Bon ca va alors
Parce que bon, tout le monde meurt, Squall il est passé du côté obscur, les mecs sont paumés dans une caverne, y'a une larme selenite qui va s'abattre sur Quistis qui est toute seule.
J'arrive pas à imaginer que la fin va être constitué d'un bal de fête avec une scene romantique sur le balcon ![]()
Super Chronos-Squall!
C'est cool que tu te sois décidé à continuer l'écriture après toutes ces années! Vraiment bravo! Ton style s'est défini et tu sembles plus en contrôle de ton récit!
Vivement la suite en tout cas... ![]()
Merci, ça me fait plaisir de te revoir ici zell20
Je tiens vraiment à vous remercier une fois de plus pour vos retours ; pour être franc c'est quelque chose que j'osais à peine espérer lorsque j'ai décidé de reprendre cette fic. Même si ce n'est pas un facteur déterminant pour que je termine cette fic, c'est toujours gratifiant de savoir qu'on est lu. Merci, vraiment.
Bon sinon, parti comme c'est, le prochain chapitre risque bien d'être plus long que le précédent, qui devait déjà être plus court que l'ancien précédent ![]()
Mais comme ce sera un chapitre charnière, avec pas mal de surprises et de rebondissements, j'espère que vous l'apprécierez. Je me suis fixé la date du 26 Novembre pour le terminer, mais je le posterai peut-être plus tôt si je m'active.
De surprise ? Va pas y avoir de mort dans le prochain chapitre ?
Nan vraiment hâte. Et c'était super sympa de ta part d'avoir pondu un putain de résumé, quand j'ai relu, tout m'est rapidement revenu en tête, et j'ai pu directement m'attaqué aux nouveaux chapitres.
Et wé, c'est vrai que t'as bien trouvé ton style. Pis maintenant que t'as continué, ça m'ferait chier de pas savoir la fin.
La suite ![]()
Bon, le chapitre en lui-même est bouclé, mais il me reste encore pas mal de choses à régler. Trop, à vrai dire, pour que je puisse le poster ce lundi. Comptez plutôt sur mardi, ou mercredi.
J'ai surtout un problème de taille en fait. 52702 caractères, c'est un peu too much. Pour vous faire une idée, le 47 en comptait 30141, et 37433 pour le 48. Bref, faut que je réduise tout ça.
En plus, je dois encore vérifier certains trucs dans les chapitres précédents ![]()
Ok, j'ai pas réussi à le réduire comme je le souhaitais (j'ai carrément ajouté un millier de caractères...) donc, je l'ai scindé en deux.
Voici donc le chapitre 49, qui du coup fait office d'intermédiaire entre le 48 et le 50 qui arrivera plus tard dans la soirée. (ou demain soir, GRAND GRAND maximum)
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Chapitre XLIX : Survie
L'horreur avait envahi l'esprit du guerrier. Alors qu'il tenait toujours dans ses bras le corps inerte de son amie, Leever voyait désormais apparaître dans l'obscurité une constellation de globes oculaires jaunâtres, aussi écarquillés que ses propres yeux à ce moment-là. Tous, sans exception, étaient rivés sur lui. Tant de mal pour en abattre un, et voilà qu'une dizaine – non, une quinzaine – de ses congénères s'apprêtaient à leur tomber dessus. Que pourrait-il faire contre tant d'adversaires, seul qu'il était désormais ? A terre, sa lame était toujours enchantée par la magie d'Assylia, mais pour combien de temps encore ?... Il n'y avait qu'une solution.
Fuir !
Passant un bras sous les genoux d'Assylia, puis l'autre sous son dos, il la serra fermement contre lui et déploya ses ailes blanches et plumeuses. Deux options s'offraient à lui. Retourner en arrière, remonter le gouffre et... Non, il devait continuer d'avancer. C'était la seule chose à faire.
Dans une cacophonie assourdissante de plaintes rageuses, les créatures signalaient au Zerka qu'elles se préparaient à charger. Préparant son envol, Leever s'arrêta un instant lorsqu'il vit un petit éclat doré sur le visage de la jeune femme. Jusqu'à présent masquée par une mèche de cheveux rouge, une boucle d'oreille effilée, d'un jaune étincelant, pendait sous son oreille droite. Un détail qu'il lui parut étrange de relever...
Plusieurs monstres surgirent alors de l'obscurité et recentrèrent l'attention du mercenaire sur son objectif imminent. Le Zerka s'éleva dans les airs et fila comme une flèche vers les ténèbres inexplorées de la caverne, aussitôt suivi par son épée lumineuse, qui vint tournoyer autour de son maître à la manière d'un satellite en orbite pour éclairer son chemin. Il n'était plus question de regarder en arrière désormais.
Pourtant, il ne put s'empêcher de se retourner lorsqu'il entendit se rapprocher le concert de rugissements derrière lui. Il volait aussi vite qu'il le pouvait mais, visiblement irrités de voir ainsi s'échapper leur proie, les ignobles créatures s'étaient mises à sa poursuite en déployant à leur tour leurs ailes luisantes et membraneuses. Inquiet de voir ses poursuivants le rattraper, Leever se tournait régulièrement pour mesurer l'écart qui les séparait. Les dizaines de mètres d'avance qu'il avait pris dès le départ restaient intacts, et il en aurait presque été soulagé s'il n'avait pas dû éviter tout relâchement dans son effort. Jusqu'à ce qu'il trouve un moyen de se débarrasser de ses poursuivants, il devait impérativement maintenir sa vitesse telle quelle. Il était non seulement responsable de sa propre vie, mais aussi de celle de son amie. Elle lui avait sauvé la mise jusque là ; à son tour de lui rendre la pareille. Quand l'un des gigantesques piliers révéla ses contours à quelques mètres devant lui, il eut alors une idée.
Le Zerka releva un peu sa trajectoire pour contourner le pilier à mi-hauteur, là ou il était le moins épais. Il bascula alors sur la gauche, contourna l'obstacle massif, puis revint se positionner derrière le pilier qu'il venait de passer en abaissant un peu sa trajectoire. En agissant ainsi, il espérait de ses poursuivants – une partie d'entre eux en tout cas – qu'ils se fracassent contre la pierre, ou qu'ils le perdent de vue, tout simplement. Lorsqu'il perçut, un instant plus tard, le bruit d'un fracas derrière lui, il exulta intérieurement... pendant un bref instant.
Si la moitié des créatures – les plus proches – avait choisi de contourner l'obstacle, l'autre moitié était bel et bien rentrée dans le pilier. Mais une poignée de ceux-ci, les plus vigoureux, avaient purement et simplement traversé la roche comme si c'était du beurre, sans même freiner leur course.
Alors qu'il espérait les ralentir, Leever avait bien malgré lui permis à cinq de ses poursuivants de prendre un raccourci à travers la roche et de réduire l'écart qui les séparait. Désormais détachés du peloton, ces cinq là n'étaient plus qu'à une vingtaine de mètres derrière lui, à son grand désarroi.
L'étendue de son avance avait néanmoins suffi pour payer le prix élevé de cette erreur sans en subir de conséquences dramatiques. Mais il venait de s'ajouter une pression dont il se serait bien passé, d'autant plus qu'il n'apercevait toujours pas le moindre motif d'espoir dans l'homogénéité désarmante du décor défilant. Cette gigantesque caverne avait-elle seulement une fin ? Quand bien même, que ferait-il s'il se retrouvait dans un cul de sac ?
Douter lui était cependant interdit, comme tout ce qui ne concernait pas directement sa survie, ou plutôt, leur survie. Une errance, un infime petit relâchement, et son avance se réduirait aussitôt. N'importait plus que d'avancer, constamment. Inexorablement.
Lorsqu'un second pilier se dressa devant lui, il ne prit pas de risque et contourna l'obstacle sans chercher à piéger ses ennemis, qui le suivirent sans sourciller. Comme un symbole de son état physique, une goutte de sueur perla de son front et coula lentement le long de son visage. Si cette course-poursuite durait trop longtemps, ce n'étaient pas les monstres qui auraient raison de lui, mais les limites de se son corps, desquelles il approchait de plus en plus.
Deux globes jaunes apparurent soudain à deux heures devant lui. Une poignée de secondes après, c'est un troisième qui se révéla un peu plus loin, à onze heures cette fois. Vu la vitesse à laquelle ils grossissaient dans l'obscurité, les trois vers fonçaient déjà sur lui !
Le Zerka fut parcouru d'un frisson, et sentit la panique monter en lui. Se rappelant aussitôt qu'il devait absolument garder son sang-froid, il jeta un œil rapide sur son épée qui continuait de tournoyer autour de lui, un halo rouge l'entourant. Il eut alors l'idée d'une manœuvre audacieuse...
Il bascula sa trajectoire de vol sur la droite, de façon à faire face aux deux créatures arrivantes – celles-ci étant plus proches de lui que le troisième. Résolu, il maintint le cap sans hésiter. Ces monstres étaient dotés d'une réactivité accrue une fois leur œil déployé, il le savait, et ne l'oubliait pas. Le timing était primordial... Trente mètres, puis bientôt vingt... C'était encore trop tôt. Il fut bientôt à dix, puis à cinq mètres... Alors, quand il sentit l'haleine putride de la créature lui balayer le visage, il piqua d'une manière aussi abrupte que possible vers le sol. Il sentit quelque chose craquer, poussa un cri de douleur qu'il ravala aussitôt, et échappa in extremis au gouffre denté de la bête. Visiblement étonnés de le voir ainsi se dérober, les deux vers vinrent chacun finir leur course sur les cinq proches poursuivants du Zerka, dans une confusion qui en fit décrocher trois de leur proie.
Puis, quand la troisième créature déboula peu après sur sa gauche, Leever le fixa du regard et instantanément, son épée sortit de son orbite pour aller se planter avec violence dans le flanc gauche de la bête. L'impact fut si puissant qu'il en fit dévier la trajectoire du monstre, qui attrapa, au lieu d'un Zerka, le corps d'un de ses congénères situé juste derrière lui. Des cinq créatures rapprochées, il n'en restait désormais plus qu'une ! Une fois sa tâche exécutée, la lame s'extirpa du corps de la bête et revint se placer en orbite autour de son maître, grimaçant.
Non seulement avait-il espéré de sa manœuvre qu'elle le débarrasse sans exception des cinq prédateurs, mais en plus, dans son geste brusque pour échapper de justesse au ver qui lui faisait face, il avait senti un atroce déchirement à l'extrémité de son aile gauche. Celle-ci avait accroché l'un des crocs de la créature mais n'avait, heureusement, pas résisté longtemps avant de céder. La blessure avait beau être minime, la douleur qu'avait alors ressenti le Zerka était atroce, bien qu'elle n'ait pas duré. Rempli d'abnégation et de détermination, il poursuivit son inextricable fuite vers l'avant, refusant de regarder en arrière. L'écart s'était réduit, il le savait, c'est pourquoi il jugeait préférable de s'épargner la vision angoissante qui viendrait confirmer cette présomption.
Alors, soudain...
-LEEVER... PAR ICI...
Plus proche, plus distinct, le râle qui l'avait attiré jusqu'ici s'était de nouveau manifesté. Presque aussitôt, loin, très loin devant lui, une faible lueur verte localisée surgit au milieu des ténèbres, comme pour lui indiquer où se rendre. Il ne se fit pas prier, et ajusta instantanément sa trajectoire en conséquence. Peu lui importait le sens de ce signal, il n'y voyait là que son unique chance d'échapper à ses harceleurs. Ni l'enfer, ni le paradis ; l'espoir, simplement.
A cet instant, il faillit sentir ses tympans exploser quand un rugissement retentit juste derrière lui, près, bien trop près pensa t-il. Il hésita, puis décida de ne pas se retourner. Le ver était plus proche que jamais, il sentait l'extrémité de son souffle lui fouetter les épaules, et une odeur putride lui attaquait de plus en plus les narines. A la vue de la lueur verte, il avait dû se relâcher un bref instant en éprouvant une once de soulagement. Il sentit son rythme cardiaque s'emballer. Tenir, il devait encore tenir, juste un peu ! Juste de quoi atteindre la source de lumière ! Tout ne dépendait plus que de sa volonté, et jusqu'où il pourrait repousser les limites de son corps.
Une conviction qui vola en éclats après un simple coup d'œil devant lui.
Ils n'avaient aucune intention de le laisser s'en tirer aussi facilement. Aucune.
(Chapitre XLIX - suite et fin)
De toutes parts, en tous sens. Elles étaient partout. D'innombrables petites étoiles jaunes, s'illuminant par dizaines dans l'obscurité ambiante tandis que stupeur, horreur et désespoir s'insinuaient dans l'esprit du pauvre Leever, sur lequel chacune de ces orbites luisantes étaient rivées. Il y en avait trop. Infiniment trop. A côté, le groupe de monstres qui le pourchassaient jusque là semblait bien restreint. Si près quelques secondes auparavant, la lueur d'espoir verte lui paraissait si loin désormais...
S'arrêter maintenant, et il serait gobé aussi vite par la créature derrière lui. Tenter un demi-tour n'aurait aucun sens maintenant, car s'il parvenait à éviter le plus proche, il devrait encore affronter ceux qui étaient restés en arrière. Quand bien même, il était épuisé et ne tarderait pas à flancher. Son unique va-tout restait donc de continuer droit devant. Dans tous les cas cependant, ses chances de survie frôlaient le néant. La fatalité l'avait si bien cerné qu'il n'en trouva aucune façon d'y échapper. C'est ici que se terminerait sa fuite éperdue, mais ça ne serait pas sans lutter. La faucheuse allait devoir s'accrocher, car il s'apprêtait à lui faire vivre l'enfer !
Non, réalisa t-il alors. Il ne pouvait pas mourir ici, dans ces conditions. La vie d'Assylia était liée à la sienne ; si lui se faisait tuer, alors elle aussi le serait. Survivre... C'était le seul moyen de la sauver... Tout ce qui comptait... Rien, strictement rien d'autre...
Son visage aux traits déformés par l'angoisse se décontracta subitement, affichant à la place un masque dénué de toute émotion. Il avait le sang qui bouillonnait dans ses veines. Comme si elle résonnait de concert avec les battements accélérés de son cœur, l'épée du Zerka avait accru la cadence jusqu'à atteindre dans son orbite une vitesse telle qu'elle la rendit presque indiscernable à l'œil nu, ne laissant plus qu'une traînée lumineuse autour de son maître. Le tranchant constamment pointé vers l'extérieur, on aurait dit une véritable scie circulaire dont nul ne pouvait s'approcher sans être aussitôt déchiqueté net. Alors, son amplitude de mouvement se mit à croître d'un seul coup, et découpa ainsi sa première victime. Le dernier des poursuivants, le ver qui n'était qu'à une poignée de mètres derrière lui, fut ainsi déchiré dans une effusion de sang. Dans l'indifférence du Zerka.
Le monde tremblait autour de lui, sous le poids des créature et l'écho de leurs plaintes. Mais Leever n'y prêtait pas attention. Il était entré dans un état second, une transe subconsciente qui regroupait chaque once de vie restante en lui pour la retourner contre l'ennemi.
