Juste pour vous, le travail que j'avais à faire
Les Justes est une pièce de théâtre, écrite par Albert Camus en 1949. L’histoire se déroule en Russie tsariste, dans la capitale du pays, Moscou, au début du XXe siècle. On y suit les tribulations d’un groupe de terroristes, composé de cinq personnages (« Dora Doulebov, Ivan Kaliayev, Boris Annenkov, Stepan Fedorov et Alexis Voinov »), appartenant au mouvement révolutionnaire socialiste russe. Les protagonistes envisagent d’assassiner le Grand-duc Serge, symbole du totalitarisme, lorsqu’il se rendra à une pièce de théâtre mais tout ne s’est pas passé comme prévu … Le texte support se situe au milieu du deuxième acte, quant tout les personnages sont réunit pour faire le bilan de l’opération, avortée en raison de la présence d’enfants dans la carrosse du Grand-duc. Les personnages s’affrontent idéologiquement sur les raisons de l’échec, et plus particulièrement sur la réaction de Kaliayev, qui a reculé alors qu’il devait lancer la bombe. Je vais dans un premier temps montrer et expliquer les différents rapports de force entre les personnages, puis dans un deuxième temps, je vais démontrer qu’il y a des idéologies politiques et morales plutôt différentes au sein de ce groupe.
[…] Le rapport de force entre les personnages […]
Les idéologies politiques et morales des personnages présents dans ce texte sont très différentes. La plus forte, par ses idées et sa conception de la révolution, est sans conteste celle de Stepan. Il est déterminé et motivé exclusivement par la réussite de leur projet de soulèvement populaire, et ce, à tout prix. Tout d’abord, il reproche à Kaliayev, en parlant au nom de l’Organisation, de ne pas avoir lancé la bombe (« L’Organisation t’avait commandé de lancer la bombe »). À la manière d’un militaire, il adopte un registre de langue relativement martial et se contente de phrases courtes mais non dénuées de sens (« Il devait obéir »). Ce procédé s’imbrique dans le « crédo » de Stepan, c'est-à-dire « l’obéissance aveugle aux ordres », dégageant l’impression d’avoir affaire à une machine plutôt qu’à un homme. Deuxièmement, il tente de faire culpabiliser ses complices sur l’éventualité de repousser la date de l’assassinat, en dramatisant les pertes et les difficultés qu’ils ont rencontrés pour arriver au stade où ils en sont. (« Est-ce que vous vous rendez compte de ce que signifie cette décision ? […] Et il faudrait tout recommencer ? »). Ensuite, lorsque Dora l’interpelle sur sa capacité à lancer une bombe à bout portant sur des enfants, il fait preuve d’arrogance et de cynisme en répondant « Je le pourrais si l’Organisation me le demandait ». Lorsque son interlocutrice tente de lui ouvrir les yeux sur l’horreur de ses propos, il surenchérit, en considérant le fait de tuer des enfants comme une « niaiserie ». Il nous révèle ensuite une autre facette de sa personnalité, la mégalomanie, en estimant que la révolution sera vraiment acquise, lorsque « nous [l’organisation] seront les maîtres du monde ». Il confirme ces propos plus loin, en affirmant qu’il serait prêt à « imposer » la révolution « à l’humanité entière », même s’il faut pour cela il faudra « frapper le peuple ». Il justifie ses paroles par « l’amour » qu’il porte au peuple. Enfin, alors que Dora tente d’utiliser le bâton qu’il a tendu pour se faire battre en l’attaquant personnellement avec « l’amour n’a pas ce visage », Stepan discrédite sa vision à elle de l’amour et en profite pour dénigrer son statut de femme (« Tu es une femme, et tu as une idée malheureuse de l’amour »). Pour terminer, il déclare à Annenkov que « Rien n’est défendu de ce qui peut servir notre cause ». Cette dernière phrase valide la thèse qui veut que Stepan soit un homme ne croyant qu’à une conception martiale et froide de la révolution, et ayant pour proverbe favoris : « la fin justifie les moyens ».