiver; dans le sud et en Afrique, cette période est la saison sèche.
L'apiculture est le seul élevage où on n'enferme pas l'animal élevé.
Une colonie d’abeilles se compose d’une reine unique, de nombreuses ouvrières, femelles, de faux bourdons, mâles, et de couvain, œufs, larves, et nymphes; elle s'installe dans une seule ruche.
L’abeille était déjà présente il y a quatre millions d'années sur terre: des fossiles à l’aspect identique aux abeilles actuelles ont été mis au jour. Cette longévité est le résultat de l’adaptabilité exceptionnelle de cette espèce: le comportement de l’abeille est régi par des facteurs innés, et par son adaptabilité aux conditions d’environnement.
La population de la colonie varie suivant les saisons: elle est plus importante pendant les périodes où les ressources sont abondantes, de 30 000 à 70 000 individus, afin de faire le plus de récoltes possibles. Elle diminue en hiver, à six mille individus, afin de réduire la consommation de provisions au minimum. Cependant, elle ne doit pas être trop faible, car c’est elle qui devra relancer la colonie au printemps.
La France compte environ soixante-neuf mille apiculteurs possédant 1 345 000 ruches. Les professionnels, exploitant plus de deux cents ruches, représentent deux pour cent du nombre d'apiculteurs et exploitent quarante pour cent du total des ruches.
Les apiculteurs proviennent de tous les horizons sociaux, hommes, femmes, campagnards ou urbains. Certains ont découvert l’apiculture au hasard de leur parcours, d’autres, souvent, ont été initiés, jeunes alors qu’ils accompagnaient leur père ou grand-père au rucher. Attentifs à l’écosystème entourant leurs ruchers, la botanique et l’entomologie font souvent partie de leur champ d’intérêts. C’est en tout cas une activité qui se pratique avec passion, sinon l’abandon survient.
On dit que l’abeille est la sentinelle de l’environnement. On prête à Albert Einstein cette citation : « Lorsque l’abeille disparaîtra, il ne restera plus que quatre ans à vivre à l’homme ». L’apiculteur est le premier à constater les dysfonctionnements dans ses colonies ; il intervient alors pour alerter les pouvoirs publics ou l’opinion : en Europe, certains produits phytosanitaires ont été interdits
La ruche, par l’abri qu’elle procure et les provisions qu’elle contient, attire nombre d’animaux plus ou moins désirés.
Parmi les insectes, on peut compter les fourmis et les perce-oreilles, qui se logent sur le couvre-cadre, mais ne pénètrent guère à l’intérieur de la ruche. La fausse teigne, est un papillon parasite, qui pénètre dans la ruche: sa larve consomme de la cire et ruine en peu de temps les colonies faibles. Les colonies plus fortes, au contraire, savent se défendre contre la fausse teigne. Beaucoup plus inquiétants sont les dégâts provoqués dans de nombreuses régions d'Europe par un acarien parasite de l'abeille, Varroa jacobsoni, devenu résistant aux varroacides traditionnels. On utilise l'acide formique ou des huiles essentielles pour en venir à bout, mais la meilleure prévention est encore l'élevage de souches d'abeilles résistantes, c'est-à-dire aptes à se débarrasser du parasite. Une surveillance minutieuse des ruchers et des abeilles mortes peut permettre de déceler l'acariose avant qu'elle ne se généralise. Une solution mécanique par l'usage de ruche extensible est proposée par Maurice Chaudière dans son ouvrage sur l'apiculture alternative.
Une autre menace est apparue avec Aethina tumida : ce petit coléoptère des ruches provoque des pertes importantes dans les ruchers nord-américains. Avec la mondialisation qui n'épargne pas le monde de l'apiculture, notamment par les exportations de reines, et d'essaims, on peut craindre son arrivée en Europe.
Dans la ruche, pendant la période hivernale, les souris apprécient le gîte et le couvert, alors que les vipères et les couleuvres apprécient, paisiblement, la tiédeur de sa température.
Le pic-vert, lui, n' hésite pas à percer les parois de bois des ruches pour accéder aux larves, riches en protéines.
La menace la plus récente est probablement l'arrivée en France du frelon asiatique Vespa velutina. Cette espèce aurait été observée lors de l'été 2004, dans le sud-ouest. Son acclimatation à nos régions semble bonne, puisqu'elle nidifie, se reproduit et étend son territoire chaque année. Cet insecte est un prédateur des hyménoptères sociaux, et en particulier de l'abeille. Sa méthode d'attaque est originale, en effet deux ou trois frelons se regroupent, en vol stationnaire, devant l'entrée d'une ruche, et, lorsqu'une abeille se pose, ils l'attaquent, la font tomber au sol, puis l'un d'eux l'emporte jusqu'au nid où elle servira de nourriture au couvain. L'expansion rapide de cet insecte ne permet pas d'envisager une éradication prochaine et laisserait même prévoir le franchissement prochain des Pyrénées, et une expansion dans tout le sud de l'Europe. Des dégâts ont déjà été constatés dans le quart sud-ouest de la France, de manière plus importante pour les petits et moyens apiculteurs.
Osez prétendre que vous n'y avez pas cru en voyant le pavé.