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FanFic : Le secret du Mont des Tenébres

Chronos_Squall
Chronos_Squall
Niveau 10
13 septembre 2012 à 00:51:26

WTF, trois posts ?! Il fut un temps où c'était le pré-requis pour que je poste un nouveau chapitre :o))
Content de vous revoir en tout cas, Tham, S-Leo et qui que ce soit derrière le pseudo Zell.

Concernant le chapitre, le "premier jet" est terminé. J'me laisse un peu de temps pour bien faire le résumé, puis une ou deux relectures du chapitre avant de le poster. A vue de nez, ça devrait être bon pour ce week-end, vendredi dans l'idéal :-)

-_-
-_-
Niveau 10
13 septembre 2012 à 00:56:50

Tu me vexes à pas me reconnaître Chronos. :-(

S-Leonhart
S-Leonhart
Niveau 68
17 septembre 2012 à 13:33:33

Mais si, rappelle toi Chronos, l'ancien modo tyrannique du forum :oui:

-_-
-_-
Niveau 10
17 septembre 2012 à 13:45:40

Non mais j'étais surtout le 1er sur son quizz quoi :-(

Chronos_Squall
Chronos_Squall
Niveau 10
18 septembre 2012 à 20:24:01

Bien sûr que je te reconnais, allons :hap:
Tu mets plus de "-_-" à la fin de tes posts, c'était pour ça. Non en fait, j'ai pas d'excuse, c'est scandaleux et t'as bien raison !

Bon, maintenant j'ai un peu de lecture à vous proposer. :o))
Le chapitre 47 arrive au prochain post, mais avant, voici un "petit" résumé qui récapitule tout ce que vous devez savoir pour bien aborder la suite. Désolé pour ceux qui trouveraient ça trop long, mais résumer une fic de 173 pages en 3, c'est presque un exploit.

Petite note : dans le récit de Squall, je me suis permis d'altérer un élément que je jugeais totalement incohérent dans le chapitre de base. Au fond ça ne change pas grand chose, mais je tenais à le signaler.

Allez hop, c'est parti !

------------------------------

LE SECRET DU MONT DES TÉNÈBRES
- Résumé des Chapitres I à XLVI -

:d) PARTIE I : Keto, l'ambition d'un psychopathe

Trois ans après les événements liés à Ultimécia, Squall et Zell se rendent dans un ancien volcan endormi, le tristement nommé Mont des Ténèbres, après y avoir découvert des activités suspectes mettant en scène les soldats Galbadiens. Là-bas, ils y rencontrent Keto, un psychopathe surpuissant désireux de réveiller le volcan et de briser le sceau qui retient depuis des siècles une horde de monstres antiques. Pour ce faire, le "démon" kidnappe Linoa et donne rendez-vous à Squall dans le Mont des Ténèbres, où il se rend, lui et ses compagnons, après avoir subi quelques épreuves visant à les rendre plus forts.
Hélas, ils ne peuvent empêcher Keto de sacrifier l'âme de Linoa pour rompre le sceau du volcan, qui entre aussitôt en éruption. Les SeeDs reviennent à la BGU avec le corps sans âme de Linoa, ainsi qu'avec une cuisante défaite.

Quelques jours plus tard, Timber est détruite par un étrange tremblement de terre, un démon du nom de Kei s'étant échappé de l'une des crevasses. Le monde, Done, est en proie au chaos et Squall et les siens ont tôt fait de faire face à de nouveaux monstres. Contre l'un d'eux, un mercenaire répondant au nom de Leever leur vient en aide et se joint au groupe.

Cherchant sans cesse à s'améliorer, les SeeDs et leur nouveau compagnon renforcent leurs armes à l'aide d'un matériau ancien découvert sur le cadavre des monstres antiques, de l'adamantite, et partent s'entraîner sans relâche durant trois mois. Fin prêts, ils retournent au Mont des Ténèbres pour en finir avec Keto et récupérer l'âme de Linoa. La lutte, acharnée, vire au drame lorsque Zell, voulant sauver Squall d'une mort certaine, se sacrifie à sa place. Fou de rage par la mort de son ami, Squall se métamorphose soudain en un nouvel être, une sorte d'ange que l'on nomme Zerka. Tandis que le volcan menace d'entrer à nouveau en éruption, Squall affronte seul le démon et finit par le tuer. Mais il ne peut ni récupérer l'âme de Linoa, ni s'enfuir du volcan déchaîné. Pendant ce temps, les autres s'échappent à bord l'Hydre et assistent avec horreur à l'éruption.

:d) PARTIE II : Kei, les Golems et Dieu

Depuis le désastre, une coulée de lave inarrêtable détruit une à une les villes du globe; Deling City et Horizon étant les premières à y passer. Cherchant un moyen de stopper cette étrange avancée de magma, Quistis et Leever pensent l'avoir trouvé et se rendent à Dollet pour empêcher une nouvelle catastrophe, mais c'est un échec et la ville est détruite. Au même moment, un Golem de Feu se matérialise à partir du magma, mais un second Zerka, différent de Squall, fait une apparition soudaine pour détruire la créature et disparaître aussitôt. Ayant perdu l'Hydre dans la bataille, le maire d'une petite ville dans le désert leur fait don du Foudragon, un vaisseau semblable à l'Hydre mais plus performant, avec lequel Quistis et Leever retournent à la BGU.

Là, les étudiants les accusent de traîtrise et entreprennent de les tuer, Cid parmi eux. Le proviseur, possédé comme les autres par un sbire de Kei, le démon qui a détruit Timber, leur révèle le plan de ce dernier; détruire Done pour que lui et Keto, dont l'âme "habite" la coulée de lave, puissent retourner sur leur monde natal, Tritéria. Pendant ce temps, une Larme Sélénite s'abat sur le Mont des Ténèbres, renforçant les troupes démoniaques. Dépossédés grâce à l'intervention d'Edea, les membres de la BGU n'ont pas le temps de souffler qu'une nuée de monstres avance en leur direction, menée par Kei en personne. Les SeeDs sont débordés, mais des renforts en provenance d'Esthar et surtout de Galbadia leur permettent de prendre l'avantage. Mais alors que la BGU est visée par l'attaque destructrice d'un dragon, Squall fait son come-back et vient sceller la victoire des siens.

Livrant son récit, Squall explique aux siens comment il s'est extirpé du Mont des Ténèbres. Un individu inconnu, qui semble en savoir long sur ses pouvoirs de Zerka, l'a téléporté à distance vers Esthar, alors que le volcan s'apprêtait à l'engloutir. Avant de partir, son sauveur lui explique qu'il n'est pas né sur Done mais sur Tritéria, à sa grande stupéfaction. Un Golem, formé par les vents, attaque alors Esthar et Squall doit faire appel à ses nouveaux pouvoirs pour en venir à bout.

Discutant avec Laguna, ce dernier lui avoue alors que le véritable fils de Raine est mort d'une maladie incurable deux semaines après l'accouchement et le décès de sa propre mère. Peu après le drame, un nourrisson et sa mère furent admis en urgences, mais seul l'enfant en réchappa. Le médecin qui s'était occupé des deux nouveaux-nés aux destins opposés fut frappé par leur ressemblance physique, et l'interpréta comme un signe. N'ayant aucune information quant à l'identité de l'enfant, il décida de le substituer administrativement à l'enfant de Raine. C'est ainsi que "survécut" Squall Leonhart.

De retour au présent, le nouveau commandant pacifique de l'armée Galbadienne, un dénommé Kyle, se présente aux SeeDs et leur explique son histoire, dans laquelle il y évoque entre autre la destruction d'un Golem, celui de la foudre. Geyser intervient et leur parle de ces étranges Golems, une matérialisation maléfique de chaque force élémentaire engendrée à l'époque des monstres antiques. Afin d'anticiper leurs méfaits, le groupe de SeeDs se met alors en quête des cinq Golems restants.

A Trabia, ils trouvent et détruisent le Golem des Glaces. Ils repèrent ensuite celui de l'Eau au plus profond de l'océan. Mais ce dernier leur oppose une telle résistance que le second Zerka, apparu auparavant face au Golem de Feu, doit faire une apparition salvatrice pour en venir à bout. Kei débarque alors et identifie le Zerka, qui est en réalité Leever. Un duel s'engage entre les deux, mais Kei s'enfuit, tandis que dans le relâchement de sa transformation, l'épéiste se vide dangereusement de ses forces et tombe dans le coma. Squall l'emmène de toute urgence à la BGU où son cas préoccupe.

Plus tard, alors qu'il rend visite à Linoa, Squall l'entend prononcer quelques mots qui l'implorent de lui venir en aide. Il se précipite seul au Mont des Ténèbres et y fait une entrée tonitruante où l'attend Kei. Sans se battre, ce dernier lui rend purement et simplement l'âme de son épouse, qui se réveille enfin dès lors que Squall revient à la BGU.

A Esthar, où la coulée de lave menace plus que jamais, Squall et les siens assistent impuissants à la résurrection de Keto par Kei, ce qui stoppe toutefois la nappe de magma. Les deux démons leur donnent rendez-vous au Mont des Ténèbres, mais une barrière impénétrable est dressée autour du volcan. Les préparatifs d'un assaut final s'organisent, tandis que Leever se rétablit enfin.
Le tir d'un canon gigantesque installé sur la BGU permet d'anéantir la barrière du Mont des Ténèbres, où se rend aussitôt le groupe de Squall. Là-bas, ils y affrontent et battent Keto, dont la défaite déçoit Kei au point de lui asséner lui-même le coup de grâce. La terre tremble, et le Mont des Ténèbres s'effondre soudain sur lui-même, faisant apparaître dans le ciel un vortex noir. Dans une atmosphère de fin du monde, les SeeDs affrontent Kei dans une terrible bataille, où la Gunblade de Squall finit par avoir raison du démon.

Mais il est trop tard, le monde se désagrège et Irvine et Linoa sont à deux doigts de tomber dans une crevasse, ne devant leur salut qu'à une corniche précaire sur laquelle ils restent suspendus. C'est alors qu'une créature titanesque, que Kei nommait le Dieu du Mont des Ténèbres, commence à sortir du vortex... Mais soudain enveloppés dans une sphère bleutée, Squall, Leever, Quistis, Selphie et Seifer se volatilisent.

:d) PARTIE III : Tritéria, l'autre monde

Les cinq protagonistes se réveillent dans un décor ravagé, où un homme du nom de Kajikoh leur apprend qu'il les a téléportés sur Tritéria, et que trois ans se sont écoulés durant leur voyage. Apprenant la destruction de Done, Squall perd la raison lorsqu'il réalise qu'Irvine mais surtout Linoa n'ont pas pu être sauvés. Se mutant en un Zerka aux ailes noires, il s'enfuit au loin, abandonnant derrière lui ses amis.

Réunissant le quatuor restant, Kajikoh leur explique les événements qui ont ravagé Tritéria 24 ans auparavant. Envahis par l'apparition subite de démons dans leurs cieux, les Tritériens ont quasiment tous été exterminés dans la guerre qui s'en suivit, conduisant Kajikoh et quelques survivants à s'échapper de la planète. Regroupant leurs dernières forces et le meilleur de leurs sciences, ils embarquèrent dans un vaisseau prototype censé atteindre le bout de l'univers en un temps record, et s'y enfuirent tandis que Kajikoh restait en arrière pour couvrir leur échappée.

