Voilà une petite fic que j´écris! Je l´ai déjà postée sur Bfme2!
Bonne lecture, j´ai besoin de vos critiques!
Aoki Yamada
Chapitre un
Prologue
-Tu vois quelque chose ?
-Non ! Le désert jusqu’à l’horizon.
Le désert. C’était une succession infinie de dunes et de montagnes sablonneuses écrasées sous un soleil toujours au zénith, les sables mouvants et les trop rares oasis, le lot de calamités à laquelle avaient eu droit deux paires de Dryades et d’Humains lancées à travers cet enfer véritable où chaque pas parcouru semblait vain, inutile. Et pourtant, l’abandon n’était pas permis, pas cette fois, dans cette ultime et périlleuse mission à laquelle le tout puissant Roi d’Ahami les avait affectés.
Le vieux Yukan soupira et épongea la sueur qui dégoulinait de son front d’un revers de manche tremblant. Il dévala la dune de sable, du haut de laquelle il avait tenté d’apercevoir une fin quelconque à ce décor uniforme, et il se présenta à son pied devant ses compagnons de voyage.
-C’est tellement trouble, au loin ! S’exclama Aimi, la Dryade !
-Comment aurait-il pu voir quoi que ce soit ? Renchérit l’autre, prénommée Akemi.
Une dryade ressemblait à un humain sans couleur. Leurs cheveux étaient blancs, leur peau livide et leurs vêtements étaient ornés de solides feuilles verdâtres qui s’enroulaient autour de leurs épaules jusqu’à leur taille mince et élégante.
Akemi devançait son homologue d’une tête, mais leurs ressem-blances héréditaires étaient frappantes : c’étaient des sœurs.
Yukan et Otanashi étaient vieux et ridés, mais leurs yeux brillaient d’un immortel éclat de vitalité. Yukan- surnommé le brave- portait une épaisse armure d’argent, ainsi que tous les guerriers de son ordre. Cet accoutrement, il l’aurait volontiers abandonné dès les premières lieues, si sa droiture d’esprit et son code militaire ne le lui avaient imposé. C’était un homme prompt à l’emportement, à la main légère et à la dégaine facile, mais non sans honneur.
Otanashi Yamada- surnommé le sage- portait une longue robe blanche dont l’origine, selon ses dires, n’était pas de ce monde. C’était un vieil homme calme et réfléchi, ainsi que tous les membres de la prestigieuse lignée nominale à laquelle il appartenait. Lorsqu’il parlait, tous l’écoutaient, car ses conseils étaient aussi avisés que ceux d’un oracle, et perçants, et incontestables ; ainsi son surnom à lui non plus n’était-il pas usurpé d’un seul iota !
-Il ne faut pas rester dans le coin ! Nous sommes à découvert ! Remarqua justement Otanashi. Je suggère de prendre un bref repos sur un versant d’une dune opposé à l’endroit où nous nous rendons, et d’ensuite repartir à une bonne allure. Si nous pressons le pas, (il adressa un clin d’œil amical aux dryades qui n’en avaient pas envie), nous arriverons aux marécages orientaux à l’aube.
-Tu ne comptes quand même pas marcher toute la nuit ? S’indigna la cadette des dryades. Mes jambes ne tiendront pas le coup, pas pendant autant d’heures !
-Il ne fallait pas te mettre au service du roi, alors ! Dit calmement Otanashi. Si tu as peur de marcher, qu’est-ce que ça va donner face au dragon ? Comme je l’ai dit il y a un instant, cet endroit est dangereux ! Mais en voyageant de nuit, le voile des ténèbres nous assurera une bonne protection.
Et comme il savait ses arguments indiscutables, il mit fin à leur conversation, puis il grimpa d’une dizaine de mètres et il s’installa au couvert d’une gigantesque dune de sable. Il ne tarda pas à être imité par ses compagnons. Le guerrier Yukan arborait un large sourire, rasséréné par l’accord de ce maigre repos. Il s’étala sur le sol sans retenue, relâchant ses bras perpendiculairement au reste de son corps, puis il ferma les yeux.
Otanashi regardait avec compassion l’air boudeur d’Aimi, qui prenait appui sur l’épaule solide de sa sœur. Il sourit.
- Je sais que ce n’est pas de plein gré que tu t’es lancée dans cette mission-ci. Dit-il.
