Roland alla dans la salle de bains. Il se déshabilla, et entra dans la douche. Il la prit rapidement. La sensation de l´eau tiède qui coulait sur son corps lui était devenue désagréable. De plus, sa poitrine était sensibilisée par la blessure à la poitrine qu´Irvine lui avait infligée. L´eau l´irritait, et la douleur lui rappelait son réveil, sur cette planète déserte... Alors qu´il croyait pouvoir se reposer à ses côtés à jamais...
Mais la colère qui l´avait envahi lorsqu´il l´avait réalisé pour la première fois ne revint pas... Le désir de tout détruire, la soif de vengeance étaient éteints. Ils étaient toujours là, mais n´éclataient pas dans le coeur de Roland, ne se propageaient pas à tout son corps.
Son coeur était déséspérément vide et souffrant. Une sorte de chatouillement qui semblerait pouvoir porter ses battements, mais qui par manque de volonté n´est qu´un poids les entravant... et qui par conséquent est désagréable. Comme l´élan qui porte le coeur avant un moment heureux, dans les instants de détresse il l´étouffe, en étant tout autant impossible à satisfaire. Quelque chose contre laquelle on ne peut rien faire...
La tristesse, la souffrance...
. .. Et le désespoir. Car il savait qu´il ne la reverrait jamais. Le regret, car il aurait donné n´importe quoi pour revenir au moment où elle avait été tuée, et recommencer à combattre...
La haine, contre Ansset qui l´avait tuée froidement... Mais cette haine était intarissable, même en ayant tué Ansset en lui faisait subir la plus intense des peurs, sa soif de vengeance était toujours là...
Le mailaise, car il ne lui restait rien à faire ici... Ses seuls moments de répit étaient ceux où il se transformait en cette bête sauvage et violente... Alors l´élan dans son coeur se mettait à le porter. Sa colère, sa souffrance, alors elles se mettaient à faire battre son coeur, tel un tambour de guerre, primitif et brutal, violent et sauvage... et puissament intense... Il ne pouvait lutter contre. Il ne pouvait que se laisser emporter. Et la douleur dans ses mains et dans ses pieds, lorsqu´il frappait, les impacts qui résonnaient dans ses os craquant le long de ses membres, et dans son crâne, lui faisaient oublier l´engourdissement de son coeur.
Mais il était Roland. Roland l´homme, comme il ne l´avait pas été depuis longtemps. La bête someillait, paisible en lui pour l´instant. Il avait du mal à se tenir debout sur ses jambes. Le miroir reflétait un visage aux joues creuses, aux yeux ternes et peu ouverts. Un regard totalement désintéressé, qui voyait les choses sans les interprêter. Le regard de quelqu´un qui n´a pas d´illusions, qui ne croit pas à la magie du monde et de la vie. Qui n´a pas de rêve ni de but, un regard vide. Vide, mais profond. Il ne reflétait rien. Il n´était pas plus pénétrant que ça. Et on ne lisait rien à l´intérieur. Comme deux pierres... Mais une telle froideur n´était pas naturelle. A voir une telle froideur, on se doutait que Roland n´était pas simplement froid, qu´il avait une vie derrière lui.
Mais pas devant. Comme si elle était déjà finie.
Et voilà que ce regard perdait toute substance, qu´il ne regardait plus son reflet dans le miroir. Ces yeux n´étaient que les projecteurs du souvenir.
Il voyait son visage... Elle était derrière lui, elle fermait les yeux et posait la tête contre son épaule. Il arrivait presque à la sentir.
Il se retenait de cligner des yeux, il savait qu´elle disparaîtrait. Il n´essayait pas de la toucher. Il restait totalement immobile, à mesure que les larmes lui montaient aux yeux...
Il sentait de nouveau ses lèvres contre les siennes, il se rappelait comme il promenait ses mains sur son corps...
Les larmes coulaient sur ses joues, et il se rappelait comme elle les séchait, il se rappelait comment elle le caressait, comme il lui souriait et soupirait de satisfaction quand elle passait ses mains sur l´aine, comme ils riaient ensemble...
Non, il n´avait plus aucune force. Plus aucune force dans les jambes pour le tenir debout. Il tomba à genoux, prit son visage dans ses mains, et éclata en sanglots. Des sanglots non pas de tristesse, mais de douleur. Des larmes mêlées d´intenses gémissements plantifs, des pleurs au milieu desquels il reprenait sa respiration bruyament, avant de recommencer à gémir tout aussi bruyament...