Franck Ribery ou la dérive du foot moderne
Franck Ribery est un génie du ballon rond. Il l’a prouvé sur tous les terrains où il est passé, de Brest, en National, aux pelouses allemandes qu’il foule pour sa première coupe du monde.
En deux années, il aura tout connu: le championnat national, son premier match en ligue 1, sa première expérience à l’étranger, sa première sélection en bleu chez les espoirs, puis chez les A et bien sur, son éclosion médiatique au sein de l’Olympique de Marseille.
Depuis deux ans, Franck Ribéry a mystifié par ses dribbles déroutants bien des défenseurs... mais aussi des dirigeants et des supporters.
La fulgurante ascencion de Franck Ribéry est unique dans l’histoire de football. Mais elle est aussi symptomatique de toutes les dérives du foot business, ce football à la Aulas, ce football de l’argent où tout s’achète et où l’amour du maillot ne pèse plus rien.
Franck Ribéry s’aprète à faire une nouvelle victime, et non des moindres: l’Olympique de Marseille. Encore meurtri du départ forcé de l’idole Drogba, les supporters olympiens voient une nouvelle fois le sol se dérober sous leurs pieds. Le joueur qu’ils ont porté vers la Coupe du Monde, qu’ils avaient intronisé idole de tout un peuple, calife en l’absence du calife ivoirien, leur tourne le dos, répondant aux appels malsains et insistants de l’argent lyonnais.
A vrai dire, à bien regarder le parcours du néo international, il n’est pas étonnant de le voir prendre aujourd’hui une telle décision. Si beaucoup tombent des nues à la lecture de l’interview donnée par Ribéry depuis Aerzen, au journal le Parisien, nul doute que tel n’est pas le cas de Carlo Molinari ou des dirigeants de Galatasaray, premières victimes de la méthode Ribéry, adepte du transfert musclé. Et si l’OM a profité il y a un an de ces méthodes, le retour de flamme brule terriblement, et fait prendre conscience à tous de la difficulté de diriger un club aujourd’hui.
Tiraillés entre la pression des supporters et les caprices de stars des vedettes du ballon rond, la position des présidents de club est intenable. Dans le cas de Franck Ribéry, il semblerait néanmoins que les supporters marseillais soient décidés à faire corps avec l’équipe dirigeante, justifiant par avance des choix difficiles à opérer en prévision du bras de fer qui s’annonce. Car en effet, et c’est la là leur première réaction, les Olympiens sont dégoutés par tant d’ingratitude.
Là où le roi Drogba était parti la mort dans l’âme, Ribéry affirme sans honte: "Mon seul souhait, ne plus jouer à l’OM". En une phrase, Franck Ribéry, vient de se mettre à dos tout un stade, toute une ville, et tous les supporters marseillais. Franck Ribéry ne jouera plus à l’OM.Pas parce qu’il veut partir, mais parce que les supporters n’en veulent plus. Le ban pour le blasphèmateur.
Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant de retrouver Jean Michel Aulas, dont les idéaux se confondent avec ceux de Ribéry. L’argent pour unique moteur et comme seul objectif. Quitte à tout renverser sur son passage, quitte à décevoir et semer la zizanie.
Dans ces conditions, on ne peut que louer l’attitude de ces gentlemen du foot qui préfèrent leur maillot, leur public, aux contrats juteux proposés par la concurrence. Franck Ribéry représente le symbole de ce foot façon G14 où la passion n’a plus de place dans les stades.
Face au cas Ribéry, on ne peut que saluer comme ils le méritent ces joueurs fidèles qui, conscients de leur statut déjà privilégié, ont offert à leurs supporters une preuve d’amour. Pedro Miguel Pauleta, pour ne donner qu’un exemple, a prouvé aux supporters du PSG ce qu’était un joueur de coeur, fidèle à ses couleurs, en refusant un contrat plus juteux et une place de titulaire en Champion’s League. Face à une telle attitude, même les anti parisiens ne peuvent que s’incliner.
Franck Ribéry, à n’en pas douter, devrait prochainement payer son attitude. Les héros d’aujourd’hui sont vite oubliés, ou même détestés, surtout en France. Les héros ingrats d’autant plus.
Après cet énième caprice, l’étiquette que vient de se coller l’ancien messin ne devrait plus le lacher. Franck Ribéry le solitaire, le voyageur, l’égoïste, apprendra peut être malgré lui que l’amour des supporters ne s’achète pas, que les vertus du football ne sont pas que celles de l’argent, et surtout que l’ambition n’est pas incompatible avec le respect des autres.