Une première bête arriva sur lui, et se fit aussitôt trancher à l'horizontale par l'épée circulaire. D'une diagonale, puis d'un verticale, elle fit connaître le même sort à deux de ses congénères. Le regard vitreux, dénué de tout éclat, il assistait au carnage sans broncher, tandis que les vers commençaient à affluer en masse face à lui. Une lumière de plus en plus étincelante gagnait la surface de ses ailes. Il avait déjà abattu une dizaine de créatures, mais leur nombre grandissant deviendrait bientôt un problème que ne sauraient régler à eux seuls les mouvements circulaires de son arme. Plus bas, le sol se rompait à intervalles réguliers, et une poignée de monstres supplémentaires en sortait pour attaquer le Zerka par dessous. Mais avec la détermination et la puissance d'une balle Anti-Char, il transperçait tous ses obstacles avec autant de facilité que si la solide peau des créatures avait été faite de papier. Il ne prêta pas attention au pilier qui explosa sur sa droite, révélant toujours plus d'ennemis, ni aux fragments rocheux qui pleuvaient sur lui, l'avertissant pourtant que quelque chose – dont la nature n'était pas à préciser – avait percé le plafond pierreux avec l'objectif de lui tomber dessus. Cette fois pourtant, il étaient trop à déferler sur lui, bien plus qu'il n'aurait pu en gérer.
Soudain, l'épée se figea dans son orbite, juste en face de lui. Quelque chose dans son être s'apprêtait à voler en éclats. Alors que les vers provenant à la fois d'au dessus, de sa droite et d'en face s'apprêtaient à le coincer, une onde de choc sphérique se déploya avec force autour de lui, repoussant, déchiquetant, ou broyant les créatures selon leur proximité. A cet instant, un éclair rougeâtre parcourut tout du long le fer lumineux de son arme, qui vira bientôt totalement au rouge. Alors, contre toute attente, une énergie éthérée du même teint écarlate vint allonger la lame, multipliant sa longueur par deux, par trois... Non, par cinq !
Lorsque des créatures revinrent à l'assaut face à lui, après avoir été surpris par l'onde de choc, la lame allongée fendit l'air d'une diagonale supersonique et trancha en deux une bonne moitié des assaillants de par sa portée accrue. Les rescapés n'eurent pas même le temps de comprendre qu'ils avaient eu de la chance lorsqu'une seconde, puis une troisième entaille d'une vitesse prodigieuse vinrent terminer le travail.
Était-ce toujours l'esprit de Leever qui contrôlait cette arme ? Tenant le manche dans ce qui ressemblait vaguement à une main, une silhouette humanoïde et translucide, munie comme lui de deux ailes, se tenait à présent devant le Zerka. Un ange-gardien qui, à l'instar de l'épée auparavant, se mit à orbiter tout entier autour de lui, à une cadence et une amplitude moindres, afin de lui assurer une protection parfaite qui supprime tout angle mort. Ses coups de lame étaient d'une vitesse et d'une puissance inouïe, l'atmosphère elle-même semblait se fendre dans leurs sillages. Ainsi protégé, Leever continuait de progresser dans les rangs ennemis qui, constatant leur impuissance, se regroupèrent en arrière.
Un véritable barrage luisant se dressa bien vite face au Zerka, composé de plusieurs couches de trois ou quatre créatures chacune. Ils voulaient l'empêcher de passer. Les deux mains en arrière, l'épée placée à l'horizontale comme pour asséner un puissant coup d'estoc, la forme angélique semblait déjà avoir trouvé le moyen de transpercer cette muraille. De petits tourbillons d'airs se formèrent brièvement autour de la lame allongée, à un rythme de plus en plus soutenu, y développant bientôt un véritable courant tourbillonnant. Au milieu du vacarme que provoquaient les hurlements de rage des hordes ennemies, un sifflement monta de l'épée, grimpant crescendo en même temps que luisait d'une lueur aveuglante toute la surface tranchante de l'arme. Enfin, lorsqu'il fut assez proche, l'ange donna un violent coup d'estoc vers l'avant ; une véritable tornade verticale se déploya autour de l'épée, s'en détacha, et fonça en direction du barrage bestial. Le vent déchaîné ébranla d'abord les créatures puis, en se rapprochant, les entraina dans son souffle, et finit par les disperser en tous sens. La voie était dégagée ! Se frayant un chemin dans l'œil du cyclone, comme s'il avançait dans un couloir aux contours venteux, Leever pouvait continuer sa route vers la lueur verte, qui avait disparue... Et pour cause ! Il était parvenu juste au-dessus d'elle !
En effet, sans s'en apercevoir, le Zerka s'était retrouvé au-dessus d'un immense gouffre, un véritable canyon qui descendait toujours plus profondément sous terre. Tout au fond brillait un vif éclat de lumière verte, qui semblait l'appeler à lui. Toujours mû par son seul subconscient, le Zerka amorça une descente en piqué pour la rejoindre. Plus aucun ver ne le suivait désormais.
Hélas, c'est en amont cette fois que le danger allait apparaître. Une paroi située plus bas explosa brusquement, et une nouvelle créature en sortit. Comparé à ses congénères, il était titanesque, au moins trois plus gros, et possédait autour de son immense gueule non pas une une, mais trois rangées de dents superposées. Son œil unique était de couleur orangée, et quatre ailes gigantesques lui sortaient de l'arrière du corps. Toutefois, il ne bougeait pas... Il attendait simplement que le Zerka lui tombe dans la bouche !
Alors qu'il armait un ultime coup d'épée dévastateur pour se débarrasser de lui, l'ange immatériel se figea. Jusque là étincelantes, les ailes de Leever venaient non seulement de retrouver leur blanc naturel, mais se volatilisèrent dans la demi-seconde suivante. L'ange disparut subitement, lâchant l'épée qui, sans rien pour la retenir, tomba au fond du gouffre. Au pire des moments, les dernières forces du jeune homme étaient en train de l'abandonner. Les paupières lourdes, la respiration difficile, et la conscience toujours éloignée, il avait fait montre de ressources insoupçonnées pour repousser l'échéance si loin. Mais cette fois, c'était la fin...
Une aura de lumière verte emplit soudain la cavité. L'atmosphère devint alors différente ; les parois se mirent à verdir, comme si une tâche d'huile verte se répandait à toute allure le long de la roche, de bas en haut. Une portion de roche verdie s'anima... puis jaillit d'un trait sous forme de pic, embrochant par le flanc la bête, surprise. Aussitôt, le processus se répéta de toutes parts ; une dizaine de pics rocheux vinrent mutiler le corps du monstre, qui hurla comme jamais avant de rendre l'âme. Un halo de lumière entoura ensuite le jeune homme, et le fit dévier de sa trajectoire, assez pour lui permettre de contourner la créature sans vie. Le son des hurlements, derrière Leever, se fit soudain plus lointain à ses oreilles. Puis, sa vue se troubla, et ses paupières se refermèrent.
Enfin, son esprit tout entier plongea dans le néant.
Chapitre L : Firen et Mustahren.
Il était allongé. Couché dans un lit drapé de blanc, au milieu d'une salle sombre à peine éclairée par l'éclat grisonnant du dehors, qui filtrait à travers les stores sur sa gauche. On aurait dit une chambre d'hôpital, s'il n'y avait pas eu tant d'alambics et de machines étranges autour de lui. L'une d'elles, un genre de casque parcouru de façon régulière par une lueur d'un vert étincelant, fit frissonner son corps frêle d'enfant sans qu'il en comprenne les raisons. Une peur viscérale lui noua l'estomac lorsqu'il réalisa qu'il était attaché, pieds et mains, à son lit. "Ils" allaient bientôt revenir...
Quelque chose dans sa poitrine le faisait atrocement souffrir. Baissant les yeux, il vit que sa poitrine toute entière était enveloppée dans un impressionnant bandage... qui se tâcha soudain de sang. Horrifié, le garçon se débattit de toutes ses forces, criant, hurlant de terreur. Une porte s'ouvrit alors...
- Leever... Oh, Leever !
Une voix l'appelait, et résonnait dans sa tête comme un écho, chassant la vision qu'il venait d'avoir pour ne laisser dans son esprit qu'un épais voile d'obscurité. Quand il rouvrit les yeux, il reconnut une silhouette floue aux cheveux rouges, penchée sur lui.
- Assylia ?... fit-il lentement, tout en s'éveillant.
- Raté ! répondit la voix grave d'un homme.
Lorsque sa vision se recentra correctement, Leever réalisa son erreur. Ces cheveux rouges, noués en une longue queue de cheval derrière son dos, étaient ceux de Kajikoh. Visiblement soulagé de voir son ami émerger de sa torpeur, il lui tendit une main qu'accepta le mercenaire, pour l'aider à se relever. Une source de lumière verte irradiait les alentours dans un rayon de quatre ou cinq mètres autours d'eux, s'arrêtant aux limites de l'obscurité, mais le sol éclairé était toujours d'aspect rocheux. Leever se sentait bien. Étonnamment bien...
- Qu'est ce que je fais là... Où...
Un éclair lui frappa l'esprit. Soudain anxieux, il tourna la tête à la recherche de quelque chose, et fut vite rassuré en discernant, allongé sur le sol juste à côté d'eux, le corps toujours inerte d'Assylia. Il poussa un soupir de soulagement.
- Ne t'inquiète pas, elle va bien, le rassura son ami. Elle a sûrement dû consumer toute sa force pour vous protéger, je me trompe ?
Leever acquiesça sans rien dire, observant d'un air pensif la jeune femme assoupie.
- Ah, c'est tout à fait elle, ça... ajouta Kajikoh. C'est une femme forte, mais qui ne laisse jamais rien paraître. Ne lui en veut pas, c'est sa façon d'être.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Je ne me souviens de rien...
- Eh, ce n'est pas à moi qu'il faut poser cette question. Quand je suis arrivé, vous étiez déjà allongés ici.
- Je vais te l'expliquer, jeune Zerka, fit alors une voix profonde à côté de lui.
Surpris par cette intervention, Leever se retourna. Il observa plus en détail la source lumineuse qui les éclairait de sa faible lueur, puis réalisa soudain qu'elle avait la forme d'un homme. Un vieil homme qui arborait, en plus de sa longue barbe claire et de son crâne dégarni, le visage fatigué de ceux qui ont bien vécu. Un hologramme, pensa Leever, une projection monochrome toute en vert. Il était vêtu de plusieurs toges d'un autre temps aux nuances diverses, et son regard, pénétrant, fixait le mercenaire avec un mélange de compassion et de sagesse.
- Vous... comprit alors Leever. C'est vous ! L'appel de détresse !
- Oui. Ton abnégation pour parvenir jusqu'à moi est louable. Accepte les soins que je t'ai octroyés comme une première forme de remerciement.
- Les vers géants... Le flash... Bon sang, mais qu'est ce qu'il s'est passé ?
- Face à la mort, tes instincts les plus primaires ont pris le dessus sur ton être, et ont rompu ces limites qui jusque là bridaient ta force. Voilà ce qu'il s'est passé. Mais ce n'aurait pas été possible si tu n'avais pas eu une bonne raison de survivre à tout prix... Tu savais que son sort était lié au tien, n'est-ce pas ?
Le vieil homme désigna du regard le corps assoupi d'Assylia.
- Plus que ta propre vie, ton âme refusait de laisser périr cette jeune femme. C'est le fait d'accorder plus d'importance à la vie d'autrui qu'à la tienne qui vous a tous deux sauvés aujourd'hui. Une qualité admirable, mais un manque d'auto-considération qui peut mener à ta perte...
- J'ai l'impression d'avoir déjà vécu ça... Lorsque j'affrontais Keï... Mais je suis resté dans le coma pendant des jours !
- Tu n'étais pas prêt. Ce jour-là, tu as voulu forcer le verrou en utilisant de mauvais outils, ta rage et ta haine de l'ennemi, pour être plus précis. Cela aurait pu t'être fatal, si ton corps n'avait pas été... si robuste.
Il avait hésité avant de finir cette phrase, comme s'il voulait éviter certains mots. Mais Leever ne releva pas, car il avait tant de questions à lui poser.
- Et ces créatures... ?
- Des Dévoreurs. Ces monstruosités n'existent que pour pourrir cette planète de l'intérieur. Ils se nourrissent des ressources vitales de cette terre, et l'assèchent jusqu'à ce qu'elle n'ait plus rien à leur offrir... Des parasites contre lesquels je lutte, en vain, depuis leur arrivée il y a vingt-quatre ans. Petit-à-petit, ils affaiblissent mon champ d'action...
- Alors, les sources corrompues, c'est de leur faute... ? Mais, attendez, qui êtes-vous au juste ? finit par demander Leever.
- En mon temps, on m'appelait Mustahren, mais ce nom n'a plus d'importance depuis que je suis devenu le gardien de Tritéria. Ou plutôt, la Vie.
- Que voulez-vous dire ?
- Tiens-tu à le savoir, héritier de l'Ange ? Je peux te montrer mon histoire, et celle de cette terre qui jadis fut si prospère, comme je l'ai montrée à ton ami ici-présent...
Leever se tourna vers Kajikoh, qui d'un signe de tête lui suggéra d'accepter. Puis, il se retourna vers le vieil homme.
- Est-ce bien le moment de se tourner vers le passé ?...
- Si tu tiens à contrecarrer les noirs desseins qui sont à l'œuvre en ce moment-même, et à sauver ceux qui te sont chers, alors tu auras besoin de ce savoir. Le temps est certes précieux, mais l'utiliser à bon escient peut te permettre plus tard d'en économiser de manière considérable.
- Je pourrais te l'expliquer, intervint Kajikoh, mais crois-moi, cette expérience te sera bien plus parlante que des mots.
- Bon, très bien...
A peine avait-il donné son accord, que le vieil homme et Kajikoh se volatilisèrent subitement. Alors, autour de lui, la caverne tout entière se troubla, puis se liquéfia pour faire apparaître un environnement totalement différent. Le plafond devint bleu, couleur d'un ciel tout juste nuageux, et le sol rocheux devint une plaine verdoyante s'étalant à perte de vue. Il avait l'impression d'être seul au milieu d'un tableau figé. Dans son esprit, la voix du vieillard résonna.
- Avant même que Done ne soit civilisée par l'homme, Tritéria existait déjà depuis des millions d'années. Mue par l'incessante avancée du temps, la vie est l'espèce humaine s'y étaient développés grâce au processus naturel d'évolution.
Soudain, des hommes, des femmes et des enfants apparurent sur la plaine, et avec eux, un bâtiment lointain qui ressemblait à une ferme, ajoutés à de larges champs de blé, de maïs, et d'autres végétaux que Leever n'avait jamais vus et qui devaient être propres aux terres de Tritéria. Enfin, des arbres avaient poussé de toutes parts, et le Zerka perçut même les contours d'une forêt toute entière, se profilant à l'horizon. L'environnement se modifia à nouveau, et cette fois, il se retrouva en plein centre d'un village d'architecture médiévale. Ce phénomène lui faisait penser à une succession de diapositives, dans lesquelles son être était projeté.
- Le peuple de Tritéria est passé par de nombreuses périodes, mais celle que tu observes maintenant est celle durant laquelle j'ai vécu, en tant que Mustahren le Grand. A cette époque, j'étais un mage puissant et craint, au service du plus grand Royaume de jadis. Bien que j'excellais dans ce domaine, il y avait encore de nombreux mystères autour de la magie, et c'est à leur découverte que j'ai voué mon existence.
Le décor se distordit à nouveau, changeant du tout au tout pour amener Leever dans une pièce à l'éclairage tamisé, et aux parois de marbre. Au milieu des tables et armoires remplies de substances chimiques et de gadgets en tout genre, deux hommes se faisaient face. L'un d'eux, d'un âge avancé était aisément reconnaissable de par son visage barbu et ses habits, que portaient toujours le vieux Mustahren aujourd'hui. En revanche, il n'avait jamais vu le jeune garçon aux cheveux blonds qui se tenait devant lui.