Son récit terminé, l'homme décide de les conduire dans l'une des quatre villes réfugiées du cataclysme, et en profite pour faire l'étalage de toute sa force lorsqu'un groupe de Dragons Zombies attaque le groupe. Grâce aux dons de téléportation de leur guide, ils arrivent très rapidement à Lizéra, l'une des quatre villes susnommées. Le groupe constate alors la précarité dans laquelle survivent les habitants, dont la plupart restent encore en état de choc. Avant de se rendre à Duzéria, Quistis, découragée, décide de rester aux côtés de Selphie, traumatisée par la disparition d'Irvine et de tout le reste.

Kajikoh, Leever et Seifer arrivent à Duzéria, juste avant que la ville ne se fasse attaquer par une armée de monstres-chenilles. Dans le chaos de la bataille, Seifer se fait littéralement empaler par la corne d'un des monstres, pendant que la ville se fait raser. Une fois l'invasion repoussée, Kajikoh rapatrie en urgences le pauvre Seifer jusqu'à Lizéra, puis revient aussitôt à Duzéria, où ce qu'il en reste. Affligés de ne pas avoir pu empêcher ce désastre, Kajikoh et Leever se rendent à Faltero pour y trouver du renfort. Là-bas, Leever fait la connaissance d'Assylia, une femme Zerka à qui Kajikoh demande de l'aide pour mener une offensive dans le repaire même des démons. Hésitant, c'est après une nuit de sommeil et une conversation avec Leever que la jeune femme décide finalement de les accompagner.

L'ayant déjà visitée par le passé, Kajikoh les conduit devant l'entrée du dit repaire, une cavité rocheuse qui descend dans les entrailles de la terre. Outrepassant les diverses épreuves qui leur sont adressées, le trio est alors victime d'une illusion partielle, dont seul Leever put voir l'intégralité. Comme dans certains de ses rêves, il s'était revu enfant, au milieu d'un champ de blé attaqué par une horde de démons squelettes. Mais cette fois, il vit quelque chose d'inédit : son corps d'enfant se faire embrocher par le sabre d'un démon. Une voix lui demande alors de rejoindre le camp démoniaque, mais Leever refuse, bien que troublé.
Arrivés dans ce qu'ils pensent être la dernière salle, Kajikoh y affronte, seul, un chevalier en armure qui se proclame chef des démons, un mensonge qu'il avouera avant d'être battu. Enfin, dans la foulée de cette victoire, une voix s'était adressée à eux :

"L’heure est venue de nous dévoiler au grand jour... C’en est fini de vous tous..."

Chronos_Squall
Chronos_Squall
Niveau 10
18 septembre 2012 à 20:27:26

Chapitre XLVII : Tenace est le désespoir.

La voix qui venait de retentir leur était familière. Il l'avaient déjà entendue, lorsqu'ils étaient rentrés dans cette pièce que le néant dominait. C'était une voix de femme, sans chaleur, pénétrante.
Kajikoh, Leever et Assylia avaient beau chercher d'où elle provenait, ils ne virent rien d'autre que leurs propres corps, ainsi que la porte close derrière eux qui donnait l'impression de flotter dans le vide.
Puis, les courbes d'une femme se dessinèrent subitement devant leurs yeux. La silhouette avança, puis s'extirpa de l'ombre qui l'enveloppait pour révéler toute la beauté et la grâce d'une femme aux cheveux châtains. Elle portait un gilet noir, et une longue jupe grise dont le bas était en partie déchiré, laissant apparaître une partie de ses chevilles. Ses yeux teintés d'un rouge pâle étaient dénués de toute expression, et une boucle d'oreille en or, très fine, pendait à son oreille gauche.

- Admirable mais vos futiles destinées prennent fin ici-même, dit-elle d'un ton neutre.
- Vous... Qui êtes-vous ? répliqua Leever.
- Je ne suis que mort. Pénible, douloureuse. Votre mort.

C'est en gardant le même visage inexpressif qu'elle leur avait adressé ces mots. Il y avait quelque chose de malsain dissimulé sous les traits innocents de cette femme, ce qui mettait Leever particulièrement mal à l'aise. Kajikoh lui, la fixait d'un regard glacé, et des envies de meurtres se lisaient sur tout son être ; ses mains tremblaient d'une rage à peine contenue, et ses jambes semblaient prêtes à bondir à chaque instant. Leever ne sut dire lequel des deux l'effrayait le plus, mais son attention se porta alors sur ce qu'il y avait derrière leur adversaire. Une seconde silhouette, très vague, semblait en effet s'y tenir.

- Il y en a un autre derrière !
- Oui, répondit Kajikoh. Mais ce lâche ne semble pas vouloir se présenter à nous... pour l'instant.
- Mais, cette femme...
- Ne te fie pas à son apparence Leever, c'est un démon. Et elle doit disparaître... comme chaque démon sur cette terre !!

Les paroles de son compagnon résonnèrent dans l'esprit de Leever. L'illusion dont il avait été la proie plus tôt le troublait plus que jamais. Il était mort, son cœur s'était arrêté. Alors pourquoi, non, comment pouvait-il se tenir debout dans cette salle, vingt-quatre ans plus tard, le souffle aux lèvres ? Était-il devenu un démon, comme Keto l'était devenu, se jouant de la mort pour exercer sa sinistre influence sur les humains ?
Sans savoir pourquoi, il se tourna vers Assylia, comme si la réponse se trouvait là. Mais il oublia aussitôt ses propres soucis, car quelque chose n'allait pas. La jeune Zerka était restée bien discrète depuis l'apparition de leur étrange vis-à-vis, se contentant de la fixer d'un air absent. Il n'aimait pas ça, mais il n'eut pas le temps de s'en inquiéter davantage.
Car soudain, Kajikoh s'élança.

Ses deux glaives en main, concentré sur la gorge de la démone avec la ferme intention de la lui trancher net, l'homme aux cheveux ardents arriva à sa hauteur, puis d'une horizontale supersonique, déchaîna toute sa hargne. Le coup était parfait, imparable. La démone n'eut pas le temps d'esquisser le moindre mouvement que son joli minois gisait déjà à ses pieds au milieu d'une flaque de sang.
C'était facile. Trop facile...
Soudain, le corps décapité et la tête de la démone se volatilisèrent.

-Hin hin hin, quelle violence ! ironisa une voix de femme.

Ça venait de la gauche. Kajikoh pivota et, aussitôt, vit un éclair lui filer dessus. D'un réflexe quasi inhumain, il écarta la tête et perçut le sifflement d'une lame métallique qui lui érafla l'oreille gauche.
L'épieu qui avait manqué de lui ouvrir le crâne continua sa course loin derrière lui, disparaissant dans le néant. Cherchant d'où provenait l'attaque, Kajikoh scruta les alentours, sans succès.

- Au-dessus !! lui hurla Leever.

L'écho d'un impact métallique retentit. Alerté par son compagnon, Kajikoh avait levé la tête juste à temps pour mettre ses lames en opposition. La démone, en un seul morceau, était apparue juste au dessus de lui, avec dans sa ses mains une lance aiguisée aux sinistres reflets pourpres dont le destin avorté était de transpercer le crâne du Zerka. Dans une pirouette habile et gracile, l'élégante démone se posa devant Kajikoh, qui malgré le changement radical dans son expression faciale ne se laissa pas décontenancer. En effet, ses traits si doux et innocents s'étaient étirés en un large et ignoble rictus, et ses iris rouges luisaient désormais d'un éclat vif et sardonique.

- Montre-moi ce qu'il y a dans ton petit crâne !!
- Il n'y a là que des intentions hostiles envers toi et ton espèce. Maintenant, parle ! Dis-moi qui vous êtes, toi et ce lâche qui nous observe !
- Oooh, quel manque de galanterie, ironisa la démone. Et quel manque de respect envers mon valeureux maître !
- Ton maître, intervint Leever. C'est donc lui, votre véritable chef ?!
- Hin hin hin... Si tu tiens tant à le savoir... Mais avant, pourquoi ne pas opérer un petit changement de décor ?

La démone avait lâché ces derniers mots en fixant Leever d'un air perfide. Le sol sous leurs pieds devint alors instable, et le néant leur donnait l'étrange impression de se distordre tout autour d'eux, bien que leurs yeux ne pouvaient en témoigner. Tout s'éclaircit alors, et ils sentirent au niveau de leurs hanches la friction soudaine de quelques épis de blés. Il étaient au beau milieu d'un champ, sous un soleil puissant qui filtrait entre d'énormes nuages. Mais les nuages n'en étaient pas, il s'agissait plutôt de vaisseaux, d'énormes bâtiments de guerre qui parsemaient le ciel bleu.
Il y eut un hurlement.

Horrifié, Leever s'écroula à genoux, se prenant la tête à deux mains. Il n'avait que trop vu cette scène, et pour rien au monde il ne souhaitait la revivre. Un rire dément fit écho à ses plaintes sonores, puis relevant soudain la tête, il jeta un regard noir à la démone hilare.

- Stupides... ILLUSIONS !!

Il empoigna son épée des deux mains, serrant le manche avec autant de force que s'il s'était agi du cou de la démone. Le fer de sa lame rouge se mit à briller d'une intense lueur blanche, tandis que deux ailes blanches se déployèrent dans son dos. La chevelure blonde du Zerka s'allongea et prit un aspect proche du diamant, ornée de reflets irisés. Sa métamorphose terminée, il se rua, la rage au visage, sur l'infâme adversaire et fendit brutalement l'air d'une violente taille horizontale des deux mains. La démone bloqua l'assaut par le manche d'acier de sa lance, mais l'impact fut si terrible qu'une onde de choc se répandit sur le sol, secouant, arrachant presque les épis de blé sous son souffle. Alors que leurs armes s'entrecroisaient toujours, l'odieuse femme éclata de rire et lui pointa, de son doigt, le ciel derrière eux. Le canon d'un des vaisseaux s'était mis à rayonner, et soudain un immense faisceau laser en jaillit, s'écrasant au milieu d'une ferme au loin, provoquant une terrible explosion qui consuma tout dans un rayon de cinq-cents mètres. D'autres canons l'imitèrent alors, ravageant les alentours, détruisant tout, évitant simplement la zone où ils se trouvaient tous.

- Arrêtez... ! Non !! CA SUFFIT !!

Leever ne pouvait plus le supporter. Il sentait la folie l'envahir, distordre des traits, puis enfin, s'emparer de lui. Elle guidait son bras, faisant pleuvoir une déferlante de coups d'épée sur la démone, qui à chaque parade reculait et riait un peu plus. Il ne pensait plus à la battre, ni même à la tuer. Non, chacun de ses coups était porté avec le souhait de la massacrer, de la déchirer de toutes parts et lui briser chacun de ses points vitaux. Une diagonale dans les côtes, esquivé. Un estoc fulgurant en plein cœur, raté. Un coup de coude dans le plexus, sans effet. Il se glissa même dans son dos, mais elle para avant qu'il ne puisse lui trancher l'a colonne vertébrale. Il se sentait emporter, galvaniser par le combat, ses mouvements étaient allégés de toute retenue morale. Elle riait, et pendant une fraction de secondes lui aussi se mit à rire. Alors, il les vit. Et tout s'écroula.

