Deux points verts qui scintillent dans le noir. Une paire d'yeux s'ouvre, lentement. Avec une certaine hébétude, un esprit s'éveille. D'abord, le flou, puis ensuite, les sens reviennent peu à peu, le sang se remet à couler, le cerveau reprend un fonctionnement normal... La bizzarerie des sensations, l'impression de n'avoir jamais vécu tout en se souvenant de son existence passée. C'est ce que l'on ressent quand on revient à la vie. Le Mojo en gardera un souvenir marquant, mais désagréable. Tout cela dans l'obscurité. Complète. Ou presque.
Dans la pénombre, une silhouette à la forme vaguement humanoïde se détache. Juste assez pour que Satic comprenne. Qu'il comprenne qu'il n'est pas seul, et qu'il n'est pas où il aurait dû être. En revanche, il est bel et bien là où il voulait être.
Une voix, qui n'est d'abord qu'un vague murmure, se fait entendre, vrombit légèrement, résonne contre les parois de ce qui semble être une grotte, où les deux êtres se trouvent. Une grotte, peut-être. Mais certainement pas ordinaire. Peu à peu, le murmure se mue en véritable voix, plus nette, intelligible. Un chuchotement au creux de l'oreille d'écorce.
- Tu es enfin réveillé... Tu avais grand besoin de repos."
L'irisé* met un peu de temps à saisir le sens des mots, à croire que mourir, même pour un instant, fait perdre tout usage. Il tente alors de répondre, ne parvenant qu'à légèrement bégayer.
- Euh... O-Oui..."
- Ne crains rien, la parole te reviendra dans quelques secondes, juste le temps de se réaccommoder à la vie... Cependant, je dois avouer que le pirate m'a surpris, je ne le pensais pas si adroit au point de venir si facilement à bout d'un guerrier issu d'une longue expérience tel que toi." Sussura l'être avec ironie.
- Vous ne devriez pas... Vous ne devriez pas plaisanter avec moi. Je ne suis pas là pour ça. Contrairement aux apparences, ma mort était préméditée, et c'est pour parlementer avec vous que mon Maître m'a envoyé." Rétorqua l'être de bois dont la fierté venait d'être mise à rude épreuve.
- Contrairement aux apparences, comme tu dis, je sais parfaitement pourquoi tu es là. Je ne sais pas quel genre de renseignement tu as pu trouver à mon sujet, mais j'en sais bien plus sur toi que tu ne le penses. Inutile de faire le malin avec moi."
- Ah vraiment ?"
- Par exemple, si je te disais que tu n'as aucune obligation de continuer à vouloir me faire croire que tu sers vraiment Linki ?"
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler."
- Cesse donc cette comédie, Scyzal. Si tu avais disposé de vraies informations à mon sujet, tu aurais peut-être su que je lis dans toutes les âmes que je recueille... Parlons sérieusement."
- Je... Je vois... Vous avez toujours une longueur d'avance, ainsi..."
- En effet. Pour tout dire, si je ne savais pas lire les âmes, je ne saurais guère lesquelles seraient les plus intéressantes à sauver. Mais parle-moi donc des raisons de ta venue."
- Je suis venu pour vous dire que Linki veut votre aide. Il pense que vous avez une quelconque raison d'en vouloir à Elle, et que vous avez, de ce point de vue, des intérêts communs..."
A la suite de cette phrase, la silhouette ne répondit pas immédiatement. L'être s'interrogeait sur la suite des événements, et surtout, sur la décision à prendre. Puis reprenant, il ignora les propos du Mojo, demandant comme si de rien n'était :
- Mais dis-moi plutôt... Qu'est-ce qu'il projette de faire ?"
***
La dix-septième position de concentration, communément appellé le Lotus, était celle que pratiquait le Venomien, dans un coin de la grotte. Tentant de régènerer au maximum tant sa force physique que mentale, celui qui passait aux yeux de tous pour un Lizalfos, les yeux clos, ne cessait d'entendre son voisin jacasser.
- Franchement, tu me gonfles !"
- Arrête tu vois bien que..."
- Non attend !"
- Sheitan, tu va la fermer oui ?"
Se relevant d'un mouvement brusque mais néanmoins tout à fait contrôlé, Kurst agrippa de sa main écailleuse le col du schyzophrène.
- Mais tu va la fermer oui ? Ca fait au moins une heure que je supporte ton monologue, et encore, estime-toi heureux que je sois entraîné à supporter la torture psychologique ! Alors encore un mot de plus et je demande expressément à l'organisateur de nous laisser nous affronter. Reçu ?"
- Cinq sur cinq mon général, mais dis-moi, à propos de général, c'est pas celui que tu es censé avoir tué au premier tour qui est juste derrière toi ?"
Marmonnant un "très drôle..", l'homme-lézard se retourna par réflexe vers la direction que pointait Ephraim, et fut confronté à la stupéfiante réalité. L'homme qu'il était parvenu à tuer, au prix de grands efforts, était revenu à la vie, tout simplement. Sans aucune blessure, comme si ils ne s'étaient jamais combattus. Hon'Liu, adossé contre une paroi non loin, surprit rapidement le regard du reptile qui le dévisageait, et, ne sachant lui-même quoi trop répondre, se contenta de hausser les épaules.
Leur échange de regards interrogateurs aurait pu s'éterniser si à ce moment précis l'organisateur n'était pas revenu sur les lieux où il avait pris soin de disposer les combattants vainqueurs du premier tour. Lieu qui se trouvait être en réalité la grotte invisible, suspendue au sommet des Montagnes du Pic des Neiges de Termina, endroit reculé et inconnu, doté d'un étrange micro-climat qui garantissait une température moyenne, contrastant avec le froid polaire du dehors.