- Mon élève, que tu vois maintenant, était un véritable génie répondant au nom de Firen. Je l'ai pris sous mon aile lorsqu'il a été chassé de chez lui à cause de ses pouvoirs. A cette époque, la magie était considérée comme une hérésie... Firen était un prodige, un être unique comme il n'en naissait qu'un par millénaire. Oui, un authentique génie... Avec lui à mes côtés, je savais que nous pourrions révolutionner l'usage de la magie... Sot que j'étais !
La pièce resta la même, mais la posture des deux hommes venait de changer. Arborant un visage pétri de colère, le vieux mage foudroyait son disciple du regard, qui avait quant à lui les yeux hallucinés d'un dément. Le torse nu et recouvert de symboles tribaux, il semblait vouloir montrer à son maître quelque chose de mou, de rose, qu'il tenait au creux de ses mains ensanglantées. Comprenant ce que c'était, Leever eut un haut-le-cœur.
- Au lieu de le mettre au service du peuple, Firen a employé son talent fou pour son seul et unique intérêt. L'exploit qu'il accomplit ce jour-là dépassait l'entendement, outrepassait la vie elle-même ! Il s'est ôté le plus vital de ses organes, son propre cœur, et l'a remplacé par un procédé magique extraordinairement complexe qui lui octroya l'immortalité ! Son corps tout entier était devenu Magie. Seule sa peau en était dénuée...
J'étais furieux. Pourtant, je continuais d'être aveuglé par les prouesses de cet homme, sans être capable de discerner en lui le virage mauvais qu'il venait d'amorcer. Alors, bien vite, le pire arriva...
Nouveau changement. Cette fois, la scène se passait à proximité des ruines d'un village ravagé, le même qui était apparu peu avant autour de lui. Dans le ciel couvert de nuages noirs, on pouvait voir une immense boule d'énergie aux teintes noires et pourpres. Les deux bras levés au ciel, Firen se tenait là, au bord d'une falaise qui donnait sur l'océan. Il tournait le dos au vieil homme, ne daignant pas lui accorder la moindre importance, alors que ce dernier semblait sur le point de lui lancer un sortilège.
- La mépris dans lequel il avait grandi, son talent incroyable, et l'orgueil qui en découlait finirent par le rendre fou et profondément dangereux. A partir de son cœur, il chercha à créer l'Être Suprême, une forme de vie parfaite qui transcende l'humanité, afin d'y greffer sa propre vie et ainsi devenir Dieu. Pour y parvenir, il n'hésita pas une seconde à sacrifier l'énergie même de cette planète par le biais d'un processus destructeur que tu vois à l'œuvre. Mais cette fois, c'est son aveuglement qui lui coûta sa fin. Profitant d'une crise de démence de sa part, je parvins à l'enfermer grâce au sortilège d'isolement suprême. Le Crystallum...
Leever put constater de ses propres yeux ce qu'était ce "Crystallum". Après une énième transition, la sphère pourpre s'était dissipée, et des rayons de lumières filtraient désormais à travers les nuages noirs. L'ancien élève avait disparu ; il y avait désormais un cristal titanesque de la taille d'une montagne, aux reflets bleutés, niché en plein milieu de l'océan. Un véritable pilier qui parvenait presque à toucher les nuages.
Un nouveau changement de décor s'opéra. Le Zerka se trouvait maintenant en plein milieu de l'espace intersidéral, suspendu au dessus d'une énorme planète verte. Puis, son attention se focalisa sur une petite étoile bleue perdue au loin qui ne ressemblait pas aux autres. Était-ce le cristal ?
- La cage de cristal qui enveloppait mon ancien apprenti n'était, hélas, pas inoxydable. Tôt ou tard, je savais que Firen pourrait s'en libérer. Alors, pour protéger Tritéria de son influence, je dus prendre des mesures. Invoquer le Crystallum m'avait épuisé, aussi décidai-je de sacrifier ma vie pour fusionner avec la planète, elle-aussi affaiblie. Grâce à cela, je pus – non, la planète put – expulser le cristal de ses terres et l'envoyer errer dans l'infini de l'univers. Pour être certain qu'il ne reviendrait pas, je décidais d'entourer le globe terrestre d'un champ protecteur veillant à la protéger de toute intrusion extérieure... Le monde sortit enfin du chaos. Mais...
Nouveau changement. L'espace de distordit, et Leever était maintenant au milieu d'une cité d'aspect futuriste, qui ressemblait beaucoup à Esthar.
- Hélas, si aucun danger extérieur ne menaçait la planète, c'est de l'intérieur qu'elle s'apprêtait à être consumée... Dans leur quête éternelle d'évolution, les hommes découvrirent bientôt des puits remplis d'une énergie nouvelle, une énergie née de la fusion entre les ressources planétaires et la magie. Ma magie. Une panacée dont l'humanité s'empara aussitôt pour accélérer son développement, qui eut pour point d'orgue la construction de Maresther, capitale parmi les capitales, centre névralgique de tout Tritéria. La cité où tu te trouves actuellement. La suite, s'est déroulée il y a vingt-quatre ans...
Soudain, la cité technologique se retrouva en ruines, et des hordes de monstres apparurent de partout. D'énormes vaisseaux, que Leever n'avait que trop déjà vu, décoraient le ciel rougeoyant.
- En puisant sans aucune limite l'énergie de la planète, les hommes ne se rendirent pas compte qu'ils la tuaient à petit feu. Affaiblie, la planète vit sa protection disparaître, et son champ d'influence décroître sans cesse. C'est ainsi que débarquèrent les démons, dans leurs vaisseaux surgis du néant. Leurs intentions n'ont jamais été claires, pas plus que leurs origines, mais leur soif de sang et leur désir de destruction eurent bien vite raison de l'espèce humaine. Aujourd'hui, il ne reste plus grand chose de Tritéria, et les quelques survivants du désastre vivent dans la peur et le désespoir absolu...
L'image se troubla, puis revint au néant. Le spectacle était terminé.
(Chapitre L - suite)
Le Zerka se retrouva alors de nouveau dans la caverne illuminée par la projection du vieil homme, Kajikoh à ses côtés. Secoué par ce voyage singulier, Leever resta un moment sans rien dire, le regard perdu dans le vague. Puis émergea enfin.
- Firen... Je ne comprends pas, pourquoi me l'avoir montré ?
- Parce qu'il est au centre de la malédiction qui lie les deux planètes, Done et Tritéria. Il a longtemps erré dans l'espace, mû par la force de son esprit à la recherche d'une nouvelle terre d'accueil. Et il a fini par la trouver, au bout de plusieurs décennies, sur Done... Là-bas, il est enfin devenu ce qu'il souhaitait, un Dieu, recréant l'espèce humaine pour le servir.
- Ça ne se peut pas, protesta Leever. Personne là-bas ne connait...
Leever s'interrompit, une hypothèse émergeant dans son esprit.
- Est-il possible que ce... Firen ait eu un autre nom ?
- Je vois que tu commences à comprendre, jeune Zerka. Firen a toujours été pour moi le nom de mon disciple, légué par ses parents qu'il haïssait tant. En réalité, il l'a abandonné le jour où il a mis ses plans à l'œuvre. Les légendes, sur Done, le désignent par son autre nom. Celui de Hyne.
Leever en resta bouche bée. Dans les anciens écrits que l'on trouvait sur Done, Hyne y était décrit comme le créateur de l'humanité, mais également comme un tyran qui déclencha une guerre acharnée contre ses propres créations, puis fit la paix avec elles en leur proposant de scinder son corps en deux pour leur offrir une partie de son pouvoir. Mais ce qu'il leur avait donné, et ce pour quoi les peuples d'alors s'étaient affrontés des décennies durant, n'était en réalité qu'un leurre dénué de toute pouvoir... Cette moitié de corps, c'était...
- Sa peau... Sa peau n'avait aucun pouvoir ! C'est ça ! s'exclama Leever.
Jamais il n'aurait pensé que ces deux planètes aient été liées de cette façon. Kajikoh, lui, restait de marbre. Puisqu'il avait eu l'occasion de parler au vieux Mustahren avant lui, Leever en conclut qu'il avait déjà dû entendre tout ça, et peut-être même plus. Cela dit, quelque chose interloqua soudain Leever.
- Mais... comment pouvez-vous connaître ce qui se passe sur une planète si lointaine ? demanda t-il au vieil homme.
- Grâce au lien, tout simplement. Le cours spirituel qui relie Done et Tritéria, ou plutôt, le sillage rémanent du voyage de Hyne entre les deux planètes.
- Le cours des âmes, acheva Kajikoh.
- Ce dont parlait Keï... ?
- Les âmes défuntes de chaque monde y sont aspirées, pour passer d'une planète à l'autre, poursuivit Mustahren. Là-bas, elles se regroupent sur la Lune, se réincarnent en monstres, et s'abattent sur terre au moyen de ce que vous appelez "Larme Sélénite".
- Mais alors... fit alors Leever, horrifié.
- Les monstres que nous combattons depuis tout ce temps, sont à la base les âmes d'humains tués sur la planète opposée, conclut tristement Kajikoh.
A ces paroles, Leever crut que ses jambes allaient se dérober sous lui. Les yeux hagards, il revoyait tous ces monstres qu'il avait tués... et eut soudain envie de hurler.
- Rassure-toi, lui dit son ami. Leur âme est corrompue, et ce, de façon irréversible. Il n'y avait rien de mieux à faire, pour sauver ces malheureux, que de les tuer une seconde fois...
- Tous nos proches, fit Leever au bord des larmes. Nos parents, nos frères, nos amis... Zell ! Vous me dites qu'ils sont tous devenus des monstres ?!
- C'est la malédiction de Firen, intervint le vieillard. La malédiction de Hyne. Mais aujourd'hui, ce lien n'existe plus, il a cédé il y a trois ans. A ma connaissance, il n'y a qu'une seule explication à cela...
- Laquelle ?! s'exclama t-il.
- Il fallait que l'un des points d'ancrages disparaisse. Ou, autrement dit, que l'une des deux planètes soit détruite...
- Et Done a explosé...
- A dire vrai, il est impossible de l'affirmer.
- Comment ça ?! Vous venez pourtant de dire que...
- Que le cours des âmes n'existait plus, oui. Mais la seule explication que j'ai à te proposer n'est pas forcément la bonne...
La peine mêlée de frustration qui animait Leever disparut aussitôt, tandis que quelque chose en lui se réveillait soudain. Puis, il repensa aux dires de Kajikoh lorsqu'ils étaient arrivés sur cette planète.
- Mais... Kajikoh !... Quand nous sommes arrivés, tu étais catégorique !
- C'est vrai... Lorsque j'ai utilisé le cours des âmes pour vous acheminer jusqu'ici, j'ai senti le lien se rompre peu après votre départ. Vu les circonstances, j'en ai conclu que Done avait été détruite. En réalité, c'était un peu précipité de ma part...
- Alors, il existe toujours chance pour qu'elle existe encore ?...
A ce moment-là, Kajikoh et le vieil homme se regardèrent dans les yeux. Le visage fermé, le Zerka écarlate finit par acquiescer d'un signe de tête plein de mystères, que n'auraient su décrypter Leever.
La projection de Mustahren se tourna alors vers lui.
- Leever, fit-il. Il faut que tu comprennes quelque chose. Que Done soit détruite ou subsiste encore à l'heure où nous parlons ne dépend pas de la chance. Son sort dépend de tes actes, des actes de Seishin – celui que tu appelles Squall – et des actes de ceux qui t'accompagnent. Votre futur n'appartient qu'à vous, et je sais que vous ne le laisserez pas filer...
- Comment pouvez-vous êtres aussi sûr de vous ? Vous avez lu l'avenir ?
Le vieil homme eut un léger rictus.
- Tu sais, l'avenir n'est pas toujours là où on le croit...
- Hein ?
- Un jour, tu comprendras ce que je voulais te dire. En attendant, il vous faudra acquérir la force nécessaire pour affronter l'Être Suprême, et le terrasser !
- L'Être Suprême ? Vous voulez dire, le Dieu du Mont des Ténèbres, cette créature qu'a invoqué Keï avant de mourir ?
- Oui.
- D'où provient un tel monstre ?
- Te rappelles-tu de ce qu'a fait Fir... Hyne, avant que je ne l'emprisonne dans le cristal ?
- Il a voulu créer une entité divine pour y greffer sa vie.
- Exact.
- Mais vous l'en avez empêché !
- Je l'ai empêché d'achever le processus, oui. Mais lorsque j'ai piégé mon disciple, son cœur, qui servait de catalyseur, s'est scindé en deux ; un énorme fragment, et un autre, beaucoup plus petit.
Chacun de ces deux morceaux ont aussitôt disparu...
- Que leur est-il arrivé ?
- Le plus gros fragment s'est caché à mon insu dans la poitrine de Hyne, sans qu'il s'en aperçoive lui-même. Il l'a accompagné sur Done, puis a été libéré lorsque Hyne s'est séparé de sa peau. Il a ensuite été scellé... en même temps que tout le reste, dans cette montagne de malheur.
- Le Mont des Ténèbres... Mais, de quoi parlez-vous quand vous dites "tout le reste" ? Et puis, qui l'a scellé ?...
- Ce n'est pas important. Tu le découvriras par toi-même. Le plus petit fragment quant à lui... est resté sur Tritéria. Il s'est greffé à un homme, ton aïeul, celui de Kajikoh, et de tous les autres Zerkas. L'Originel, ou le premier Zerka.
- Notre pouvoir est issu du cœur de Hyne ?!
- Une partie, en tout cas. Une théorie, là-dessus, est que la créature maléfique qui avait commencé à se former à partir de l'organe, ait souhaité se séparer d'un fragment superflu. Mais je pense plutôt que ce fragment représente les regrets de Hyne, son bon côté. Les Zerkas auraient alors été créés, inconsciemment, pour neutraliser l'Être Suprême. Tu comprends, n'est-ce pas ?
- Notre but, notre finalité... est de le détruire ?
- Exactement !
- Que se passera t-il ensuite ?
- Ça, c'est à toi de le découvrir...
Leever se tut un moment, trop abasourdi par ce qu'il venait d'apprendre. Et il avait encore tant de questions à poser au vieil homme !
- Qu'est-il arrivé à Squall ? lui demanda t-il de nouveau.
- Seishin... On lui a joué un sale tour.
- Un... quoi ?
- Quelque chose s'est insinué dans son esprit, et s'est joué de ses craintes profondes pour le rendre fou. Ou plutôt, quelqu'un...
- Qui ?! Et pourquoi ?!
- Vous êtes un peu trop bavard Mustahren, fit une voix derrière eux.
Les deux Zerkas sursautèrent, puis se retournèrent brusquement. Mais ils ne virent derrière eux que les méandres obscurs de la cavité. Un petit trait blanc, légèrement incurvé, s'y dessina alors. Le sourire d'un homme. Le sourire du démon !
- Bravo d'être parvenus jusque-là, leur lança t-il. Échapper à mes créatures n'a pas dû être chose aisée...
- Toi ! tonna Kajikoh en dégainant ses deux épées.
- Eh là, on se calme ! Je n'ai pas l'intention de me battre avec vous aujourd'hui. Et puis, me tuer ici... (il laissa échapper un petit rire moqueur) Ça ne serait pas à votre avantage non plus...
La voix du démon sembla vaguement familière à Leever. Un étrange sentiment qu'il n'arrivait pas à décrypter...
- Alors quoi, tu es juste venu pour tailler une bavette ? ironisa Kajikoh.
