Ceux qui exposent leur vie jugent peut-être qu´ils
donnent assez. Examinons ceux qui n´exposent point leur vie. Beaucoup
se sont enrichis, soit à fabriquer pour la guerre, soit
à acheter et revendre mille denrées nécessaires
qui sont demandées à tout prix. J´admets qu´ils
suivent les prix ; les affaires ont leur logique, hors de
laquelle elles ne sont même plus de mauvaises affaires.
Bon. Mais, la fortune faite, ne va-t-il pas se trouver quelque
bon citoyen qui dira : "J´ai gagné deux ou dix millions ;
or j´estime qu´ils ne sont pas à moi. En cette tourmente
où tant de nobles hommes sont morts, c´est assez pour moi
d´avoir vécu ; c´est trop d´avoir bien vécu ;
je refuse une fortune née du malheur public ; tout
ce que j´ai amassé est à la patrie ; qu´elle
en use comme elle voudra ; et je sais que, donnant ces millions,
je donne encore bien moins que le premier fantassin venu" ?
Aucun citoyen n´a parlé ainsi. Aucune réunion d´enrichis
n´a donné à l´Etat deux ou trois cent millions.
Or si la patrie était réellement aimée plus
que la vie, on connaîtrait ce genre d´héroïsme,
et même, puisque celui qui donne sa vie devait la donner,
les héros du coffre-fort donneraient encore moins que leur
dû.
Les cons à l´état pur... 