L'Hylien aux cheveux violacés était en réalité venu apporter l'élément manquant des combattants restants, celle qui devait succèder à Dread, une idiote qui avait eu l'audace d'essayer de quitter la grotte sans l'autorisation de l'organisateur, et dont le corps désormais congelé et inerte s'était perdu dans les sommets alentours. Peut-être les Gorons en feraient-ils un bon repas après tout.
La remplaçante répondant au doux nom de Nélia, retardataire du premier tour, avait donc disposé d'une chance remarquable qui lui avait valu de venir directement au second tour sans combattre. "En tous les cas, se disait Linki, le second tour sera lui aussi déterminant pour chacun, et permettra de différencier ceux qui ont eu de la chance de ceux qui méritent leur place dans ce tournoi."
Devant lui ne patientaient désormais que seize combattants, en demi-cercle, attendant les paroles de l'organisateur, qui les regarda tour à tour.
Welth, l'ancien général couvert de blessures de guerre, immobile telle une statue de marbre ; Marsel, le hylien en état d'ébriété quasi-permanent, semblant s'aggriper au mur pour ne pas s'étaler sur le sol ; Rogg, l'humain impertinent et imprévisible, qui avait eu la chance d'affronter deux adversaires sans avoir besoin de les tuer ; Eniae, la grasse jeune fille accompagnée de son porcelet ; Yrion, le Garo impassible prêt à tout pour défendre l'honneur de sa race ; Venus, la jeune musicienne dont le corps et les yeux reflètaient quelque chose de divin ; Joël Pomme, l'homme aux chaînes plus décidé que jamais à se venger de son tortionnaire ; Kurst Keiger, l'homme-lézard habilité au combat à mains nues ; Albatard, le pirate attendant patiemment toute trace de quelqu'un lié à l'assassinat de ses parents ; Hon'Liu, l'ancien général déchu et qui avait déjà trouvé la mort, finalement victorieux ; TeaTom Staghare, l'homme monstrueux dont on ne pouvait réellement définir l'identité ; Ephraim Harada, le schyzophrène perturbé, venu tenter d'acquérir la récompense afin de se racheter ; Fly, l'adolescent qui avait déjà appris de la vie à tuer par plaisir ; Signe, l'hybride venu déjouer les plans de Linki et le tuer pour de bon si l'occasion se présente ; Herbert, le pirate rusé et vénal prêt à tout pour gagner et enfin Nélia , qui n'attendait qu'une chose, que l'on lui permette de combattre le plus vite possible, et ce au péril de sa vie.
Souriant devant cette assemblée complètement hétéroclite de combattants venus des quatres coins du monde, et de tout autant de mondes différents, Linki prit enfin la parole, d'une voix claire et annonciatrice.
- Mes chers participants, je vous félicite tout d'abord. Vous avez réussi l'épreuve que je pourrais appeller "de qualification". Ne dormez pas sur vos lauriers pour autant, car rien n'est fait, et je vous réserve encore beaucoup de surprises ! Un simple exemple, pour le second tour, vous combattrez en équipe."
Devant la stupéfaction générale, l'organisateur reprit.
- Je vous laisse quelques minutes pour prendre une décision... Revenez me voir quand vous aurez tous un coéquipier.".
***
Devant l'imposante porte du bureau, il attendait. L'homme aux traits fins, et à la silhouette élancée venait de frapper à la porte, il n'avait plus que son rapport à faire. Une voix résonna à travers la porte de chêne massif.
- Entrez, je vous en prie."
L'homme au visage sec et aux vêtements usés entra sans plus attendre dans le bureau où l'attendait un homme fort, vêtu d'un vêtement rouge recouvert d'étranges symboles orangés, caractéristique de son statut important. L'individu était occupé jusqu'alors à parcourir des dossiers écrits de la main de ses espions, qu'il avait posés avec empressement sur son large bureau.
- Bien le bonjour. Vous venez faire votre rapport ?"
- En effet, monsieur."
- Et qu'avez-vous à m'apprendre ?"
- Monsieur, comme convenu j'ai suivi parfaitement vos directives premières. J'ai envoyé l'hybride, que nous suivons à la trace, participer à ce tournoi. Je pense qu'il fera tout ce que je lui ai demandé."
- Vous pensez, dites-vous ? Comment pouvez-vous en avoir la certitude ? Je n'ai pas besoin de quelqu'un qui pense, vous voyez, j'ai besoin de quelqu'un qui sache, je veux des informations sûres. La dernière fois que je vous ai laissé "penser", vous savez pertinnement comment ça s'est terminé. Et maintenant, regardez ça... Regardez ce qui est en train de se produire... Rien ne va plus, l'équilibre est en train de se déstabiliser complètement..."
- Je ne le sais que trop, monsieur..."
- Pff... De toutes façons ce n'est pas vous que je devrais blâmer, c'est moi-même. Ce plan n'était pas une bonne idée. Cet hybride n'est pas fiable, je sens qu'il ne va nous causer que des ennuis... Vous n'auriez jamais dû le garder en vie."
- Je ne faisais que suivre vos ordres, monsieur."
- Je sais, je sais... J'ose espèrer que parfois vous arrivez aussi à penser par vous-même !"
- Mais..."
- Non, je plaisante... Reste que si la situation continue à se dégarder à cette vitesse, nous allons devoir intervenir... Directement."
- Bien monsieur. Je comprend."
- Très bien, vous pouvez disposer..."
- Merci monsieur."
- Ah, juste encore une chose... Arrêtez donc de m'appeller monsieur, mon nom est Hôgul..."