- Je venais, entre autre, rendre à Leever quelque chose qu'il avait malencontreusement perdu...
Un reflet vif écarlate sortit de l'ombre, comme si on le jetait, et atterrit aux pieds du mercenaire. Lorsqu'il reconnut son épée à lame rouge, il se rendit enfin compte que son fourreau était vide depuis son réveil.
- Mon épée !... Qu'est-ce que ça cache ? fit-il d'un air méfiant, sans daigner la reprendre.
- Rien de plus qu'un geste magnanime de ma part... Mais si tu veux un conseil, évite de la perdre bêtement la prochaine fois !
Devant son impassibilité, le démon renchérit.
- Tu ne me fais pas confiance ? Je ne lui ait rien fait, tu sais !... (il prit soudain une voix faussement désolée) Hélas, je ne peux pas en dire autant de ta chère amie...
Alors que le démon se gaussait, Leever sentit une bouffée de colère l'envahir. Il ramassa son épée, libéra sa forme ailée, et se rua sur l'ombre hilare. Mais avant qu'il n'ait pu arriver à portée de frappe, un champ d'énergie se déploya autour du démon et repoussa violemment le Zerka qui alla s'écraser sur le sol, plus loin. Désireux de venger son compagnon, Kajikoh se lança à son tour, mais s'interrompit lorsqu'il vit quelque chose sortir derrière l'ombre.
Deux ailes phosphorescentes, d'une teinte blanche, s'étaient déployées dans le dos de la silhouette démoniaque, sans illuminer d'une once les ténèbres qui enveloppaient toujours son corps aux contours humanoïdes. Cette paire d'ailes, plumeuses, ressemblait en tout point à celles que Kajikoh, Leever, ou Assylia pouvaient déployer. Des ailes de Zerka !
- Qu'est-ce que... ? commença Kajikoh.
- C'est impossible ! s'exclama soudain le vieil homme vert.
- Un Zerka ?! fit Leever, pendant qu'il se relevait.
- Pas n'importe lequel... commença le vieillard.
- Mustahren et moi avons à discuter... en privé. Désolé, il est l'heure pour vous de nous quitter désormais !
Un nuage noir tourbillonnant apparut subitement juste au dessus d'eux, s'épaississant à vue d'œil. Les Zerkas se sentirent aspirés, mais résistèrent comme ils le pouvaient à l'attraction grandissante que causait le vortex noir, situé en plein centre du nuage. Ils virent avec effroi le corps d'Assylia se faire emporter par le courant aspiratoire, puis disparaître au contact du vortex.
Le démon semblait se délecter de leur vaine résistance. En s'adressant à eux, il avait la voix surjouée de ceux qui feignent l'oubli.
- Oh, mais, j'oubliais ! Venez donc me rendre visite à Maresther, demain... C'est une invitation, pas une obligation. Quoi que, si vous souhaitez sauver vos vies... Non, c'est bien une obligation !
Bien qu'ils l'aient entendu, parler puis s'esclaffer ensuite, Leever et Kajikoh avaient d'autres soucis en tête que de lui répondre. L'attraction gagnait en intensité et, malgré leurs efforts, ils ne tarderaient pas à rejoindre Assylia.
- Kajikoh ! hurla le vieillard. Attrape ça !
Une petite sphère verte apparut comme par magie sous les yeux de Kajikoh, qui battait des ailes pour résister à l'attraction. La sphère se matérialisa alors en petit objet, que le Zerka attrapa aussitôt.
- N'oublie pas, Kajikoh ! N'oublie pas ta promesse !!
- Comptez sur moi, vieux sage !! lui hurla t-il en retour.
Puis, il lâcha prise, et disparut à son tour dans le vortex.
Leever, tenace, continuait de retarder l'inévitable sous les yeux amusés du démon. Haussant le ton, pour être bien sûr qu'il l'entende :
- Quelle combativité ! Pas étonnant qu'ils t'aient choisi...
- Que... Quoi ?...
Déboussolé par les propos du démon, Leever lâcha prise et disparut, comme ses compagnons, dans le vortex ténébreux. Il se retrouva au milieu d'un long tunnel entouré de nuages noirs, et fonçait malgré lui vers une intense lumière blanche. Aveuglé, il ferma les yeux l'espace d'un instant...
(Chapitre L - fin)
Lorsqu'il ressentit sur sa peau une chaleur intense, il rouvrit les yeux. Encerclant un vaste périmètre autour de lui et de ses compagnons, un mur de hautes flammes rouges se dressait là. Leever reconnut aussitôt l'endroit, qui n'était autre que l'arène dans laquelle ils avaient combattu la créature qui ressemblait à un énorme Scavenger. Pas très loin de l'entrée.
- Ce salopard nous a fait remonter, pesta Kajikoh.
Bien que son ami était furieux, Leever ne dit rien. Il avait un peu honte de l'avouer, mais savoir qu'il n'était plus coincé à des kilomètres sous terre le remplit de soulagement.
- Kajikoh, où est Maresther ?
- Au sud, derrière l'Océan des Merveilles. Qui n'est plus si merveilleux aujourd'hui...
- Il n'y pas une seconde à perdre !
- On ne peut pas sortir d'ici.
- Quoi ? Pourquoi !
- A cause des flammes !
- Mais... Lorsqu'on a battu le monstre, elles s'étaient dissipées. Alors, pourquoi...
- Un piège, acheva Kajikoh d'un air sombre.
Ils étaient en effet coincés au milieu de ce brasier circulaire, derrière lequel pouvait-on apercevoir la porte qui remontait vers la surface. Alors, une petite tâche noire apparut sur le sol, devant eux. Quelque chose s'apprêtait à en sortir... Mais pas un monstre, la zone sombre était trop mince pour cela. Des cheveux châtains dépassèrent alors, puis le visage, le buste, puis tout le corps d'une femme en sortirent sous les yeux hagards des deux Zerkas. Ils l'avaient reconnue...
La démone !
- Comptiez-vous partir sans me dire au revoir ? dit-elle d'un ton moqueur.
Son visage était toujours aussi étiré par la démence. Leever n'en croyait pas ses yeux, pas plus que Kajikoh vers lequel il s'était tourné.
- C'est impossible, que fait-elle ici ?! Assylia l'avait bannie !
- Ne me le demande pas ! (Kajikoh avait les yeux bloqués sur la démone) J'ai vu Assylia effectuer cette attaque des dizaines de fois, mais c'est bien la première fois que...
- Vous souhaitez obtenir la réponse ? leur proposa soudain la démone. C'est simple ! Vous avez été bernés, voilà tout.
- Une illusion ? fit Kajikoh
- Non, ajouta aussitôt Leever. Si c'était une illusion, Assylia l'aurait sentie. Elle n'aurait pas fait l'erreur de lancer son sortilège sur...
- De quoi tu parles ? l'interrompit son ami.
- Elle peut sentir les illusions... Tu ne le savais pas ?
- Quoi ?! Elle ne m'en a jamais parlé !
Ils s'interrompirent lorsque la démone éclata soudain d'un rire tonitruant. Toute cette confusion avait eu le don de la rendre hilare.
- Ignorance et naïveté, voilà ce qui vous aveugle ! La seule illusion dont vous vous êtes bercés, c'est de croire qu'en accordant votre confiance à cette femme, cela vous aiderait ! Quelle erreur... Qu'en dis-tu Leever ? Tu oserais défendre aveuglement quelqu'un que tu connais si peu ?
- Je...
- Ce sont des conneries ! l'interrompit Kajikoh. Je la connais depuis des années, elle ne ferait jamais quoi que ce soit pour nous nuire !
- Alors, tu es aveugle depuis des années, pitoyable Zerka.
- Et moi, je vais te réduire au silence si tu continues à sortir de telles inepties ! lâcha Leever.
Excédé, il avait dégainé sa lame, immédiatement imité par Kajikoh.
- Hin hin hin... Ne me faites pas rire...
La démone s'avança d'un pas lent en direction des deux Zerkas, qui se mirent aussitôt en garde pour la dissuader d'aller plus loin. Mais leur vis-à-vis n'en avait que faire, et continua son avancée, sans même dégainer son arme. Kajikoh battit l'air de ses deux lames, et projeta sur elle une double onde de choc acérée... qui la découpa net.
Un instant plus tard, elle se tenait en un seul morceau juste derrière lui et lui chuchota à l'oreille :
- Tu m'as l'air nerveux... Devrais-je en profiter pour te tuer ?...
Le Zerka aux cheveux écarlates se retourna brusquement et vit la démone, de dos, continuer sa route en les ignorant. Il jeta un œil sur ce qu'il venait de trancher, et pesta de frustration. Le corps lacéré avait disparu sans laisser de traces.
De rage, il se métamorphosa en Zerka, et fendit l'air d'une horizontale supersonique. L'onde d'énergie qui s'en dégagea trancha la démone avec la même netteté qu'auparavant, puis alla s'écraser sur un mur, derrière les flammes, dans un fracas tel que le sol en vibra. Un battement de cil plus tard, sa victime se tenait indemne à l'opposé de la salle. Alors, Leever comprit vers qui elle se dirigeait. Se transformant à son tour, il vint se placer en toute hâte devant le corps inerte d'Assylia, menaçant la démone de son épée.
- N'approche pas !
- Oh, l'ignare naïf serait-il aussi chevaleresque ? s'amusa t-elle.
- Je t'ai dit de ne pas approcher !
- Ou sinon quoi, preux chevalier ? Tu me pourfendras de cette lame ridicule, comme ton ami l'a fait avec brio ?
Leever ne répondit rien. Il savait très bien qu'il ne pourrait rien faire contre les étranges pouvoirs de la démone, pourtant...
- Tu réalises, n'est-ce pas ? ajouta d'elle.
- Un pas de plus... !
- En fin de compte, tu ne comprends pas... Hin hin hin... D'accord, tu as gagné !
- Hein ?
- Je ne ferais pas un pas de plus...
Et en effet, la démone s'arrêta. Se délectant de la mine confuse du Zerka, elle s'éleva soudain dans les airs... puis piqua droit sur lui !
Tenant fermement son épée des deux mains, la respiration stable pour rester concentré, il attendit qu'elle arrive à sa portée pour la contrer... Mais subitement, un flash de lumière l'aveugla et emplit toute la salle. S'efforçant de garder les yeux ouverts, il crut apercevoir, face à lui dans cette intense lumière blanche, les contours d'une silhouette se rapprocher. Il arma son geste, le regard plissé fixé tant bien que mal sur sa cible. Quand son visage malsain apparut, il ferma alors les yeux et lui administra une formidable diagonale de bas en haut. Sur le coup, il eut l'impression de l'avoir raté, ou d'avoir attaqué un fantôme, car il n'avait pas senti de résistance dans son mouvement. Pourtant, un cri terrifiant retentit presque aussitôt, un hurlement si strident qu'il en lâcha son épée pour se protéger les oreilles des deux mains. La plainte était ambiguë. Était-ce un cri d'agonie, ou suppliant ? Impossible de le dire, il souhaitait juste que ça s'arrête !
Au bout de longues secondes qui lui parurent l'éternité, la plainte s'estompa, en même temps que la lumière aveuglante. Rouvrant prudemment les yeux, Leever jeta un œil inquiet autour de lui. Kajikoh était toujours là, aussi déboussolé que lui. Assylia également, toujours allongée derrière lui.
En revanche, la démone avait disparu.
- Où est-elle passée ? demanda Kajikoh.
- J'ai entendu un cri...
- Tu l'as tuée ?
- Je... n'en ai aucune idée...
Les flammes autour d'eux s'affaiblirent alors, jusqu'à s'éteindre complètement. La porte qui menait à la surface s'ouvrit d'elle même, à la volée.
- Quoiqu'il en soit, il faut sortir d'ici, déclara Kajikoh.
Le Zerka avança en direction de la porte, sans rengainer une seule de ses deux armes. Le regard errant d'un coin à l'autre de l'arène, il restait sur ses gardes. Leever se tourna vers Assylia et, avec le plus grand soin, la prit sur son dos. Il ne souhaitait pas donner la moindre importance aux propos de la démone, ni à ceux du démon, pourtant, quelque chose le chiffonnait. Après tout, il ne la connaissait pas si bien, et il était indéniable que la jeune femme lui cachait, à lui ou aux autres, de nombreux secrets. Dans l'immédiat, cependant, il leur fallait sortir d'ici.
Ils quittèrent l'arène, et se retrouvèrent dans le long couloir qui seul les séparait désormais de l'air libre. Leever avait hâte ! Il avait l'impression d'avoir passé des années – sept, au moins ! – dans cet endroit sinistre duquel il avait pensé, plusieurs fois, ne jamais ressortir.
Au bout d'une longue marche, ils aperçurent enfin les faibles lueurs du dehors... aux teintes rouge pâle.
Intrigués, ils accélèrent le pas... et sortirent enfin de la grotte. Les vents incessants qui traversaient les terres de Tritéria leur fouettèrent le visage, mais leur attention se porta immédiatement sur l'horizon.
- Oh, non... fit Leever. Non, non, non... !
- Manquait plus que ça, ajouta sombrement Kajikoh.
C'est au nord, à bien des kilomètres de là, que la source de leur épouvante se déversait dans un flot rougeâtre sur les terres meurtries de Tritéria. Perçant à travers le voile nuageux, ce n'était pas le réconfort d'un rayon de soleil, mais la désolation d'une Larme Sélénite en cours d'action.
Alors qu'il assistait au désastre d'un air désemparé, Leever sentit quelque chose bouger sur son dos.
Assylia se réveillait.
S'en apercevant, le mercenaire la déposa en douceur contre un petit rocher, derrière eux. Puis, il s'accroupit à ses côtés. La jeune femme ouvrit lentement les yeux.
- Où... Où suis-je ? lui demanda t-elle.
- A l'extérieur de la grotte, lui dit-il.
- Quoi... ? Mais...
- Il s'est passé beaucoup de choses. Je t'expliquerai...
- Leever ! lui cria soudain Kajikoh. Viens voir ça !
Il laissa Assylia se réveiller, et se rapprocha de son compagnon interloqué. Sans rien lui dire, il pointa du doigt le ciel. L'épais voile de nuages sombres qui le recouvraient étaient en train de se dissiper, laissant place à un ciel noir parsemé d'étoiles... où luisait l'astre rouge aux contours pâles.
Leever avança machinalement, tout en fixant l'astre. Une pensée angoissante lui envahit alors l'esprit. La ville de Lizéra, où étaient restées Quistis, Selphie et Seifer, ne se trouvait pas très loin du point de chute de la Larme Sélénite... Mais il n'en était pas sûr. Sans se retourner, il fit :
- Cette direction, c'est celle de Lizéra, n'est-ce pas ? On doit... !
Il s'interrompit brusquement. Son cœur venait de faire un bond dans sa poitrine sans qu'il sache pourquoi. D'instinct, il se retourna.
Kajikoh avait les yeux écarquillés, perdus dans le vide. Il était comme pétrifié...
- Kajikoh ? Ça va ?...
Puis sans crier gare, il s'effondra, face contre terre, dans une mare naissante de son propre sang.
Un poignard planté dans le dos.
- KAJIKOH !! hurla Leever.
L'horreur de voir son ami agressé, puis la rage de le venger ne l'envahirent néanmoins qu'un bref instant. Car en découvrant l'identité de l'agresseur, qui se trouvait toujours derrière sa victime, Leever eut l'impression que le temps venait de stopper sa course. Que tout son être s'était arrêté de fonctionner.
