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la moitié de l’or du monde 18:29 02/10/08
Nicolas Sarkozy engage la France pour la moitié de l’or du monde
Ainsi, au détour d’une magnifique envolée lyrique, Nicolas Sarkozy a apporté la garantie de l’état français en cas de faillite bancaire. Le geste serait généreux si il avait engagé de la sorte son patrimoine personnel ainsi que celui, tout à fait confortable, de son épouse. Il ne signifie rien d’autre, bien entendu, qu’un engagement populiste et la spoliation assurée de ceux qui ont réussi à mettre quelques fonds de coté.
Mais de quoi parlons nous au juste, et surtout, de combien parlons nous ?
La parole du président est claire : l’état apportera sa garantie en cas de faillite bancaire. Remarquons que, dans l’esprit du président, il s’agit de garantir les dépôts bancaires. Ceux-ci sont déjà garantis à hauteur de 70.000 euros par personne et par banque par le Fonds de Garantie bancaire (pour ceux qui seraient intéressés, cliquez ici , cela pourra servir un jour).
Ce « Fonds de Garantie » dispose d’une somme totale de 1.8 milliards d’euros. Or le total des « Dépôts et crédits par agents, réseaux et produits des établissements de crédit français » est de 1 390 415 000 000 euros, soit sensiblement 772 fois le montant du « Fonds de Garantie ».
Vous avez bien lu : le fonds de garantie représente 0,129458% des dépôts. Pas même le tiers d’une banale affaire Kerviel : pas de quoi aller très loin.
Récapitulons : L’état français, par l’intermédiaire de son premier magistrat, vient d’apporter sa garantie au solde (montant des dépôts bancaires moins montant du fonds de garantie) soit 1 388 615 000 000 euros, 1.3 trillions d’euros ou 9 108 717 295 550 francs pour ceux qui pourraient trouver ces nombres plus lisibles.
Curieusement, c’est également le montant à peu de chose près de la dette de l’état français, qui vient donc de doubler, même si il s’agit (pour l’instant) d’un engagement hors bilan.
Cela représente au cours actuel 74.249 tonnes d’or, soit 2 milliards 309 millions d’onces d’or. Remarquons que, depuis que le monde est monde et que l’homme est homme, celui-ci n’a pu sortir de terre qu’environ 155 000 tonnes d’or, et que la Banque de France, pour autant qu’elle délivre les chiffres exacts, n’en détient plus que 2.658 tonnes.
La moitié de l’or du monde.
Comme c’est beau, comme c’est grand, comme c’est généreux la France.
Mais aussi quelle Chutzpah au moment où les plus puissantes banques s’effondrent comme de vulgaires châteaux de cartes et qu’absolument personne ne peut avoir la moindre idée où l’avalanche va s’arrêter. Pour autant que l’on sache, à la vitesse où la Réserve Fédérale américaine swappe ses bons du trésor contre des actifs sans valeur, la FED elle-même pourrait être mise en péril, sauf à monétiser à tour de bras et détruire le dollar. Les fabricants de planches à billets se frottent déjà les mains.
Face à cet engagement, le gouvernement français n’a plus que deux choix possibles :
1. Le gouvernement nationalise immédiatement le système bancaire. En effet, à partir du moment où l’état garantit le passif des banques, il serait suicidaire de sa part de ne pas immédiatement prendre en main la gestion de leurs actifs, sauf à générer un aléa moral infini, c'est-à-dire de laisser le système bancaire perpétuer ses turpitudes étant certain de se mettre les profits dans la poche en laissant les éventuelles pertes à l’état,
2. Le gouvernement laisse le système bancaire continuer tel quel en assumant l’intégralité des risques : comme il vient d’être expliqué, cela constituera une énorme incitation aux banques d’investir dans des actifs et activités de plus en plus risqués, puisqu’elles n’auront pas à en assumer le risque. Les effets à terme seront rien moins que catastrophiques.
Compte tenu de la profondeur habituelle de la réflexion du chef de l’état en exercice, il semble d’ores et déjà acquis que la seconde solution sera choisie.
Alan Greenspan, interrogé un jour par un sénateur qui lui demandait si l’état américain pourrait assurer ses engagements en matière de versement des retraites, avait répondu ceci avec une candeur étonnante : « Sénateur, je peux vous garantir que les retraites seront bien payées. »
Puis, après un léger temps de réflexion, il avait continué en ces termes : « en revanche, ce que je ne peux pas vous garantir, c’est le pouvoir d’achat qu’auront ces retraites au moment où nous les verserons ».
Nicolas Sarkozy aurait du ajouter à titre de précaution : « je vous garantis vos dépôts, mais je ne veux plus être le président du pouvoir d’achat ».
wé cé pa bien vive bezanceneau
!