Mon cher chéri,
C’est la main en pleurs que je prends ma plume pour t’écrire.
Pourquoi, depuis si longtemps, ne m’as-tu pas écrit, alors que, récemment encore tu m’as écrit que tu m’écrirais si je n’écrivais pas.
Hier, mon père lui aussi m’a écrit. Il écrit qu’il t’aurait écrit, mais tu ne m’as pas écrit pour m’écrire qu’il t’avait écrit…
Si tu m’avais écrit pour me dire que mon père t’avait écrit, j’aurais écrit à mon père que tu voulais lui écrire, mais que malheureusement tu n’avais pas eu le temps d’écrire, sinon tu lui aurais déjà écrit.
Elles sont tristes toutes ces écritures, car en réponse à aucune des lettres que je t’ai écrites, tu ne m’as écrit.
Si tu ne savais pas écrire, ce serait différent, je ne t’écrirais pas du tout, mais tu sais écrire et pourtant tu n’écris pas quand je t’écris.
J’achève d’écrire cette lettre en espérant que tu vas enfin m’écrire, sinon ceci est la dernière lettre que je t’écris. Mais, si cette fois encore, tu n’écrivais pas, écris-moi au moins que tu ne veux pas m’écrire du tout, je saurai au moins pourquoi tu ne m’as jamais écrit.
Pardonne ma mauvaise écriture, j’attrape toujours la crampe de l’écrivain quand j’écris, mais toi, bien sûr, tu ne l’attrapes jamais, la crampe de l’écrivain, car jamais tu n’écris…
Imaginez la conclusion sur le même mode…
( Par Karl Valentin)