La cadette se retourna et adressa un sourire à Otanashi qui voulait probablement dire : « il n’y a rien avec ça ! »
-…Mais maintenant qu’on y est, il est trop tard pour faire demi-tour ! Tu vois ces traces de pas dans le sable ? Ce sont les nôtres ! Celles que tu vois là, enfoncée plus profondément que les autres, ce sont celles de notre cher Yukan, avec sa forte ossature !
-Je voudrais bien t’y voir avec une armure sur le dos ! Ricana le guerrier.
-…Et les pas enfoncés de Yukan ont déjà parcouru les neuf dixièmes de ce désert, ainsi que les miens, les tiens et ceux de ton aînée.
-Nous somme déjà si loin ? S’exclama Akemi ! Je nous croyais à peine à la moitié du chemin!
-Si c’était le cas, nous serions tous bientôt morts de soif ! Dit le magicien. L’eau s’est épuisée très rapidement ces derniers jours, mais nous en aurons juste assez pour achever le trajet !
-Alors, une fois là-bas, nous n’en aurons plus ! S’exclama Aimi.
-Mais si, idiote ! Répliqua sa soeur. Il y a des sources d’eau dans ce pays, je l’ai lu dans un livre dont j’ai oublié le nom ! N’est-ce pas, monsieur Otanashi ?
-C’est exact ! Mais il faut se méfier des sources du pays des marais. Certaines sont délicieusement fraîches, d’autres sont mortelles, bien que de la plupart jaillisse une eau potable !
-Vous êtes déjà allé jusque là ?
-Il y a longtemps, j’ai traversé ce désert seul, et quelques fois en compagnie de Yukan. En réalité, j’ai exploré une grande partie de cette île !
-C’est la plus grande île du monde ! dit fièrement Aimi. Et aussi la plus prospère. Je n’ai jamais visité les autres, mais j’ai lu ce que je vous dis !
-vous croyez ? Dit le magicien.
Il avait parlé d’un ton mystérieux, qu’on ne lui connaissait pas ! Aussi, pour changer de sujet, il se remit debout, réveilla Yukan et ils redescendirent la dune.
-La route nous attend ! Maugréa le chevalier, tandis qu’il raccrochait à sa taille la ceinture à laquelle pendait une épée ornée de rubis rangée dans un fourreau d’argent.
-Pourquoi ? Il existe une plus grande île sur Terre ? Demanda innocemment la cadette. J’ai peine à le croire !
-Ah, si vous saviez, Dryades ! Si vous saviez…
Lachez des commentaires!
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Bravo!
C´est très interessant. Vivement la suite. ![]()
Moi je la connais la suite ![]()
Me demande d´ailleurs pq il l´a pa postée...
Te vante pas trop Jv, Linwelin a déjà tout! ![]()
Seconde partie
Ils marchèrent pendant deux longues heures en silence. Puis Yukan entonna un chant entraînant, qui fut bientôt repris en chœur par les dryades. Otanashi demeurait silencieux, comme perdu dans ses songes, jusqu’à la nuit tombante où il leur accorda une courte pause de quelques minutes. Là, il proposa aux Dryades l’eau et la portion de nourriture à laquelle elles avaient droit. Puis Yukan aborda la question inévitable du dragon noir.
Yukan et Otanashi étaient au service du roi depuis plus de dix ans. Au bord d’une retraite bien méritée, on leur avait confié une ultime mission. Accompagnés de deux Dryades mises au service du Royaume, la compagnie ainsi formée devrait traverser les déserts de l’île jusqu’aux marécages où vivait un dragon féroce du nom de Ryuko, menaçant, selon l’avis du roi, le bien-être des habitants de son royaume d’ Ahami, et le tuer. Il n’était pas dans les permissions accordées aux protecteurs de la couronne de refuser une tâche, aussi périlleuse soit-elle ! Evidemment, ce n’était pas la première fois que Yukan et Otanashi partaient en mission ; mais il en était autrement pour les Dryades, qui n’avaient aucune expérience concernant les dragons et leurs mœurs. Aussi décidèrent-ils que le moment était venu pour les explications.
