Albatard se trouvait dans l’auberge ‘Au sanglier chaud’, à brutaliser les clients qui s’y trouvaient. Il était en prise avec l’aubergiste, un certain Gwindor quand soudain…
Plus rien, il était dans le noir le plus total, puis… La lumière lui revint. Il était allongé sur une sorte de tapis rouge. Il se releva. Le premier réflexe qu’il eut, fut de regarder à sa ceinture pour constater que sa fidèle épée Dermot, était toujours accrochée. Ensuite, il regarda les alentours. La pièce était une sorte de hall d’entrée. Il dégaina son arme et tenta de fuir, en vain. La porte était bloquée. Il se décida donc de visiter l’endroit à la recherche d’indices. Il ouvrit la porte à sa gauche. Une table, des chaises, des fauteuils, une cheminée à l’âtre où le feu crépitait, il s’agissait sans nul doute du salon. Il avança puis se posa. Qu’est-ce que tout ça signifiait ? Pourquoi avait-il été transporté ici ?
La porte grinça. Le pirate bondit, près à se défendre s’il le fallait. Une créature répugnante entra alors de sa démarche claudicante. Un Mojo, glaive en main se tenait devant lui.
- Tiens tiens !
Sa voix insignifiante résonnait dans le tympan du pirate. Albatard le fixa droit dans les yeux, sans un mot. Il le connaissait bien, il avait déjà entendu parler de lui. Il s’agissait de Linki, le Mojo des marais. Il avait disparu après un terrible combat dans la mer de Terra Vetio. Personne n’en avait jamais plus entendu parler. Apparemment il avait survécu.
- Alors c’est l’hylien Albatard qu’on m’a envoyé pour finir ma résurrection.
Linki courut vers lui, la lame en avant. Albatard esquiva et voulut lui donner un coup vers l’arrière, mais l’autre contra, les deux épées s’entrechoquèrent pour la première fois. Des étincelles rouge sang jaillirent et éclaboussèrent les deux combattants. Le mojo contrattaqua et Albatard dut battre en retraite. Sa mauvaise posture, coincé entre la cheminé et un divan bien moelleux l’empêchait de faire des mouvements amples. Il sauta alors par-dessus le dossier, et entreprit une course infernale vers la porte. Il y arriva, fort heureusement, et comme la porte d’entrée, enfin c’est ce qu’il supposait était bloqué, il décida de monter à l’étage. Il posa alors le pied sur la première marche, et grimpa sans se retourner.
Ainsi, Linki voulut le tuer. Il fit cette constatation dans une pièce lugubre du premier étage. Il s’était caché pour reprendre son souffle et pour faire le point sur la situation. Il était la proie, l’autre le chasseur. Il avait besoin de lui pour une résurrection, mais pourquoi lui ? Il n’avait jamais rencontré Linki dans le passé. Après ces quelques minutes, il sortit de la pièce, et se remit en quête de surprendre son adversaire.
La maison, puisqu’il s’agissait d’une maison, il en était sur, était peu lumineuse, un bon paramètre pour tendre un guet-apens. Il arriva au bout d’un couloir. Il se saisit de la poignée, gluante comme toute celle qu’il avait rencontré jusqu’ici, et l’abaissa. Il n’eut pas le temps de faire un pas que Linki fonça à toute allure et s’engouffra dans l’interstice de la porte. Le glaive du Mojo vint se planter dans la hanche gauche du pirate. L’ennemi exulta de joie. Albatard, quant à lui, dû plier les genoux. La douleur l’avait atteint et le fit vaciller. Cependant, un grand guerrier comme l’Hylien est reconnu pour sa grande vivacité d’esprit. Et ce n’était pas la première fois qu’on le blessait. Il se stabilisa, reprit ses appuis, et donna un coup de boule dans le torse du Mojo. Surpris, et pensant avoir gagné, il tomba en arrière, entraînant son glaive avec lui. Le pirate hurlait quand la lame sortit de ses entrailles.
Le sang coulait sur sa cape. Sa vision, déjà affaibli par l’obscurité ambiante, devint plus floue.
- J’ai ce qu’il me faut ! S’exclama l’autre. Linki le Mojo des Marais sera bientôt de retour. Vois-tu, ami, on m’a tué une fois, et j’ai repoussé les limites de la mort. J’ai failli passé l’arme à gauche, quand j’ai pris connaissance d’une incantation magique qui pourrait me redonner toute ma vigueur d’antan.
