Chapitre 23 : Le septième membre
Le duel avait physiquement éprouvé, certes, les deux rivaux, mais ils en étaient également sortis stimulés, et l’absence de vainqueur les motivait tous deux plus encore. Quant à son effet sur les élèves, il avait été formidable, avait allumé en eux la flamme, l’espoir, le rêve de parvenir un jour à un tel niveau et ils étaient désormais plus motivés que jamais… le tournoi promettait d’être intéressant !
Dés le début des matchs, parmi les niveau excellent des combattants, le groupe repéra deux guerriers d’exception, maîtres de leur propre style. Sangé et Jisy maniaient respectivement une gunblade et un bâton et partaient favoris du tournoi.
Les matchs se suivaient, une suite d‘éliminatoires dans un ordre de tirage au sort et régis par des règles très strictes : Tous les coups sont permis ! On avait prêté un Golgotha (l’objet) à chacun des membres pour éviter les accidents, et il était permis de jeter l’éponge (ce qu’aucun tree ne fit avant d’être complètement neutralisé).
Selon les prévisions de nos héros, après tous les matchs qui avaient offert un magnifique spectacle, la finale allait opposer les deux favoris dans un match où rien n’était joué.
C’est ainsi que Sangé 24 ans, habillée dans une tenue de cuir noir qui moulait un corps semblant taillé pour la vitesse et ses longs cheveux d’un noir bleuté flottant librement autour de son visage fin, se retrouva gunblade en main face à Jisy, 19 ans, blond en bataille aux yeux bleus, le regard électrique, vif et déterminé, un incessant demi-sourire pétillant au visage, un nez fin et relevé. Il avait des épaules carrées, une musculature relativement fine mais saillante que moulait un T-shirt bleu turquoise à manches courtes, et un pantalon d’un rouge vraiment flamboyant qui retombait sur des Baskets du même vert émeraude que son collier ; un rien tapageur mais harmonieux.
Jisy sortit son bâton jaune de 2 mètres de longueur et de 5 cm de diamètre de son dos et le match commença. Le seul point commun des adversaires était un incommensurable talent ; en effet, autant Sangé se déplaçait avec une grâce froide et efficace, autant l’élégance de Jisy tirait plus de l’insouciance de la jeunesse. Toutefois, ces deux guerriers se battaient avec une science du combat témoignant de leur connaissance dans l’art de tuer : pas un geste n’était calculé ni superflu, et il n’était pas rare que le même mouvement ait à la fois un but défensif et offensif. Si la gunblade ne semblait être qu’une extension du bras de sa maîtresse, quelque chose qu’elle maniait si naturellement qu ‘elle semblait être née avec, le bâton s’animait dans les mains de son propriétaire, ses mains glissant le long de lui pour le ramener ou le lancer si vite que l’œil ne pouvait les suivre.
Le combat était serré, et même le sourire proverbial de Jisy manquât être ravalé quand il effectua les parades les plus in extremis, celles que seule la liberté de maniement d’un bâton permettait. Sangé esquivait d’avantage alors que son adversaire avait une prédilection pour la garde, mais les coups étaient si rapides, précis et puissants que si l’un d’eux touchait sa cible : le match serait fini.
Malgré la proximité des niveaux des combattants, un avantage se fit peu à peu sentir du coté du bâton, capable de par sa nature même d’enchaîner des coups très rapides en une simple rotation, avantage que seul comblait la vitesse surnaturelle de la gunbladiste. Cependant, un retournement se fit sentir lorsque, à la surprise générale, Sangé redoubla encore le rythme de ses attaques. Elle qui semblait jusque là se fatiguer progressivement en avait encore assez dans le ventre pour donner à son adversaire du fil à retordre.
Mieux, elle reprenait l’avantage et emmena Jisy au bord du gouffre. Mais il avait lui aussi plus d’un tour dans son sac, comme il le démontra avec brio en séparant en deux son bâton. Cela a lui offrit une assez grande liberté de mouvement pour rompre l ‘assaut de son adversaire et sortir du coin auquel il était acculé, et montrer son habileté pour un autre style de combat. Alors que précédemment, le bâton était une arme qui privilégiait l’amplitude des coups pour semer la confusion chez l’adversaire (et peut être aussi pour frimer un peu), ses deux fragments devinrent des outils fluides et unis dans un style impressionnant de vitesse et de prévision. Jisy combattait maintenant avec cette économie de mouvement qui était l’apanage des meilleurs.
Cependant le combat restait serré grâce au style descendant de la botte que Sangé employa désormais et que Squall et Seifer reconnurent comme étant « le Magicien ». Ce nom, qui avait été trouvé par les inventeurs du style, très pragmatiques et fermés à la magie, se justifiait par l’audace et le fantastique de la technique qui consistait à changer aléatoirement la gunblade de main en la lançant directement sur l’autre après un nombre complètement variable de coup. Cette technique imposait la coûteuse nécessitée d’être parfaitement ambidextre, mais offrait l’avantage aussi immense de contraindre l’adversaire à se montrer très prudent et prompt à retrouver sa garde, ce qui l’empêchait de partir dans de trop longues et gênantes offensives. Dans le cas présent, Jisy était presque contraint à se battre à une main.
Le match ainsi équilibré dura longtemps, jusqu’à ce que Jisy découvre en même temps que nos deux héros gunbladistes que Sangé était tombée dans le piège si dur à éviter du Magicien. Elle avait imposé un rythme, une période à ses passes d’armes, très longue et complexe, mais une régularité tout de même, qui fit la différence.
Jisy attendit qu’elle enchaîne une passe où la gunblade donnait sept coups d’affilée de la dextre pour se fendre du coté gauche de son adversaire. Depuis l’enfance, on devait lui répéter de ne jamais se fendre, même s’il était sûr que cela l’amènerait à la victoire, il devait l’avoir lu dans tous les manuels du monde, dans toutes les langues du monde, et il le fit. C’est cette audace, qui lui accorda la victoire, qui confirma à nos héros que c’était le bon élément. Peu de guerriers, même parmi les meilleurs, avaient compris qu’il n’existait pas de vraies règles dans un combat, et qu’on n’arrachait pas la victoire en suivant mot à mot les consignes d’un manuel.
Alors que son adversaire tombait à terre, il se redressa épuisé, et tous les trees l’applaudirent.
Applaudirent le Septième membre.
Aucun tree ne vit les larmes de Sangé, témoignage d’un but à jamais perdu, ni son regard, brûlant d’une haine qui ne devrai jamais s’éteindre.
Nul n’entendit la sombre promesse qu’elle se fit à voix basse.
Nous non plus…