-Ryuko est un dragon puissant…très puissant ! Expliqua Yukan. Je l’ai déjà rencontré une fois, quand j’avais à peu près votre âge. C’est un dragon noir : leur taille est moins conséquente que celle des dragons normaux, mais leur morsure répand dans votre sang un venin qui vous tue à petit feu. A ce dernier, il n’y a pas un temps de survie maximal, mais en général, il ne dépasse pas les deux mois.
-Et le pire, c’est qu’il n’existe aucun remède ! Poursuivit Otanashi qui voulait abréger le temps consacré au repos et à la parole. Aussi faudra-t-il faire extrêmement attention aux crocs de la bête, ainsi qu’aux longues griffes situées aux bouts de ses ailes.
-Mais comment vaincrons-nous le dragon ? Se demanda l’aînée des Dryades. Vous avez déjà établi un plan ?
Otanashi sourit à la créature, heureux de voir cette question sortir de sa bouche.
-Evidemment ! Ce n’est d’ailleurs pas le premier dragon que nous allons tuer. Expliqua le magicien. Un dragon noir est plus féroce, mais il a une faiblesse capitale : ses ailes. Si on lui arrache les ailes là où celles-ci se relient au corps, le dragon se vide de son sang en quelques minutes et il meurt peu de temps après.
Les Dryades avaient écouté le bref discours d’Otanashi avec la plus grande attention, même si ce qu’elles avaient appris ne les rassurait pas. Aimi déglutit difficilement, s’imaginant avec peine faire face au dragon pour lui arracher les ailes avec son maigre poignard d’accompagnement. Son rythme cardiaque doubla d’intensité, et un étrange frisson descendit depuis ses épaules jusque dans ses talons.
-Mais à quoi allons-nous servir ? Demanda-t-elle en regardant Otanashi avec l’espérance idiote de l’entendre dire qu’elles ne se mêleraient de rien. Notre magie est impuissante dans ce désert aride, et une fois arrivés aux marais, je doute que nous soyons en pleine forme mentale pour pouvoir l’exercer.
-Tu penses que ce voyage ne l’affecte pas ? Lança calmement Yukan. Otanashi et moi sommes plus qu’éprouvés, bien plus que vous, d’ailleurs, qui ne portez que de petites tenues de combat, pas d’armures ni de robes épaisses et chaudes. Croyez-vous qu’Otanashi n’éprouve aucune difficultés à traverser cette épreuve ?
Devant les paroles fortes de Yukan, les dryades se turent. Puis Otanashi, qui riait intérieurement du comportement entêté de ses amies créatures ajouta :
-Mais nous ne vous laisserons pas tomber dans ce combat ! Nous aussi, nous voulons vivre, et une quête où il y a des dragons est toujours une folle aventure, croyez-moi !
Sur ce, ils se mirent debout, les Dryades les premières, et ils reprirent leur route en file indienne, sous la conduite sage et rassurante d’Otanashi.
la suite est très bonne ![]()
Je poste la suite au soir! ![]()
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Continue c´est très bien. ![]()
Très interessant tout ça. ![]()
Salut!
Désolé de l´absence! voilà la suite!
Yukan sortit de la grotte à son tour. Il marcha d’un pas vif mais prudent, s’appuyant le long de la roche. Il enroula sa cape autour de son armure, de crainte que le soleil ne l’illumine et que sa présence ne soit trahie. Il repéra une autre caverne, à l’opposé de celle où étaient cachées les Dryades. Un pont reliait probablement les deux flancs de l’abîme autrefois, pensa le chevalier. La grotte dans laquelle il se tapit était plus étroite et plus basse que celle d’en face, et Yukan dut courber le dos tandis que son regard fixait Otanashi, qui attendait, droit, inébranlable, au centre du cratère.
Aimi prit la main de sa sœur et la serra très fort. Puis elles avancèrent jusqu’à passer leur tête au dehors de la caverne. Elles scrutèrent le ciel. Il était dégagé, sans nuages, et bientôt elles aperçurent l’énorme tache noire du corps de Ryuko. Le dragon feula, toujours plus fort. La majeure partie de son corps était noire, ses yeux brillants d’un rouge écarlate naturel et ses ailes fendaient l’air avec une assurance impressionnante.