Des squelettes, une armée de guerriers osseux se dirigeait vers eux. Il y avait là son assassin, se dit Leever dont l'esprit s'était totalement détourné du combat. Une lance fendit l'air, mais Kajikoh intervint alors pour protéger son ami, égaré dans de sombres pensées. Ses ailes disparurent, et son corps reprit un aspect normal. Il ne voulait plus se battre, c'était fini. Tandis que Kajikoh attirait la démone à part dans un nouveau duel, Leever recula, lentement, et se laissa tomber au milieu du champ de blé. Il regardait le ciel, grisâtre désormais, et ces vaisseaux de malheur qui poursuivaient leur office destructrice. Puis le crâne gris et ébréché d'un squelette se pencha sur lui, et arma son bras droit, prêt à l'abattre. Il ne savait plus quoi penser. A quoi bon vivre quand on est déjà mort, songea t-il alors.

Las, il avait fermé les yeux. Il revoyait cet enfant blond s'écrouler dans ce champ couleur orge, la lame d'une épée lui traversant la poitrine, et soupira. Un glaive s'abattit alors, mais eu lieu de s'entendre agoniser, Leever ne perçut que le bruit d'un choc métallique. En rouvrant les yeux, il ne vit pas de squelette, mais une silhouette de dos qu'il reconnut aussitôt. Le grenat des ses cheveux s'était teinté d'un blanc aussi pur que ses ailes, mais en voyant une telle magnificence il ne pouvait s'y tromper.

- A QUOI TU PENSES ?! LEEVER !!

Assylia lui hurlait dessus, mais il ne réalisa pas tout de suite qu'elle venait de lui sauver la vie. Péniblement, il se releva et observa le tas d'os inerte qui gisait à sa gauche. D'autres squelettes affluaient, mais l'élégante Zerka leva une main au ciel. Une boule d'énergie blanche, à peine plus grande que le poing, se forma au creux de sa paume, puis éclata subitement lorsqu'elle resserra les doigts. Le ciel s'obscurcit, tonna, et une nuée d'éclairs vint foudroyer et éradiquer chacun des monstres osseux dans une spectaculaire gerbe d'étincelles. Après s'être assurée qu'il n'en restait plus un seul debout, Assylia se retourna, pleine de rage, et gifla Leever si fort qu'il bascula en arrière.

- Idiot !! Ne fais plus jamais ça !! Plus jamais...

Il la regarda, incrédule. Elle était furieuse, mais l'humidité de ses yeux témoignait d'une profonde amertume. Alors, il réalisa son inconscience, et avec quelle facilité il s'était laissé gagner par le désespoir. Mourir ici, et abandonner ses amis ? Quel débile, songea t-il.
Reprenant son épée étalée sur le sol, il saisit la main que lui tendait Assylia et se releva, ressentant alors une chaleur douce et bienveillante lui envahir le corps. Requinqué, déterminé, il leva les yeux au loin.
Kajikoh était toujours aux prises avec la démone, mais le combat ne tournait pas à son avantage. L'épaule gauche trouée et ensanglantée, il semblait bien que la lance pourpre ait fini par faire mouche. Ne pouvant plus tenir qu'une seule de ses lames, Kajikoh essuyait une déferlante de coups de lance, incapable de riposter et contraint de reculer devant son adversaire dément.

- Va l'aider, fit Assylia à l'attention de Leever.
- Et toi ?
- Je couvre vos arrières.

Acquiesçant d'un signe de tête, Leever reprit sa forme de Zerka et vola au secours de Kajikoh, au bord de la rupture. Lorsque ce dernier le vit arriver, il cessa de parer et esquiva brusquement et in extremis le dernier estoc qui lui fut porté, basculant aussitôt sur le côté. D'un geste fluide, il porta au flanc de sa maléfique adversaire une horizontale fulgurante, sur laquelle la démone dut s'employer de ses deux mains pour parvenir à la bloquer.
Le timing était parfait. A ce moment précis, Leever arriva à sa hauteur et exploita l'ouverture. Sa lame, qui s'était illuminées d'une lueur sacrée, trancha par deux fois ; d'une horizontale, puis d'une verticale, la double attaque scarifia le dos de la démone d'une profonde entaille en forme de croix. Le fameux « Coup en Croix » de Leever fit chanceler la démone, qui dans un étranglement s'effondra sur la terre, le dos en sang. Kajikoh se rapprocha de Leever.

- Bon timing, mais ne te relâche pas.
- Elle n'est pas... ?
- Non.

Leever jeta un œil sur la silhouette ensanglantée qui gisait sur le sol, face contre terre. Un spasme se mit à agiter le corps inerte. Un second. Puis, plus rien...
Alors, brusquement, sa nuque effectua une rotation indécente de 180°, son visage aux yeux révulsés pointé vers ses deux adversaires écœurés. Son rictus démoniaque n'avait pas quitté ces lèvres, ce qui lui donnait un air particulièrement malsain. Quand au son qui sortait de sa bouche, il n'avait plus rien d'humain.

- BEl eFfOrT !

En un éclair, elle se releva, rendit à son faciès un aspect humain, puis après s'être saisie de son arme, se projeta vers Kajikoh. En garde, prêt à se défendre, il l'attendait de pied ferme mais soudain, à mi-distance du Zerka, elle se figea littéralement.
Quelque chose luisait sous elle. Baissant les yeux, les deux hommes découvrirent, à travers les épis, qu'un cercle blanc avait été tracé sur la terre, juste sous les pieds de la démone. Un pentagramme, tracé d'une main invisible, vint emplir ce cercle, puis une colonne de lumière blanche émergea des contours circulaires. D'un coup d'œil derrière lui, Leever aperçut Assylia, entourée d'une intense aura immaculée. Les pupilles closes, elle récitait des incantations, le bras gauche tendu en direction de la démone, tandis que la colonne de lumière s'intensifiait. Les deux hommes reculèrent, se protégeant les yeux de l'aveuglement. Une parole, puissante, retentit alors avec écho :

- Absentare !

D'un geste fluide, la main tendue d'Assylia pivota et se renversa sur elle-même, puis, sèchement, se releva pour ne laisser pointés vers le haut que deux doigts serrés entre eux, l'index et le majeur. La lumière remplit intégralement le décor dans un sifflement strident, puis s'estompa brusquement une poignée de secondes plus tard. La démone avait disparu sans laisser de trace, tout comme les champs de blé, les vaisseaux et le ciel bleu. Le néant total était de retour.
Assylia s'assit sur le sol invisible, épuisée. Kajikoh laissa tomber son épée pour se tenir l'épaule gauche, grimaçant. Quant à Leever, il regardait la Zerka avec stupéfaction.

- Q... Qu'est-ce que c'était ?
- Le pouvoir d'Assylia, lui répondit Kajikoh. Tu comprends maintenant pourquoi j'ai tenu à ce qu'elle nous accompagne.
- Ça l'a... tuée ?
- Pas vraiment, lui fit la jeune femme. Je l'ai... téléportée dans une autre dimension. Quelque chose comme ça.
- Incroyable...
- Impressionnant, même ! s'exclama une voix grave et profonde.

Chronos_Squall
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Niveau 10
18 septembre 2012 à 20:29:18

(Chapitre XLVII - suite)

Ils se relevèrent d'un bond. Dans le relâchement de la victoire, ils en avaient presque oublié la seconde silhouette qui, dans l'ombre, attendait son heure. Derrière eux, la porte par laquelle ils étaient arrivés s'ouvrit brusquement, mais personne n'en sortit. C'est alors que, subitement, le sol se mit à trembler, et un tourbillon noirâtre jaillit sous leurs pieds. Ils ne pouvaient plus bouger, pire encore, leurs corps s'enfonçaient comme s'ils venait d'être piégés dans des sables mouvants.

- Argh, qu'est ce que c'est ? lâcha Leever, tout en se débattant
- Tsch, il nous a eus, pesta Kajikoh.

Un large sourire blanc se dessina sur l'obscur visage de la silhouette, qui les regardait s'enfoncer inexorablement dans le sol. Il s'extasiait devant leur détresse, et ils comprirent aussitôt pourquoi la porte s'était ouverte. C'était un symbole, cruel, celui d'une liberté qu'ils ne reverraient jamais. Une façon de les narguer.
Lorsque la voix retentit de nouveau, il ne dépassait plus désormais que leurs têtes, désabusées, terrifiées.

- A notre prochaine rencontre ! leur adressa t-il

Et ils disparurent, engloutis. Le rire sardonique du démon qui les avait piégés retentit dans la salle désormais vidée de tout intrus. Puis, la silhouette se volatilisa, retournant d'où elle était venue : dans le néant.

    • **

Un jour plus tôt, à Lizéra. Quelques heures après le départ de Kajikoh, Leever et Seifer pour la ville de Duzéria, Quistis marchait le long d'une rue sinistre et vide de la ville traumatisée, sans un bruit. La nuit venait juste de tomber, mais ce silence pesant était le même qu'en pleine journée. Aucun habitant n'osait sortir de chez lui, les volets des maisons étaient tous clos, lorsqu'ils n'étaient pas cassés et bringuebalants sous l'effet du vent violent qui déferlait sans cesse sur cette planète. Le ciel était couvert de nuages gris, comme à son habitude, mais une lueur de faible intensité parvenait à y filtrer. La source de cette lueur ? Quistis put l'apercevoir au travers d'une rare et mince déchirure dans le voile nuageux, révélant alors la pâleur luisante d'un astre proche. Seule une infime partie était visible, mais on ne pouvait s'y tromper. C'était bien la Lune.

La jeune femme s'arrêta devant la porte d'une maison délabrée, au bout de la rue, et y frappa deux fois. La porte s'ouvrit aussitôt, et un homme musclé quelque peu dépenaillé apparut derrière le seuil.

- Entre, vite.

Quistis s'exécuta, et l'homme referma aussitôt derrière elle. Après avoir franchi le vestibule, elle pénétra dans un petit salon, à l'aspect sommaire mais bien entretenu à l'image d'un petit canapé vert sur lequel était couchée Selphie, profondément endormie. A sa gauche, un escalier de bois amputé de quelques marches menait à l'étage, et une femme en descendit aussitôt. Ses cheveux châtains étaient coiffés en chignon, et son visage marqué lui donnait plus d'une quarantaine d'années. Elle esquissa un petit sourire en voyant Quistis.

- Alors, tu as trouvé des indices ? lui demanda-elle
- Non, la plupart des habitants ont refusé de m'adresser la parole, et les quelques autres ne savaient rien, lui répondit Quistis.
- Je vois, eh bien, pourquoi ne pas réessayer demain ? Je vous ai préparé de quoi manger, ainsi qu'un lit pour vous reposer...
- Mais vous êtes sûre que... l'on ne vous gêne pas ?
- Non non ! Bien au contraire, ça faisait si longtemps que nous n'avions pas eu d'invités...
- Mon épouse a toujours aimé recevoir, ajouta l'homme derrière elles.
- Merci, termina Quistis.

