Episode 5 : Dans la peau de Thomas Blonde
Le QG de Raon l´Etape...
Autant vous le dire, c´est un petit terrain minable à l´extérieur de la ville, avec un vestiaire digne de la réverve de Bournevelle l´Escarolle, mais c´est le centre d´entraînement de l´US Raônnaise... club de National, antichambre de la L1
Et ça, c´est la classe !
Je suis accueilli par un homme souriant, qui a l´air plus d´un businessman égaré dans la campagne profonde qu´un joueur de foot.
- Ah, j´imagine que vous êtes Thomas Blonde !
- Oui, oui, c´est moi...
- Bloody Blondy, paraît-il. C´est moi qui ait appris ça en premier. Un type qui vous connaissait de la fac...
- Ah, c´est à vous que je dois ça
Le matin même, dans l´Est Républicain, j´avais pu lire cet article.
« Le nouvel entraîneur de Raon l´Etape connu.
Jean-Pierre Rossi, président de Raon l´Etape, a dévoilé hier aprés-midi l´identité du nouvel entraîneur du club. Il s´agit de Thomas Blonde, 37 ans. Issu du milieu amateur, cet entraîneur; surnommé Bloody Blondy, fait déjà polémique à cause de son inexpérience et... »
Bon, je ne vous met pas la suite. Inutile de vous avouer que je me suis fait incendier par une presse qui, sous des termes persifleurs, mettaient en doute les compétences de Jean-Pierre Rossi... et puis les miennes bien sûr, mais bon.
Bandes de couillons... vous croyez que quand Mourinho a commencé, il avait déjà un palmarès de ouf derrière lui ? Bandes de tocards tiens.
- Thomas ?
- Hum oui...
- Je suis désolé si vous ne vouliez pas que cela s´ébruite. Je pensais que cela vous rajouterais un côté... plus humain.
- Je suis entraîneur de Raon l´Etape, pas de l´Equipe de France.
- Certes, mais ça a un côté plaisant. Les gens aiment bien les surnoms. Et celui là est particulièrement bien trouvé.
- D´accord, mais euh... excusez-moi, qui êtes vous, au juste ?
- Ah, pardonnez moi. Je me présente, Jean-Marie Henck, je suis le manager général du club.
- Ah ouais... ok... je... vous avez un poste important, alors.
- C´est moi qui m´occupe des transferts, d´ailleurs j´aurais à m´entretenir avec vous à ce sujet, un peu de l´image de club, etc... Vous aurez souvent affaire à moi. Suivez-moi, je vais vous présenter au reste de l´équipe.
Eh ben, on va pas s´emmerder... Le type a l´air complétement surexcité. Enfin bon, tout ce que je demande, c´est qu´il fasse pas chier. Il s´occupe des transferts, grand bien lui fasse, mais à partir de maintenant, il s´occupera de MES transferts. Il me conduit vers le vestiaire du club, un vestiaire tout à fait normal... pour un club de DH, bien entendu, mais bon, ne chipotons pas. A l´intèrieur, il y a 7 bonhommes, que l´autre me présente au fur et à mesure que je leur sert la main.
- Eric Champagne, entraîneur de la réserve
- Claude Truffin, préparateur physique
- Sylvain Grelier, préparateur des gardiens, aussi deuxième gardien du club.
- Pascal Genge, deuxième entraîneur des gardiens
- Paulo Joly, kinésithérapeute
- Jérôme Thomas, recruteur
- Et enfin Edwin Blondeau, qui sera votre entraîneur-adjoint, je vous laisse faire connaissance.
Et il se barre, l´enfoiré, me laissant avec les 7 autres, qui me toisent comme si j´étais une bête dans un zoo. Bordel de merde, je suis censé être le chef de ces gens, moi ? Eh ben ils feraient bien de commencer à me respecter.... et pour l´instant, c´est pas le cas. Je vais leur montrer, moi.
- Euh... salut ! Euh... comme vous le savez... je suis... euh... ben le nouvel entraîneur de Raon l´Etape.
Ah ok
Bien joué le surhomme. Mais pourquoi faut-ils que je flippe maintenant ? Je suis Bloody Blondy, terreur de la fac de Besançon...
aux échecs.
- Bref, je vais me présenter rapidement. Je me nomme Thomas Blonde, j´ai fait STAPS. Après avoir obtenu mon diplôme, je suis devenu prof de sport. J´ai aussi pris les rennes du club amateur de Saint-Maurice sur Moselle, avec lequel j´ai obtenu quelques succès. Et... ben me voilà quoi !
J´avoue n´avoir jamais essayé d´imaginer quelle serait la réaction de mecs qui se rendent compte que leur futur patron sort de nulle part et n´a absolument aucune expérience.
J´ai bien fait. Ils étaient là à me regarder, comme s´ils essayaient d´évaluer mon potentiel. Je savais pas trop quoi faire... bon... autant y aller franco.
- Bon, je reconnais que ça doit vous faire bizarre, à tous. Je sors de nulle part, j´ai aucune expérience. Quand le vieux m´a proposé le contrat, croyez-moi, j´étais sur le cul. Et je me suis dit... bon... après tout, s´il ma proposé un contrat, c´est qu´il y a une raison...
Petite pause. Ils commencent doucement à s´intéresser vaguement à ce que je dis.
- La raison, elle est simple. Y a 10 ans, j´ai pris en charge un club minable, qui a jamais eu aucun résultat, avec des joueurs pas terrible. Eh ben en 10 ans, j´en ai fait un club correct, qui a monté de 5 divisions, tout en gardant à peu près les mêmes joueurs. Et là, ben on m´offre l´opportunité d´entraîner avec un club dont les joueurs ont un niveau relativement proche du bon. Croyez-moi, j´allais pas refuser.
Ca y est, ils sont dans le coup.
- Et croyez-moi, que vous le vouliez ou non, vous allez devoir me supporter, parce qu´il est hors de question que je me casse. Je vais prendre les rennes de ce club, je vais bosser comme un malade, je vais voir ce qu´il vaut, et je vais faire de ce petit club une putain de machine de guerre capable de faire chier Jean-Michel Aulas dans son froc.
Bon, là, je suis peut-être aller un peu loin, mais bon, ça fait partie du personnage. Ils me regardent, et là, d´un seul coup, il se passe un truc que je n´aurais jamais imaginer. L´un d´entre eux prend la parole. Mon désormais adjoint, Edwin Blondeau.
- Il faudra faire vos preuves, Thomas.
Mouais, pas tout à fait ce que je voulais.
- Je les ferais, Edwin, je les ferais. Et si jamais il s´avérait que je me trompais, et que finalement, je n´ai pas les capacités pour être là, alors je partirais.
- Nous verrons bien, Thomas. Bon, les joueurs devraient arriver d´ici peu. Je propose qu´on aille faire quelques tours de terrain en attendant.
- Stop !
Non, mais ho, pour qui il se prend, lui ?
- C´est moi qui donne les ordres. Alors vous faites ce que moi, je vous dit de faire. Et je dis... bon allez, quelques tours de terrains.
Silence absolu... j´esquisse un petit sourire. Et tout d´un coup, l´éclat de rire général. Bon, ça peut être pas si mal finalement.
Nan sérieux c´est une bonne idée. On y va.