Albatard ne comprenait rien à tout ce charabia. Il s’en foutait éperdument. Pendant que la sous merde putride déblatérait ses paroles insignifiantes, il tenta une légère attaque à la jambe.
- Il me fallait pour cela, les os d’un parent. Oh, c’était facile, je savais où le cadavre de mon père se trouv…
Linki venait de parer le coup du pirate, et écrasa les doigts de ce dernier.
- Bien essayé, ami ! Le deuxième élément de ma recette magique était la chair d’une bête monstrueuse. J’ai réussi à en avoir sur le bateau qui a manqué de me tuer, à Terra Vetio. Dunnarox, stupide animal non ?
Le sang de l’Hylien lui tapait sur les tempes. Sa douleur à la hanche, accumulée à celle des mains lui faisait horriblement mal. Et sa fidèle Dermot, si près de lui, et incapable de la toucher.
- Enfin, il me fallait obtenir le sang d’un puissant ennemi. Et cette maison me l’a fourni. Tu es arrivé, j’ai ce qu’il me faut. Mourir si vite doit être terrible pour toi, ami. Tu ne connaîtras jamais les assassins de tes parents.
A ces mots, le pirate rentra dans une colère folle. Bafoué sa famille, comme cela, c’était in-to-lé-ra-ble.
C’est alors qu’Albatard repoussa les bornes de la souffrance. Il arracha sa main du pied de Linki. Certains de ses ongles s’arrachèrent à cause de la pression. Il se déplaça quelque peu et se saisit de l’épée. Il glissa vers la gauche, et donna un coup au mollet. La tentative échoua car il était trop fébrile. Linki ria pendant un long moment. Albatard le savait, c’était fini. Une mort, longue et horrible allait l’attendre. Cependant, un évènement inattendu survint au moment où Linki allait porter l’estocade ultime. Une hache vint exploser la porte de la pièce où il se situait. Un type baraqué en armure se tenait dans l’encadrement de la porte. Albatard pensa tout de suite à un Hache_Viande vu le gabarit. Il profita de la situation. Linki, trop occupé à lutter contre le nouveau combattant, ne s’était pas attendu à ce que Dermot lui perfore la jambe.
Le type à la hache devint de plus en plus agressif. Albatard ne décela aucune autre sortie dans cette pièce. Il devait impérativement affronter en plus de Linki, un monstre sanguinaire qui voulait faire de lui un hachis. Son adversaire direct, souffrait autant que lui à présent. Après avoir fait un rapide coup d’œil sur le décor ambiant, une musique funèbre s’éleva dans la salle. Des tambours frappaient le glas…de la mort ? C’est ce que le pirate se demanda intérieurement. Linki était au plus mal avec le bûcheron sanguinaire. Ce dernier avait le dessus. Le cerveau d’Albatard se mit en fonction rapidement. Une minuscule ouverture laissée par le Hache_Viande pouvait lui permettre de s’enfuir. L’autre était trop occupé à combattre Linki qui résistait bien. Son bouclier subissait énormément de chocs et il ne savait pas encore combien de minutes ou de secondes la protection allait résister.
Toujours est-il que planqué dans son coin, il le voyait bien. Le mojo faiblissait, et quand le type à la hache en aurait fini avec lui, ça serait au tour de l’Hylien d’endurer la folie meurtrière du monstre. Ni une, ni deux, il fonça droit devant lui. Le type à la hache était trop sur de lui. Albatard tel un plaqueur de rugby, plongea sur le parquet, puis se retourna pour contrer le coup de hache. Linki en profita pour recouvrir ses esprits et espéra éventrer le pirate. Heureusement pour celui-ci, l’Hache_Viande aperçut l’absence de protection du bras droit du Mojo et abattit son arme sur cette partie du corps. Le bras fut cisaillé, nette. Linki cria, gueula, tel un porc qu’on venait de saigner. Albatard profita de cet instant pour s’enfuir. En tournant pour redescendre vers l’escalier, il entendit le coup de guillotine du monstre. Les tambours, qui s’étaient accentués jusque là, s’estompèrent nets, tout comme les hurlement du Mojo.
Albatard descendit les marches, et se retrouvaient dans le hall. Et maintenant qu’allait-il advenir de lui ? La porte était toujours bloquée. L’hémorragie lui faisait toujours aussi mal. La réponse se présenta à lui quelques temps plus tard. Le noir l’entoura à nouveau. Quand il rouvrit les yeux, il se trouvait sur le carrelage du Sanglier Chaud. Il tâta sa hanche, elle était saine. Tout cela n’était qu’un cauchemar.