Chapitre 17
Les Roues Vertes ( 1ère partie)
" Alors que comptes-tu faire ? Abandonner ? Partir ? C´est ça ? " aboya nerveusement Baxter. Je le regardai droit dans les yeux
" Est-ce que je sais, moi ! Peu importe le lieu, peu importe avec qui, je ne peux pas continuer cette mission ! C´est tellement... C´est tellement grotesque, insensé ! Est-ce que tu te rends compte que nous nous battons contre moi-même ? ? N´est-ce pas singulièrement absurde ? ?"
" Permettez-moi d´intervenir ! "
Noline s´avança et nous nous tûmes.
" Charlie, je comprends tes angoisses vis-à-vis des perspectives que nous offre la suite éventuelle de cette aventure et je n´ignore pas, comme aucun autre ici, que d´autres souffrances seront à partager..."
Je baisse les yeux. Je hoche la tête. C´est la vérité...
" Mais Charlie, pour autant, n´est-ce pas le sel même de cette histoire ? Depuis que je t´ai rencontré, j´ai vu et vécu des choses que même enfant je n´aurais pu imaginer ! Ce n´est pas une histoire saugrenue opposant encore le Bien au Mal que tu vis... C´est l´histoire d´une amitié commune et celle-là... Je crois que c´est la plus belle des souffrances qui pouvait nous être infligé... Enfin si vivre et être vécu par l´ami est un plaisir noyé de souffrance alors je me présente ici devant toi comme la plus passionnée des sadomasochistes..."
Elle s´arrêta net. Je relevai la tête et la regardai droit dans les yeux. Humides. Clairs. Limpides. Elle respirait vite... Mes yeux se mouillèrent aussitôt. Un coeur spontané venait de s´adresser directement au mien. C´était plus qu´une flèche, c´était une main tendue sur la peau et à l´intérieur. C´était une main qui avait ce don extraordinaire de réanimer l´optimisme là où le tempérament humain se laisse aller au fatalisme du découragement...
" Alors... Tu te lèves, Charlie ? "
Une seule goutte éclata de mon oeil. Une seule. Mais la plus longue de toute ma vie. Je pris alors le bras qu´elle me tendait, je me redressai et en séchant d´un coup de doigt ma joue endolorie par le combat avec Charlie 2, je me mis à marcher à grands pas vers Baxter.
Je ne lui laissai pas le temps de respirer et le pris aussitôt dans mes bras, pour le serrer si fort contre moi qu´il ne puisse plus pour un temps respirer.
Tous les autres, sans doute émus je le crois, nous rejoignirent aussitôt. En quelques instants, nous étions redevenus les copains de toujours, réunis bras contre bras, têtes contre têtes, tous ensemble dans la même galère d´un bateau à voiles aérien, flottant pour cent ans et plus sur une mer de nuages gris et ensoleillés...
Remis sur pied, je décidai alors de sortir de ce château sinistre et dévasté où nous tenions encore réunion. Aussitôt sortis, les murs disparurent derrière nous. Tout. Volatilisé...
Nous examinâmes alors les alentours. Il n´y avait que de l´herbe foisonnante à perte de vue. Une gigantesque plaine dont les seules limites aux quatres coins de la boussole restait les horizons gris d´Irlande...
Sans trop savoir quelle attitude adopter, si ce n´est entreprendre la marche à pied, je m´assis sur la terre pour voir de plus près les grains qui restaient dans le petit sac que nous avait laissé ce traître de double... Il n´en restait plus qu´un seul. Autant dire que toute l´équipe ne pourrait pas voyager dans le gosier et ça, évidemment, ça n´était pas acceptable.
C´est alors que je vis se former devant moi, au milieu de l´herbe, quatre formes circulaires. Très étonné, j´appelai tous les autres à observer le phénomène. Trevor, expert en magie noire, ne sut pas expliquer de quoi il retournait...
" Mais ? Ce sont les roues ! " s´exclama Avida.
Tout le monde se retourna vers elle, intrigué.
" Oui, les roues vertes ! reprit-elle. Ce sont des trophées légendaires qui apparaissent souvent au vainqueur d´un combat surnaturel et épique..." Son regard dévia sur moi avec un plaisir non dissimulé.
" Je crois que nous devons à notre leader une fière chandelle ! "
" Mais explique-toi, enfin ! s´énerva Atef. J´y comprends rien moi ! "
" Et bien c´est très simple. Grâce à ces trophées, le vainqueur peut se déplacer où qu´il veuille et dans le plus parfait incognito à une vitesse proche de l´instantané ! "
" Donc, si je comprends bien, ces Roues assurent une couverture invisible à nos déplacements ? "
" Parfaitement, Charlie ! Nous pouvons donc facilement semer les Baxters et ton maudit faciès ! "
" Alors ne perdons pas de temps ! Mettez-vous tous derrière moi ! " commandai-je sur un ton direct.
Je saisis les quatre roues, les placèrent à l´intérieur de ma veste. Aussitôt, ma peau se mit à bouillir et se mit à fusionner avec les trophées sans que je ne ressente le moindre mal. Au contraire, je sentis une prodigieuse énergie envahir mon corps.
" Alors, on va où, Charlie ? "
Un tourbillon de pensée se déchaîna en moi avant de choisir Dublin. Une lumière émeraude jaillit de sous terre et en un clin d´oeil, après avoir traversé à la vitesse d´un train supersonique toute une foule de paysages incapables à décrire, toute l´équipe se retrouva téléportée dans la très irlandaise Dublin de... 1574 ! !!
Tout le monde se regarda étonné ! Il n´y eut qu´Atef pour énoncer l´incroyable vérité...
" On... On... On a remonté le temps ! !"
( à suivre)