Je ne suis pas prof. Du moins, pas encore. J'ai parfois quelques classes lors de remplacement mais je n'ai pas ma titularisation.
Ma spécialité est la biologie mais je fais les remplacements en primaire. Ca m'oblige à m'interroger sur les capacités des élèves en fonction de leur âge. Un pavé après une lecture sur la dyslexie ?
Dans Apprentissage de la lecture et dyslexie : l'apport des sciences cognitives, son auteur, Liliane Sprenger-Charolles, Directeur de recherche au CNRS, présente le gain apporté par les sciences dites cognitives, c'est à dire qui traitent du cerveau humain, dans la recherche sur la dyslexie.
Tout d'abord, elle s'interroge sur ce qu'est réellement la dyslexie dont le mot sert souvent de "fourre-tout" en y attribuant toutes les difficultés liées à la lecture qui n'ont rien à voir avec elle. Ainsi, des causes abiotiques tels qu'un mauvais emploi (oral) de la langue maternelle, un "milieu" peu propice à l'enrichissement culturel et à la motivation ou encore la présence irrégulière de l'enfant en classe sont des causes environnementales défavorisant la lecture de l'enfant.
Ainsi, une difficulté rencontrée lors d'un apprentissage de la lecture n'est pas forcément synonyme de dyslexie. En effet, Liliane Sprenger-Charolles prend l'exemple d'une personne incapable de comprendre une partition de musique en la présentant comme non apte, faute de mécanisme lui permettant d'associer une note sur la portée à un son. Or, celle-ci est tout à fait capable de "comprendre" de la musique. Le problème qui se pose est donc la correspondance entre une représentation écrite mais non comprise et une représentation ne faisant pas appel à un codage spécifique.
En effet, un texte est composé de mots, correspondance écrite des sons qui sont utilisés par le langage oral. Cependant, pour un même phonème, il existe plusieurs graphèmes possibles. A ce propos, Liliane Sprenger-Charolles souligne que plus la ressemblance entre le phonème et le graphème est importante et moins les enfants éprouvent de difficulté pour l'apprentissage de la lecture. En outre, un problème de déficit de traitement des sons du langage peut être liée au décryptage de mots écrits, en particulier s'ils sont nouveaux pour le lecteur, ce qui se traduit par un déficit phonologique.
Apparemment, la dyslexie est davantage un problème physiologique qu'un problème abiotique. A ce propos, Liliane Sprenger-Charolles met en évidence qu'il est impératif pour l'enfant lecteur de posséder, en pré-requis, le bagage neuronal nécessaire pour l'oral avant même d'envisager la maîtrise de l'écrit. L'oral est lié à l'écrit donc une mauvaise perception de l'oral se ressent pour des activités écrites.
En revanche, une relation existe entre la mémoire sémantique, la mémoire imagée et la mémoire sonore. Ce qui les lie est donc d'ordre cérébral puisque c'est le cerveau qui se charge d'associer toutes les informations.
Or, la richesse du vocabulaire oral dépend indubitablement de l'environnement de l'enfant. Ce dernier n'étant pas soumis à des facteurs biotiques, un enfant peut donc assimiler plus de mots et enrichir sa mémoire lexicale si ce dernier vit dans un milieu qui lui permet un enrichissement de ce type.
En conséquence, la dyxlexie recoupe à la fois des facteurs biotiques d'ordre neuronal comme le traitement des sons de la parole mais aussi d'ordre environnemental avec, par exemple, l'influence du milieu socio-culturel.
En conclusion, l'aide qu'il convient d'apporter aux dyslexiques dépend essentiellement de ce qui leur pose le plus problème puisqu'ils n'ont pas tous les mêmes difficultés pour l'apprentissage de la lecture.
Liliane Sprenger-Charolles a publié ce texte en 2004, en tant que directeur du CNRS (centre national de recherche scientifique). Il s'agit d'un organisme public français de recherche scientifique, reconnu au niveau mondial, qui se consacre à des recherches à caractère scientifique et technologique.
Dans ce document, la recherche s'est portée sur la dyslexie afin d'en identifier toutes les causes afin de permettre de mieux cibler les différents besoins pour les différents profils de dyslexiques.
Il s'agit d'un texte récent qui nous invite à nous interroger sur ce qu'est réellement un dyslexique et à ne pas stigmatiser le mot "dyslexique" à un enfant dès sa première difficulté lors de l'apprentissage de la lecture.