Alors Otanashi plongea la main dans l’une de ses poches, et il en sortit un rubis mauve gros comme son pouce. Il le frotta vigoureusement, sans quitter Ryuko des yeux, puis il sentit la poussière s’amonceler en un petit tas dans sa main. Son arme était prête, mais serait-elle suffisante ? Il n’aurait droit qu’à une chance, à un seul essai qui, s’il échouait lamentablement, aurait sans doute raison de lui. Comme pour cacher au dragon ce qu’il manigançait, il enfouit tout l’avant-bras dans la poche de sa robe. De la sueur dégoulinait de son front. Ses yeux ne clignaient plus, ses mains tremblaient et sa bouche était pincée d’énervement.
Ryuko atterrit à une trentaine de mètre du magicien. Il arracha dans une sauvage fin de vol un trio de jeunes palmiers qui allèrent s’écraser à l’autre bout de la carrière. Il atterrit, et tandis que sa queue martelait par à-coups la roche avec la force d’un boulet de canon, il observait Otanashi d’un air méfiant. Puis il racla le sol de ses griffes acérées et écuma de rage, feula si fort que les Dryades émirent un petit couinement que le dragon n’entendit heureusement pas. Yukan était lui aussi impressionné. Mais la peur qui le rongeait depuis quelques instants résultait d’une excitation nouvelle, un défi que le courageux chevalier allait noblement relever, envers et contre tout.
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rien à redire ah si magnifique
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Tout ça lol?
Merci, la suite tantôt! ![]()
-C’est encore plus terrible que ce à quoi je pensais. Murmura Aimi à sa sœur.
-Oui ! Répondit Akemi. Mais évite de trop parler, les dragons ont l’ouïe fine ! J’imagine qu’Otanashi nous préviendra quand intervenir. Il faut que nos mouvements soient en parfaire coordination avec Yukan.
-C’est malin, ça ! On risque d’être repérés s’il crie ou nous fait signe.
-Il a du prévoir ça ! Je ne sais pas comment il va s’y prendre…mais par sa diversion, il veut nous maintenir en vie assez de temps pour que nous puissions attaquer le dragon. Donc, je doute qu’il nous fasse un signe !
C’est alors qu’une douce voix résonna dans la tête des deux Dryades. Ce n’était pas le fruit de leur imagination, Otanashi semblait vouloir entrer en communication avec elles. Au début, ce fut un timide murmure, puis sa voix se précisa, devint fluide et audible comme s’il était juste en face d’elles.
« Ne dites rien ! A mon signal, faites ce que je vous ai dit de faire ! Souvenez-vous en : à mon signal, et pas avant ! »
Puis la voix s’éteignit et disparut.
-Il sait parler dans les pensées ? S’étonna Aimi. Tu crois que Yukan l’a entendu aussi ?
-Tais-toi ! Il va donner bientôt donner le signal!
Otanashi chassa de son esprit les idées de peur et de mort pour se consacrer entièrement à son combat. Il en appela à toutes ses forces et à toute sa précision, afin que le jet de poussières atteigne sa cible. Quand il jugea le dragon assez près de lui, il ouvrit la main et les poussières de rubis s’éparpillèrent, tel un essaim d’abeilles s’extirpant d’une ruche. Au début, elles virevoltèrent dans tous les sens, puis, comme saisies d’un ordre qu’elles seules pouvaient entendre, elles s’élancèrent à toute vitesse en direction du dragon.
Celui-ci n’en vit rien, jusqu’au moment où les poussières, au contact de sa peau écailleuse, se transformèrent en un véritable déluge d’explosions de flammes et l’aveuglèrent.
« Maintenant ! »
Aimi, Akemi et Yukan bondirent hors de leur cachette, et descendirent derechef la pente raide, l’épée à la main. Les Dryades hurlèrent pour se donner du courage. Yukan fit de même peu de temps après. Ils arrivèrent bientôt à quelques mètres de Ryuko, qui se débattait férocement contre les gerbes explosives qui lui brûlaient le visage et le forçaient à garder les paupières fermées.
« Attaquez »
Aimi s’élança la première vers Ryuko. Un coup d’aile involontaire faillit la transpercer en deux de plein fouet, mais elle eut un réflexe qu’elle-même trouva impressionnant, et elle parvint à l’éviter. Cependant, le dragon les avait entendues. Mais avait-il repéré Yukan ? Il ne portait que des coups d’aile en direction des sœurs Dryades. Et tandis que celles-ci peinaient à les esquiver, Yukan approchait lentement mais sûrement de sa cible, l’épée serrée dans la main.
