® Magistery : The Lost World --- Chapitre n°1 ®
Chapitre n°1 : La plénitude avant la discorde
Tout était propice au déroulement d'une belle journée : un soleil radieux, un ciel azuré à perte de vue, de la verdure bordant les routes et les paysages environnants, le tout, dans un fond sonore paisible emmené par quelques oiseaux qui avaient décidé de nous proposer leurs plus belles compositions. Notre marche était plutôt décomposée ; tantôt rapide et soutenue, tantôt lente et nonchalante. On se dirigeait vers le village tel un troupeau de vache vers leurs verts pâturages...
« Et maintenant ? Vous comptez allez où ? reprocha Isth à toute la troupe.
Isth est la plus âgée du groupe - 20 ans - et est une personne extrêmement imprévisible, comme peut en juger cette fameuse réplique qui nous surprit tous en un instant. C'est une fille pleine d'entrain mais qui n'en fait qu'à sa tête, rendant le dialogue avec elle presque impossible. Elle est de taille moyenne, une silhouette généreuse, des courbes charnelles. Son visage est son atout majeur : des yeux marrons tirant sur le vermillon, un nez presque parfait, une bouche pulpeuse et un teint légèrement hâlé, la sublimant à chaque regard. Cette Danoise d'origine, est la personne la plus bornée, têtue du groupe, bien qu'elle sache tout de même faire la part des choses de temps à autres.
- Tu as décidé de faire l'idiote aujourd'hui, ou tu le fais vraiment exprès ?! vociféra Lludro.
Lludro est d'origine hispanique, du Pérou plus précisément. Ce Liménien de souche, est très certainement LE caractère fort de la bande : il n'a pas sa langue dans sa poche, reste très franc quitte à blesser les gens, mais sait se faire imposer en tant que personnalité posée, réfléchie et droite. Il est de très grande taille pour son âge - 17 ans - et possède un physique qui en ferait pâlir plus d'un. Cette masse se trouve dotée d'une souplesse plutôt inhabituelle, surtout pour ce type de carrure. Lludro est la force brute mais tranquille du groupe ; sportif, il aime la compétition, caractère mettant en valeur sa position de « leader » du groupe.
- Lludro, tu sais bien que c'est dans ses habitudes de faire la fille qui ignore tout...ironisa Matsuro avec un aplomb insolant.
Matsuro, le nippon dans toute sa classe, est le grand farceur du groupe. Ses limites quant au ridicule ou la honte qu'il peut provoquer sont, au grand dam de ses fidèles compagnons que nous sommes, indéfinissables. Même si tout laisse porter à croire que Matsuro n'est qu'un être doué pour les farces et attrapes, il est cependant très doué ; ayant un an d'avance sur ses congénères - 16 ans -, il est capable de vous apprendre un millier de choses, trucs et astuces en une seule journée. Très érudit, volontaire, responsable et doté de cette petite pointe d'humour, Matsuro est un garçon attachant, et dont l'amitié n'est plus à prouvée : la preuve en est que nous nous connaissons depuis le cours préparatoire, lorsque nous avions respectivement 6 et 5 ans, et nous ne nous sommes jamais séparés.
- Matsuro ! Quand deviendras-tu sérieux ? Toi alors...Ha ha ! ricana Marek.
- Ouais, pour ça, on ne peut même pas compter sur lui. A force de le côtoyer, pas étonnant de le voir agir comme ça, donc bon...s'indigna Ashanti.
Marek et Ashanti : Du haut de leurs 18 ans, ils sont les deux jumeaux de la communauté miniature. A vrai dire, ils n'ont rien de très ressemblant si ce n'est leurs yeux, en amande, et d'un vert pomme majestueux, leur conférant une expression sans pareille. Lorsque je dis qu'ils ne se ressemblent pas, c'est autant physiquement que mentalement ; si Ashanti est extravertie, ouverte et critique, alors Marek est sans conteste son opposé ; de nature timide et introvertie, il eût beaucoup de mal à venir nous aborder car peur du ridicule. Marek est un garçon assez mystérieux car inexpressif, réservé et effacé. Ces deux jumeaux donnent donc dans l'atypique, et c'est ce qui fait leurs personnalités, indispensables pour notre groupe, que ça plaise ou non. Ashanti, elle, est très active, mais se donne plus aux activités contemplatives, telle la philosophie, ou l'étude de la pensée ; alors que Marek paraît inerte, lent, pataud, mais en surprend plus d'un lorsqu'il s'investit physiquement dans quelque chose qui lui tient à coeur. Un duo très surprenant je vous l'avoue, et je le répète, autant physiquement que mentalement.