La SeeD aux cheveux blonds venait de passer les dernières heures à interroger vainement les habitants à propos de Squall. Le SeeD s'était transformé sous leurs yeux en un Zerka aux ailes noires, peu après leur arrivée sur cette planète. Il avait perdu la raison lorsque Kajikoh leur avait révélé ce qui était arrivé à Done, détruite après leur départ forcé auxquels ne purent prendre part Irvine et Linoa, restés là-bas. Depuis, il demeurait introuvable et aucun des habitants n'avait pu lui être d'une quelconque utilité.

Épuisée, elle se laissa tomber sur une chaise, pendant que ses hôtes se dirigeaient vers la cuisine. Ses yeux las se posèrent sur Selphie, que le sommeil tentait d'apaiser. La pauvre venait de voir s'écrouler, en plus de son monde, l'amour de sa vie et son état psychologique inquiétait son amie. Elle qui souriait tant, qui débordait d'énergie... Qu'allait-elle devenir maintenant ? Pourrait-elle jamais s'en remettre ? A ces tristes pensées, Quistis sentit les larmes lui monter aux yeux, mais se reprit. La situation était désespérée, mais il restait toujours un espoir, un mince espoir auquel il lui fallait absolument se raccrocher pour ne pas sombrer à son tour, comme les habitants de cette ville, dans un état de sinistrose avancé.

Le repas fut servi plus tard, dans le salon. Quistis avait cru bon de ne pas réveiller son amie, préférant la laisser se reposer davantage. Le couple resta silencieux un long moment, et malgré leur bonne humeur apparente, Quistis savait bien qu'il ne s'agissait là que d'une façade pour masquer leur désespoir.

- Puis-je vous poser une question ? leur demanda t-elle soudain.
- Bien sûr, lui répondit le mari.
- Êtes-vous des... Zerka, vous aussi ?

A cette question, les deux hôtes échangèrent un regard, puis l'épouse eut un petit rire amusé.

- Non, seule une infime partie de la population possède ce pouvoir. Il y avait bien des légendes à ce sujet, mais elles ont disparu en même temps que le reste...
- Je me souviens vaguement de l'une d'elles, poursuivit son époux. On y racontait qu'un puissant mage de l'époque, avide de pouvoir, sacrifia son propre cœur pour créer une créature terrifiante capable d'éradiquer une planète toute entière. Mais une petite partie de son cœur, emplie de bonté, échappa au processus et se greffa à un homme, un gardien de notre espèce qu'on appela Zerka. Dans nos anciennes langues, cela signifiait "ange". Les Zerkas que tu connais sont probablement tous des descendants de cet homme.
- Alors, Leever, Squall et ce... Kajikoh. Il ne reste plus qu'eux ?
- Non, poursuivit l'homme. Il y a aussi cette femme, à Faltero. Assylia, je crois.
- On ne la voit pas souvent par ici, mais elle nous a déjà sauvés à plusieurs reprises. Sans elle et Kajikoh, il y a longtemps que la vie aurait disparu ici.
- Mais leur vie n'est pas éternelle. Un jour, ils disparaîtront et alors...

Long silence. A l'évidence, si les Zerkas étaient annihilés, ce ne sont pas les quelques murs de béton qui entouraient la ville qui la protégeraient d'une horde de démons opportuniste. Leur vie reposait toute entière sur les épaules de quelques élus.

- Ah, se rappela soudain Quistis. J'ai une autre question... C'est à propos de la lune.
- Cet astre de malheur... fit l'époux. Que voulez-vous savoir ?
- Sur Done aussi, nous avions une lune. Est-ce que...

Mais elle s'arrêta lorsque soudain, un cri d'effroi brisa le silence ambiant. Ça venait de l'extérieur. Se levant tous d'un bond, ils se précipitèrent à la fenêtre qui donnait sur la rue et aperçurent, au loin, un homme en panique qui courait le long de la rue. Hurlant à s'en briser les cordes vocales, ils ne comprirent son message que lorsqu'il arriva à leur niveau.

- ...DETRUIT DUZERIA !! MORTS, TOUS !! ILS ONT DETRUIT DUZERIA !!...

Le visage de Quistis blêmit, car Duzéria était la ville vers laquelle s'étaient rendus les trois autres. Le messager continuait de propager à tue-tête le sinistre message, qui résonnait maintenant dans l'esprit de la jeune SeeD. Leever... Seifer... Kajikoh... Morts ? Non !
Elle n'eut pas le temps de se retourner qu'un nouveau hurlement retentit, en provenance du salon cette fois. Le cri, d'angoisse, était celui d'une femme mais ce n'était pas la maitresse de maison.

Chronos_Squall
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Niveau 10
18 septembre 2012 à 20:31:50

(Chapitre XLVII - fin)

Quistis l'avait reconnu. En se précipitant là-bas, elle vit Selphie, le visage terrorisé, debout devant le canapé. Le corps agité de spasmes, elle l'entendit balbutier de faibles paroles.

- Mort... Ils sont tous... morts...
- Selphie, calme-toi ! lui demanda Quistis.
- Zell... Linoa... Ir... Irvine !!
- Selphie !!

Sans prévenir, Selphie se rua vers Quistis et l'attrapa par le col de sa tunique. Des ses yeux grand ouverts, emplis de larme, elle fixait son amie comme pour l'implorer. Le souffle précipité, la voix déchirée par la souffrance, elle dit alors :

- Et nous... Nous aussi... On va... mourir, dis ?! Nous... Nous aussi, hein ?!

Quistis sentit ses entrailles se tordre en voyant toute la détresse de la pauvre jeune femme. Elle la serra alors dans ses bras, et lui murmura à l'oreille :

- Ça va aller... Tu verras, on s'en sortira. On s'en sortira.

Alors que son mari était sorti, la quadragénaire observait la scène avec impuissance, mal à l'aise. Selphie resta ainsi de longues minutes dans les bras de son amie, à pleurer toutes les larmes de son corps. Lorsqu'elle se calma enfin, Quistis la ramena doucement vers le canapé, où elle se rendormit aussitôt. Elle lui passa une main chaleureuse sur le front, et entendit alors la porte d'entrée claquer dans le vestibule.
Le mari venait juste de rentrer; il était allé s'informer de la situation auprès des habitants. Il entra dans le salon, la mine sombre, et fit signe à Quistis de le suivre à l'extérieur, sans un mot. La SeeD hésita, jetant un regard préoccupé sur la silhouette endormie sur le canapé.

- Ne vous en faîtes pas, lui fit aussitôt la maîtresse de maison. Je veillerai sur elle.

Acquiesçant, et la remerciant, elle sortit de la maison et emboîta le pas de son guide. La gorge nouée, l'estomac recroquevillé, elle craignait le pire.

- Que s'est-il passé ? lui demanda t-elle.
- Des monstres ont envahi et détruit la ville de Duzéria, au Nord-Est d'ici. Kajikoh et ton ami Leever étaient là-bas, mais ils n'ont pas pu réagir à temps. Tous les habitants sont...
- C'est horrible...
- Kajikoh est venu nous apporter la nouvelle, avant de repartir vers Faltero chercher de l'aide. Il disait vouloir attaquer le repère des démons. Et...
- Et ?

Il se tourna alors vers Quistis, l'air grave.

- Il a ramené cet homme, celui qui se bat avec une drôle d'épée... Il a dit qu'il avait été gravement blessé durant la bataille, et qu'il fallait le soigner de toute urgence. Seifer je crois. Il a demandé à te prévenir.

Quistis pâlit à nouveau, et à la mention du nom de Seifer elle crut un moment que le temps s'était arrêté. Ce ne pouvait être qu'une méprise, oui c'est ça, une méprise. Seifer, terrassé par de vulgaires monstres ? Non...

Soudain prise d'une panique contenue, chaque pas qui la rapprochait un peu plus de leur destination faisait monter en elle l'effroi, celui-là même qu'elle avait ressentie lorsque le cadavre inerte de Zell s'était effondré devant elle, si longtemps auparavant. L'homme s'arrêta alors en face d'une maison près du centre-ville, ouvrit la porte et fit signe à Quistis d'y entrer. Elle entra, terrorisée par la perspective de qu'elle allait y voir. On la conduisit à une petite chambre au plancher délabré, où un rideau miteux avait été tiré pour masquer un coin de la pièce. Les jambes flageolantes, elle s'approcha, passa derrière les rideaux... et fut frappée d'horreur.

Il était là, dans ce lit propre et immaculé, son visage calme et immobile dépassant des draps. La balafre sur son front et ses courts cheveux blonds ne laissaient aucune place au doute. Assise sur un petit tabouret à droite du lit, une femme âgée, vêtue de blanc, se tourna alors vers Quistis. Rien sur son visage n'indiquait le moindre optimisme.

- Vous êtes Quistis ?
- C'est... pas vrai... Seifer...
- Il a pris un terrible coup de corne dans le ventre, en essayant de protéger Duzéria. J'ai fait de mon mieux, mais son diagnostic est critique... La plaie s'est infectée.
- Seifer... Pas toi...

Quistis n'entendait pas les paroles de l'infirmière. Elle était en état de choc. De lointains souvenirs rejaillirent alors dans son esprit. L'orphelinat, et ce gamin insolent qui rêvait de grandes choses. La BGU, sa rivalité avec Squall et tous ses problèmes de discipline. Son échec à l'examen de SeeD, sa fuite vers Timber où Ultimécia le manipula. Tous ces affrontements qui s'ensuivirent, son obstination, sa détermination... Ils se connaissaient depuis toujours, mais pourtant leurs relations n'avaient jamais été au beau fixe. Pourquoi, alors, éprouvait-elle un tel déchirement à le voir dans cet état ? Pourquoi, alors, éprouvait-elle de nouveau cet étrange sentiment qu'elle n'avait plus ressenti depuis des années, pour un autre balafré ?

- Je ne vais pas vous mentir, il y a excessivement peu de chances pour qu'il s'en sorte.
- Ne m'abandonne pas... Seifer...

Elle se rapprocha de sa tête, par la gauche, et s'agenouilla devant lui. Squall avait disparu, Zell s'était sacrifié, Linoa et Irvine étaient restés en arrière, Selphie perdait la raison... Et maintenant, Seifer ? Il ne resterait bientôt plus qu'elle...

- Je t'en supplie... Ne me laisse pas... fit-elle, au bord des larmes.
- Quoi... T'es pas... assez grande... pour te... démerder ? souffla t-il alors.

Quistis sursauta. Il était conscient, bien que sa voix fut très faible. Seifer ouvrit péniblement les yeux, et sans bouger la tête, il dévisagea Quistis qui était toujours penchée au dessus de lui.

- T'inquiètes... pas... J'vais leur... botter l'cul.
- Seifer...
- Ne parle pas mon garçon, c'est déjà un miracle que tu sois conscient, lui conseilla l'infirmière.
- Si tu... retrouves Squall... dis-lui... de m'attendre... ok ?...

