Tout le texte est en pavés, de toute façon. Mais bon, suite.
Chapitre deux : La rencontre hasardeuse.
Impossible d'ébranler ma stupéfaction ni que le fait que ma bouche, qui restait effarée devant une telle lecture, ne puisse s'obstruer. Malheureusement, je fus vite dérangé par un bruit qui me fit palpiter un bref instant, empoignant mon cœur un court moment, et dans un temps condensé, je remis la brochure à sa place parmi d'autres fournitures de rédaction éparpillés un peu partout : des plumes, des contenants d'encre, encre d'ailleurs répandue sur une courbe dans un coin du bureau. Des livres étaient épandus çà et là, un véritable dépotoir des archives d'un bibliothécaire. Le professeur Thémaus entra avant que je n'eusse le temps de réellement examiner la salle dans tous ses détails, et m'enquit de lui adresser quelque retour dans le futur. Puisqu'il en était ainsi, je n'avais plus qu'à m'en aller. Mais à peine avais-je franchi la porte que je me heurtai à quelqu'un, ou plutôt quelqu'une, puisqu'il s'agissait d'une femme, assez belle d'ailleurs. Par inattention, je lui fis quelque imprudence qui la fit extirper un léger cri de peur et claquer son ouvrage sur une divinité que je n'eus le temps d'apercevoir. M'excusant auprès d'elle, tout en lui lançant un regard indiscret plongeant dans le sien, je me rendis compte qu'elle avait des yeux noirs desquels on voit du bleu, qu'on prend pour l'océan, dans lesquels on voit Dieu, qui font toucher du bout des doigts les horizons, d'une douce vague infinie de vaines illusions. J'étrennais cet aspect poétique qui décrit pendant de courts instants la beauté implacable qui m'avait possédé, mais ce fut d'une durée assez écourtée, puisqu'elle m'adressa un sourire que je crus d'abord attendrissant et euphorique, puis se mit à éclater de rire, avant de partir en me parlant comme à un eunuque. Peu importe, je ne la connaissais pas mais je condescendais fortement à la retrouver et d'obtenir plus ample information sur les jurons crachés à mon visage et s'il m'en est disposé, de la dissuader d'ainsi vilipender n'importe qui, à défaut d'en voir le Destin s'en venger, attristé et brimé par de si blasphématoires discréditions. La chaleur autrefois accablante étoilant les alentours atmosphériques laissaient petit à petit place à un froid peu probe, idoine à glacer jusqu'à la dernière goutte de sang de notre corps. L'eau ternissait les ouïes d'un bruit de claquage bruyant et inquiétant, tandis qu'il donnait aux faisceaux lumineux échappés d'entre les nimbus un aspect perforant, puisque ce segment à l'allure abrupte formait un segment quasi horizontal luminescent, et il fit beau essayer d'arrêter le trajet de ce divin trait. Sa couleur or partait d'entre deux arcs de cercle du ciel grisâtre me serrant le cœur et broyant mon moral, et atterrissait sur le pentacle ayant servi à la mise à mort des deux hommes que j'ai pu apercevoir tout à l'heure. Il était judicieux de rester à l'intérieur, afin d'éviter quelque trempée. J'étais seul, mais au sec, et peut-être allais-je devoir m'aventurer à me faire imbiber, puisqu'il m'était nécessaire de revoir cette fille.
Nonobstant l'orage qui ne pouvait qu'apeurer les âmes sensibles, répandant la monotonie et dispersant toute joie, je me lançai à la poursuite de la jeune damoiselle qui venait d'outrepasser l'usure et était sortie faire on ne sait quoi avec son amie. Je dévalai l'escalier tout en essayant de ne pas en chuter, propulsé par l'adrénaline, dans l'attente du bonheur et de la réponse, espérons qu'elle soit favorable à mes attentes, de la demoiselle au ton méprisable. J'arrivai enfin à ses côtés, abâtardi par les crépitements des gouttes d'eau faisant un bruyant tintamarre sur le sol, assourdi par les échos de pas des citoyens courant, haletant et se couvrant à dessein d'éviter d'être complètement trempés, mais rassuré par la vision monotone et occultée par l'atmosphère tumultueuse. Ses cheveux mouillés et assombris retombaient et se glissaient le long de son dos jusqu'à son omoplate et ceux-ci jadis mordorés étaient maintenant noircis par l'eau, lisses comme s'il s'agissait de fils de plomb de pendule. Son visage ovale aux traits fins et doux à regarder étaient épaissis, non pas enlaidis par les gouttes de pluie s'abattant sur nous, et ses yeux légèrement bridés scintillaient à travers l'obscur linceul de monotonie planant dans l'air en nous étouffant. Sa silhouette fine se tenant d'une manière assez étrange s'harmonisait parfaitement avec la pluie épaisse ravageant la cité : elle était légèrement inclinée, et suivait donc une sorte de parallélisme stupéfiant avec la direction des gouttes d'eau. Elle avait un aspect amusé dans ses yeux lorsqu'elle était avec son amie jusqu'à ce que je l'interpelle, alors un air timide s'installa en son regard et elle ne sut trop quoi répliquer, aux côtés de son amie, qui ne manqua pas de faire part de son aspect émoustillé en oyant ma quémande. La fille qui m'intéressait m'envoya balader d'une manière assez implicite, ayant en tête la ferme conviction que j'étais trop stupide pour comprendre. Persistant, je lui dis que j'aimerais en rediscuter ailleurs qu'en un lieu où la mer évaporée nous tombe la joue. Puis je rentrai à l'intérieur pour me couvrir, étant d'une nature un peu frileuse. Je retournai à l'internat par un couloir étroit qu'était celui de l'école, puis tournai à droite en arrivant devant ma porte, chambre 203A de l'aile droite du bâtiment. J'allai me coucher dans une salle sans grande surface, avec juste de quoi dormir et de quoi travailler : un lit simple, avec un matelas assez peu confortable, le lit fait d'une manière parfaite, un petit bureau, ou plutôt un meuble planché, histoire d'avoir quelque chose sur quoi m'appuyer pour rédiger mes textes et devoirs, car j'étais de ceux qui adorent rédiger tout et n'importe quoi pour un oui ou pour un non, conter une histoire peu originale et en faire une aventure inusitée, qu'on n'eût jamais entendue que dans les contes de fée, qui fussent une façon simplifiée de voir ce que j'ai en tête, car le langage humain n'était pas ma passion, sa pratique écrite eut toujours été ma façon de tenir une parole de plus de deux phrases, car le mot n'est à mon sens que le plus fidèle des confidents, et enfin, une armoire où poser mes vêtements, tout du moins les reproductions exactes de l'uniforme que j'étais forcé plutôt qu'habitué à porter.