Ses cheveux avaient viré au roux.
Et les traits de son visage n'étaient plus tout à faits angéliques.
Mais pas de doute possible sur cet agresseur.
C'était bien elle.
C'était bien Assylia.
Super ! Franchement y lire en buvant un cappuccino, ça m'a fait passer une bonne demi heure (je crois, a vrai dire j'étais tellement absorbé que j'sais pas combien de temps j'ai lu
)
très bien cette suite et très surprenante la fin ![]()
Content que ça vous ait plu
Un peu de teasing ? Retrouvailles, duel et G-Forces seront au programme du prochain chapitre, que j'espère sortir avant la fin d'année !
Bon travail mec!
Encore une fois, au risque de me répéter, tu tiens bien ton récit et on sent que tu sais pertinemment où tu nous envoie avec tout ça! Alors la suite! Bonne continuation en tout cas, j'suis là pour lire!
Chapitre LI : Retrouvailles sous un ciel sélénite.
Tétanisé, Leever fixait avec l'incompréhension d'un nouveau-né son amie, comme s'il cherchait une explication rationnelle à cette vision insensée. Mais était-ce réellement son amie ? Comment le teint rouge écarlate de ses cheveux avait-il pu virer au roux orangé aussi subitement ? Et pourquoi son visage, auparavant si doux, le mettait-il maintenant si mal à l'aise ?
Une illusion.
Comment expliquer autrement ce phénomène absurde, cette trahison et ce... meurtre ?
Ça ne pouvait s'agir que d'une illusion.
C'était ça...
C'était forcément ça.
Une stupide illusion, et il s'était fait berner de nouveau. A cette pensée, il sentit la colère le sortir de son hébétude.
- Saloperie... lâcha t-il enfin. Si tu crois m'avoir avec... ces illusions débiles !
Les traits du visage contractés par la haine, il posa son regard noir sur la silhouette rousse, qui pendant ce temps, sans esquisser le moindre geste, semblait se délecter des tourments de son ami. Celui-ci se détourna de la jeune femme, et se mit à scruter les alentours en tournant frénétiquement la tête dans tous les sens, cherchant à déceler l'endroit où la démone se cachait. Mais elle n'était nulle part. Alors, en silence, Assylia s'esclaffa, et le Zerka se tourna de nouveau vers elle. Il sentit sa colère s'estomper à mesure qu'il réalisait son erreur. Non, ce n'était pas une illusion...
C'était la réalité.
Une sinistre réalité.
- Explique-moi... dit-il alors. Ça n'a aucun sens ! Explique-moi, Assylia !
- Hin hin hin... Mon preux chevalier serait-il confus ?
Leever se glaça. Ces paroles venaient d'être prononcées par deux voix distinctes, superposées l'une après l'autre, comme si la voix douce d'Assylia faisait écho à une voix plus rauque et malsaine. Celle de la démone...
- Q... Qui... ? bégaya t-il.
- Tu tu demandes qui je suis, ajouta t-elle de sa voix double. Allons, ne le vois-tu pas ? Je suis l'inconnue que tu cherchais à protéger... du danger que j'étais !
- Je... ne comprends pas...
Un sourire aux lèvres, la jeune femme s'avança vers un Leever totalement figé, jusqu'à ce que son visage ne soit plus qu'à quelques centimètres de celui du Zerka. D'aussi près, le doute n'était pas permis. Il s'agissait bel et bien du visage d'Assylia, à ceci près que ses iris verts s'étaient teints en rouge, vifs, et animés d'une lueur malsaine comme l'étaient ceux de la démone. Et il n'aimait pas du tout la façon dont elle s'en servait pour le dévisager, ça et cet inamovible rictus. Elle leva alors un bras, ce qui fit reculer d'instinct le jeune homme, mais ne s'en servit que pour écarter une mèche de cheveux roux qui cachait jusqu'à présent son oreille droite. Une boucle d'oreille fine et dorée y pendait, la même qu'Assylia était censée porter.
- Voici Assylia... commença la démone.
Devant son air intrigué, elle leva cette fois l'autre main et répéta le même geste du côté opposé. Une seconde boucle d'oreille, identique à la première, apparut alors sous son oreille gauche.
- Et voici Kerdahlia, acheva t-elle. Deux entités jadis séparées d'un seul et même être, deux fragments opposés, deux parties d'un esprit, d'un corps, d'une âme, qui aujourd'hui ont fini par se retrouver ! Kerdahlia, la démone que vous haïssez tant... Et Assylia, votre chèèèèère amie...
- C'est... !
- L'explication que tu souhaitais, tout simplement !
- Ça ne peut pas être... possible !
- Alors comment expliques-tu les actes d'Assylia ? Elle a eu l'occasion de me tuer, et même de m'expulser hors du temps, hors des dimensions, hors de tout. Il lui suffisait d'un rien. En tant que ma seconde moitié, elle seule était capable de repérer et de contrer mes illusions. Seulement, vois-tu... Nous sommes liées. En scellant mon destin hors du temps, c'est elle, également, qu'elle aurait condamné ! Qu'en penses-tu, Leever ? C'est un acte assez égoïste, tu ne trouves pas ?
- Tais-toi ! Si vous êtes deux dans ce corps, alors pourquoi dois-je t'écouter toi ! Qu'est-ce qui est arrivé à Assylia ?!
- Un infime fragment de mon être, c'est tout ce qu'elle était. Un rebut, un poids mort dont je n'avais que faire à cette époque... Je suis, et je resterai toujours Kerdahlia.
- Un poids mort, tu dis ?... Alors pourquoi l'as-tu... récupérée maintenant ? Que cherchez-vous, toi et l'autre Zerka !
- Ça ne me réjouit pas tant que ça, à vrai dire. Mais mon cher et tendre a besoin de ses pouvoirs, et je ne peux rien lui refuser...
Une fraction de secondes après qu'elle eut prononcé ces mots, Kerdahlia fut enveloppée d'une lumière aveuglante et se transforma en Zerka. Les deux ailes qui se déployèrent sur son dos étaient les mêmes qu'Assylia, mais à défaut d'une chevelure blanche immaculée, c'est une chevelure sombre d'un noir de jais que la démone arbora.
- Oooh, ça faisait si longtemps... Quelle sensation grisante ! s'extasia t-elle.
- Que comptes-tu faire, Assylia ?!
- Oublie ce nom, tu n'as donc pas compris ce que je viens de te dire ?
- Elle ne peut pas avoir disparu comme ça ! s'emporta t-il.
- Alors berce-toi d'illusions tant que tu le souhaites, mais ne viens pas m'accuser d'en être la cause !
Battant des ailes pour annoncer son envol imminent, Kerdahlia se détourna de lui. Mais il n'avait pas l'intention de la laisser partir comme ça.
- Attends ! lui cria t-il. Où vas-tu ?!
- Á Maresther. Tu souhaitais connaître nos plans ? Pourquoi ne viendrais tu pas nous retrouver là-bas, demain, dès que tu auras enterré le cadavre de tes amis abattus par cette Larme Sélénite ? Tu seras aux premières loges pour assister au dénouement de cet acte final...
- Je viendrai. Non, on viendra ! corrigea t-il aussitôt. Et je te tirerai de là, Assylia !
Sans dire un mot, Kerdahlia s'immobilisa un bref instant, lança un petit soupir dédaigneux à l'adresse du Zerka, puis décolla du sol pour filer vers le sud à une vitesse prodigieuse. Pendant qu'il la regardait disparaître à l'horizon d'un air sombre, Leever repensa à sa brève rencontre avec la jeune femme. Il l'avait d'abord admiré pour son élégance, et ses pouvoirs fascinants... Puis, par deux fois, elle l'avait tiré du désespoir, et il n'oublierait jamais le sentiment merveilleux qu'il avait ressenti au moment d'apercevoir sa silhouette rassurante dans cet enfer souterrain qui jusque-là consumait sa raison. Et ce fou-rire qu'ils avaient alors échangé...
- Leever... fit une voix faible.
Kajikoh ! Brusquement arraché de cette douce nostalgie par l'appel de son ami, Leever se précipita vers lui et s'agenouilla à ses côtés. Les cheveux plus écarlates que jamais, l'homme à l'agonie tentait, dans un effort qui frôlait l'inconscience, de se relever à l'aide de ses deux bras tremblants. Il échoua, ce qui ne l'empêcha pas de recommencer. La petite lame était toujours plantée profondément au milieu de son dos.
- Je peux pas... crever ici ! lâcha t-il péniblement.
- Ne... ne bouge pas ! Je vais... Je vais te faire un Soin Max et...
- Non !... Ça ne... servira à rien...
- Mais... !
- Utilise plutôt... un Brasier !
Une poignée de secondes durant, Leever ne comprit pas où son ami voulait en venir. Puis, comme une aiguille lui transperçant soudain l'esprit, il réalisa avec horreur de quoi il était question.
- T'es pas sérieux ! On peut encore t'amener à un médecin ! Si... Si tu ouvres un portail...
- Pas le temps !
- C'est de la folie, Kajikoh !
- FAIS-LE !! hurla t-il.
Devant l'impossibilité de raisonner le guerrier, combiné à la noirceur de son regard que la rage animait, Leever dut se résigner, bien que révulsé par cette idée. Il vint se placer derrière lui, puis tendit le bras en direction de son dos, pointant la paume de sa main là où s'était enfoncé le poignard. Á ce moment-là, Kajikoh releva un peu le dos et y passa tant bien que mal une main tremblotante, avec laquelle il s'empara avec fermeté de la base du couteau.
Alors, il l'extirpa d'un coup sec !
L'atroce hurlement qu'il poussa alors passa comme une torture aux oreilles de Leever. Il devait rester concentré, faire apparaître cette boule de feu au creux de sa main... L'effroi remuait tout son corps, de ses oreilles jusqu'à ses tripes, puis de ses tripes jusqu'aux jambes qu'il sentit défaillir. Une seule chose l'empêcha de se défiler, une chose précieuse qu'il ne pouvait trahir. La confiance, infaillible, que lui accordait un ami agonisant. Plus qu'une simple boule de feu, c'est la vie de son ami qui se matérialisa alors dans la paume de sa main. Il ne devait pas faillir. Une petite voix dans sa tête l'implorait de ne pas faire ça, et ses deux globes oculaires l'appelaient à se détourner d'une vision que nul homme sain d'esprit n'aurait souhaité affronter. Mais il était résolu désormais. Utilisant toute son aversion et son dégoût pour maudire l'idée de son ami, il fixa un point précis sur son dos, et... y lâcha le Brasier.
L'ampleur que prit alors le hurlement n'avait plus rien d'humain. Dès lors que la flamme qu'il venait de lancer s'était écrasée sur le dos ensanglanté, Leever avait détourné le regard, puis s'était plaqué les mains contre les oreilles avant de s'effondrer à genoux, suppliant que cette plainte inhumaine s'arrête, par pitié, qu'elle s'arrête ! Pendant une éternité qui dura six secondes, il essaya si fort de se boucher les oreilles qu'il crut que son crâne allait se briser entre l'étau de ses deux mains.
Alors, enfin, le supplice auditif s'estompa et cessa de le pénétrer.
Craignant de découvrir le résultat de cette folie, il hésita un instant, puis, après avoir rouvert les yeux, se releva en tremblant de tout son long. Kajikoh était allongé sur le ventre, inerte. L'arrière de sa tunique était en lambeaux, et son dos tout entier était calciné, ce qui révulsa le jeune homme. Mais la cautérisation provoquée par le Brasier avait fait cicatriser la plaie, et l'hémorragie avait donc cessé. Hélas, le Zerka écarlate avait perdu conscience... au mieux.
S'agenouillant près de lui, Leever sentit l'anxiété l'envahir lorsqu'il prit la main inerte de son ami, pour vérifier son pouls...
Il poussa un immense soupir de soulagement.
Il était toujours en vie !
- Merci... dit alors Kajikoh, en rouvrant à demi les yeux.
- Jure-moi de ne plus jamais me demander ça !
- Héhé... Désolé...
- De la folie... marmonna Leever.
- Hé, t'as toujours... ce Soin Max ? Je crois que... ça me ferait du bien, maintenant.
Leever s'exécuta, sans broncher. Il préférait nettement employer ce genre de magie. Revigoré par le sortilège, Kajikoh laissa échapper un léger soupir d'extase, puis tenta de se relever seul. Sans succès. A la fois admiratif et agacé par cette incroyable force de volonté qui tenait de l'inconscience, Leever soupira et vint proposer à son ami de l'aider à se relever. Un instant plus tard, l'homme tout juste convalescent se tenait de nouveau sur ses deux pieds, un bras passé derrière la nuque de son jeune compagnon pour ne pas s'effondrer une fois de plus.
- Tu es sûr que ça ira ? lui fit-il, inquiet.
- Il le faut...
Kajikoh se mit à réciter une formule dont le sens des paroles échappa à Leever. Puis il leva en l'air son bras libre, et un vortex apparut alors devant eux. Mais Leever ne bougea pas, l'air perplexe.
- Qu'est-ce que tu attends ? lui demanda Kajikoh. Ce vortex va vers Lizéra, on doit aider tes amis !
- Mais... C'est du suicide dans ton état ! Allons plutôt à Faltero, ou Palmero, pour que tu puisses récupérer. De là, tu m'enverras à Lizéra et...
- Tu me demandes de rester sagement à l'écart ?
- Non, je te demande juste de survivre ! Bon sang, mais comment tu fais pour être encore debout ?!
- T'en fais pas pour moi. Si tu crois que deux ou trois monstres auront ma peau...
- Mais...
- On perd du temps, Leever !
"Impossible de négocier avec un fou pareil !" pensa Leever, qui se décida finalement à faire un pas en direction du vortex.
A la seconde même où ils franchirent le portail, les deux Zerkas furent téléportés devant une immense porte blindée aux battants ouverts, ou plutôt, forcés. La Larme Sélénite et le gigantesque flot pourpre de monstres s'était tari, mais un coup d'œil aux alentours leur permit de remarquer les hordes de créatures qui grouillaient aux alentours de la ville, probablement attirés par l'odeur de chair humaine. A en juger les rugissements, il y en avait un bon nombre qui avait déjà investi l'intérieur même de la ville, dans laquelle ils pénétrèrent aussitôt.
L'avenue principale était lugubre et déserte, pour ne pas dire dévastée. La plupart des maisons qui la bordaient étaient en ruines, effondrées sous le poids d'une créature massive, ou emportées par le feu qui consumait toujours de ses flambantes ondulations quelques unes de ces bâtisses. Tout au bout de l'avenue étendue, on pouvait apercevoir les contours de la maison de Dryan, le chef de cette ville, en train de partir en fumée elle aussi. Leever n'aimait pas ça...
- On arrive trop tard, dit-il.
- Tu baisses déjà les bras ? Tant que je n'aurais pas vu le cadavre de chacun des habitants de cette ville, je garderai à l'esprit qu'il peut toujours y avoir des survivants !
- Tu as raison...
- Ils se sont peut-être réfugiés quelque part. Séparons-nous.
Aussitôt, Kajikoh lâcha son ami sur lequel il s'appuyait toujours et se transforma en Zerka. S'élevant dans les airs, non sans grimacer de douleur, il se mit à survoler les quartiers est de la ville. Leever l'imita et partit quant à lui vers l'ouest.
(Chapitre LI - suite)
Tout comme l'avenue principale, les rues du quartier ouest étaient elles aussi dévastées. Des monstres sillonnaient la plupart d'entre elles, mais Leever se garda bien de les abattre. Sa priorité restait avant tout de trouver des survivants, et prendre quelques instants pour éradiquer une poignée d'envahisseurs serait futile, en plus de lui faire perdre du temps.
