Otheym: Tu sais... Esthar est une ville morte. Et déprimante. Je provoquais les gens, au lycée. Je faisais semblant d´être homo pour me foutre des gens.
Il sourit en disant ça.
Otheym: Je me suis fait de très bons amis avec cette image. Bien sûr, je me suis fait aussi beaucoup taper dessus parce que je les fréquentais. Esthar ne tolère pas les gens différents. Au début, les gens pensaient que j´étais juste bizarre, un gosse un peu perturbé. Mais dès qu´on m´a collé l´étiquette " gay", je me suis retrouvé libre de faire le con et d´obtenir que certaines gens ne s´approchent pas de moi. Au lieu de dire aux gens de me foutre la paix, je leur faisait croire que j´étais homosexuel et ils ne me fréquentaient pas. Mais j´ai fait des rencontres assez effrayantes, le soir, dans les ruelles sombres, en rentrant chez moi. On m´a frappé. Plusieurs fois.
J´écrivais, à la peinture " Tout le monde est gay" sur les camions de mes voisins. Ca, c´était vraiment tordant. Enfin, pas le fait en lui même, mais ce qui se passait, le lendemain matin. Je me levais très tôt pour me promener longuement dans le quartier que j´avais avili en une nuit. C´était la pire des choses qu´on pouvait leur barbouiller sur leurs caisses. Rien n´aurait pu avoir plus d´effet.
Esthar, c´est une ville déprimante, tout y est triste, et c´était vraiment le pied de se foutre de la gueule des gens sans arrêt. J´aimais bien aller dans les soirées pour me saouler et dire des obscénités, fumer des cigares et cracher sur ces péquenots sans qu´ils s´en rendent compte. A la fin de la soirée, j´avais généralement offensé une jeune fille, qui appelait son petit ami à la rescousse pour me casser la gueule.
Je détestais tous ces gros bras. Leur vie, c´était " couper du bois, baiser, boire, parler de baise, et boire encore...". Tous liés par un espèce de patriotisme implacablement niais. Et tout ce qui était exclu de ce groupe, c´était détesté. Et j´ai toujours été maladivement féminin. J´ai même cru que j´étais gay à un moment parce que je trouvais pas les filles d´Esthar attirantes. Elles avaient des coupes de cheveux horribles et une attitude de merde...
C´est pour ça que j´ai provoqué ce type. Il m´a rappelé Esthar... Je suis désolé.
Il se serra contre elle, et, la tête dans le creux de son épaule, se mit à pleurer.