Quistis n'eut pas le temps de lui répondre que ses paupières se refermaient déjà. L'infirmière lui conseilla de prendre du repos, et la renvoya chez elle après avoir tenté de la rassurer, lui affirmant qu'elle n'avait jamais vu un patient aussi robuste. Mais cet élan de positivité n'eut guère d'effet sur la jeune femme, car elle n'en avait plus besoin désormais. Que Seifer s'en sorte ou non n'était plus à l'ordre de ses préoccupations ; elle venait de l'acquérir, la conviction qu'il ne se laisserait pas emporter par si peu.

En rentrant chez le couple qui l'hébergeait, elle repensa à tout ce qu'ils avaient vécu jusque là. Tant de désastres avaient été causés, tant de vies avaient été perdues... Six ans, peut-être même sept s'étaient écoulés depuis leur confrontation avec Ultimécia. Alors qu'ils pensaient enfin vivre en paix, les tragédies s'étaient succédées, et tant de combats rendus vains avaient eu lieu. Mais quand le désespoir vous accable, vous ne pouvez pas rester là à ne rien faire. Il faut vous battre, encore et toujours, même vainement, et espérer. S'accrocher à cela, toujours, jusqu'au dernier souffle. Car en fin de compte, c'est du désespoir que naît l'espoir.
Oui, Quistis avait reprit espoir. La brume qui recouvrait son esprit s'était dissipée, et comme un symbole, il en fut de même pour le voile nuageux qui tapissait le ciel. Pour la première fois, la jeune femme put apercevoir les étoiles, magnifiques, brillantes, mais si lointaines. Elle parcourut le ciel du regard, émerveillée. Lorsque, soudain...

- Qu'est-ce que... ?!

Tenace est le désespoir, qui dans son habit rouge s'emparait de l'astre luisant. En l'état dispersé, il ne tarderait pas à regrouper chacun de ses représentants, faisant tomber dans un vase déjà bien rempli une nouvelle goutte, une ultime larme dans un océan de désespoir.
Car là-haut, devant l'horreur de la jeune femme, une Larme Sélénite se préparait.

Tenace est le désespoir.
Et fragile était l'espoir.

-------------------------

Et voilà, un peu long mais j'espère que vous aurez le courage de lire tout ça.
Pour la suite, rendez-vous dans quelques semaines ! :-)

Ekud
Ekud
Niveau 28
18 septembre 2012 à 22:34:42

Punaise, va falloir que j'relise tout depuis le début. J'me souviens plus de l'histoire, j'me souviens juste que j'avais adoré.

Chronos_Squall
Chronos_Squall
Niveau 10
19 septembre 2012 à 00:13:50

Tout relire ? C'est toi qui voit, mais j'te préviens faut être un peu maso :o))

-_-
-_-
Niveau 10
19 septembre 2012 à 01:41:31

Idem je me souviens pas trop de la fic depuis le temps,je vais essayer de me motivé pour tout relire :noel:

Ekud
Ekud
Niveau 28
19 septembre 2012 à 17:29:26

Nan mais j'me souviens avoir adoré, donc ça devrait passer !

Même si c'est clure que ça doit pas être du haut niveau de littérature, mais on s'en fiche !

Chronos_Squall
Chronos_Squall
Niveau 10
03 octobre 2012 à 20:38:22

Le chapitre 48 est sur les rails, je me donne une dizaine de jours pour le boucler tranquillement :-)

Tiens d'ailleurs, je sais pas si je les posterai un jour, mais y a quelques temps je m'étais amusé à réécrire en profondeur les deux premiers chapitres de la fic. C'était plus pour me faire la main qu'autre chose, mais si jamais ça vous intéresse, faites-moi signe. Je pense pas prendre trop de risques en affirmant que c'est un peu plus développé que le truc d'origine :o))

Chronos_Squall
Chronos_Squall
Niveau 10
22 octobre 2012 à 20:18:08

Chapitre XLVIII : Abîmes

- Woooh... Où est-ce que j'ai atterri ?...

Leever venait à peine d'ouvrir les yeux. Il ne comprenait pas comment, mais après avoir été englouti par le piège tourbillonnant du démon, il était tombé dans une torpeur aussi soudaine qu'inexpliquée. Allongé sur le sol, il se releva, péniblement, et observa les alentours. Il était seul, et baignait dans l'obscurité la plus totale, un voile ténébreux bien plus naturel que le néant illusoire duquel il venait d'échapper.
Dans l'incapacité de s'en remettre à un examen oculaire des lieux, le mercenaire s'accroupit et palpa de sa main droite le sol sur lequel il se trouvait. Il était froid, rugueux, et par endroits rocailleux. De la roche, à n'en pas douter. En se relevant, il crut entendre un faible, très faible bruit au loin. Il ferma les yeux et tendit l'oreille, mais seul un silence parfait lui parvint. Patient, il attendit... et perçut alors distinctement l'écho d'un "ploc" distant. Selon toute vraisemblance, de l'eau gouttait quelque part, et à en juger par la nature résonante de cette sonorité...

- Une caverne... C'est ça. Une caverne souterraine.

Convaincu par cette déduction, il réalisa néanmoins que le problème restait tout entier. Il ne pouvait pas se permettre de faire le moindre pas au milieu de ces ténèbres aveuglantes, et tant qu'il n'aurait pas trouvé un moyen de s'éclairer... S'éclairer... "Mais bien sûr !" pensa t-il, frappé par l'évidence.
Il se tâta les hanches jusqu'à attraper son fourreau, puis en retira sa fidèle lame écarlate. Il ferma les yeux, se concentra, et aussitôt, se transforma en Zerka. La lame de son épée se mit alors à briller d'une intense lueur blanche, suffisamment rayonnante pour éclairer les environs sur une bonne distance.

Comme il le pensait, il s'agissait bien une caverne, naturelle, probablement enfouie à des kilomètres en-dessous de la surface. Leever fit pivoter lentement sa "lame-torche" de manière à éclairer jusqu'au moindre recoin de l'endroit. Outre les atours brunâtres de la roche qui tapissait sol et parois, il y avait au plafond, cinq ou six mètres plus haut, d'innombrables stalactites acérées aux tailles variables, qui étaient autant d'épées de Damoclès prêtes à s'effondrer sur le Zerka sans crier gare.
Redoublant de vigilance, il se mit en marche, bien décidé à explorer les lieux en quête d'une sortie, mais aussi et surtout de ses compagnons qui, il l'espérait, seraient tous deux sains et saufs. Bien que puissants, il n'en restaient pas moins des êtres humains pris au piège, comme lui, dans l'insidieux tourbillon d'un démon hilare. Vers quels sinistres traquenards ce dernier avait-il dirigé la destinée de ses compagnons ? Il devait absolument les retrouver avant de sortir d'ici... Mais, que faire s'il n'y avait aucun échappatoire ? A cette pensée, le mercenaire frémit. Il sentit l'angoisse le gagner, petit à petit, mais de manière inexorable, tel un Tomberry s'approchant à pas lents mais constants de sa tranquillité d'esprit, prêt à la briser d'un simple coup de poignard. Malgré toute son énergie et sa force, il ne pourrait jamais creuser un tunnel dans des kilomètres de roche, et serait condamné à mourir ici, affamé, épuisé, privé d'oxygène, ou... emporté par la folie.
"Bordel, ressaisis-toi !" hurla t-il intérieurement. Écartant de son esprit ces pensées lugubres, il respira longuement, se calma, puis se remit en route vers cette sortie dont il se persuadait l'existence. Mais les premiers signes d'une peur profonde s'étaient bel et bien immiscés en lui...

Il erra dans ces vaste galeries souterraines pendant ce qui lui parut être des heures. Guidé à travers ces galeries labyrinthiques par le bruissement aqueux, il déboucha enfin à l'endroit même d'où provenait l'égouttement supposé. La cavité dans laquelle il se trouvait désormais était de forme oblongue, et tout le côté gauche de l'endroit était occupé par un petit lac où perlait sporadiquement une goutte d'eau, d'un plafond qui, à priori, se trouvait en dessous d'une autre nappe souterraine.
Assoiffé, Leever entreprit d'en lamper une gorgée, mais se ravisa avec dégout lorsqu'il en découvrit l'aspect peu alléchant. Elle n'avait pas la clarté d'une eau pure, bien au contraire, elle était terne, bien trop terne pour être buvable. Non sans être déçu, il se détourna du lac souillé et reprit son chemin, la gorge toujours aussi sèche. Avec une certaine pointe de cynisme, il se dit que, peut-être, si tout espoir était perdu, il reviendrait ici boire de cette eau impure et en finir rapidement avant de perdre la raison.

Les minutes s'égrainèrent encore davantage, et toujours pas l'ombre d'une issue. Il sentait ses forces le quitter à mesure qu'il progressait dans ce dédale souterrain qui ressemblait de plus en plus à un gigantesque cercueil. Qui plus est, maintenir sa forme angélique – et ainsi, sa seule source de lumière – lui demandait un effort supplémentaire qui n'arrangeait rien.
Il refusait de s'arrêter, tant qu'il n'aurait pas aperçu l'éclat du dehors percer à travers ces murs désespérants d'hermétisme. Il sentit la frustration le gagner, et hâta le pas vers la galerie suivante. Rien. Celle d'après ? Rien non plus. Il accéléra encore, emporté par une frénésie grandissante, et se mit même à courir ! Hélas, les tableaux avaient beau se suivre, ils n'en demeuraient pas moins identiques. Alors, dans un élan de rage, il se détourna, et cogna du poing dans l'une des parois rocheuses.

- Maudite roche !! Je vais... Je vais... !

Sa respiration était haletante, et un sentiment de panique mêlé d'une profonde frustration se lisaient sur son visage. À en juger par le sang qui coulait le long de sa main, il n'avait pas retenu son coup. Pourtant, la douleur ne sembla pas le gêner lorsque, de dépit, il empoigna le manche de son épée pour y abattre sur l'imperturbable cloison le fer de sa lame, dans un mouvement aussi brusque que violent, n'y découpant là qu'une mince et vaine entaille. Il marqua un temps d'arrêt, réalisa la bêtise de son geste, constata son impuissance, puis... laissa soudain échapper un cri de douleur. Il lâcha aussitôt son épée pour se tenir la main, ensanglantée, dont la douleur lui parvenait enfin. Sa blessure s'était aggravée en ayant encaissé de plein fouet le contre-coup de son assaut irréfléchi. Affligé par sa propre stupidité, il soupira, inspira, puis expira profondément. "Te laisse pas aller... te laisse pas aller..." se répéta t-il, lucide, mais épuisé.

Après s'être autorisé une petite pause pour récupérer, mentalement et physiquement, il s'assit un instant sur le sol, s'efforçant de maintenir sa forme active. Abandonner maintenant serait si simple, et pas si désagréable. Tout ce qu'il aurait à faire, c'est fermer les yeux, et attendre que le temps fasse son office. Mais il refusait cette fois de se laisser aller au désespoir. Il s'était remémoré les paroles d'Assylia, plus tôt, et les avait solidement attachées aux ficelles de son esprit, telle une carotte que l'on suspend devant un âne pour le motiver à avancer. Il s'était juré de la revoir, elle, Kajikoh, et tous les autres restés en arrière. N'écoutant pas les protestations de ses jambes endolories, il se releva, et reprit son exploration.

