Je me nomme Roger.
Si j’ai décidé de commencer ces écrits, c’est parce que je ne serai bientôt plus de ce monde. Je sens la mort dans mes vieux os ; elle s’approche un peu plus de mon cœur chaque jour. Je n’ai plus beaucoup de temps. Si je veux transmettre mon savoir, il me faut dès maintenant, au crépuscule de ma vie, graver mes connaissances sur le papier. Je ne sais pas si j’aurai le temps pour tout écrire, mais, de toute façon, je n’ai plus rien d’autre à faire. Je ne peux plus bouger convenablement, et même manger me semble être maintenant un luxe inaccessible pour mes maigres ressources. Tout juste ai-je la force de manier ma plume pour la faire courir sur le papier. Mais mon but n’est pas de m’apitoyer sur mon sort ; celui-ci est scellé, je le sais, et rien ni personne ne pourra m’empêcher de disparaître. Alors, puisque c’est tout ce qu’il me reste, je vais vous exposer ce qui a fait l’essence même de toute mon existence, depuis que j’ai l’âge de jouer aux jeux vidéos. Oui, j’ai bien parlé de jeux vidéos. Ce n’est pas parce que j’écris avec une plume que je ne connais pas les jeux vidéos. Je suis là, tout seul, dans mon grenier, où il fait frais et où le silence est seul maître, pour vous parler d’un jeu en particulier. Ou plutôt une série particulière. Cela vous paraît dérisoire, n’est-ce pas ? Vous vous demandez sûrement ce que ce vieux fou que je suis va bien pouvoir vous apprendre, vous les jeunes qui en connaissez tant. Surtout dans ce domaine. Et bien, je vous répondrai d’une manière très simple : je n’ai en réalité rien à vous apprendre, mais je me dois de vous exposer de nombreuses choses. Des choses de la plus haute importance. Voyez-vous, à notre époque, le monde va plutôt mal. Les conflits armés se font de plus en plus nombreux, les catastrophes naturelles atteignent une violence rarement vue auparavant, et la fonte des glaciers va tôt ou tard entraîner un dérèglement climatique majeur sur notre monde. Et pourtant, ce sont là des choses futiles, qui ne méritent pas notre attention. Car la vraie question, sur laquelle les plus grands philosophes de tous temps ont planché, la seule qui mérite toute l’attention que nous pouvons offrir, et qui justifie que nous passions sans regret toute une vie à essayer d’y apporter une réponse, la voici : Qu’est-ce que Mario Kart ?
A ce moment-là, vous pensez que je me moque de vous ; c’est vrai, tout ce discours solennel pour au final une question des plus rhétoriques ? Et puis, la série des Mario Kart n’existe que depuis quelques années ; aussi comment aurait-elle pu attiser la curiosité de plusieurs générations de personnages, qui, temporellement parlant, n’auraient jamais pu toucher de leurs doigts une mannette de jeu ? Oui, comment ? Il n’y a pas de réponse à cela. Je me moque de vous, bien sûr, mais restons-en là. Mario Kart mérite toute notre attention, voilà tout. Vous m’entendez ? TOUTE notre attention.
Je vois déjà les petits malins qui pensent avoir trouvé la réponse à ma grande question. J’entends presque les « Qu’est-ce que Mario Kart ? Eh bien, un jeu où Mario fait du kart ! ». Ah ah ah. Si c’était aussi simple. Cela dit, ces petits malins n’ont pas tort ; effectivement, Mario Kart est un jeu où Mario fait du kart… Mais, est-il possible de s’en tenir à cela ? Je ne le pense pas. Nous devons approfondir la question, l’explorer jusque dans ses derniers retranchements, l’éplucher, la retourner dans tous les sens… Et pour se faire, je vais commencer par vous expliquer de la façon la plus claire possible quel est le but du jeu Mario Kart. Et je dois me dépêcher ; mon dos me lance et mes doigts sont déjà raidis d’avoir écrit autant. Ecoutez, attendez un peu… Je… Je vais tenter de me rendre à la cuisine et me ramener une tasse de café… Oui, j’aurai plus de forces pour la suite. Il vaut mieux… Ah, quelle idée de m’être installé au grenier : je dois descendre ces maudits escaliers… Je vais faire vite, ne vous inquiétez pas. Hum, je sais que vous avez sûrement dû vous ennuyer dans votre lecture jusqu’à maintenant, mais nous passerons bientôt aux choses sérieuses. Enfin, si les dieux seront assez cléments pour m’en laisser le temps… Ah oui, ce café…