Episode 3 : Bloody Blondy is coming back !
- Entraîneur ?
Je failli tomber de ma chambre. Rossi avait été direct avec moi. Je n´en croyais pas mes oreilles. Moi, la blonde, entraîneur d´un club de niveau national. Et puis quoi encore ? Fabrice Pancrate en Equipe de France ?
- Oui, c´est cela ! Entraîneur de l´équipe sénior.
- Je... euh... vous devez faire erreur sur la personne. Je... je ne peux pas. Je n´ai pas les compétences. Je n´ai pas fait mes preuves
- Vous plaisantez j´espère ? Depuis que vous êtes entraîneur de Saint-Maurice sur Moselle, tout le monde parle de vous. Le gotha du foot vosgien n´a que votre nom à la bouche. Vous êtes l´homme capable de faire trembler n´importe quelle équipe, alors bien sûr que vous avez les capacités pour être un bon entraîneur.
Le gotha du foot vosgiens. En clair, lui et son staff.
- J´ai même ouï dire qu´on vous surnommait, à l´époque... Bloody Blondy
- Mais enfin, c´est du football amateur. Et pour mon surnom, ça a un rapport avec les échecs.
- Monsieur Blonde. Avez-vous déjà entendu parler d´Alain Perrin.
- Euh ouais, le mec qui vient d´être engagé par Sochaux là !
- Eh bien ce mec, comme vous dites, il y a une quinzaine d´années, avait pris en charge une équipe de CFA2, l´ESTAC. Depuis, il a, il me semble, joué quelques matchs de Champion´s league !
- Mais je vous parle même pas de CFA2, là. Je vous parle de la division fédérale des Vosges, ça n´a rien à voir. Il y a une différence de niveau énorme et...
- Je ne vous parle pas non plus de jouer la Champion´s league.
Enfoiré...
- Je... je ne sais pas si je suis prêt.
- Mais je ne vous demande pas d´accepter maintenant. Vous avez le temps de réfléchir. Etes-vous prêt à entendre ma proposition ?
- Hum... oui, je vous écoute.
- Le club de Raon l´Etape est un club faible pour le niveau National, et il est évident que notre objectif sera le maintien. Ce sera dûr, Thomas, très dûr
Rossi commençait déjà à m´appeler Thomas. Je ne savais pas si je devais lui rendre la pareille en l´appelant Jean-Pierre. L´appeler « mon pote » me semblait déjà exclu. Bon tant pis. M. Rossi fera l´affaire. Enfin bon, s´il se montre trop familier, on verra.
- Nous n´avons que très peu de moyens. Votre budjet pour les transferts de nerait que de 30 000 euros, ce qui, malheureusement, est relativement négligable. Mais on ne sait jamais, certains joueurs évoluent dans des divions relativement peu côtés, sans être mauvais. Regardez le nouveau gardien de Nantes, là, Stojkovic. Ils l´ont acheté pour pas cher. Il paraît qu´il a un talent considérable. Cela dit, le club n´est pas non plus en difficulté. Vous n´aurez probablement pas à affronter une faillite cette saison. Quant à votre salaire...
Rossi marquait une pause. Pour moi, cela ne présagait rien de bon.
- Enfin bref, dites-vous que le travail d´entraîneur dans un club de National n´est pas un travail à temps plein. La plupart des joueurs ont un autre travail, et ils s´entraînent le soir en semaine, le dimanche et les matchs sont le Vendredi ou le Samedi soir. En clair, vous étiez prof de sport, c´est ça ?
- Oui.
- Eh bien, vous serez toujours prof de sport l´année prochaine, en supposant que vous acceptiez le contrat, bien sûr. Cela dit, rien qu´avec le club, vous toucherez 2000€ par mois. C´est ça l´avantage du National, c´est que les joueurs sont moins payés que vous.
- Cela me semble acceptable pour le moment.
- Encore une fois, je vous laisse le temps de la réflexion. Je crois que j´ai exposé les grandes lignes du contrat. Ah oui. Votre staff serait composé de deux adjoints, deux préparateurs et un kiné, avec possibilité pour vous d´engager un kiné et un préparateur.
- Vous savez. Je suis très loin de ces réalités. Encore une fois, je travaillais seul, ou avec Serge, mon adjoint.
- Vous vous en sortirez très bien ! Je peux vous l´assurer.
- Ouais... espérons. Au fait, comment se fait-il que ce ne soit pas l´entraîneur qui a assuré la montée du club qui est l´entraîneur aujourd´hui.
- Ah oui, Farid. Nous avons eu... un petit différent. Il a souhaité quitter le club, pour des raisons qui m´échappent. Mais ne vous inquiétez pas pour lui ! D´autres question ?
Rossi me semble tout d´un coup très agité. Très clairement. Il n´a pas du tout envie que je lui pose la moindre question. D´ailleurs, je n´en ai aucune. Putain, entraîneur ! La folie, quoi ! Mon rêve depuis toujours ! Travailler dans le milieu de football... ressentir l´odeur de l´herbe d´un stade, avec 22 hommes sachants aligner trois passes dessus. Je suis un peu abasourdi, assomé par cette nouvelle. Pourquoi le vieux a-t-il pensé à moi ? Ca me paraît invraisemblable. Mais d´un autre côté. Ce serait trop cool...
- Bien. Thomas, ce fut un honneur que de vous rencontrer. Je vous laisse, disons, une semaine pour réfléchir. Prenez votre temps. Envisagez toutes les possibilités. Pesez le pour et le contre. Dans une semaine, je vous rappelle et on ne reparle.
- Euh, ben d´accord.
- Allez, au revoir... Bloody Blondy.
- Au revoir, mon pote.
J´avais accentué sur le « mon pote ». Mais bon, il l´a cherché. Et il a touché la corde sensible, le salaud.
Quand j´entre dans ma bagnole, j´entend déjà le chant des supporteurs, hurlant mon surnom, après que Raon l´Etape ait gagné une magistrale victoire contre... un club de National quoi, n´importe lequel.
Bloody Blondy is coming back !