Episode 8 : Sa plus belle victoire
« Mais pourquoi tu n´y est pas allé ? Enfin... ça devait compter pour lui ! Tu lui fais un sale coup, non ?
- Maman ! Tu sais bien que ça ne m´intéresse pas. Si c´est pour me retrouver au milieu de gens que je ne connais pas, à regarder 22 gamins qui tapent dans un ballon.
- Julie, tu pourrais faire un effort quand même. Ton propre mari réalise le rêve de sa vie, et tu n´es pas là pour le soutenir.
- Maman ! »
Je sais, ce n´est peut-être pas le moment idéal pour faire ça, mais il est temps que j´entre en scène, et que je fasse ce que je dois faire.
Qui suis-je ? Oh... cela importe peu. Vous pouvez m´apeller Charles, si ça vous chante.
Julie est là, allongé sur le canapé. Elle discute avec sa mère, comme souvent lorsque son mari est absent. Et cela se produit de plus en plus souvent, à cause de son nouveau travail. Et elle appelle sa mère... souvent.
Pourquoi ? J´ai bien quelques idées, même si celles-ci ont tendance à se chambouler dans ma tête. Après tout, les liens qui réunissent une mère et sa fille sont si forts, si fusionnels. Qu´y a-t-il de surprenant, quand l´être en lequel vous tenez le plus au monde a tendance à s´échapper, à échapper à votre amour, à s´enfuir dans vos coeurs.
Car il y a dans cette femme... que dis-je, cette beauté, un malheur qui ronge peu à peu son esprit.
Julie Narraud, 36 ans. Une victoire de Thomas, sa plus belle.
Julie était une superbe brune qui était plus ou moins la plus jolie fleur de la fac de Besançon. C´était elle qui avait choisi Thomas. Elle le trouvait un peu sûr de lui, gouailleur, arrogant peut-être, mais elle avait tout de suite perçu cette blessure morale qui l´enserrait si fort. Même si elle ne comprenait pas. Mais si elle ne parvenait pas à se représenter la terrible douleur qu´avait pu occasionner cette blessure, qui avait tout simplement annihiler les espoirs de Thomas, elle ressentait cette blessure, et ça l´avait ému.
Elle avait donc, dés sa première rencontre avec lui, plaqué son ancien petit ami. Un type franchement sympatique, mais, pour le coup, très arrogant, et qui se sentait malheureux s´il n´avait pas eu son lot de racines cubiques à la journée.
Thomas était drôle. De par son assurance, cette force tranquille et ses mimiques, il avait réussi à rendre intéressante une partie d´échec, exploit que Julie avait trouvé exceptionnel. Il fallait dire que Thomas, pas son talent indéniable, avait su rendre la partie en question relativement courte, ce qui arrangait bien les choses.
Elle avait donc tenté une approche subtile, afin de prendre le coeur de Thomas. En plein milieu du campus, et alors que Thomas traînait avec son groupe de potes, Julie s´était approché, l´avait enserré et l´avait embrassé, avant de lui adresser un sourire qui ne laissait aucun doute, et de s´enfuir. Bah... quand tu es d´une beauté à en crever, il y a des privilèges que tu peux t´accorder. A partir de ce jour-là, elle savait. Elle avait ressenti la flamme, et elle savait que lui n´avait pas non plus résisté à ce baiser – quand elle lui avait le sourire, Thomas était immobile, la bouche ouverte, et ne cillait pas. C´était lui, et uniquement lui.
Après cela, Thomas n´avait pas tardé à répondre. Il avait cherché à la rejoindre le lendemain, et l´avait invité à boire un café dans un quartier branché de la ville. Jamais Julie n´avait autant rit de sa vie. Avec son sacré bagout, Thomas capitivait son auditoire, et elle avait été subjugué par son aisance et sa facilité.
Le soir même, ils firent tendrement l´amour. Pour lui, c´était la première fois. Pour elle... hum. Enfin bref, elle avait été attendri par sa maladresse, mais malgré cela, elle avait pris beaucoup de plaisir. Sans aller jusqu´à l´orgasme, certe, mais malgré son inexpérence, Thomas "assurait" déjà.
Ils filèrent donc le parfait amour. Lorsqu´ils atteirent leur 27ème année, et qu´ils obtinrent une situation stable, ils décidèrent de se marier. Ce fut une fête mémorable, magnifique. Le plus beau jour de leurs vies à tout les deux. Ils allaient enfin pouvoir fonder une famille.
Mais même avec la meilleure volonté du monde, il y a des choses impossible à combattre. Et Thomas était stérile.
La stérilité, le fléau de toute famille respectable. Julie voulait absolument avoir un enfant, mais ne pouvait pas l´avoir de l´homme qu´elle aimait. Pour elle, c´était l´effondrement, mais elle ne voulait pas lui montrer. Alors, elle était resté naturelle, comme si ce n´était pas grâve. Comme si cela ne la touchait pas plus que ça
Et c´est qu´à 28 ans, quand on est un couple sans enfant, ça passe encore. A 30, ça devenait plus dû, à 32, cela deveanit insoutenable.
Et là, elle avait 36 ans et n´en pouvait plus.
Bien sûr, ils avaient parlés de l´adoption, de la fécondation in vitro et toutes les autres solutions mais cela mettait Thomas très mal à l´aise. Il avait dû mal à accepter d´avoir un fils qui ne serait pas de lui. En réalité, il était même fondamentalement obsédé par l´idée d´avoir une progéniture, et Julie soupçonnait la nouvelle de sa stérilité de l´avoir anéanti, même si lui aussi cachait ses sentiments. Toute discussion sur l´adoption n´allait donc jamais très lien. Pas que Thomas interrompe la discussion, mais il se faisait fuyant, ne semblait pas très attentif. Il semblait à chaque fois mal à l´aise et son tein blanchissait. Julie préférait donc couper court à chacune de ces discussions.
Julie avait donc 36 ans, et quand son mari partait de la maison et la laissait, elle se retrouvait toute seule, redoutablement seule, sans personne ni rien... A une époque, ils avaient même eu un chien, mais celui décéda à l´âge d´un an et demi à cause d´une intoxication alimentaire. Et elle patientait seule, que son mari rentre de ce match, et qu´il lui fasse un récit qu´elle ne comprendrait pas, et s´efforcerait de suivra avec attention pour ne pas le blesser.
Voilà, je crois que mon rôle s´arrête là. Maintenant vous savez à peu près tout. Si jamais il arrive certaines choses, vous ne serez pas perdu, même si, je l´espère tellement, ces quelques précisions s´avéreront inutile. Bon, je ne sais pas si vous avez remarqués, mais il se passe des choses au stade Paul Gasser qu´il convient de regarder plus en détail. Mais ne vous inquiétez pas, on se reverra. J´ai des choses encore à vous dire !
A plus tard !