Mais à peine eut-il fait trois pas qu'un son dérangeant lui parvint aux oreilles. Une plainte, lente, profonde, très profonde, le râle rauque et agonisant d'une créature titanesque, mais mal en point. Impossible de savoir d'où cette sinistre lamentation provenait, tant elle était diffuse. Un instant plus tard, le silence avait reprit son règne initial, laissant là le Zerka perplexe quant à l'origine de ce râlement. Si d'un démon il s'agissait, alors ses ennuis ne faisaient que débuter.

Il n'eut guère le loisir de trop cogiter là-dessus, car un fracas terrible retentit cette fois, loin devant lui. Vraisemblablement, quelque chose de massif venait de percuter le tapis rocheux, de le perforer, et de s'y enfoncer, le tout dans un vacarme assourdissant. Agitée par de brèves mais violentes secousses, la caverne toute entière était devenue instable sous les pieds de Leever, qui dut léviter un instant dans les airs pour ne pas tomber. Au bout de longues secondes, tout finit par se stabiliser, et le grondement déclina à mesure que s'engouffrait dans la croûte terrestre la source de l'impact, jusqu'à disparaître totalement.

Une fois atténuée la fureur terrestre, Leever, remué, posa pied à terre et fut instantanément saisi d'un vertige. Il n'eut pas le loisir de s'en remettre, puisqu'il entendit quelque chose craquer subitement au dessus de lui. Une stalactite lâcha et se fracassa contre le sol, sur sa droite, dans un éclat de roche qui saisit le jeune homme dont le réflexe fut aussitôt de se protéger le visage des giclements rocailleux. Dans un soupir de soulagement, il remercia sa bonne étoile que le pic mortel ne se soit pas trouvé pile au dessus de son crâne.
C'est alors qu'il entendit un second craquement.

Cette fois, la stalactite s'effondra plus loin, derrière son dos. Les secousses sismiques avaient fragilisé la base de ces aiguilles rocheuses, qui cédaient maintenant à tour de rôle ! Ni une, ni deux, Leever se précipita en quête d'un abri pour échapper à cette pluie mortelle. Dès l'entame de sa course, il avait amorcé un brusque mouvement d'esquive vers la gauche purement intuitif après avoir perçu un sifflement rapproché au-dessus de lui, s'évitant de justesse d'avoir le dos perforé par le vice de cette roche défaillante. L'averse pierreuse redoublait d'intensité. Dans une symphonie angoissante mêlant craquements et fracas, le Zerka dut se surpasser pour esquiver tour-à-tour une seconde, puis une troisième stalactite. Il touchait quasiment au but lorsqu'il en vit une immense, plus haut, devant lui, qui s'apprêtait à céder d'un instant à l'autre. Elle faisait au moins la taille d'un Kanibal, et ne manqua pas de chuter au pire moment. Dans un mouvement vif qui précéda sa pensée, son épée lui échappa des mains et vint se planter dans l'imposante aiguille rocheuse, la stoppant avec une netteté invraisemblable. Leever en profita pour passer sous le pic suspendu en l'air et atteignit enfin l'abri salvateur, une petite alcôve creusée dans la paroi. D'un geste du bras, son épée lâcha prise et retourna se nicher dans la main de son maître, tandis que l'énorme éperon ainsi libéré put terminer sa course, éclatant en mille morceaux au contact du sol.

Il resta là une dizaine de minutes, le temps que l'effondrement se calme. Lorsqu'il fut bien certain que le danger s'était dissipé, il sortit de l'alcôve et reprit sa traversée des galeries, content d'être toujours en vie. Il était curieux de connaître la cause de tout ce remue-ménage, et c'est en pénétrant dans une salle à l'aspect singulier qu'il obtint un premier élément de réponse.

- Ça alors... !

Un trou gigantesque, de forme circulaire, en plein milieu du sol. Il était d'une profondeur telle qu'un voile d'obscurité impénétrable en masquait le fond présumé. Élevant le regard, le Zerka put observer sur le plafond un autre trou, juste au-dessus du premier et en tout point identique à celui-ci, mais creusé d'après une trajectoire beaucoup plus sinusoïdale. Les deux excavations opposées donnaient l'impression d'avoir été traversées par un ver de terre géant, ou toute autre créature massive de forme cylindrique. Sûrement était-ce là la source de toute l'agitation qui avait ébranlé la caverne, peu avant.
En pleine réflexion, Leever considéra d'emprunter le trou au plafond pour espérer remonter vers la sortie. Avec ses ailes de Zerka, ce ne serait pas impossible, mais cela diminuerait de façon drastique ses dernières forces. Et si jamais ce chemin n'aboutissait pas à la sortie tant espérée... Non, mieux valait ne pas y penser. C'était tout ou rien, désormais. Il déploya ses ailes, se préparant à décoller, lorsque soudain...

- LEEVER... LEEEEE... VERRR...

Il sursauta, et baissa immédiatement les yeux. Quelqu'un – ou quelque chose – l'appelait, et ça venait du gouffre inférieur. C'était le même timbre profond et agonisant qu'il avait entendu résonner plus tôt, excepté que cette fois, il avait pu entendre, prononcé de façon hachée, son propre nom.
Intrigué, il s'approcha du bord du gouffre et laissa tomber sa lame-torche dans le trou pour en sonder la profondeur. L'épée lumineuse s'enfonça dans les ténèbres, éclairant sur son passage les contours parfaitement rectilignes du tunnel creusé. Elle chuta, chuta encore... Quelle profondeur !
Lorsqu'enfin, un tintement métallique lui parvint aux oreilles, Leever sut que son épée venait d'atteindre le fond du gouffre. Elle était si loin qu'il n'en apercevait plus qu'une faible lumière. Il fit un geste du bras pour rappeler son arme, et réalisa alors qu'il était dans le noir total. Durant une fraction de secondes, il fut pris d'une sueur froide à l'idée que son unique moyen d'éclairage ne daigne revenir à lui, mais fort heureusement, il fut soulagé de voir la lumière remonter rapidement l'excavation, et le manche de son épée se poser délicatement dans le creux de sa main. Puis, à nouveau...

- LEEVEEER... AAAAAIDE... AIDE-MOOOI...

Le râle... Un appel de détresse ? Voilà quelque chose dont Leever se serait bien passé dans une situation comme la sienne. S'il y avait quelqu'un à secourir en premier lieu, c'était lui-même. Jouer au héros, pour finalement tomber dans un piège grossier ? Non, pourtant...
"Je ne peux pas l'ignorer" pensa t-il.
A cette pensée, il se maudit lui-même. Ayant déployé ses ailes, il s'éleva dans les airs, se suspendit entre les deux gouffres, et regarda avec regret celui du haut. Il s'engagea alors dans le tunnel opposé, amorçant une descente prudente et veillant à ne pas trop dépenser d'énergie, jusqu'à atteindre sans heurts le fond de l'excavation. La créature cylindrique semblait avoir pivoté vers la droite, car le tunnel était passé de la verticale à l'horizontale. Décidant de continuer sur ses deux pieds, le Zerka replia ses ailes, toucha le sol, et s'enfonça le long du chemin ainsi creusé. La voix suppliante qui l'avait appelé ne donnait plus aucun signe de vie.

Au bout de quelques minutes de marche, la galerie creusée déboucha finalement sur l'entrée d'une caverne si volumineuse qu'il était impossible d'en apercevoir les contours, même en intensifiant la lueur de son épée. Leever s'approcha du rebord avec curiosité. A peine perceptible, le sol se trouvait à plusieurs dizaines de mètres plus bas, et s'il y avait un plafond derrière ce voile d'obscurité, il était haut, tellement haut...
Les deux ailes ressorties, il sauta du tunnel et atterrit en douceur plus bas. La lueur de son épée ne lui permettait que d'éclairer une modeste proportion de l'endroit plongé dans la pénombre, mais c'est alors qu'un éclat lumineux, une flamme errante aux reflets bleutés, apparut loin au dessus de lui. Était-ce là un phénomène étrange, ou son esprit épuisé commençait-il déjà à lui jouer des tours ? Une autre flamme apparut aussitôt, bientôt suivie de toute une nuée qui se mit à emplir la caverne titanesque d'une lumière bleue vacillante. Il y en avait des dizaines !
Chacune d'entre elle serpentait dans les airs avec grâce et majesté, entrainant dans leur sillage une magnifique trainée d'un bleu azuré. Le spectacle était grandiose, et Leever en resta bouche bée d'émerveillement. Il se demanda d'où provenait ce phénomène, et perçut alors une présence devant lui. Il s'en approcha avec prudence, prêt à réagir à la moindre alerte, puis aperçut les contours d'une silhouette humaine se dessiner devant lui. Mais ce n'était pas un démon. Debout devant lui, désormais bien reconnaissable, c'était...

Chronos_Squall
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Niveau 10
22 octobre 2012 à 20:20:45

(Chapitre XLVIII - suite)

- Assylia !

La jeune femme avait le visage tourné vers le haut, observant d'un air mystérieux le spectacle lumineux. Lorsqu'elle vit approcher son ami, elle lui adressa un sourire timide, mais sincère. Leever était si soulagé de la revoir qu'il sentit presque les larmes lui monter aux yeux. Le cauchemar dont il était victime jusqu'à présent daignait enfin arriver à son terme.

- Si tu savais à quel point je suis content de te voir ! lâcha t-il.
- Moi aussi. La solitude n'est... pas très facile à vivre par ici !
- Comment es-tu arrivée là ?
- J'ai erré pas mal de temps dans toutes ces cavernes, et j'ai fini par arriver ici lorsque j'ai entendu une voix m'appeler à l'aide.
- Toi aussi ?...

Il n'était donc pas le seul à l'avoir entendue. Cependant, cela ne lui en apprenait guère davantage sur la nature étrange de cette supplique caverneuse. Peut-être essayait-on de les rassembler ? Dans ce cas...

- Et Kajikoh, tu sais où il... ?
- Non... lui répondit la jeune femme.

Étrangement, cette question l'avait mise mal à l'aise. Un bref instant, son faible sourire s'était dissipé et son regard, détourné d'un air préoccupé. Était-elle inquiète, ou... ?
Mais l'attention de Leever fut reportée sur l'une des flammes dansantes qui passa, à ce moment là, juste devant lui.

- Des feux-follets, dit Assylia en voyant son air fasciné.
- D'où sortent-ils ?
- Je les ai invoqués. Plutôt pratique pour éclairer ce genre d'endroit, non ?
- Ah, ça... J'ai l'air fin moi, avec ma loupiote !

En découvrant son arme lumineuse, la jeune femme laissa échapper un petit rire amusé. D'abord vexé, Leever pouffa lui aussi, puis tous deux se mirent à rire sans retenue. Était-ce dû à la décompression, la joie de s'être retrouvés, ou simplement un début de folie ? Peut-être un mélange de tout cela. Mais une fois cette douce euphorie passée, il leur faudrait trouver un moyen de sortir d'ici. Ainsi, lorsque leur fou-rire fut dissipé, ils se mirent à observer les lieux que révélaient désormais les nombreux feux-follets d'Assylia. Enfin visible, le plafond était à une hauteur vertigineuse, à des centaines de mètres au dessus de leurs têtes, et la salle en elle-même était jonchée de gigantesques piliers rocheux de forme concaves et étirées, prenant leurs bases à la fois sur le sol et sur le plafond. Ils n'étaient que fourmis au milieu de telles immensités, à tel point que Leever compara leur hauteur à celle d'un Lunatic Pandora.

