Chapitre 31 : Cocorico
Nos aventuriers couraient aussi vite qu’ils le pouvaient, ils avaient rapidement été rejoints par le prince Rohyam et le capitaine Varothen. Après une heure de course ils arrivèrent en vue de Cocorico. Une fumée noire et épaisse s’élevait des maisons en feu. Rohyam proposa de se rapprocher le plus possible du village à partir du flanc de montagne orienté vers le cimetière, cela leur permettrait de rester à couvert et leur donnerait l’effet de surprise lors de l’attaque.
Le spectacle qui s’offrait à eux était terrible, les hommes sauvages ravageaient tout sans exception. Les quelques sentinelles assignées à la garde du village avaient été rapidement massacrées, et maintenant la population civile pouvait s’attendre au pire.
Link : Allons-nous rester ici sans rien faire ?!
Rohyam : Non, nous allons provoquer ces sauvages au combat. Il faudra attirer leur attention sur nous, les villageois pourront alors se réfugier dans le cimetière.
Varothen : Mon général, je ne voie pas Keldorak.
Le prince regarda partout où sa vision le lui permettait mais il ne trouva aucune trace du chevalier déchu.
Rohyam : C’est peut-être un piège, il attend que nous nous montrions pour nous attaquer.
Dunnarox : Bon, qu’est-ce qu’on attend ?! Allons-y !
Link : Non, Dunnarox. Nous devons nous organiser, nous ne pouvons pas nous permettre de foncer dans le tas.
Rohyam : Je propose le plan suivant : les soldats, le capitaine Varothen, Link et moi-même allons nous occuper de ces sauvage. Karwenna, la princesse et Dunnarox regrouperont les villageois dans le cimetière et assureront leur protection.
Dunnarox : Hein ?! Ah mais nan ! Je ne suis pas d’accord ! Vous allez rigoler et moi je devrais rester à l’écart ?!
Zelda : Dunnarox, je t’ai confié la garde d’Irollan. Tu ne peux pas participer au combat sans le mettre en danger. Tu pourras veiller sur lui en même temps que sur les villageois.
Le minotaure ne semblait pas ravi de cette décision, il regarda Irollan. Celui-ci lui lança un regard emplis de supplications et de peur. Finalement Dunnarox se résigna à sa mission.
Rohyam : Bien, nous allons pouvoir y aller.
Pendant ce temps, les sbires de Dévilinos continuaient leur sombre activité, brûlant et pillant les habitations. Certains s’attaquaient directement aux habitants, d’autres prenaient tout ce qu’ils pouvaient trouver dans une maison avant de détruire le reste.
Un grand homme avait attrapé une faible femme, il s’apprêtait à la frapper lorsqu’il reçu une flèche dans l’épaule. Tout en hurlant de douleur il se retourna et vit d’où était venu le projectile. Des hyliens descendaient d’un flanc de montagne et engageaient le combat avec ses camarades.
Rohyam : En avant ! Ne les laissez pas s’en prendre aux villageois.
Comme convenu, Zelda et Karwenna regroupèrent tous les habitants qu’elles pouvaient trouver. Dunnarox gardait l’entrée du cimetière, tenant Irollan sur son bras gauche, il avait raccroché sa hache dans son dos et avait dégainé son cimeterre, plus pratique à manier avec une main prise.
Tandis que les femmes s’occupaient des hyliens sans défense, les hommes s’assuraient qu’elles ne soient pas confrontées à plus forts qu’elles. Rohyam et Varothen combattaient à nouveau côte à côte, exploitant pleinement leur science du combat à deux. Les hommes sauvages laissèrent tout ce qu’ils faisaient de côté pour se joindre au combat, trop heureux de trouver des victimes moins facile à vaincre.
Link se battait contre deux adversaires plus grands que lui, il n’avait pas beaucoup de mal à éviter leurs coups maladroits. Après quelques coups d’estoc, il en vint facilement à bout, mais pour chaque homme abattu il semblait en venir cinq pour le remplacer. Le Héros du Temps inspira un grand coup avant de courir vers un nouvel adversaire.
Zelda et Karwenna pensaient avoir regroupé tous les survivants, ils étaient désormais à l’abri dans le cimetière, mais pour combien de temps ? Heureusement, il n’y avait qu’un étroit passage qui permettait d’y accéder et Dunnarox en était le gardien.
Irollan s’était caché derrière un tonneau dans ce passage et observait le minotaure en train de combattre. Ce dernier avait à nouveau sa hache à double tranchant en main, il n’était pas difficile de deviner que c’était son arme favorite. Tout en ne s’éloignant pas de l’entrée du cimetière, il massacrait les hommes sauvages assez fous pour se mettre à sa portée.
Dans le cimetière proprement dit, Zelda et Karwenna tentaient de rassurer les habitants. Les villageois étaient paniqués, cela se comprenait parfaitement et les deux jeunes femmes avaient beaucoup de mal à les calmer.
Zelda : Karwenna, viens s’il te plait.
La princesse entraîna l’archère à l’écart.
Zelda : Ecoute, nos amis commencent à être en difficulté, je croie avoir trouvé un moyen de les aider.