Puis tout se passa très vite. Le dragon, toujours aveuglé, se remit debout et balaya de coups d’ailes encore plus virulents les alentours, comme s’il était assailli par de vulgaires mouches un peu trop exaspérantes à son goût. Yukan ne vit pas le coup d’aile venir, et fut projeté contre les rochers.
-Noon ! Hurla Aimi ! Yukan !! !
« Tais-toi ! »
Akemi n’eut pas le temps de poser sa main sur la bouche de sa cadette. Le dragon les avait déjà localisées. Il s’avança dans leur direction, et sous ses pas, le sol tremblait et résonnait comme jamais. Les deux sœurs auraient été piétinées si Otanashi n’avait pas concentré le peu de forces qu’il lui restait dans une petite déflagration qui alla percuter l’aile de Ryuko. Celle-ci s’embrasa de minces flammèches qui se dissipèrent bien vite. Le monstre tourna la tête en direction du magicien. Ce dernier n’aurait rien pu faire, épuisé par les sorts qu’il avait lancés, et il ne sut éviter la griffe sur l’aile du dragon qui alla se planter dans son bras, arrachant au malheureux un atroce cri de douleur.
Je poste la suite en soirée normalement! ![]()
Mais les Dryades, ayant profité de ce que le dragon était occupé avec Otanashi, avaient contourné la bête féroce et s’apprêtaient à lui asséner deux puissants coups de couteau. Malgré cela, alors que la lame atteignait sa cible, le dragon s’ébranla les ailes et les sœurs furent balayées de plusieurs mètres sur le sol.
Ryuko poussa un cri strident qui devait être un ricanement, puis il se tourna vers Otanashi qu’il se préparait à achever. Mais il s’arrêta net dans son élan. La lame de Yukan avait frappé juste.
Le dragon hurla, se débattit, s’ébranla dans tous les sens, tandis que le sang jaillissait comme une fontaine hors de son aile. Ses yeux roulèrent dans leurs orbites, se fermèrent, et finalement la créature s’effondra au sol. Sur le choc, un nuage de poussière balaya les alentours et virevolta dans les airs à bonne hauteur pendant de longues minutes.
Lorsque Yukan revint à lui, une légère brise lui caressait les joues. Lentement, il se remit debout, et examina les alentours de quelques regards brefs. Il ignorait combien de temps avait duré son inconscience. Il appela ses amis, tourna autour de Ryuko, soulevant délicatement son énorme ventre avec la crainte de retrouver l’un des membres de la compagnie sauvagement aplati sous le poids de la dépouille du dragon. Mais visiblement, personne n’avait subi un tel supplice.
Puis il remarqua au travers de la poussière qui batifolait toujours au dessus du sol un corps inerte, puis un autre quelques mètres plus loin. C’était Aimi et Akemi. Il se précipita dans leur direction en boitillant, une douleur vive dans la cheville droite et des craintes bien fondées de mort et de peine à l’esprit !
-Aimi ! Akemi ! Pleura-t-il. Eveillez-vous ! C’est fini ! Le dragon est mort ! Vous m’entendez ? EVEILLEZ-VOUS !
Mais elle ne parlèrent ni ne bougèrent. Elles étaient mortes. Du sang coulait de la bouche d’Aimi ; le teint d’Akemi était blanc, presque transparent. Il s’effondra, tenta bien de les secouer une ultime, une toute dernière fois, mais rien n’y fit.
Yukan enfouit son visage dans ses mains et pleura un long moment. Il avait trahi son serment. Ses larmes perlèrent. Abandonnant ses joues, elles s’écrasèrent sur le sable.
Puis un faible cri retentit. Otanashi appelait son aide. Mais où était-il ? Il se releva et courut à l’aveuglette au travers de toute la carrière.
La suite et l´épilogue pour ce soir!
(Logiquement)
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-Otanashi ! Otanashi ! Où es-tu ? Réponds ! Criait-il.
Il finit par retrouver le corps de son ami, reposant sur le sol dans un état pitoyable. Une griffe de dragon avait transpercé son bras, et du sang s’écoulait hors de la plaie.
-Les petites sont mortes ! Gémit Yukan. Elles gisent sur le sol sablonneux et immonde, là plus loin !
