Mercato d'hiver 2006-2007 Standard
Calme. Peut-être même trop calme ce mercato. Depuis la vente d’Onyewu au club de Stoke City pour la belle somme de 1 million tout rond, il ne s’était plus rien passé à Sclessin. Luciano s’emmerdait un peu. Les 48 heures qui le séparaient de la date du 1er février étaient suffisantes pour signer encore l’un ou l’autre coup fumant. Mais il avait devant lui un gros obstacle : le Standard n’était que le 4e budget de la D1.
Ses réflexions maussades furent interrompues par un chapelet d’injures en portugais provenant du terrain d’entraînement. Sergio Conceicao furieux venait de jeter son maillot à terre et se dirigeait vers son ami Luciano : « J’en ai marre, je m’en vais », cria-t-il en italien à son « patron ». Luciano regagna son bureau. Ce petit incident allait certainement lui valoir la visite du Portugais une fois qu’il serait rhabillé. Une demi-heure plus tard, le capitaine du Standard sortait du bureau de la direction après avoir expliqué qu’il en avait assez des blagues vaseuses de Frédéric Dupré sur la soi-disante provenance du poil qui se promenait sur la langue de Deflandre. Sergio n’avait jamais apprécié l’humour flamand à sa juste valeur.
Luciano se frotta les mains, les affaires reprenaient. Il téléphona immédiatement à son nouveau contact marseillais. L’OM était en manque de leaders dans le vestiaire et de solution de remplacement sur le banc. Le nouveau président canadien écouta avec attention ce D’Onofrio dont Dreyfus lui avait dit le plus grand bien. Sergio l’intéressait mais il avait décidé de ne pas débourser de grosses sommes avant d’avoir réalisé un audit des comptes du club phocéen. Par contre, il pouvait proposer en échange un diamant brut de seize ans que le directeur du centre de formation marseillais considérait comme « le futur Cissé ». « Le futur Djibril Cissé ? », s’étonna Luciano. « Djibril ou un autre, il y a plus d’un Cissé et ils jouent tous plutôt bien au foot », répondit de manière évasive son nouvel ami. « Ok, affaire conclue ».
Le lendemain, l’échange faisait la manchette de toutes les pages sportives du royaume. Alors qu’il les parcourait d’un oeil distrait, Luciano reçut un coup de fil. « Chef, si Sergio s’en va, moi aussi. Je mets fin à mon contrat. Au revoir ». Sacré Rapaic. Luciano savait bien que le Croate était en contact avec plusieurs clubs quataris. Qu’il aille seulement profiter d’une retraite dorée, il l’avait bien mérité. Luciano l’assura que le Standard ne le poursuivrait pas pour rupture de contrat. De toute façon, il avait des solutions de rechange à gauche et cela faisait plusieurs semaines qu’il enrageait de voir Matias toucher son salaire à ne rien faire. Il était gaucher, il avait une bonne frappe, il ferait l’affaire. Bien sûr, la solution idéale aurait été de faire jouer Jovanovic à cette position mais, depuis un quart d’heure, le Serbe était propriété du PSG qui avait le forcing pour le faire signer.
Et puis, Luciano avait une autre idée en tête. Avec les salaires de Conceicao, Rapaic, Jovanovic et Onyewu en moins, il pouvait se permettre une petite folie dont il rêvait depuis un an. Ne lui manquait plus que trois millions. Mais il hésitait encore. Il décida alors de suivre le bon conseil de son frère Dominique : jouer à pile ou face. C’est en composant son équipe de cette manière que le petit avait failli devenir champion. Pile. Le sort avait décidé. Il sortit le GSM de sa poche : « Allô Herman, c’est Luciano ». L’Anderlechtois faisait un peu la gueule depuis qu’Onyewu lui avait échappé mais il sentit que les relations entre les deux clubs se réchauffaient à nouveau lorsqu’il lui proposa Defour et Fellaini pour trois millions. Herman pouvait même garder Leiva qu’il proposait en gage d’amitié. Encore un coup de fil en Grèce et ce mercato serait divin.
Une fois celui-ci donné, il convoqua dans son bureau « le vendeur de papier », surnom affectueux qu’il avait donné au rédacteur en chef de la Meuse. « Rivaldo arrive pour signer son contrat de six mois », lui annonça-t-il de but en blanc. « Je me suis arrangé pour qu’il t’accorde une interview de dix minutes. En échange, je te demande juste la Une de ton journal. Avec un titre du style : Le Standard a toujours été le club de mon coeur. En caractères rouge et blanc, bien sûr. Demande aussi à ton journaliste d’insister sur le fait que les deux jeunes étaient de toute façon des mercenaires qui attendaient la première occasion de partir dans un club où ils seraient mieux payés. Le 4e budget du championnat ne sait rien faire contre cela. »
Au restaurant le soir, lors du dîner d’adieu de Conceicao, il rigola de bon coeur en expliquant aux autres la tête du vendeur de papier lorsqu’il lui annonça la nouvelle. Luciano ne savait pas encore que son club chéri ferait deux fois de suite la Une de tous les journaux. Le 2 février, c’est une photo de Lukunku, barrée d’un bandeau noir, qui se retrouvait sur les comptoirs de toutes les librairies du royaume. Les différents articles expliquaient tous que, selon des sources bien informées, le décès du « sympathique Ali » avait toutes les apparences d’un suicide. L’attaquant français semblait s’être donné la mort d’une façon atroce : il avait avalé des dizaines de paquet de petits beurres au chocolat, son péché mignon, et était mort étouffé. Très choqués, ses coéquipiers évoquaient l’étrange attitude d’Ali lors des entraînements du 1er février. Il aurait répété à plusieurs reprises qu’il ne se sentait pas de taille pour le défi qu’on lui proposait : devenir le remplaçant officiel de Rivaldo. Ali supportait mal la pression, c’était bien connu dans le milieu.
Me fait toujours autant rire 