- C'est tellement vaste, constata Leever. Comment peut-il y avoir une telle cavité sous terre ?
- La question que je me pose, c'est... pourquoi ne fait-il pas plus chaud que ça alors que nous sommes aussi loin de la surface ?
- Qu'est ce que tu veux dire ?
- On se rapproche du noyau planétaire, en théorie, la chaleur qui s'en dégage devrait nous atteindre beaucoup plus ici qu'à la surface.
- Maintenant que tu le dis...

C'était vrai. Depuis son réveil, Leever avait eu nombre de préoccupations en tête, mais jamais il n'avait pris le temps de faire cette observation. Toutefois, étaient-ils vraiment à des kilomètres de la surface ?

- Peut-être que ça aussi, c'est... une illusion ?
- Non, je ne crois pas, lui rétorqua Assylia. Je peux sentir lorsqu'une énergie illusoire est à l'œuvre, et crois-moi, ce n'est pas... Quoi ?

Elle venait de remarquer la stupeur de Leever à la mention de cette dernière capacité. Le mercenaire était à la fois impressionné et intrigué.

- Excuse-moi, c'est juste que... Tes pouvoirs sont tellement différents des miens, ou de tous les autres Zerkas que je connais.
- Je ne suis pas... tout à fait une Zerka conventionnelle. C'est difficile à expliquer maintenant, on ferait mieux d'explorer un peu cette caverne, tu ne crois pas ? On y trouvera peut-être la source de notre appel de détresse.

Acquiesçant, un peu à contre-cœur, Leever emboita le pas à son amie. Il aurait bien voulu comprendre en quoi elle se considérait si différente des autres, mais il décida de remettre son interrogatoire à plus tard, car il y avait plus urgent. Ils se mirent en marche.

- Tu devrais économiser un peu ton énergie, tu sais, lui conseilla son amie. Mes feux-follets nous éclaireront, alors tu n'as plus besoin de garder cette forme.
- Certes, mais...
- Tu te fais du souci pour moi ? T'en fais pas, j'ai de la ressource ! Et puis, je n'ai pas besoin de me transformer pour utiliser ce pouvoir.

En disant ça, elle souhaitait se montrer sereine. Mais en réalité, ce n'était pas du tout l'impression qui se dégageait d'elle. Sa respiration était saccadée, ses yeux marqués par la fatigue, et de temps à autre, l'un de ses feux-follets se dissipait subitement. Leever avait beau lui vouer une admiration grandissante, elle n'était pas plus impérissable que lui ou un autre.

Au bout d'une heure passée à explorer, sans succès, une portion de cette vaste cavité, le tandem s'arrêta un instant pour faire une pause. Non loin d'eux, un lac de bonne taille attira leur attention, mais en s'en approchant, Leever constata à nouveau que cette eau avait un aspect terne peu engageant.

- Bon sang, qu'est-ce qui ne va pas avec cette eau ?...
- Elle est terne, celle-là aussi ? lui demanda Assylia, un peu plus loin.
- On dirait qu'elle a été empoisonnée ou corrompue par je-ne-sais-quoi.
- J'ai croisé plusieurs sources, avant que je n'arrive ici. Elle étaient toutes dans le même état.

De tous les maux dont il était, ou avait été victime ces dernières heures, la soif était probablement ce qui le tiraillait le plus en ce moment. Ses lèvres étaient sèches, et la tentation de boire cette eau, même impure, grandissait en lui. Le démon souhaitait-il qu'ils en arrivent là ? Errer, agoniser, pour finalement céder et lamper de cette eau pestiférée ?
Soupirant, il s'efforça de contenir sa soif et rejoignit son amie. Ils s'apprêtaient à reprendre leur chemin, lorsque soudain... Un rugissement retentit.

- De la compagnie, fit Assylia.

Leur premier réflexe conjoint fut de se métamorphoser. Elle était trop loin pour que les feux-follets ne puissent l'éclairer, mais la plainte sporadique de la créature témoignait qu'elle se rapprochait d'eux à grande vitesse. Leever repensa alors au tunnel qu'il avait dû emprunter pour parvenir jusqu'ici, et sa supposition qu'il avait été creusé par un genre de ver géant.
Malheureusement pour eux, il avait vu juste.

Dans une clameur assourdissante, le monstre bondit soudain hors de l'obscurité, la gueule circulaire ornée de dents acérées ouverte, puis plongea aussitôt sous terre où il disparut. Le sol trembla un instant, puis un silence oppressant s'installa bientôt autour d'eux.

- Attention, l'avertit Assylia. Il peut ressortir de n'importe où !...

Le silence se prolongea. Leever avait tous les sens en alerte... Assylia scrutait d'un œil nerveux les alentours, guettant sur le sol la moindre petite fissure. Le temps s'était arrêté autour d'eux...
Soudain, quelque chose craqua sous les pieds de Leever.

Tout alla très vite. Lorsque le Zerka avait senti le sol se craqueler sous lui, il s'était projeté en retrait d'un brusque battement d'ailes vers l'avant, s'échappant in-extremis de la zone létale d'où jaillit la bête cylindrique qui, dans sa trajectoire ascendante, grimpa jusqu'à une bonne vingtaine de mètres du sol où elle laissa échapper une plainte rugissante visant à intimider ses proies. Une partie de son corps brun et luisant restait toutefois immergée sous terre, dans le tunnel qu'elle venait juste de creuser. D'épais filets de bave dégoulinaient de son orifice denté, d'une acidité si virulente qu'au contact du mucus, la roche se désagrégeait à vue d'œil.

Épées en mains, les deux ailés s'envolèrent. Partant seul vers le haut, Leever tenta une première approche en direction de la tête, mais celle-ci se balança brusquement de gauche à droite, empêchant l'épéiste blond de l'atteindre. Armant son bras droit, il lança alors son épée en sa direction. Le petit éclair de métal luminescent, que Leever contrôlait par l'esprit, se mit à zigzaguer dans les airs, puis à tourner autour de la créature déchainée à la recherche d'un angle d'attaque. Irrité par ce "moucheron" de métal, le ver effectua une brusque ruade vers l'avant pour contrer la source du problème, mais Leever eut largement le temps d'esquiver. Le monstre n'était pas d'une grande rapidité, mais il fit montre d'une vigueur titanesque lorsqu'emporté par son élan, il percuta de plein fouet un pilier qui se trouvait juste derrière. Sa gueule béante et dentée s'y était bien encastrée, et c'est à ce moment précis que l'épée virevoltante fendit l'air, s'abattant tel un coup de poignard sur la membrane bestiale. Hélas, à la grande surprise de Leever, au lieu de perforer, son épée ricocha subitement sur la peau luisante du ver avant de lui revenir dans les mains.

- On a la peau dure, à ce que je vois...

Après avoir poussé un cri étouffé, le colosse se dégagea enfin du pilier dans lequel il s'était encastré, laissant là un énorme trou béant, puis se tourna vers l'épéiste incrédule. C'est alors qu'il retentit de nouveau.

- AAAIDE... DEEEEV... DEVOOOO...

Leever tressaillit à l'écoute de ce râle, qu'il entendait pour la énième fois avec toujours la même incapacité d'en déterminer la source. Il jeta un œil autour de lui, et s'aperçut alors de la disparition d'Assylia. Où était-elle donc passée ?
Pas le temps de s'en soucier, car à peine s'était-il remis du choc que le ver effectua une nouvelle ruade sur le Zerka, contraignant ce dernier à esquiver vers le haut. Aussitôt, il contre-attaqua d'une taillade virulente sur le front de la bête, mais c'est à nouveau sur l'impénétrable membrane que son épée se heurta vainement. Il avait pris des risques, et le paya net. A bout portant, la tête du ver se balança brusquement et percuta Leever de plein fouet, le projetant droit vers le sol où il termina brutalement sa chute. Étouffant un cri de douleur, il chercha à se relever mais la douleur qu'il ressentit au dos faillit le faire hurler. Malgré ses efforts pour se redresser et amortir sa chute du mieux possible, tout l'arrière de son corps avait subi de plein fouet la violence de l'impact avec la roche dure qui recouvrait le sol. Il serra les dents, se redressa légèrement puis... retomba aussitôt.
Le ver se tenait juste au dessus-lui, probablement ravi à l'idée du festin qui l'attendait. Dans une tentative désespérée, Leever fit décoller son épée qui alla se heurter piteusement, une nouvelle fois, contre la robuste façade bestiale. Il ne pouvait plus se relever, ni même s'envoler ; l'une de ses ailes refusait de lui obéir. Soudain, la bête se mit à inspirer profondément, ce qui créa un puissant courant aspiratoire directement relié à sa gueule béante. Sentant qu'il allait se faire aspirer, Leever empoigna son arme et, du peu d'énergie qu'il lui restait, en planta profondément le fer dans le sol. Il s'y accrocha pour résister à l'attraction croissante de l'aspiration, peu emballé à l'idée de découvrir de l'intérieur les entrailles de la bête. Plus qu'à son épée, c'est à sa vie qu'il s'accrochait désespérément, réfléchissant, vite, plus vite encore, à la recherche d'une solution. Mais aucune bonne idée ne suffirait à outre-passer les méfaits d'un corps brisé.
Il allait craquer...
Non ! Il fallait résister, encore un peu...
Il allait craquer !...

Chronos_Squall
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Niveau 10
22 octobre 2012 à 20:26:09

(Chapitre XLVIII - fin)

Et tout s'arrêta, lorsque retentirent tour à tour une détonation et un rugissement de douleur. L'aspiration avait cessé, subitement, et le monstre se tordait maintenant dans tous les sens. Leever releva la tête pour observer la scène, mais ne comprit pas ce qui venait de se passer. La bête souffrait le martyre, pourtant, il ne voyait rien ni personne autour d'elle. D'ailleurs, il n'apercevait toujours pas Assylia...
Ce n'est qu'en voyant se dégager la partie jusque-là immergée sous terre du corps cylindrique qu'il comprit alors la tournure des événements. Pendant qu'il luttait avec le monstre, Assylia s'était engouffrée par l'autre trou, là où le ver avait plongé la première fois, empruntant ainsi le tunnel de façon à se retrouver juste en dessous de la partie immergée, sans défense. Il ne savait pas comment, mais au vu de l'état dans lequel se trouvait la "queue" du monstre, il supposa qu'elle lui avait asséné cette terrible attaque qui provoque une implosion dans le corps d'une créature. Mais pour cela, il lui aurait fallu enfoncer son épée à travers la membrane du ver. Comment s'y serait-elle prise ?

Et pourtant, sa déduction était juste. Une fois la queue démolie du ver géant hors du trou, la jeune femme en jaillit alors, aperçut son ami agonisant et s'en approcha en hâte.

