Episode 14 : La fin de deux cycles
Novembre approchait timidement. J´étais déjà épuisé, complètement, vide. Quand je me levais le matin, j´avais de plus en plus l´impression d´être une coquille, avec à l´intérieur une substance si fragile, que le moindre choc, la moindre pulsion me réduirait en miette. Je tentais désespérement de recoller les morceaux avec Julia, mais notre dernière dispute avait laissé des traces, que je croyais indélébile. Auparavant, nos rapports étaient froids, conflictuels, mais il y avait encore une flamme. Désormais, quand nous étions dans la même pièce, l´atmosphère était comme humide. Nous nous adressions la parole, mais ce que nous disions était banal et d´une tristesse difficilement surmontable. Peut-être que la trêve hivernale allait changer les choses, mais c´était encore dans si longtemps
Pour fuir cette ambiance malsaine, je prenais régulièrement contact avec Jean-Marie. Il fallait que nous recrutions plusieurs joueurs, et notre manager s´en occupait en partie. Il nous fallait en particulier un attaquant, et nous avions une piste très sérieuse.
- On en est où avec Belhow ?
Apparamment, Libourne nous le lâchera pour une bouchée de pain. Il ne rentre plus dans les plans de Tholot, et ils veulent se débarasser de lui.
- Et lui ?
- Selon Jérôme, il serait prêt à venir. Après tout, il veut jouer, mais il faudra s´accrocher, et espérer qu´on ne se fasse pas doubler.
- Vous êtes sûr que c´est une bonne solution ?
- Jérôme le pense. Il l´a vu s´entraîner. Il pense que c´est un bon profil. Un joueur rapide, techniquement efficace...
- ... et adroit devant le but ?
- Aussi.
- Bon, de toute façon, si vous me dites qu´on peut l´avoir pour une bouchée de pain, je vous fais confiance.
- Ok, alors on le prend ?
- La piste me semble être trop belle pour s´en débarasser. On tente.
Ce n´était pas la seule bonne nouvelle de la semaine. Le tirage au sort de notres entrée en Coupe de France avait été plutôt clément. Nous accueillons à Paul Gasser le modeste US Quevilly, un club de CFA normand, pas forcément en forme cette année. Nous pouvions le faire. J´avais l´intention de faire bonne figure, d´abord parce qu´en bon français amateur de football, j´avais une certaine affection pour ce trophée, et aussi parce que je voulais prouver un peu à tout les supporters de Raon que ce club était un vrai club de National, et pas un club de CFA qui a eu suffisamment de bol pour intégrer cette division.
Pour autant, ma préoccupation actuelle, c´était Romorantin.
L´avantage, quand tu es dans un club huppé, c´est que tu peux te fixer des objectifs par ordre d´importance, privilégier un match plutôt que l´autre, faire tourner l´effectif. L´US Raonnaise était bien loin de cette réalité. Il fallait jouer tout les matchs à fond, comme si c´était un match-clé, et même si la semaine suivante, tu accueilles le leader incontesté, le Stade Lavallois MFC.
Par opposition, Romorantin était 16e, autrement dit juste devant nous. Les vaincre signifiait une extirpation de la zone de reléguation, et j´y tenais. Le hic, c´est que le match aurait lieu en Sologne, dans leur enceinte du stade Jules Daloumegue. A domicile, nous étions mauvais. Ce n´était pas bien mieux à l´extérieur.
C´est néanmoins toujours aussi motivés que mes hommes et moi pénétrions dans le stade, ce 28 Octobre, avec une motivation sans faille. 3 défaites de suite, c´était trop. Il fallait mettre fin à cette série. Une quatrième défaite serait catastrophique, à une semaine d´un match perdu d´avance.
C´est ce que j´avais expliqué à mes joueurs avant de fouler la pelouse. Bon, je ne leur ai pas dit que le match contre Laval serait ne boucherie pour nous, ce ne serait pas très bon. Mais je leur ai quand même avoué qu´une défaite serait domagable.
