Elle était toute entière celle qui se mêlait à la masse.
Dans la foule de ceux, fugaces anonymes, qui se sont succédé ô ce sinistre et superbe forum, elle était là, et, deux ans, deux longues années ! Soudain, j´apprends la vérité et la vérité m´éventre. Je crève de la sale vérité croupissante en son sein, ô toi si agréable, ô toi si toi, que je connus à peine!
Le sang, mais immonde méchanceté, mauvaise malédiction, le sang, le sang, c´est le sang qui t´emporte et moi, bête imbécile, idiot qui se prétend intellectuel sans le dire, moi je suis assis là sur mon siège pliable, devant mon écran, monumental et froid, je suis là, à chercher les mots, les mots justes, et je n´en reviens pas car le langage est impuissant, et la vie me semble en ces instants parfaitement impuissante.
Alors que d´autres ont fait leur deuil et le poursuivent dans la douleur qu´on ne soigne pas, moi, ô vierge effarouchée, je suis là, pauvre naïf qui tombe des nues, et je n´en finis pas de n´en pas revenir. Elle non plus n´en reviendra pas. Et pourtant...
Que les croyances sont belles! Oui, croyez au Ciel de la seconde chance, anges, auréoles, nuages, et bonheur illimité. Oui, croyez au Valhalla, à la réincarnation, à l´Olympe, et à tous les autres paradis des autres religions, celles que j´ignore, ô moi infâme petit pédant, qui me croit noble parce qu´ancien.
Mais je ne suis rien et toi qui me lis non plus tu n´es rien. Tas d´os vivants, chair bientôt mise en bois, pour des siècles et des millénaires sous terre. Elle non plus, je ne peux plus sentir son corps, malgré la distance qui sépare et ma tête de l´écran et l´écran de son souvenir et son souvenir de sa tombe. Ô comme je hais les débordements gothiques, mélancoliques tristesses qui te donnent envie de croire en n´importe qui, à la première idole venue, et de la vénérer, pour se rassurer, pour se conforter, ô soi, petit ver de terre qui rampe parmi les siens, d´autres vers, d´autres limaces. Et, à l´instar du ver, n´émergeons-nous pas de la Terre pour y ramper quelques secondes, avant d´y replonger, sereins et horrifiés ?
Car la vie est belle, oui, je le redis car on ne le redit pas assez, et si on le redit c´est qu´on le dit mal : la vie est belle et j´interdis quiconque de croire que sa vie n´est pas belle. Parce que respirer est un droit, parce que vivre est une obligation, je hais, je crève, je vomis le sang et toutes les méchancetés de cette même vie que je sublime et crache et sublime davantage!
Ô toi, dans ma mémoire, celle de mon corps, et celle, mécanique, qui me permet ces mots, ô toi, poussière d´étoiles qui se mêle à la foule remuante des nuages, fugaces anonymes, toi, que je n´oublie pas, toi, mon éternel regret, ô soeur de mortalité...