- Pardon, j'aurais dû te prévenir... Je vais te soigner.

De sa main droite, elle releva légèrement Leever qui esquissa une grimace de douleur. Elle disposa alors la paume de son autre main face à lui, et l'instant d'après, une ribambelle de lumières dansantes entourèrent le Zerka blessé qui sentit alors la douleur s'amenuiser. Il s'appuya sur ses mains puis se releva péniblement sous le regard rassuré d'Assylia. Plus loin, le ver géant continuait de se tordre de douleur dans tous les sens, ne prêtant guère plus attention à eux.

- Tu te sens mieux ?
- Ça ira... Encore un de tes pouvoirs ?
- Non, fit-elle d'un air amusé. Un simple Soin Max.

Il s'était rétabli désormais, et sentit de nouveau ses deux ailes lui obéir au doigt et à l'œil. La douleur n'avait pas totalement disparue, mais elle était bien plus soutenable qu'auparavant.

- Non, je veux dire... Comment tu as fait pour lui percer la peau ?
- Ah, ça... Je...

Mais d'une horrible plainte, la bête furieuse interrompit Assylia avant qu'elle ne puisse terminer sa phrase. Les deux Zerkas se retournèrent d'un trait, prêts à reprendre la bataille, attendant de pied ferme la créature contrariée par cette attaque en traître. Toutefois, alors qu'elle aurait dû charger en leur direction, elle s'était immobilisé d'une façon étrange... et inquiétante.
C'est alors que, juste au-dessus de sa gueule, une fente horizontale se dessina subitement sur la peau du ver, puis s'ouvrit net pour laisser apparaître un énorme globe oculaire dont l'iris luisait d'un jaune mauvais. Lorsque son regard monoculaire se fixa sur ses adversaires stupéfaits, la créature rugit à nouveau, s'aplatit de tout son long sur le sol rocheux, puis s'élança en leur direction en poussant un énième hurlement de rage. Leever et Assylia partirent chacun d'un côté pour esquiver la charge, mais le corps cylindrique du ver pivota aussitôt dans un mouvement fluide et précis, sans même freiner sa course. Il avait décidé de poursuivre celle qui l'avait blessé. Voyant l'ignoble monstre la prendre en chasse, Assylia décolla brusquement du sol pour trouver refuge dans les hauteurs, mais son prédateur réagit alors de manière insoupçonnée en déployant sur son "dos" une paire d'ailes fines et membraneuses qui lui permirent de décoller dans les airs à son tour, sous le regard sidéré des deux Zerkas. Pendant que son amie forçait l'allure pour échapper à son obstiné de poursuiveur, Leever réfléchissait à un moyen de lui venir en aide. Mais que pouvait-il faire contre une telle carapace ? Que pouvait-il faire ?...

- Leever !! Attaque-le !! Fais-moi confiance !!

Elle lui avait hurlé ces paroles tandis que l'écart entre elle et le gouffre denté du ver se resserrait un peu plus chaque seconde. L'instant d'après, Leever s'envola d'un air décidé et ajusta sa course pour parvenir au niveau de l'ennemi aérien. S'efforçant de chasser de son esprit le moindre doute, il arma son geste...

- Acuere ! hurla une voix.

Assylia s'était retournée brièvement, sans ralentir, et avait lancé de sa main un éclair rougeâtre qui enchanta aussitôt la lame de Leever d'une aura rouge tourbillonnante. Avec une énergie non-contenue, celui-ci abattit son épée dans le corps du monstre... et le perfora instantanément !
Galvanisé, il poursuivit son geste avec un maximum d'amplitude, entaillant sur la longueur le tronc luisant de la bête hurlante, qui, après s'être brutalement stoppée dans les airs, s'écroula à terre, inerte.

- On l'a échappé belle, fit Assylia en revenant sur terre.
- C'est grâce à toi, lui répliqua Leever en l'imitant.

Ils s'approchèrent avec prudence de la carcasse meurtrie du monstre. Il ne bougeait plus. La plaie profonde que lui avait infligée Leever semblait bel et bien avoir eu raison de lui. Non, il ne bougeait plus, s'assurèrent-ils à nouveau. Soulagé, Leever se retourna et se prépara à repartir. Mais Assylia voulut en avoir le cœur net une dernière fois. Elle se rapprocha un peu plus. Il...

- ...a bougé !!

Leever fit volte-face de nouveau. Son œil jaune s'était ré-ouvert, et son corps tout entier était parcouru de spasmes, témoignage d'une volonté tenace de se relever. Assylia recula, et tendit alors les deux mains face au monstre agonisant. Il commençait déjà à se relever, pire encore, la plaie cicatrisait à une vitesse hallucinante ! Leever n'en croyait pas ses yeux.

- Il se régénère ?!

Reprenant son épée, toujours entouré d'une aura flamboyante, le Zerka entreprit d'en finir tant qu'il le pouvait encore. Il s'élança...

- Non ! Écarte toi, je m'en occupe, lui ordonna son amie.

Leever hésita, puis décida une fois de plus de lui faire confiance. Il se mit en retrait, observant d'un œil intrigué la suite des événements. Les paupières closes, concentrée, Assylia gardait les deux mains jointes en avant, pointées sur le monstre qui récupérait toujours devant elle. Haussant les yeux tout autour de lui, Leever constata un changement dans l'attitude des feux-follets errants. Tous convergeaient vers eux, comme s'ils étaient attirés par une force d'attraction invisible. Des dizaines de flammes errantes se regroupèrent ainsi juste au-dessus de la bête et se mirent à tournoyer autour d'elle, donnant à leur trajectoire circulaire des aspects d'auréole bleutée. A mesure que les plus éloignées des leurs rejoignaient cet anneau de funeste augure, les feux-follets gagnaient en vitesse de façon exponentielle. Et lorsqu'elle seraient enfin toutes regroupées...

- Attention !! hurla soudain Leever.

Hélas, le ver n'avait nullement l'intention de se laisser abattre ainsi. D'un grondement plus tonitruant que jamais, il informa ses proies récalcitrantes de sa totale régénération. Sa pupille cerclée de jaune se posa sur Assylia et, aussitôt après, il fondit vers la jeune femme, imperturbable, qui n'ouvrit pas même un œil. Le danger était pourtant imminent ! La crispation se lisait sur le visage de Leever. Il ne devait pas intervenir, pourtant... !
Le ver touchait au but. Plus que quelques mètres, désormais, et sa vengeance serait accomplie !... Il allait l'avoir !
Mais alors, à ce moment-là, l'auréole fut complétée.

Une fraction de secondes après que l'eut rejoint le dernier des feux-follets, l'anneau enflammé s'écrasa d'un trait sur le sol et dressa, tout autour du ver, un mur de flammes bleues qui, bien que très hautes, étaient loin d'atteindre le plafond. Le monstre l'avait bien compris, et tenta de contourner l'obstacle en s'envolant vers le haut. Peine perdue. Ayant pris un peu d'altitude, Assylia projeta de toutes ses forces sa fine épée à la manière d'un javelot. La lame fusa à travers le mur de flammes pour aller se planter en plein milieu du cercle aux contours incandescents, où elle s'illumina d'une lueur toute aussi bleue que le reste. D'étranges motifs se révélèrent alors sur le sol, puis soudain, le ver ailé fut tiré vers le bas par une force invisible. Les parois enflammées se mirent ensuite à se resserrer autour du monstre, hurlant, grondant, qui de son œil apeuré voyait s'éloigner au dessus de lui ses dernières chances de survie. Lorsque finalement, les flammes se réunirent au point central, elles explosèrent dans une détonation surpuissante et une gigantesque, majestueuse colonne de feu s'éleva dans les airs à l'endroit où gisait le ver, si intense qu'elle illumina à elle seule l'intégralité de la caverne, si haute et ravageuse qu'elle parvint à atteindre le plafond, et même à le perforer ! On aurait dit un véritable geyser de flammes bleu. Aucune chance que leur adversaire ait pu en réchapper...
Et en effet, lorsque le feu s'estompa, il ne restait plus rien du pauvre ver, même pas la moindre cendre. Seule l'épée d'Assylia demeurait là, immaculée. En l'absence des feux-follets, il ne restait plus désormais que l'arme d'un Leever exultant pour repousser l'obscurité retrouvée.

- On a eu chaud... Mais pas autant que lui, on dirait ! se réjouit-il.

Assylia se tourna vers lui, un sourire forcé aux lèvres. Elle était hors d'haleine, et son vissage ruisselait d'épuisement. Avec difficulté, elle s'approcha du foyer éteint pour reprendre son épée, les jambes flageolantes. Elle fit ensuite un pas en direction de Leever, chancela, en fit un deuxième... Et perdit l'équilibre subitement. Fort heureusement, le Zerka se hâta pour la rattraper in-extremis.

- Je suis... vidée...
- Quel sort incroyable ! C'était fant... Assylia ?!

Elle s'évanouit alors dans les bras de Leever. Après la débauche d'énergie qu'elle avait dû mettre en œuvre pour les sauver du pétrin, la pauvre n'en pouvait plus. La fatigue, se rassura Leever. Il la regarda longuement d'un air admiratif, charmé qu'il était par l'élégance et l'abnégation de cette femme dont le visage doux désormais si paisible lui prêtait des trais angéliques. Ils ne s'étaient rencontrés que depuis peu, et pourtant, elle lui avait déjà sauvé la vie à maintes reprises. Plus que n'importe qui, elle méritait bien ce petit instant de détente.
Hélas, leur destin ne fut pas de se reposer à cet instant-là.

Car le mérite, aux yeux d'un démon sans retenue,
N'est rien de plus qu'une notion superflue.
Ainsi le mercenaire découvrit-il, en se retournant,
Horrifié, tous ces iris jaunes l'observant.

-------------------

Voilà pour ce chapitre !
N'hésitez pas, si vous avez eu le courage de lire tout ça, à me faire part de vos impressions.
Oui je sais, c'est beau de rêver parfois :o))
En tout cas, je vous annonce que la suite sera pleine de rebondissements. Si ça, c'est pas du teasing...

Serahlight
Serahlight
Niveau 10
04 novembre 2012 à 19:27:03

:salut:

J'ai lu ta fanfic je la trouve bien réussite je trouve que c'est bien écris tu détailles bien les personnages comme les combats, donc hâte de voir la suite :)

Chronos_Squall
Chronos_Squall
Niveau 10
05 novembre 2012 à 22:49:34

Merci, ton commentaire est la petite lueur inattendue qui vient d'éclairer ma soirée :o))

La suite est pas encore en chantier, mais ça ne saurait tarder ! A vue de nez, ça sortira dans deux ou trois semaines, grand max.

Ekud
Ekud
Niveau 28
07 novembre 2012 à 23:46:54

Bon.

C'est quand que va y avoir de la joie et de la bonne humeur ? :noel:

Chronos_Squall
Chronos_Squall
Niveau 10
09 novembre 2012 à 22:04:56

Ah ça, je ne peux pas trop te le dire.
Mais si tu crains d'avoir à te tailler les veines lorsque la fic sera finie, je te rassure tout de suite, ça n'ira pas jusque là :o))

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