Karwenna : Les rejoindre ?
Zelda : Non, je peux les aider en faisant appel à la magie. Si je trouve un endroit calme où je peux me concentrer, je peux faire appel à la méditation de combat.
Karwenna : La méditation de combat ?
Zelda : Un sort très puissant, à travers la force de ma volonté je peux renforcer les esprits de ceux qui combattent et leur redonner confiance. Mais pour cela je dois être dans le calme, c’est pour ça que je te demande de veiller à ce que les villageois ne fassent pas de bruit, mais aussi d’empêcher un éventuel agresseur de m’attaquer.
Karwenna : Tu peux compter sur moi.
La princesse se dirigea vers le côté nord du cimetière, près de la tombe royale, celle où jadis Link avait appris le chant du Soleil. Elle s’agenouilla face à la pierre tombale et ferma les yeux.
Link combattait toujours mais il commençait à s’essouffler, son épée et son bouclier lui semblait de plus en plus lourds. Soudain il reçut un violent coup de bâton dans le dos qui le fit tomber à genoux. N’ayant même plus la force de relever la tête, il ne vit pas l’homme sauvage qui levait son épée pour le frapper. Puis, alors qu’il semblait s’être résigner à accepter son sort, une douce chaleur l’enveloppa. Il se sentait comme revigoré, comme si son énergie était réapparue.
Avec un sourire confiant il roula sur le côté, évita l’épée du sauvage, et le fit tomber d’un coup de pied dans la jambe. Après une rapide roulade arrière il se retrouva debout face aux serviteurs du Malin, ils semblaient toujours plus nombreux et infatigables. L’un d’eux attaqua à l’aide d’une lance, Link l’évita en faisant un bon de côté, il tendit son bras et réussit à transpercer la gorge de son assaillant.
Tout en combattant, le Héros du Temps essayait de retrouver ses compagnons dans cette pagaille générale. Il aperçut Varothen mais pas Rohyam, ils avaient dû être forcés de se séparer. Le capitaine se battait très bien, sa science de l’escrime lui était d’une grande aide face à ces barbares.
Le combat gagnait en intensité, les quatre soldat hyliens étaient maintenant morts, il ne restait plus que le prince Rohyam, le capitaine Varothen et Link pour affronter les hommes sauvages. Le Héros du Temps se battait avec une force retrouvée, il se sentait bien, il se sentait libre de ses mouvements, il frappait vite et juste, il avait confiance en ses capacités.
Dunnarox gardait toujours le passage menant au cimetière, malheureusement il n’y avait plus personne pour tenter de le défier, les serviteurs de Dévilinos se concentraient sur les trois hommes encore debout. Cela déplaisait beaucoup au minotaure, il souhaitait participer activement au combat, il avait pu combattre les sauvages qui avaient tenté de forcer le passage mais cela ne lui suffisait pas, il voulait de la violence, il voulait combattre.
Soudain il entendit une voix qui l’appelait, en se retournant il pu se rendre compte que c’était celle de Karwenna, elle courait vers lui.
Karwenna : Dunnarox, est-ce que tout va bien ?
Dunnarox : Ça pourrait aller mieux, les hommes sauvages n’osent plus me défier, je m’ennuie.
Karwenna : Et bien tu vas encore t’ennuyer un moment, j’ai placé des pièges tout le long du passage, les sauvages n’arriveront pas à tous les éviter. Je vais retourner au cimetière et me placer à un endroit où je pourrais avoir en ligne de mire tous ceux qui tenteront de passer, mais tu dois rester à ton poste.
Dunnarox : Alors pourquoi es-tu venue ?
Karwenna : Ben, pour te dire qu’il y a des pièges maintenant, tu serais sûrement tombé dedans, maladroit comme tu es.
Tout en ricanant l’archère retourna en courant vers le cimetière.
Dunnarox : Hé ! Tu pourrais au moins emmener le gamin !
Karwenna : C’est à toi que Zelda l’a confié, elle savait bien que tu n’oserais pas te jeter dans la bagarre avec un enfant sur les bras. C’est la garantie que tu ne t’éloignes pas de ton poste.
Le minotaure rumina un juron dans sa barbe avant de regarder Irollan. Il semblait si fragile derrière son tonneau, Dunnarox n’avait pas compris pourquoi la princesse ne l’avait pas emmené au cimetière avec les autres villageois, il aurait été plus en sécurité derrière une pierre tombale plutôt que dans ce passage. Mais il comprenait maintenant que Karwenna avait raison, la princesse lui avait confié le petit garçon car elle savait qu’il ne prendrait pas de risque avec lui à ses côtés. Soudain il eut une idée, il attrapa l’enfant par le col et le souleva.
Irollan : Hé ! Mais qu’est-ce que tu fais ?!
Dunnarox : Désolé, mon garçon, mais c’est pour ton bien.
Le minotaure ouvrit le tonneau et y enferma le garçon, puis il posa une lourde pierre sur le couvercle, aucun homme n’aurait la force de la déplacer.
Dunnarox : Voilà, comme ça personne ne viendra t’embêter.
N’écoutant pas les cris de l’enfant, le minotaure couru vers l’intérieur du village…