Sujet: Hostilités envers la Turquie : la France va en payer le prix!
La France commence à payer sa politique hostile à la Turquie concernant son adhésion à l’UE. Selon M. Laouënan, président de la chambre de commerce française en Turquie, plus aucune entreprise française n’a remporté en direct un appel d’offres public turc, depuis l’élection de M. Sarközy à la présidence. De gros contrats sont passés sous le nez des Français, comme la commande de cinquante hélicoptères de combat de l’armée turque à l’italien Agusta Westland, ou le veto d’Ankara à la participation de Gaz de France au projet de gazoduc qui doit relier la mer Caspienne à l’Union européenne. Gaz de France qui a également été écarté de la privatisation du réseau de distribution de gaz de la capitale turque, au profit de l’allemand RWE et du russe Gazprom.
Quand au nucléaire, Ankara cherche toutes les solutions possibles pour que les trois centrales qu’elle souhaite construire d’ici 2012, le soient par des entreprises non françaises, notamment en engageant des pourparlers avec l’américain Westinghouse, laissant de côté le français Areva.
Sur les importations, la France accentue son retard au profit des produits russes et chinois, mais aussi italiens et allemands. En 2007, les ventes françaises ont stagné, après avoir progressé pendant plusieurs années de 10% l’an, alors que les ventes italiennes ont progressé de 15,8 % et les ventes allemandes de 17.5%.
Seuls les investissements directs français sont encore importants et occupaient le deuxième rang des investisseurs privés étrangers en 2007, derrière les Pays-Bas.
Selon M. Esposito, directeur de la Chambre de Commerce Française, l’inadaptation structurelle du tissu industriel français est aussi en cause, car il est axé sur les grands groupes au détriment des PME. Les pays concurrents ont poussé leurs PME sur le marché turc en pleine expansion, tandis qu’en France, la mauvaise image de la Turquie entretenue par le gouvernement et les médias, freine les initiatives. Cela, alors que les entrepreneurs français, contrairement aux autres européens, n’ont pas conscience de l’énorme potentiel du marché turc.
Il semble aussi que le gouvernement français, n’a pas encore saisi tout à fait l’enjeu, et ce n’est pas la délégation envoyée par Paris du 18 au 20 février, qui bouleversera la situation. M. Hervé Novelli, Secrétaire d’Etat chargé des Entreprises et du Commerce Extérieur, est arrivé en Turquie avec une trentaine de personnes, dont huit patrons de PME. On est encore loin derrière l’Italie qui avait envoyé une délégation menée par M. Silvio Berlusconi, qui comptait 600 patrons !
Autre exemple de l’immobilisme économique français : une seule entreprise était présente à la foire Internationale du Tourisme, qui s’est achevée dimanche 17 février à Istanbul, alors que les entrepreneurs allemands, anglais, suisses, grecs, croates y étaient représentés par dizaines.
L’évolution des échanges économiques entre les deux pays, passent aussi par une évolution de la mentalité des élus français envers la Turquie, y compris du président lui-même. Dans sa position de faible, la France doit commencer par considérer cet Etat d’égal à égal, et à éviter les impairs qu’elle a l’habitude de commettre en s’adressant à ses anciennes colonies par exemple, avec des discours arrogants et prétentieux.
Ainsi, après le veto turc sur le projet de gazoduc, Mme Laurence Parisot, présidente du Mouvement des Entreprises de France (Medef), s’est permise depuis Bruxelles le 8 février dernier, d’"exhorter" ses homologues turcs à ne pas ostraciser les entreprises françaises, et leur a conseillé d’"avancer dans le processus de discussion et de négociation avec l'Europe et ne pas chercher à se demander à chaque instant si l'Europe veut ou non l’adhésion de la Turquie".
Ce que Mme Parisot n’a visiblement pas compris, c’est que les Turcs ne se demandent pas si l’Union Européenne veut de la Turquie ou non. Simplement les Turcs ne désirent pas favoriser économiquement, un pays qui cherche à leur mettre les bâtons dans les roues. En turc comme en français, il existe un proverbe : "on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre". Mme Parisot et le gouvernement français semblent l’avoir oublié.