Tandis qu'il observait les ruines qui défilaient sous lui, à l'affut du moindre détail, il perçut une plainte féroce juste en face de lui et releva la tête. Une créature volante – qui ressemblait beaucoup à un énorme Phantom, mais en gris – lui fonçait dessus à toute allure. D'un geste rapide, il dégaina son épée et la projeta, par la force de son esprit, en direction du monstre. A mi-chemin, la lame tournoyante s'immobilisa, puis une silhouette angélique translucide s'en empara, avant d'asséner une fabuleuse diagonale qui trancha net la créature sur toute la longueur de son corps. Aussi vite qu'elle était apparue, la silhouette se dissipa, et l'épée revint alors se placer dans les mains de Leever, un brin étonné. Depuis sa course-poursuite avec les Dévoreurs, il se sentait... différent. Comme s'il avait enfin trouvé la clef qui permette de déverrouiller l'accès à une partie de lui-même, qui jusque-là demeurait inaccessible.
Mais le moment était mal choisi pour s'attarder là-dessus. "Quistis, Selphie... Où êtes-vous... ?" pensa t-il, inquiet. Il n'osa même pas songer à Seifer, qu'il espérait toujours en vie après sa terrible blessure. Il voulait tant les revoir...
Il aperçut soudain un attroupement de monstres vers la gauche et s'en approcha aussitôt. Sur le balcon d'une habitation en flammes, une femme recroquevillée dans un coin tenait contre elle une enfant terrorisée, pendant que des monstres chargeaient dans la bâtisse branlante en pensant probablement faire tomber le balcon et leur nourriture avec. Des Fengs, toute une armée d'entre eux !
Telle une flèche tirée du ciel, le mercenaire fondit sur l'un d'entre eux et lui trancha la tête avant de se poser au milieu de ses congénères, qui déportèrent tous leur attention sur lui. Pris d'intérêt pour cette "proie facile" qui se livrait soudain à eux, les créatures s'approchèrent à pas lents du Zerka... et bondirent chacun leur tour sur lui. Avec la stature d'un homme sûr de sa force, et le regard froid d'un assassin, le mercenaire fendit l'air de sa lame, et le carnage débuta. Esquivant la charge du premier Feng, il contre-attaqua aussitôt en transperçant le flanc du monstre d'un mouvement fluide. Puis il en repoussa un second après avoir bloqué son coup de griffes par un habile mouvement d'épée, et enchaîna aussitôt par une diagonale cinglante qui trancha l'ennemi en l'air, avant même qu'il ne retombe sur ses pattes. Décontenancés par la force de leur proie, les monstres reculèrent, permettant ainsi au Zerka de s'élancer à leur encontre. Un double coup d'épée horizontal-vertical fusa, un violent coup d'estoc transperça le crâne d'un des monstres, puis, les esquives s'enchainèrent, et avec elles, des ripostes toutes aussi brusques qui finirent d'anéantir les derniers représentants de cette horde malchanceuse. Malchanceuse d'être tombée nez-à-nez avec un Zerka.
Leever secoua d'un geste sec son épée, pour la débarrasser du sang qui s'y était entaché, puis la rangea au fourreau. Il s'envola vers le balcon, et s'approcha calmement des deux civils.
- Tout va bien, je me suis occupé des monstres, les rassura Leever.
Il n'eut pour autre réponse que les pleurs continus de l'enfant, le visage plaqué contre le ventre de sa mère. La femme, âgée d'une trentaine d'années, était en piteux état mais respirait encore quand Leever s'agenouilla à ses côtés. Elle leva lentement la tête et posa son regard vague sur l'homme ailé.
- K... Kajikoh ?
- Non, mais je suis son ami. Il faut vous sortir de là. Est-ce que vous savez où sont tous les autres ?
- A... A l'inf... l'inf...
- L'infirmerie ?
- O... Oui... Grande... place... tout près...
- C'est proche de la grande place ?
La femme ne répondit rien. Son corps était lacéré de toutes parts, l'œuvre des Fengs sans aucun doute. Elle aurait été prise en chasse et serait venue se réfugier ici avec sa fille, imagina Leever. Ses yeux mi-clos et la faiblesse de ses mots indiquaient qu'elle n'en avait plus pour longtemps, ce qui attrista le jeune homme.
Elle parvint tout de même à ajouter :
- P... Pitié... Pre... Prenez... ma fille... K... Karen... S... Sauvez...
Mais elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase, que la fatalité l'emporta. L'enfant pleura de plus belle, et Leever se sentit soudain très mal. Lui qui était devenu orphelin très jeune, ne pouvait que partager la peine de la petite Karen.
- Je vous promets de prendre soin d'elle. Reposez en paix... ajouta t-il sombrement.
Le sol vacilla soudain sous ses pieds. Le balcon menaçait plus que jamais de s'effondrer, il fallait partir au plus vite ! A contre-cœur, Leever arracha l'enfant à sa mère trépassée, ce qui la fit hurler comme jamais, et décolla en hâte. Serrant la tête de l'enfant contre lui pour ne pas qu'elle voit le balcon s'effondrer, il entendit un instant plus tard quelque chose se fracasser derrière lui, en même temps que ses entrailles. Les larmes lui montèrent aux yeux, mais il s'abstint de laisser libre cours à son affliction et fila vers le nord, en direction de la grande place. Tant de souffrances, tant de blessures... Qu'avait donc fait ce peuple pour mériter tant d'atrocités ? Il voulait tellement... que tout cela s'arrête... C'était son vœu le plus cher, sa raison de se battre.
Le trajet jusqu'à la grande place se passa sans anicroche. L'enfant continuait de pleurer, mais ses cris n'attirèrent par l'attention des monstres, comme le redoutait Leever. Le Zerka posa alors pied à terre, dans ce qui semblait être le centre-ville ; une vaste place circulaire vierge de tout monument, pavée de pierres grises fraichement délabrées qui étaient colorées par endroits pour dessiner sur le sol quelque symbole étrange. La maison du chef se trouvait juste en face de la place, où convergeaient chacune des rues principales.
"Et maintenant ?" pensa t-il. Il n'avait qu'une vague indication de l'endroit où se trouvait la dite infirmerie, et ne pourrait vraisemblablement pas compter sur l'enfant pour l'aider, toute choquée qu'elle était encore. Il allait devoir trouver par lui-même, ou espérer qu'un réfugié le repère...
Il posa l'enfant à terre. "Reste près de moi, d'accord ?" lui dit-il alors. Bien que toujours sanglotante, elle acquiesça faiblement.
Mais avant même qu'il n'aient pu se mettre en quête du bâtiment, Leever entendit un sifflement se rapprocher. Il leva la tête et vit, en plein ciel, cette énorme comète déferler sur eux et s'écraser presque aussitôt au centre de la place, dans tel fracas que le sol en trembla. La puissance de l'impact avait développé, tout autour de l'étrange météore, un épais nuage de poussières dans lequel il était impossible d'y voir quoi que ce soit. Néanmoins, le Zerka perçut un nouveau bruit de fracas, situé un peu plus loin, et en déduisit qu'une ou deux maisons avaient dû s'écrouler sous la violence de la secousse.
Sans l'apercevoir totalement, il eut alors l'impression que quelque chose n'allait pas avec ce météore... Et c'est alors qu'il repéra les contours très nuancés d'une ombre mouvante et massive se dessiner sur sa gauche dans le voile poussiéreux.
Ce n'était pas un météore !
- A TERRE !!
Il se jeta de tout son être sur l'enfant apeurée, et la força à se plaquer à plat ventre sur le sol avant de l'imiter aussi vite. Une immense patte griffue fusa juste au-dessus de leurs têtes, les manquant d'un rien, balayant l'air d'une trajectoire horizontale légèrement ascendante qui brassa tant d'air qu'une partie de la poussière se dissipa. Assez pour que le Zerka puisse enfin apercevoir la source de tout cela.
Ce qu'il avait pris pour une météorite était en réalité le corps massif d'un Kanibal, bien plus imposant que ceux de son espèce pourtant renommés pour leur taille déjà considérable. Mais celui-ci n'avait pas l'épiderme de couleur violacée comme ses congénères, il avait un teint cuivré aussi inhabituel que sa posture ; il ne se tenait pas sur quatre membres, mais seulement sur ses deux pattes arrières à la manière d'un humain. Deux grandes cornes noires et une crinière blanche encadraient un petit crâne féroce, où deux yeux luisants fixaient les humains d'un rouge mauvais. La bête poussa un mugissement à s'en glacer le sang, si terrifiant qu'il en paralysa d'effroi l'enfant.
Leever se trouvait dans une situation qu'il aurait préféré éviter. Il ne pouvait pas laisser la petite seule ici, mais se battre en la tenant dans ses bras était risqué, surtout contre ce type d'adversaire.
- LEEVER !! lui hurla t-on soudain.
Une jeune femme aux cheveux blonds tirés en chignons, deux longues mèches lui tombant sur les épaules, accourait vers lui. Quistis !
Mais l'heure n'était pas aux retrouvailles.
- QUISTIS !! lui hurla t-il en retour. Prends la fille avec toi et emmène là à l'abri !
La jeune SeeD regarda tour à tour Leever, puis le Kanibal, puis de nouveau Leever. Enfin, elle acquiesça et prit l'enfant dans les bras tout en s'éloignant en direction de la deuxième rue vers la gauche, où devait se trouver l'infirmerie. Cette fois, le Zerka pouvait se concentrer pleinement sur l'affrontement à venir...
Adressant un regard noir au colosse, comme pour le tenir en respect, il empoigna son arme avec la ferme intention d'en finir au plus vite. La tête ! Il devait passer sa lame au milieu de ses deux cornes pour lui fracasser le crâne, et c'est avec cette idée en tête qu'il décolla sèchement du sol. Mais la bête était peu encline à lui faciliter la tâche. Sa patte gauche – la même qui avait failli le faucher plus tôt – fendit l'air de nouveau à une vitesse improbable, mais le mercenaire ailé l'esquiva gracieusement par le bas, sans même freiner sa course. Hélas, en poursuivant le geste que son corps avait initié, le Kanibal se retourna subitement pour adresser un formidable coup de queue qui surprit Leever. Frappé de plein fouet par cet assaut inattendu, il fut violemment projeté en direction d'une maison en flammes, mais parvint in extremis à rétablir sa trajectoire, pour finalement s'immobiliser en plein air à quelques mètres de la toiture calcinée.
Avant de repartir, il jeta un rapide coup d'œil au loin pour vérifier que Quistis et l'enfant avaient atteint l'abri sans encombres. Ne les voyant plus, il considéra qu'ils avaient réussi, et repartit comme une balle vers la bête, une main tendue vers l'avant où, dans sa paume, commencèrent à se rassembler de multiples lueurs blanches. Formant ainsi une intense boule d'énergie blanche, celle-ci éclata brusquement avant même d'être lancée, et se scinda en de multiples fragments qui vinrent encercler de toutes parts la créature, gonflant chacune jusqu'à faire deux, quatre, huit fois la taille du poing de Leever. Pendant que le Sidéral X qu'il venait de lancer s'exécutait, le mercenaire fit mine d'attaquer le Kanibal par l'avant, puis le contourna habilement pour venir se placer derrière lui. D'un geste leste mais non moins puissant, il entailla la queue du monstre assez profondément pour en trancher le nerf principal. Rugissant de rage et de douleur, la bête n'eut pas le temps de riposter que les boules d'énergie blanche qui lui tournoyaient autour se resserrèrent en même temps sur elle. Aussitôt, une explosion d'énergie sacrée balaya la place de la ville, propageant autour d'elle une onde de choc si fulgurante qu'elle emporta dans son souffle tous les petits monstres qui se trouvaient ci et là dans un rayon proche du dôme explosif, éteignant même certains brasiers qui consumaient les bâtiments sans affecter d'une once quoi que ce soit d'autre.
Quand le sortilège se dissipa, le Kanibal réapparut...
Toujours debout !
La puissance de l'assaut l'avait toutefois bien endommagé, à en juger par le sang qui ruisselait sur sa chair cuivrée, ou par l'une de ses pattes avants qui semblait hors d'état de nuire. Malgré tout, le monstre paraissait plus furieux que jamais, et concrétisa cette rage absolue en faisant apparaître dans sa gueule une énorme sphère enflammée qu'il projeta aussitôt sur le Zerka perché en l'air. Il l'évita en s'écartant sur le côté, mais vit la bête recommencer aussitôt. Bien vite, il fut mitraillé de ces flammes sphériques à une cadence infernale, ce qui l'obligeait à multiplier les pirouettes aériennes pour esquiver ces incessants assauts incandescents. Mais la bête refusait de lui accorder un instant de répit ; au détour d'une esquive, Leever se retrouva nez-à-nez avec une énième boule de feu qu'il vit trop tard. Alors, d'un réflexe désespéré, il exécuta un vif battement de son aile droite, et créa aussitôt un petit tourbillon d'air qui, au contact de la boule, se mit à la décomposer, à disperser les flammes qui la constituaient en tous sens, pour finalement étouffer et neutraliser l'ardente menace. Lui-même surpris par cette manœuvre, Leever comprit rapidement que le Kanibal l'était tout autant, ayant cessé momentanément son assaut incandescent.
L'occasion ou jamais d'en finir.
Il arma son épée, puis la projeta de toute ses forces dans la nuque de la bête où elle se planta profondément avant qu'un rugissement ne retentisse. Le Zerka vint ensuite se poser sur le sol, à une bonne distance de son adversaire bestial, puis tendit les bras en croix tout en levant la tête au ciel, qui s'assombrit alors.
Le tonnerre gronda...
Mis au supplice par la lame bien ancrée dans son corps, le monstre s'était posé sur ses quatre pattes. Un genou sur son échine, la tête baissée, et les deux mains renfermées sur le manche de l'épée comme un chevalier qui attend l'adoubement, la silhouette angélique et translucide se tenait là, immobile, pendant que de minces éclairs s'échappaient de l'immense nuage noir qui dominait désormais les cieux.
Alors, le ciel se déchira d'un trait, et un éclair d'une envergure inouïe vint s'abattre sur le Kanibal à l'endroit même où était enfoncée l'épée de Leever, dans une détonation sourde mêlée d'un hurlement bestial qui dut retentir dans chaque recoin de la planète. Durant d'interminables secondes qui durent être les dernières de la bête, la foudre divine se déchargea de son incommensurable énergie sans faiblir, pendant que Leever restait de marbre, les pupilles closes pour éviter l'aveuglement dû aux émanations de lumière intense autour de la créature. Quand son affreux hurlement monta d'un cran avant de se taire subitement, la foudre s'estompa et les nuages noirs disparurent au profit du ciel étoilé d'une nuit déjà bien avancée. L'épée étincelante du mercenaire s'extirpa de la carcasse sans vie de la bête foudroyée, pour venir se loger dans la main de son maître. Rouvrant les yeux pour contempler son succès, le mercenaire fut pris d'un vertige soudain, puis s'effondra à moitié en posant un genou sur le sol. Le souffle haletant, il dut lutter un moment pour ne pas défaillir, et ne releva même pas la tête quand il entendit quelqu'un se poser tout près de lui.
- Je sais pas où sont les autres, mais toi... tu sais te faire remarquer !