-Aide-moi à me relever ! Dit Otanashi.
Il tendit la main à son ami et le tira de toutes ses forces vers lui. Une fois remis debout, une crampe fulgurante se répandit dans le corps du vieux magicien, qui dut courber le dos sous la douleur exercée par la blessure.
-Et toi ? Dit Yukan en contemplant ce triste spectacle. Te voilà empoisonné, condamné !
-Je le sais ! dit calmement le magicien. Chiro est en route, il arrivera dans quelques minutes. Ramène-moi au village ! Nous aurons le temps de parler de cette vilaine plaie plus tard. Rends compte au roi de notre victoire, ainsi que de nos pertes, car je n’en aurai pas la force.
Il se laissa tomber sur ses fesses, ramena ses jambes contre son torse et baissa la tête comme pour se morfondre. C’était une macabre position.
-Et les petites ? Tu comptes les laisser là ? Demanda tristement l’affable Yukan. Ce n’est pas convenable !
-Tu devrais aller les voir une dernière fois ! Dit simplement Otanashi, avant de sombrer dans une profonde méditation qui n’autorisait pas d’interruption.
Yukan fit volte-face, et il retourna auprès des Dryades, les bras ballants et le cœur brisé.
Il aperçut une rose au sol. Curieux spectacle ! Pensa-t-il. Il en vint encore une autre, puis encore une, et cela ne cessait de croître.
Bientôt ses pieds furent recouverts d’herbes et de fleurs, et plus il se rapprochait des Dryades, plus la végétation affleurait.
Déjà sur les corps d’Aimi et d’Akemi, il poussait un vaste massif multicolore sur fond vert. Peu à peu, cette flore grimpa le long des dépouilles des Dryades et elles en furent bientôt recouvertes de la tête aux pieds. Et puis, soudain, le tas de feuilles s’écroula comme un vulgaire château de cartes. Les créatures disparurent, avalées par les pousses et les herbes qui maintenant s’éparpillaient au vent, dans l’air, partout dans la carrière.
Yukan regarda les fleurs ainsi voleter, s’ébattre innocemment comme si chacune d’elles était l’âme d’une jeune Dryade.
Il soupira. Puis il se saisit d’une rose restée au sol à ses pieds. Il huma son doux parfum, et dans sa tête, il revit alors le visage d’Aimi, souriante, enjoliveuse, pleine de malice et d’allégresse.
Une douce chaleur réconfortante l’envahit, le parcourut de la tête aux pieds. La pénible traversée, le combat sauvage et les pertes malheureuses semblaient n’avoir été qu’un sombre rêve dont il s’était finalement réveillé. Il caressa la fleur aux douces épines avec une étonnante délicatesse.
Puis, à nouveau, il vit une rose à ses pieds. Adroitement, il détacha sa tige du sol et il la ramena vers lui. Celle-ci était plus grande, plus claire, mais elle apparaissait si fragile et si jeune ! Lorsqu’il posa son nez sur la fleur, le visage d’Akemi fut dans toutes ses pensées. La belle riait aux éclats, dansait gaiement, insouciante de ce qu’elle avait pu endurer aux derniers instants de sa vie. A son tour, il sourit à la Dryade, lui adressa quelques clins d’œil complices que la créature lui rendit immanqua-blement. Et puis elle se remit à danser et à chanter de sa voix douce et mélodieuse. Yukan l’observa quelques instants encore, jusqu’au moment où le parfum s’atténua. Alors il revint à la sombre réalité, dans la carrière déserte et venteuse. Mais il n’eut plus envie de pleurer. Cet étrange phénomène lui rendit même le sourire. Il glissa soigneusement les roses dans la poche de sa tenue, et il alla retrouver, serein, son ami Otanashi qui l’attendait toujours dans une curieuse position.
-C’étaient des Dryades courageuses ! Dit le magicien. Je suis sincèrement désolé!
Yukan ne répondit pas, toujours bercé par les hallucinations de ses amies disparues et de l’émouvant adieu qu’elles lui avaient laissé.
-Je sais que tu es dans un étonnant état ! Poursuivit Otanashi. Mais n’oublie pas ce que je t’ai demandé. A ma mort, il n’y aura pas de fleurs !
- Aucune fleur ! Aucune ! Soupira le guerrier.