- Je ne veux pas jouer la fille rabajoie de première, mais on devrait peut-être se dépêcher d'aller faire ce qui était prévu de faire, parce qu'une heure, ça passe un peu trop vite parfois...si vous voyez ce que je veux dire ! avertit Marisa d'un ton magistral, pour essayer de nous faire avancer vers notre but de la matinée.
Marisa, 17 ans, est une fille, pour le coup, typique à souhait. Toujours à la pointe des dernières modes en tout genre, c'est la fille stéréotypée par excellence. Habillée à la mode « Fashion », c'est-à-dire : un jean slim tellement étriqué que ses jambes donnent l'impression d'être des alumettes géantes ; un tee-shirt à carreaux, qui rappellent un peu les années Disco, voire plus antérieure, la période Hippies ; un sac à main de grande marque, dernier cri du monde du textile, qui à la revente pourrait faire d'un pauvre un riche d'un jour ; des chaussures en toile d'un rouge plus agressif que vif ; un collier de perle nacrée qu'elle a rapporté de Thaïti ainsi que des boucles d'oreilles en argent massif, en forme de notes de musiques. Mais sous cette personnalité de « Miss Apparence » se cache une toute autre personne : attentionnée, généreuse et prévenante, elle a su se faire sa place parmi nous, et à l'heure qu'il est, je ne regrette à aucun moment de l'avoir connu.
- Je plussoie Mademoiselle Marisa...Gniaark ! hurla Cattleya tel un chien enragé. »
Cattleya, la seule représentante Océanienne du groupe, est une fille comme on en trouve rarement sur cette planète. D'un naturel tout ce qu'il y a de plus naturel, Cattleya possède une joie de vivre, une folie et une décontraction qui font plaisir à voir, et ce, pour quiconque la croiserait dans la rue. Capable du meilleur comme du pire, elle ne canalise que trop mal ses trop pleins d'énergie, ce qui lui fait souvent défaut, comme dans ce dialogue, qui nous a plus effrayé qu'amusé. Cattleya est blonde, grande et très sensuelle. Bronzée de nature, elle possède un regard comme on en trouve qu'une fois dans son existence : un regard d'un bleu tirant sur le violet, lui donnant un air angélique, et très attirant. Cette fille de 18 ans, est une perle de l'existence, une personne rare et précieuse, un vrai plus dans notre troupe.
En général, ce genre de dialogue est habituel dans notre groupe, et nous sommes souvent les seuls à prendre la parole comme nous venions de le faire ; les autres ne disaient rien et nous suivaient sans rien dire, histoire de se normaliser et de ne pas attirer d'ennuis. Un peu triste, quand on sait que notre groupe était plutôt ouvert aux autres, enfin bref, je ne suis pas là pour vous conter ce qu'étaient nos états d'âmes à cette époque.
Notre petit convoi amical arrivait alors à destination : un petit bar, planté au milieu de ce village nommé Astrella. L'établissement de loisir et de débauche était petit, mais assez attrayant et accueillant pour y voir débarquer des jeunes. La troupe en avait fait d'ailleurs son QG personnel, si bien que les barmen se rappelaient à chaque visite nos boissons favorites, et ainsi nous les servaient directement après s'être installés. Chacun buvait à soif. C'est alors que je décidai de reprendre la conversation là où elle s'était arrêtée la veille :
« Pour en revenir à hier, vous pensez que ce soit possible que des gens possède des dons surnaturels ? questionnai-je.
- Absurde ! pesta Cattleya.
- Et pourquoi pas Mam'zelle je sais tout ?! vociféra Isth.
- Parce que tu connais la réponse peut-être, Madame la science infuse ! ironisa Cattleya.
- Vous allez pas commencer oui...s'indigna Lludro...de vraies gamines celles-là !
- Eh ben écoute Llud', ce sont les filles après tout ! Hé hé ! ricana Matsuro.
- Depuis quand tu me surnommes Llud' toi ?! remarqua Lludro.
- Depuis que t'es mon pote pardi ! Hi hi ! s'exclaffa Matsuro
- Tu crois pas qu'il en fait un peu trop...me chuchotta Ashanti.