(Chapitre LI - suite)
C'était Kajikoh. Retrouvant peu à peu ses esprits, Leever se releva et dévisagea son ami. Il avait une mine terrible, son mince sourire ne suffisant pas à masquer la moiteur de son visage livide et épuisé.
- Tu les as trouvés ? demanda t-il.
- L'infirmerie... répondit le mercenaire.
- Oh, je vois. C'est pas idiot... Hé, ça va ?
- Sûrement mieux que toi ! Un mort-vivant me paraitrait en meilleure santé.
- Bah, t'en fais pas... Allons plutôt rejoindre l'infirmerie. Le bâtiment est à l'entrée de cette rue, là-bas.
Il montra du doigt la rue en question, qui donnait sur le quartier nord-ouest de la ville, et ils se mirent aussitôt en route... avant de s'arrêter, au bout de quelques pas, alertés par un grognement qui venait de retentir derrière eux. Le Kanibal qu'ils pensaient mort rassemblait ses dernières forces pour soulever sa patte droite, puis rendit l'âme pour de bon. Le ciel s'agita brusquement au-dessus d'eux, et une dizaine de petites comètes s'y profilèrent alors.
Elles se dirigeaient droit vers l'infirmerie !
- Et merde... Un contre-Météore !! hurla Kajikoh.
- Quoi ?!
Mais il était trop tard. Malgré leur course précipitée en direction du bâtiment visé, ils étaient trop loin et bien trop pris de court pour espérer empêcher le désastre.
Alors que tout espoir semblait perdu, une aura verte se dressa autour du bâtiment et fit ricocher le sortilège, qui retourna aussitôt à l'envoyeur. La nuée de météorites vint s'écraser sur la carcasse inerte de la vile créature, pour le plus grand soulagement des deux Zerkas.
- Ouf... soupira Leever. J'ai bien cru que...
- Leever !! Kajikoh !! leur cria t-on alors.
C'était Quistis, seule. Quand Leever la vit arriver, un petit sourire aux lèvres, il comprit que l'enfant était saine et sauve, ce qui le rassura.
- Contente de vous voir saufs, tous les deux... leur dit-elle. Vous allez bien ?
- Pas trop mal, lui répondit Kajikoh.
Il tenta de sourire à son tour, mais fut pris d'une violente quinte de toux, qui lui fit cracher du sang. La jeune SeeD remarqua soudain son teint livide, et son sourire s'effaça.
- Kajikoh, tu... !
- C'est une longue histoire, l'interrompit Leever. Quistis, c'est toi qui a repoussé... ?
- En quelque sorte. C'est Dryan, il s'est servi d'un ancien dispositif qu'il conservait chez lui pour dresser un champ de force autour du bâtiment. Je n'ai eu qu'à lancer un Boomerang, et l'effet magique s'est propagé dans tout le champ de force.
- Oh... Une S.C.M. ? intervint Kajikoh.
- Une... quoi ? demanda son ami.
- Une Sphère Conductrice de Mag...
Il s'interrompit de nouveau pour tousser longuement.
- Bon sang, fit-il quand ce fut fini. J'ai dû attraper un sale rhume...
- Arrête de faire le clown, t'as eu le dos poignardé et carbonisé au millième degré !
- C... Comment ?! balbutia Quistis.
- Une longue histoire, comme je te l'ai dit...
- Amenons-le à l'infirmerie, il faut...
- Non ! protesta l'intéressé. Je ne peux p...
Mais il s'arrêta avant d'avoir pu terminer sa phrase, et tourna de l'œil en même temps que s'interrompait sa transformation en Zerka. Leever le rattrapa juste avant qu'il ne s'effondre, mais il était déjà dans les vapes.
- Ce type est inconscient... Complètement cinglé ! dit-il alors.
- On ferait mieux de le porter à l'intérieur. Les gens là-bas n'attendent que lui pour évacuer.
Ils saisirent chacun un bras de Kajikoh pour le traîner vers l'infirmerie. En voyant son dos calciné, Quistis réprima une grimace d'effroi, et se mit à marcher vers la ruelle au même pas que le mercenaire blond.
A peine quelque mètres après être rentrés dans la rue en question, il s'arrêtèrent devant l'entrée d'une bâtisse à peine plus grande que celles qui l'entouraient, qui comptait deux étages en plus du rez-de-chaussée. Quistis frappa à la porte, et aussitôt, le battant s'ouvrit, révélant la silhouette musclée d'un homme piteusement habillé. Remarquant Kajikoh et l'état dans lequel il se trouvait, il écarquilla les yeux comme s'il ne pouvait y croire.
- Q... Que lui est-il arrivé ?!
Mais avant qu'il n'ait pu obtenir sa réponse, un affreux rugissement leur parvint aux oreilles. Ça venait du bout de la rue, du côté opposé à celui qui menait à la grande place. Alors que le son de pas lourds se rapprochait d'eux, ils virent apparaître la bête. Un Griffon, presque aussi large que la ruelle ! Blanc au lieu d'être rouge, ses cornes ramifiées d'un noir similaire à ses congénères de Done, et les yeux aussi rouges que le Kanibal cuivré qu'avait abattu Leever.
Il fallait l'empêcher d'avancer davantage !
- Prenez Kajikoh, vite !! fit Quistis à l'attention de l'homme, tétanisé par la vue du monstre.
Il obéit cependant à Quistis et prit Kajikoh sur ses bras, avant de claquer aussitôt la porte. Quistis avait déjà sorti son fouet, et Leever, lui, était déjà prêt à repartir au combat. Mais il n'eut guère le temps de parcourir plus de quelques mètres, qu'une étrange forme noire atterrit en trombe derrière le dragon. Une demi-seconde plus tard, les pavés qui recouvraient le sol volèrent en éclat sous le corps de la créature, et des volutes d'énergie noire de plus en plus denses se mirent à l'encercler. Alors, l'étrange silhouette humanoïde noire projeta violemment le dragon dans les airs en accompagnant sa fulgurante ascension d'un coup de lame vertical absolument prodigieux. Quand ils eurent atteint une hauteur vertigineuse, Leever découvrit alors que les volutes d'énergie noire qui enveloppaient le dragon dessinaient la forme d'une tête, munie d'une crinière... Celle d'un lion.
La gueule noire grande ouverte de la bête immatérielle se referma alors sur le dragon, qui explosa aussitôt en plein vol dans une sinistre déflagration. Tué sur le coup, le Griffon chuta de tout son poids sur une bâtisse située un peu plus loin, qui s'effondra sans aucune résistance.
Stupéfaits, Quistis et Leever observèrent la silhouette noire se poser lentement en face d'eux. C'était un homme, armé d'une drôle d'épée-revolver à lame bleutée, et lui aussi avait des ailes de Zerka.
Des ailes noires, cependant.
Le nouveau-venu avança de quelques pas en direction des deux jeunes gens, qu'il dévisagea de ses deux iris noirs. Entre ceux-ci, une fine cicatrice lui traversait le front.
- Squall... SQUALL !! hurla soudain Quistis.
Elle s'apprêta à courir vers lui, mais Leever l'en empêcha d'un geste de la main, sans lâcher des yeux l'ancien leader des SeeDs. Ils restèrent un moment à se dévisager en silence, sans bouger...
C'est alors que Squall fonça sur Leever et lui asséna un vif coup de gunblade, que le Zerka para instantanément dans un tintement métallique retentissant.
- Squall... Tu ne me reconnais donc plus ?...
Sans répondre, Squall lui adressa un nouveau coup vertical auquel le mercenaire opposa le fer de son épée, sans chercher à riposter. Face à un tel adversaire, plus enclin à défendre qu'à attaquer, le SeeD poursuivit ses assauts par un rapide enchainement de trois coups qui forcèrent Leever à reculer, pour mieux esquiver et parer les attaques sans retenue de son ami. Quistis les regardait, immobile, sans savoir que faire
- Arrête, Squall !! C'est Leever que tu attaques !!
Mais il continuait de l'ignorer, obsédé par Leever et uniquement par lui. La hargne qu'il mettait dans chacune de ses attaques donnait au mercenaire les pires difficultés, mais s'il continuait à refuser le combat, il ne tiendrait pas bien longtemps devant la puissance du SeeD. Pourtant, il ne pouvait s'y résoudre. Ce n'était pas lui, son adversaire !
Squall se mit à courir vers lui, les deux mains en arrière sur sa Lion Heart dont la pointe flirtait avec le sol. Il s'apprêtait à le "laminer", comme il l'avait fait pour le Griffon ! La Gunblade fendit l'air, et le SeeD décolla, en même temps que le lion noir... mais sans Leever, qui parvint à esquiver in extremis la terrible attaque. Suspendu dans les airs après son attaque ascendante dans le vide, Squall retomba à toute vitesse sur Leever en lui portant un coup de Lion Heart sec, qui rencontra le fer de Leever avec tant d'impact que le mercenaire crut que son épée allait se briser. Mais elle tint bon, et le SeeD recula de quelques pas pour préparer son nouvel assaut sans dire un mot.
- Squall, tu dois nous écouter !! hurla Leever. Nous ne sommes pas ennemis !!
Aucun mot ne semblait l'atteindre. Squall passa son arme derrière la nuque, ce qui fit frémir Quistis.
- Squall, NON !!
Cette fois, Leever devait absolument intervenir, car tout comme Quistis, il savait quelle attaque projetait désormais de réaliser le SeeD. L'Atomiseur ! Une onde de choc horizontale à trois cent soixante degrés, qui ferait des ravages aux alentours, à commencer par l'infirmerie qui se trouvait toujours près d'eux avec les habitants réfugiés à l'intérieur. A contre-cœur, Leever déferla sur le Zerka noir pour l'empêcher de commettre l'irréparable, et lui porta un vif coup d'épée diagonal en priant pour que le SeeD s'interrompe afin de parer.
Ce ne fut pas le cas.
En un éclair, Squall avait bondi dans les airs pour esquiver l'attaque, puis s'était subitement renversé sur lui-même pour faire pivoter sa gunblade à la verticale. L'onde de choc percuta le sol, et à son contact, déploya dans toute la longueur de la rue une traînée explosive longiligne qui remonta jusque la grande place, manquant de peu Quistis qui parvint à s'écarter de justesse. Le mercenaire, lui, avait eu moins de temps pour s'ôter de la trajectoire, et ne devait son salut qu'à son instinct affuté qui, grâce à un réflexe prodigieux, lui avait permit de basculer sur le côté avant qu'il ne soit emporté par la détonation. Il esquissa un sourire, n'ayant rien à voir avec son esquive miraculeuse.
- Je le savais, dit-il. Tu n'es pas totalement inconscient, sinon tu ne te serais pas donné la peine d'épargner des innocents ! (devant le mutisme du SeeD, il rajouta
Squall, tu dois reprendre tes esprits !!
Il ne répondit rien. Le visage impassible, il continuait de fixer Leever de ses iris aux reflets meurtriers. Enfin, il ouvrit la bouche pour dire quelque chose :
- Tu n'as plus ta place ici... Démon !!
Faisant exploser toute sa rage, Squall s'élança sur Leever qu'il mit à la parade d'une brusque et rapide diagonale, initiatrice d'une déferlante de coups sur le Zerka qui, pour contenir une telle fureur, dut s'accrocher comme jamais. Ce n'était plus un ami qu'il avait en face de lui, mais une bête féroce, un lion qui le tenait entre ses crocs. Un lion déchaîné, qui ne laisserait à sa proie pas la moindre chance de survie. Un lion impitoyable qui, de sa griffe bleutée, poussait le mercenaire au supplice, le conduisant un peu plus au bord de la rupture. Et par rompre, c'est ce que la proie finit par faire. Ne pouvant réprimer un énième coup de gunblade surpuissant, Leever fut projeté contre la façade d'une bâtisse sur le côté gauche de la rue, où il s'écroula à moitié. La Lion Heart de Squall s'allongea aussitôt d'une énergie noire intense, et s'abattit à l'endroit où se tenait le mercenaire, contraignant celui-ci à plonger sur le côté pour éviter la Déflagration. L'habitation contre lequel il était adossé une fraction de seconde auparavant s'écroula comme un château de cartes sous la puissance du coup, ainsi que toutes celles qui étaient alignées derrière. Il était encore un peu sonné, mais n'eut pas le temps de s'en soucier. Le SeeD lui rentra dedans de plus belle en multipliant les coups de gunblade, entrainant les deux combattants dans un échange de coups et de parades à sens unique, durant lequel Leever s'efforçait de ramener Squall à la raison.
- Squall, réveille-toi !!
- Me réveiller ?... Pourquoi aurais-je besoin d'affronter la réalité d'un monde sans Linoa ?
- Et tes amis, qui t'ont accompagné si loin ?! Qu'est-ce que tu en fais ?!
- Si tu tiens tant à eux, alors pourquoi me résistes-tu ?
- Je... Qu'est-ce que tu veux dire ?!
- Ta seule existence suffit à menacer leurs vies. Renierais-tu ta propre nature de démon ?
Ces dernières paroles déconcertèrent Leever, ce que Squall remarqua aussitôt. Le SeeD mit tant d'énergie dans son dernier coup qu'il en désarma le mercenaire. L'épée lumineuse lui sauta des mains et brisa la vitre d'une habitation à l'intérieur de laquelle elle vint se loger. Menaçant la gorge du Zerka désemparé de la pointe de sa Lion Heart, Squall n'esquissa pas le moindre sourire malgré sa victoire et resta stoïque.
- C'est terminé, dit-il simplement.
- Squall...
- ARRÊTE !!
Quistis se précipita vers eux, paniquée. Elle avait assisté à la scène, impuissante, sans savoir que faire, mais ne pouvait pas se résoudre à voir Squall tuer son ami. Quand celui-ci la remarqua enfin pour la première fois, il plongea son regard ténébreux dans le sien sans baisser son arme.
- Va t-en ! lui adressa t-il sèchement. Je n'ai pas besoin de ton aide, Quistis.
- De mon aide, pour tuer Leever ?! Squall, qu'est-ce qui te prends ?! Pourquoi fais-tu ça !!
- Et toi, pourquoi t'obstines-tu à défendre un tel monstre ?
- Un monstre ?! Il nous a sauvé la vie, la tienne comprise ! Tu ne t'en souviens donc pas ?!
- Ça m'est égal. Passé, présent, futur... Plus rien n'a d'importance. Ma vie s'est arrêtée le jour où j'ai posé pied ici, et à la seconde même où son cri m'est parvenu... Je l'entends encore résonner dans ma tête... ! Ce cri implorant... Et tout ça, c'est de ta faute ! fit-il en posant son regard froid sur Leever.
- De... de ma faute ? bégaya Leever.
- C'est à cause de démons comme toi qu'elle est morte. Si elle n'a plus le droit de vivre, alors pourquoi en auriez-vous la légitimité ?
- Squall... Je ne peux pas nier que... je ne sois plus tout à fait humain (Quistis se tourna vers lui, stupéfaite). Mais tu te bases sur des ressentis artificiels ! Tu ne peux pas abandonner, pas avant d'être sûr que Linoa soit bel et bien... !
- Si tu l'avais entendue comme je l'ai entendue, tu ne pourrais jamais affirmer de telles paroles.
- La voie que tu as choisie ne mène nulle part, Squall ! reprit Quistis. Que feras-tu, quand tous les démons seront morts ? Tu espères que ça va ramener Linoa ?!
- Je me fiche de ce qui arrivera ensuite, dit-il d'un ton ferme.
