Pour Patrick Devedjian : « Je ne me suis jamais caché de mon passé. J’étais d’origine arménienne et c’était aussi une façon, pour moi, de me sentir français. J’étais anticommuniste et, finalement, je n’ai pas changé. Je me suis engagé pour la cause de l’Algérie française. J’ai quitté Occident en 1966, après avoir découvert Raymond Aron. Ce mouvement n’avait rien à voir avec l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen. C’était une autre époque, on ne peut pas comparer[9]... »
Petit rappel de l´idéologie d´Occident, qui soit-disant n´a rien avoir avec Jean-Marie le Pen
Le mouvement se proclame anticommuniste, dans le contexte historique de la Guerre froide et des atteintes répétées aux droits de l´homme en URSS et en Chine, et reprend les thèmes classiques de l´extrême droite depuis le XIXe siècle. Au début de 1966, Occident adopte pour mot d´ordre « Tuez les communistes partout où ils se trouvent ! », reprenant à son compte l´exhortation du maréchal Suharto en Indonésie, où les communistes et présumés communistes sont assassinés par centaines de milliers[4]. Les militants se disent prêts à défendre « l’armée française partout où elle se bat » pour faire barrage notamment à l’expansion du communisme. Occident approuve le coup d´État des colonels en Grèce et ajoute même : « La seule méthode reconnue pour mettre fin à l´agitation marxiste étant l´élimination physique, nous suggérons au gouvernement grec de ne pas se laisser prendre au piège d´un pseudo-humanitarisme[5]. »
Il s´oppose au Général de Gaulle, considéré comme le « bradeur » de l’Algérie française.
Le groupuscule s´en prend aussi à la franc-maçonnerie, au libéralisme politique. « Ainsi, les nationalistes français constituent contre la république maçonnique et ploutocratique le Parti de la Nation française, le Parti de la seconde Révolution française, qui abolira les effets néfastes de la première[6]. »
Occident dénonce la démocratie, citant Louis-Ferdinand Céline : « Le gouvernement du peuple, pour le peuple, et par la vinasse », et dénonçant « le mythe de l´élection », qui doit être remplacé par la « sélection des meilleurs éléments de la communauté populaire, en vue de constituer une nouvelle élite, fondée sur le mérite et les talents ».
Il se montre ouvertement raciste, s´en prenant par exemple aux « métèques[7] ». « Ce que nous refusons comme irréel, c´est la vision égalitaire qui prétend faire de l´humanité un ensemble de petits cubes égaux entre eux. De toute évidence, les hommes sont inégaux […] ». Les membres d´Occident se réfèrent à l´écrivain Robert Brasillach (fusillé en 1945 pour collaborationnisme), célèbrent les vertus du « sang » (« Le sang obsèdera toujours l´esprit humain, sang mystique du Christ, sang biologique de la fécondation [sic], sang commun à tous les peuples d´Europe » écrit Occident université, n° 6, 5 mars 1965), exaltent l´« ethnie française », et affirment : « Pervers et nuisible sous toutes ses formes, le libéralisme est l´ennemi le plus dangereux du nationalisme ».
Le terme « fasciste » n´est pas renié[8] : « Dans toutes les démocraties, la jeunesse s´ennuie, et dans toutes les démocraties, il y a des "blousons noirs". Alors que dans les pays qualifiés de "fascistes", il n´y en a jamais eu. Cela tient au fait que tout fascisme est l´expression d´un nationalisme, qui seul peut cristalliser la volonté de la jeunesse en un immense élan révolutionnaire ; le nationalisme, c´est la jeunesse au pouvoir. »
Ainsi situé à l´extrême droite, le mouvement connaît cependant un tournant pro-américain suite notamment à l´éviction de Pierre Sidos et à la guerre du Vietnam qui amène plusieurs de ses membres à se remettre en question. Ainsi, Alain Madelin, déclarera plus tard qu´il s´agissait d´une foucade de jeunesse et rappellera le contexte historique de menace potentielle de l´URSS : on se situe en effet alors entre l´écrasement de Budapest (1956) et celui de Prague (1968) (voir aussi Mai 1968). Quant à la Chine, plus en faveur dans certains milieux étudiants de l´époque (à l´exception par exemple des situationnistes), sa révolution culturelle commence à éveiller les premiers doutes chez ses sympathisants (voir Simon Leys).
Elle est lourde, quand même, l´erreur de jeunesse
Et puis bon, drôle le fils d´immigré arménien qui rejoint un groupe arguant de l´infériorité des métèques 