- Après tout, c'est le duo Lludro-Matsuro...lui repondit-je.
- Ça tu l'as dit ! Hi hi ! dit Marek juste avant de se mettre à rire aux éclats... »
Finalement, la conversation fut coupée court par ces élans d'arrogance, d'insolence et de rires multiples.
Après une longue pseudo-querelle, Marisa nous fit remarquer que l'heure était presque entièrement terminée, et qu'il nous faudrait, encore une fois, courir comme des dératés pour pouvoir arriver en cours à l'heure. Bien entendu, Matsuro lança une nouvelle fois un de ses défis bidons. Du moins, c'est que nous avions l'habitude d'entendre ; mais celui qu'il proposa était assez original pour le coup : « Le dernier arrivé en cours, doit faire croire à la prof qu'il possède des dons dignes des plus grands magiciens illusionnistes de notre temps ! ». Bizarrement, j'aurais aimé croire que ce défi se réalise, mais la raison en avait décidé autrement, m'obligeant à me résigner dans ma banalité, et dans ma normalité presque mortelle.
Sur le chemin du retour, nous chantions des chansons toutes plus loufoques les unes que les autres : chansons pour nouveaux-nés, chansons paillardes et chansons à textes très recherchés comme « Around the world...Around the world...Around the world...Around the world... ». Les éclats de rire y étaient évidemment privilégiés et recommandés.
Tout dans cette journée paraissait tranquille, paisible et calme...et pourtant, un étrange et affreux spectacle nous attendais bien sagement, comme un rapace guettant sa proie des cieux.
Nous nous apprêtions à passer un virage plutôt serré, délimité par un immense fossé sur l'extérieur et par un grillage pour la partie intérieure du virage. Affichant tous une mine radieuse, nous ne nous doutions absolument pas de ce qui arriverait à hauteur de ce virage : un projectile tomba sur le sol, un gros galet.
« Mais qu'est ce qu'un galet vient faire ici ? questionna Ashanti.
- La quetion serait plutôt : Comment se galet est arrivé ici ?! corrigea Lludro
- Maintenant que tu le dis, elle est pas si bête ta question ! approuva-t-elle.
- Nan !!! Tu crois ?!! ironisa Lludro. »
Nous allions nous approchés à notre tour de ce caillou, mais à peine arrivé à distance du projectile qu'un évènement, aussi surprenant qu'horrifiant, survint. Un gros rocher venant de nulle part nous tomba dessus, faisant un bruit sourd mais assez brutal pour en faire trembler le sol. Sur le coup, nous pensions que personne n'avait été blessé, et pourtant, le pire des scénarios se produisit : six personnes avaient leurs jambes immobilisées sous cette imposante masse rocheuse. Parmis elles se trouvaient Lludro et Ashanti.
« Ashantiiiiii !!! cria Marek de toute ses forces.
- Mince ! Lludro s'est fait avoir lui aussi ! s'aperçut Marisa, appeurée.
- Vite ! Vite ! Il faut aller trouver de l'aide ! lançai-je d'un ton impérieux. »
L'étourdissement se transformait alors en stupeur et déclencha une panique générale lorsque le second spectacle fit son entrée. Une étrange silhouette se dirigeait vers nous, avec quelque chose dans sa main. C'est ce que nous avons supposé sur le moment ; sauf que quand la silhouette s'approcha du lieu de l'accident, ou plutôt la femme puisque c'est ainsi qu'elle nous soit apparue à ce moment là, ce qui se trouvait dans sa main n'était pas un objet, mais une sorte d'ectoplasme difforme, d'une noirceur à en donner des frissons dans le dos.
Mais le plus effroyable dans tout ça, c'est ce que cette femme provoqua sur son chemin, entre le champ où elle est apparue et le virage : le bétail et les barbelés qu'elle avait croisé auparavant furent littéralement coupés en deux par sa matière noire et étrange.
«Mais...mais qui...qui êtes-vous ? balbutiai-je »
Le femme ne répondit pas.
« V..v...voui..qu..qui êtes-vous ? rétorqua Matsuro, de façon craintive. »
Mais la femme ne lui décrocha pas un seul mot, pas un seul...
C'est à ce moment-là que nous autres, survivants du crash du rocher, avions compris que cette femme n'était pas là pour donner son aide, mais plutôt pour accomplir un tout autre acte : un massacre qu'elle avait entièrement planifié de A à Z...
® Romanò, The FictionWriter ®