Ni Quistis, ni Leever ne surent trouver davantage de mots pour raisonner le SeeD. Dans un silence ponctué de divers mugissements bestiaux lointains, les trois individus restèrent là, à se dévisager mutuellement. Alors qu'il pouvait en finir à tout moment – un simple geste, et la gorge de Leever serait tranchée – Squall resta figé. Lui qui avait fait montre d'une telle détermination, semblait maintenant hésiter.
- Peuh, c'est comme ça que tu traites tes potes, Squall ? déclara soudain la voix d'un homme.
(Chapitre LI - suite et fin)
Venant de derrière, un homme s'avançait vers eux. Cheveux courts, blonds, il était vêtu d'un long manteau gris ouvert, qui seul couvrait un torse nu à moitié bandé au niveau du ventre. Tout comme Squall, il avait une cicatrice sur le front et une gunblade, plus fine, dans la main.
- Seifer... souffla Quistis.
- Tu perds ton temps, lui dit-il. Ce type là comprendra rien tant que je lui aurais pas fichu une bonne raclée !
- Qu'est-ce que tu fais ici, Seifer ? demanda Squall sur un ton impérieux.
- Hé, je viens de te le dire ! T'es devenu sourd aussi ?
- Seifer, intervint Leever. Ta blessure !...
- Je vais te remettre les idées en place, moi ! dit-il à Squall, sans prêter attention à Leever.
Un sourire au visage, il continua d'avancer en direction de Squall, qui le regardait venir sans relâcher sa gunblade de la gorge de son adversaire.
- Tu ne m'intéresses pas, Seifer.
- Qui t'a demandé ton avis ? lui répondit-il.
Alors, sans aucune forme de retenue ou d'avertissement, l'ancien chevalier d'Edea se rua sur Squall et lui asséna un rapide coup de son Hypérion, qui contraignit le SeeD à parer de sa propre gunblade. Aussitôt libéré, Leever recula d'un pas et récupéra son épée qui, par une simple pensée, sortit de l'habitation où elle s'était logée pour retourner dans la main de son maître. Pendant ce temps-là, Seifer s'adressa à son vieil ami pour le mettre en garde.
- Je te préviens, dit-il. Le blondinet t'as peut-être ménagé, mais avec moi, n'attends pas de cadeaux !
Il appuya ces paroles en enchainant par une volée de coups, que Squall para sans difficultés. Mais il semblait bien que, face à une telle situation, le SeeD ne savait pas comment réagir. Seifer, en revanche, ne se posait aucune question.
- Quelle ironie, n'est-ce pas ! reprit-il. Hier, c'est moi qui étais dans l'erreur, et toi qui te chargeais de me ramener sur terre. Aujourd'hui, les rôles sont inversés !
- Tu es toujours dans l'erreur, Seifer. Toi, Quistis et les autres !
- Ah oui ? Dis m'en plus, pendant que je t'esquinte un peu !
Il continua de rouer son meilleur ennemi de coups, les deux gunblades se heurtant à intervalles réguliers dans une cacophonie métallique.
- C'est mon affaire, lâcha enfin le SeeD.
- TON affaire ? Te fous pas de moi, Squall !
- Ils l'ont tuée !
- Oh... Et tu espères la venger, en tuant tous les méchants monstres à toi tout seul ?
- Je n'ai pas besoin de ton aide, ni de qui que ce soit d'autre.
- Tsch... Tu me dégoutes.
De sa main inoccupée, Seifer concentra une petite boule de feu qu'il jeta, de manière sournoise, en direction de Squall. Surpris, il plaça sa Lion Heart en opposition pour ralentir le sort, mais laissa par la même occasion une ouverture que Seifer exploita aussitôt. Il leva son Hypérion, mais au lieu d'abattre sa lame, asséna au SeeD un formidable coup de poing qui s'écrasa de plein fouet sur sa joue droite et le fit vaciller de quelques pas en arrière. N'en restant pas moins stoïque, il regarda Seifer qui, quant à lui, ne cachait pas sa colère.
- Tu crois vraiment que je vais te laisser venger tous les gars de la BGU à toi tout seul ?! Que je vais te regarder faire, gentiment, alors que ces saletés ont buté Raijin, Fujin, et tous les autres ?! Me fais pas rire !! T'es pas le seul, Squall... T'ES PAS LE SEUL Á VOULOIR FAIRE LA PEAU Á CES SALAUDS !!
Il avait hurlé ces mots avec tant de rage qu'il en fut essoufflé. Il toussa, s'appuya d'une main contre la façade d'une habitation, toussa de plus belle et cracha du sang. Quistis accourut vers lui.
- Seifer, ça suffit ! C'est déjà un miracle que tu puisses tenir debout.
- J'arrêterai pas tant que je lui aurais pas... refait le portrait !
Mais il toussa de plus belle et posa un genou à terre, non sans pester. Pendant que Quistis s'attelait à le raisonner, Leever rangea son arme au fourreau et s'approcha de Squall. Tête baissée, le SeeD ne bougeait pas, et restait là, devant eux, comme perdu dans ses pensées.
- Squall... La vérité te fait peur, parce que tu redoutes d'avoir perdu ce qui t'es le plus cher. Mais c'est précisément parce que tu ne la connais pas qu'une illusion peut te paraître réelle ! Tant que tu ne l'affronteras pas toi-même, la vérité continuera de prendre des apparences trompeuses... Et tout ce qui s'offrira à toi sera le désespoir. Mais tout n'est pas encore perdu, Squall !! Nous sommes toujours en vie, et tant que l'on pourra se battre, qui sait de quoi la vérité sera faite ? Reprends espoir, et trouvons-là ensemble !!
Squall ne réagit pas. Mais à n'en pas douter, le doute l'avait assailli.
- La vérité... dit-il enfin. Où est la vérité... ? Que dois-je faire... ? Pourquoi suis-je... ?
- Squall... ajouta Quistis. Tu n'as pas le droit d'abandonner maintenant, après tout ce qu'on a vécu. Je t'en supplie, ouvre les yeux...
Hélas, à ce moment précis, leur discussion fut interrompue lorsque retentit, non loin d'eux, le sinistre grognement d'une créature. Du côté de la rue qui conduisait à la grande place, un second Griffon blanc apparut, mais ce n'était pas tout. Car de l'autre côté, une cavalcade de Polyphages fonçait dans leur direction en détruisant au passage les habitations désertes afin d'élargir à leurs proportions la ruelle étriquée. Pire encore, une horde de monstres divers pénétrait dans la ruelle par le passage éboulé qu'avait crée Squall en y abattant sa gunblade déflagratrice.
Il en venait de partout !
- Il faut protéger l'infirmerie ! hurla Leever.
Le mercenaire jeta un œil sur le SeeD qui avait aussitôt décollé en direction des Polyphages, pendant que Quistis aidait Seifer à se relever.
- Quistis ! poursuivit le mercenaire. Va mettre Seifer à l'abri, je m'occupe du dragon !!
- Pas question !! protesta aussitôt Seifer. Lâche-moi, j'te dis !
- Tu n'es plus en état ! lui rétorqua sèchement la jeune femme.
- Je me fiche de mon état !! J'ai une gunblade et une main, et tu veux que je reste là à rien foutre ?!
Malgré les protestations de Quistis, Seifer se dégagea et partit au-devant des monstres qui affluaient par le passage éboulé. Avec une hargne féroce, il trancha les premiers envahisseurs imprudents de quelques volées de coups bien sentis. Puis, lorsqu'un petit groupe aligné de Wendigo apparut derrière leurs carcasses fraîches, il concentra dans sa gunblade une boule d'énergie qu'il relâcha ensuite sous forme d'onde circulaire, qui transperça de manière impitoyable la lignée de monstres toute entière. Malheureusement pour lui, Seifer en avait déjà trop fait. Il ressentit une telle douleur à son abdomen bandé qu'il dut poser un genou à terre.
Il n'en fallait pas plus pour qu'un Moloch, tout juste débarqué, repère cette proie toute faite et s'en approche avec délectation...
"CLAC !"
Un coup de fouet le dissuada aussitôt de faire un pas de plus. Venue s'interposer entre le monstre et son ami entêté, Quistis croisa les bras pour se concentrer. Lorsqu'elle les relâcha en avant, des ondes d'énergie de forme hexagonale se déployèrent à la verticale juste en face d'elle, comme s'il y avait là un mur invisible. Surgie de nulle part, une grande sphère luminescente se resserra peu à peu autour du Moloch, qui se mit à tournoyer sur lui-même avant de rapetisser en même-temps que la sphère qui l'enrobait, pour finalement disparaître avec elle dans le néant. Le Dégénérator de Quistis avait fait mouche. La jeune femme se tourna alors vers Seifer, qui avait toujours un genou à terre et qui donnait davantage l'impression de tomber que de se relever.
- Tu n'écoutes jamais rien... le sermonna t-elle.
- Hé, tu penses quand même pas qu'un petit lézard allait me tuer ?...
Contre toute attente, Seifer se releva. Et comme pour la faire enrager davantage, il adressa à la jeune SeeD un petit rictus moqueur qui l'exaspéra au plus haut point.
De son côté, Squall n'avait fait qu'une bouchée des Polyphages, dont les corps mutilés par le déchainement de sa Lion Heart gisaient désormais à ses pieds, là où ils ne seraient plus un danger. Bien qu'il eut écarté de son esprit ses nombreux doutes, le temps d'endiguer la menace bestiale, il se sentait toujours tiraillé entre deux sentiments opposés. Il avait l'étrange impression que son esprit-même lui mentait, et les paroles des siens avaient rallumé en lui une flamme, une lueur qui s'était brusquement éteinte lorsqu'il avait perçu le cri. Pourquoi se sentait-il si vulnérable... ?
Un mugissement d'agonie le sortit de ses pensées. Celui du Griffon blanc, que Leever venait tout juste d'abattre. Leever...? Son esprit lui cachait quelque chose.
Pendant ce temps, les monstres continuaient d'affluer sans interruption. Leur nombre ne cessait de grimper, et en tuer un revenait à en faire apparaître deux. A ce rythme, ils finiraient par être submergés ! Comment lutter contre une Larme Sélénite toute entière qui vous tombe dessus ?
Ils devaient pourtant tenir, se battre jusqu'au bout, jusqu'à leurs derniers retranchements. A l'image de Seifer, et de Quistis, qui joignaient leur force pour sauver les maigres mais inestimables vies qu'il restait dans cette ville. A l'image de Leever, qui dans sa lame voyait l'espoir d'un monde où la pauvre orpheline qu'il venait juste de sauver pourrait vivre. Tous se battaient pour une raison, pour une cause commune, pour cet espoir qui, aussi infime était-il, leur donnait simplement la force d'agir. Une raison ? Squall réfléchit. Pour quelle raison se battait-il ?...
Alors qu'un duo de Sulfors faisait route sur lui, un petit éclat lumineux se mit à lui tournoyer autour. Presque aussitôt, une voix résonna dans sa tête :
- Invoque-moi... Squall...
Alors qu'il s'était mis en position pour "accueillir" les monstres ailés, le SeeD tressaillit. Il tourna machinalement la tête à droite et gauche, cherchant du regard la source de ces paroles. Mais il comprit rapidement que c'était bien l'étrange éclat lumineux qui venait de s'adresser à lui. L'invoquer ? Serait-ce... une Guardian Force ?
Les mêmes paroles retentirent à nouveau dans son crâne, sans qu'il sache qu'en faire. Son esprit lui déconseillait d'accéder à une requête aussi sordide. Après tout, il n'avait pas besoin d'une G-Force supplémentaire, et l'invoquer ne serait qu'une perte de temps. Pourtant... Son instinct, lui, l'encourageait à agir selon les dires de cette voix. Esprit, ou instinct... Il devait choisir !
Il se rappela alors les paroles de Seifer.
De Quistis.
De Leever...
Et décida de suivre son instinct.
Lorsqu'il sentit l'éclat de lumière s'immiscer en lui, il crut que son crâne allait exploser. Hurlant de douleur, se prenant la tête à deux mains, le SeeD s'effondra à genoux sur le sol pendant qu'une douleur atroce le mettait au supplice. La G-Force tentait de forcer l'accès à une partie barricadée de son esprit ! A chaque obstacle mental qu'elle rencontrait, elle semblait l'enfoncer si fort que la douleur en redoublait d'intensité ; d'abord virulente, puis extrême, elle finit par devenir insupportable ! La G-Force touchait au but !...
Pendant une fraction de secondes, la douleur atteignit son paroxysme.
Alors, Squall sentit une détonation dans son esprit..
Et s'écroula, inconscient, sur le sol.
Alertés par les cris de leur ami, Quistis, Seifer et Leever s'étaient interrompus, pour voir avec horreur le SeeD s'évanouir devant un duo de Sulfors qui ne se tenait plus qu'à quelques mètres de lui.
Mais alors, aussitôt, la terre vola en éclats face à son corps inerte, projetant en tous sens les débris de la ruelle éventrée, et une créature velue d'un jaune pâle et lunaire émergea soudain de ce gouffre en poussant un rugissement tonitruant. L'animal, un grand loup de taille colossale – presque aussi haut qu'un homme adulte – bondit alors sur le premier des Sulfors, auquel il asséna un rapide et puissant coup de griffe. Puis, après avoir terminé sa course derrières les deux monstres, il se retourna en un éclair, puis jaillit sur le second pour lui faire subir le même traitement. Avec une dextérité telle qu'il en rendait ses adversaires impuissants, le loup enchaina ainsi une dizaine de coups tranchants répartis au hasard entre les deux monstres, puis, quand il en eut terminé, le canidé bondit à une hauteur prodigieuse pour venir plaquer sa silhouette en face de la lune. Une lueur rouge passa soudain dans ses yeux, et presque aussitôt, l'animal fut pris d'étranges spasmes et convulsions qui lui firent pousser un grognement déformé. Si frêles et élancées, ses pattes avant se musclèrent de façon spectaculaire, et son corps tout entier prit une forme humanoïde.
Une fois la métamorphose terminée, le loup-garou retomba lourdement au sol sur ses deux pattes arrières, entre Squall et les bêtes ailées. Poussant un rugissement terrifiant, l'animal mi-homme mi-bête se concentrait pour lancer son assaut final. Les griffes de sa patte droite se mirent à s'allonger de plusieurs centimètres, tandis qu'une aura aux teintes de sang les colorait avec une intensité grimpante. Lorsque cessa le processus, le loup-garou poussa un dernier grognement et fit partir sa griffe d'un mouvement sec et vertical, qui entailla le sol avant de fendre l'air. Trois immenses sillons d'énergie rouges déferlèrent alors le long du sol, comme si une griffe géante le déchirait, et emportèrent dans leur souffle les deux Sulfors, ainsi que tous les autres monstres qui arrivaient derrière eux. Les ondes surpuissantes ne purent cependant épargner les quelques bâtisses qui se trouvaient sur leur chemin, mais fort heureusement, l'infirmerie se trouvait à l'opposé de la zone ravagée.
Quistis accourut vers Squall, laissant Seifer et Leever contenir les assauts derrière elle. Mais alors qu'elle s'agenouilla près du SeeD, elle ne put s'empêcher de jeter un regard envers le loup-garou, de profil, qui commençait déjà à disparaître.
Il y avait une étrange tâche noire le long de son museau...
Quistis sentit alors ses pupilles se dilater sous l'effet de la stupéfaction.
Car, en y regardant de plus près,
Cette tâche noire était peu banale.
Et avait la même complexité,
qu'un tatouage noir tribal.
Super ce chapitre
C'est bien d'avoir des nouvelles de Quistis et les autres, tu finis souvent tes chapitres avec du suspense, donc hâte de voir la suite ![]()