Je n´ai pas coutûme de dire cela, mais c´était un bon match. Pour nous, bien sûr. Ce que nous n´avions pas fait lors des précédents matchs, nous l´avions fait aujourd´hui. Marquer rapidement, et défendre correctement. Certes, nous avons été inquiétés, mais, sans pression après l´ouverture du score de Jérôme Bottelin, à la 7e minute et le break de Benjamin Genghini à la 26e minute, nos relances furent correctes. Evidemment, nous fiment quelques erreurs, mais Quentin Westberg était là. Il fit quelques superbes arrêts.
A la fin du match, j´avais retrouvé le sourire.
Romorantin – Raon l´Etape
Buts pour Romorantin : -
Buts pour Raon : Bottelin (7e), Genghini (26e)
Homme du match : Samy Houri
Affluence : 543 spectateurs
Thomas
Tu ne sais pas à quel point c´est dûr d´écrire cette lettre. Tu pourrais m´accuser de lâcheté, de ne pas t´en avoir dit plus, de ne pas t´avoir laisser connaître mes véritables sentiments. Avant de t´en dire plus, je voudrais te dire que je t´ai aimé comme jamais je n´ai aimé quelqu´un. Tu compteras toujours dans ma vie, quoique tu puisses faire, quel que soit l´avenir de notre relation. La première fois que je t´ai rencontré, j´ai tout de suite su que tu serais l´homme de ma vie. C´est quelque chose qui ne s´effacera jamais. J´ai passé 17 années de ma vie à tes côtés, et ces années furent les plus heureuses de ma vie, indubitablement.
Seulement, depuis que tu as accepté ce poste dans ton club, tu n´es plus là, tu n´es plus le même. Tu ne penses plus du tout à moi. Tu es constamment enfermé dans tes idées à propos de ce club, tu es toujours en train d´élaborer des centaines de tactiques. Tu vis foot, tu manges foot, tu penses foot, et moi, j´ai l´impression de n´être qu´un déchêt dans une existence qui est seulement consacré au foot. Te rends-tu compte qu´à une époque, tu me racontais tout ce qui t´arrivais dans ton lycée ? Tu n´en as plus jamais parlé après avoir accepté ce poste. Tu n´es plus là mentalement. Physiquement, tu dors dans cette maison, mais c´est à peu près tout.
Je te demande de me comprendre, je ne peux plus le supporter. Si tu n´étais pas là, ce serait différent, mais tu es là, devant moi, et je n´ose plus te parler, te toucher, te prendre la main, t´embrasser, car j´ai le sentiment que si je le faisais, tu me rejettrais, car je te dérangerais en pleine réflexion par rapport à ton prochain match. Je voulais te le dire, mais je ne l´osais pas. C´est un sujet tellement sensible. Quand je t´ai demandé si tu pouvais envisager de remettre en question ton engagement dans ce club, tu as répondu si brutalement, comme si je t´agressais physiquement. Peut-être ne suis-je pas une si bonne psychologue après tout. Toujours est-il que je n´ai pas réussi, je n´ai pas eu le courage de t´en parler.
J´ai besoin de réfléchir, Thomas, et c´est pour cela que je suis parti. Je ne te quitte pas, mais j´ai besoin de m´éloigner de toi. J´ai besoin aussi de te dire ce que je viens de te dire, et je préfère ne pas être là. Encore une fois, je suis lâche, je veux bien l´admettre, mais je te demande de me comprendre. Ne tentes pas de me retrouver, tu n´y arriverais pas. Ne m´appelle pas, je ne te réponsrais pas. Je t´appelerais en temps voulu, et à ce moment là, nous mettrons les choses au point. Mais pour le moment, j´ai besoin de temps. Je te promet que je t´appelerais. Ne considères pas cette lettre comme une lettre d´adieu. Je ne tire pas un trait définitif sur notre amour. J´ai juste besoin de temps, de recul, et de calme.
A bientôt.
Julie.