Ehoud Olmert ne démissionne pas. La commission d´enquête sur la conduite de la guerre au Liban l´été dernier l´a pourtant laminé, faisant état lundi de "très graves défaillances" directement imputables au chef du gouvernement israélien, à son ministre de la Défense Amir Peretz et au chef d´état-major de l´époque.
Selon la commission Winograd mise en place par M. Olmert lui-même en septembre dernier, le Premier ministre a lancé cette guerre sans plan d´ensemble ni objectifs clairement fixés et porte la responsabilité ultime de son échec.
Le conflit avait débuté le 12 juillet après la mort de trois soldats israéliens et la capture de trois autres par le Hezbollah libanais. Il s´était achevé 34 jours plus tard sans qu´aucun des deux objectifs affichés par l´Etat hébreu soit atteint -ni le retour des soldats capturés, ni la destruction du mouvement chiite.
Ehoud Olmert a assuré lundi qu´il "corrigerait les défaillances". "C´est un rapport sévère mais je n´ai aucune intention de démissionner", aurait-il déclaré à de hauts responsables de son parti centriste, Kadima, selon un participant à la réunion ayant requis l´anonymat. Son secrétaire de cabinet, Israël Maïmon, avait relayé le même message. "Il faut dire les choses aussi clairement que possible: le rapport détaille des difficultés, des défaillances et des erreurs de la part de tous les dirigeants, y compris le Premier ministre", a-t-il déclaré à la radio. "Le Premier ministre n´envisage pas de démissionner."
Le coup est pourtant rude pour Ehoud Olmert, désigné par la commission comme le principal responsable des ratés de l´offensive. "Le Premier ministre porte la responsabilité suprême et totale des décisions de ´son´ gouvernement et des opérations de l´armée", souligne le rapport, qui poursuit: "le Premier ministre a pris sa décision hâtivement, malgré le fait qu´aucun plan militaire détaillé ne lui avait été soumis, et sans en demander un. De plus, sa décision a été prise sans une étude rigoureuse des caractéristiques complexes du front libanais et des options militaires, politiques et diplomatiques à la disposition d´Israël". "Tout cela s´ajoute à une grave défaillance dans l´exercice du jugement, de la responsabilité et de la prudence", conclut la commission.
Amir Peretz n´est pas plus épargné. Ainsi, "le ministre de la Défense n´avait pas la connaissance ni l´expérience des questions militaires, politiques ou gouvernementales. Il n´avait pas non plus une bonne connaissance des principes de base de l´emploi de la force en vue d´atteindre des objectifs politiques". L´inexpérience de M. Peretz, ancien dirigeant syndical en poste depuis moins de six mois au début du conflit, a "affaibli la capacité du gouvernement à faire face aux défis".
Quant au chef d´état-major, le général Dan Haloutz, il a, selon les enquêteurs, agi "façon impulsive" et induit les responsables politiques en erreur sur le véritable état de préparation de l´armée. Celui qui a depuis démissionné "a échoué dans ses devoirs de chef d´état-major de l´armée et d´élément crucial de la direction politico-militaire, et a affiché des manquements dans le professionnalisme, la responsabilité et le jugement".
Ce rapport n´est que la première partie du compte-rendu de la commission, dont les conclusions complètes seront publiées à l´été. Il porte sur les six premiers jours de combat, quand les objectifs de la guerre ont été formulés, ainsi que sur les six ans qui s´étaient écoulés depuis le retrait israélien du Liban-Sud en mai 2000.
Sa sévérité devrait alimenter les appels à la démission d´Ehoud Olmert, impliqué dans plusieurs affaires, et dont la cote de popularité est déjà en berne. Une manifestation dans ce sens est prévue jeudi, alors qu´un sondage montrait lundi que 74% des Israéliens souhaitent son départ. AP
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