Personnellement, j'ai trouvé ce texte fort intéressant. Les technologies modernes ainsi que l'étude plus approfondie du cerveau humain permet d'avoir plus de connaissances sur divers sujets, ce qui permet donc la mise en place de moyens adaptés lorsqu'il est possible de le faire. Par exemple, pour aider un enfant dyslexique, pour qui le plus gros problème pour lui est la richesse de son vocabulaire, on peut le faire bénéficier d'un enrichissement de ce dernier avec l'aide d'un adulte qui pourra, par exemple, lui lire des histoires en explicitant les mots nouveaux pour lui. Ceci contribuera également à parfaire sa mémoire lexicale.
La mémoire sémantique est spécialisée dans le stockage à long terme des idées, des événements, des structures de connaissances, des stratégies personnelles, du sens des mots. Elle est reliée à la mémoire lexicale pour l’expression par le langage – oral ou écrit – de nos idées par des unités lexicales (d'après les cours de psychologie et du développement de l'enfant vus en PE1). Cette liaison peut parfois être défaillante et explique alors la difficulté passagère à retrouver l’étiquette verbale pour désigner une idée (phénomène du « mot sur le bout de la langue »).
La capacité de rétention de la mémoire sémantique est phénoménale (bien plus grande que celle de la mémoire lexicale) sans qu’il puisse être aisé scientifiquement de l’estimer. Le recours aux stratégies sémantiques est le mode le plus efficace pour apprendre, par rapport à d’autres stratégies de mémorisation. Le codage sémantique est ainsi plus performant que le code lexical (« par cœur ») lorsque l’apprenant possède déjà des connaissances antérieures qu’il peut relier sémantiquement. C'est là que le milieu socio-culturel entre en jeu vu qu'il est différent pour chaque enfant alors que les mots utilisés en classe sont les mêmes pour l'ensemble des élèves.
A tout âge, l’apprentissage de mots concrets sous une forme imagée non ambiguë est plus efficace que la forme lexicale, orale ou écrite. Cela vaut autant pour une restitution en rappel qu’en reconnaissance, à court ou à long terme. Cette supériorité de l’image sur le mot s’explique par un double codage de l’information en mémoire à court terme lors de l’apprentissage : éléments imagés associés aux éléments verbaux. Toutefois, faut-il encore avoir le temps de réaliser ce double codage, qui nécessite au minimum 500 ms. Ce double codage débute chez les élèves au CE1, réclame 500 ms minimum en CM2 et est pleinement en place en 4ème. Ce double codage s’opère lorsque les informations imagées reconnues activent en mémoire sémantique un réseau sémantique pertinent. Les caractéristiques de l’image évoquant un concept parmi d’autres, le sujet peut alors chercher son étiquette verbale en mémoire lexicale. C’est ce processus d’identification et de sélection qui est à l'œuvre dans la dénomination d’une image, car il n’y a pas de liaison directe entre la mémoire imagée et la mémoire lexicale. Les processus de la lecture de mots, quand ils sont automatisés, sont autres : c’est une voie de recodage orthographique plus rapide que la dénomination d’images.
D'après mes connaissances personnelles, issues de mon parcours scientifique, la plasticité cérébrale est un phénomène auquel on peut rattacher cet article. Or, plus la personne est jeune et plus les réseaux neuronaux peuvent évoluer facilement pour acquérir une nouvelle technique ou un nouveau raisonnement. Ainsi, être en mesure de cibler et d'identifier ce qui pose le plus problème à un enfant dyslexique ainsi que de concevoir un dispositif pour l'aider à franchir les obstacles qu'il rencontre est d'autant plus aisé d'un point de vue physiologique que le problème aie été identifié tôt.
En conclusion, la lecture de ce document m'incite à chercher à mieux comprendre ce qui pose réellement le plus de problème(s) chez un enfant dyslexique que je rencontrerais. Cela me renforce donc dans ma conception d'analyse d'un problème constaté et d'y chercher une solution qui soit adaptée. C'est toujours préférable, selon moi, à la solution de se contenter de coller une étiquette à un problème, afin de me donner bonne conscience, sans chercher à le résoudre. Disposer de plus d'informations pour un problème ne peut qu'accroitre notre capacité à le résoudre.