Pargraphe 3.
Ou est-ce que, dans une autre hypothèse, le dieu mouche n´a que faire de me suivre? Son oeil fractionné ne doit voir que la séquence "c´est ton heure je tire tu meurs". Lui reste peut-être la distraction à peine amère de choisir ses balles, entre balles cancer, balles infarctus, balles accident... Au final je ne me plaindrais pas de ce laser rouge constamment entre mes deux yeux, cette lumière ne ferait que me regarder, ne me surveillerait pas, me laisserait libre. Mais, parfois plus fataliste, je me dis que le dieu mouche est loin, infiniment loin, et que ses balles mettent un temps fou à nous parvenir; un temps fou, disons, toute une vie. Il ne s´embarrasserait pas de me braquer en permanence, non, il aurait, grâce à un cerveau prodigieux, calculé toute ma vie, rien qu´à poser son oeil douloureusement divisé sur le nourisson que j´étais. Il aurait prévu tous mes actes, anticipé chacun de mes déplacements, démasqué toutes mes intentions... Et il aurait tiré à l´endroit précis où je me trouverai au moment qu´il aura choisir pour être celui de ma mort. Peu importe les ramifications que je prendra entre temps, quoi que je fasse je serai au rendez-vous lorsque son tir viendra m´intercepter. Peut-être même que c´est moi qui marche à sa rencontre. Je sais que la possibilité d´une esquive de dernière minute est impossible, il aurait vu cela en moi; et pourtant, je suis partagé. Je suis tenté de ramasser le plus de choses possibles sur le bas-côté de la route, m´enrichir au maximum avant que n´arrive l´instant ultime. Comme tout homme. Et d´un autre côté, j´ai envie de parier... J´ai envie de rester le plus leste possible, pour au dernier moment, éviter le projectile qui en ce moment même fend l´espace, pointant vers le bout de mon chemin. Je suis conscient de mon audace, mais le prix à gagner est conséquent, et ferait frissoner même les plus humbles... Un deuxième destin, voire l´immortalité.
Alors, je passe un regard terne et glissant sur le paysage...